‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 122 sur 131 · OUVREUSES DE LOGES · texte numérisé non relu

OUVREUSES DE LOGES

C Extrait da Pixfuincial à Paris , par M» MQQtigvy. }

Ouvreuse. — Préposée à la garde des loges, qui gagne cent écus par an avec Tadminisiration pour faire son devoir, et quinze cents francs avec le public pour y manquer* (Dictionaire théâtral.)

Les ouvreuses de loges employées dans les différens spectacles de la capitale forment un corps assez nombreux et srfrtout fort respectable: humbles, polies dans les petits théâtres, prévenantes dans ceux du second ordre, fières et superbes dans les thédti^s royaux^ elles ont leur noblesse, leur bourgeoisie et leur classe plébéienne. Toutes sont mues par le mêm^ îîfttérêt, c'est-k-dire par l'intérêt particulier» U leur importe peu qu^on ait pris des billets an bureau pour être placé ; il faut , ayant tout, qu'elles daignent consentir à receroir les porteurs de ces billets. On dirait , à leur air ,. que

d'elles seules dépend le droit d'entrer d^jQ$ las loges. A force d'ouvrir et de fermer les portes» elles en sont venues au point de croire que la Salle est une propriété dont l'exploitatiou deyient un de leurs plus solides apanages.

L^emploi d'ouvreuse est d'un médiocre rap»port pour celles qui se contentent des mode3^QS appointemens de leur place ; mais les iippô^s que les plus adroites savent levpr sur le |M^blic ajoutent beaucoup à leurs honoraires. Aux portes des loges, comme dans les divers emplois des hautes administrations financières, il s'agit de végéter honnêteaiem ou de s'ewiclûr avec effronterie.

Une ouvreuse novice reçoit les billets , et place indistijictement tout le monde; il n'y a pas de l'eau à bpire pour une pauvre feniine qui se conduit ain^u lues pe^tits ba»ç^ , les t^r bourets additionnels, la garder des çbape;s^^»x çç des pelisses n'offre;^ qujç de légères ressources. Voici les grands moyeq^ : on plaç^ ^Ht-^dessus de plusieurs portes des loges im écriteau §ur lequel on Ut ces te;i:i*ibjes n>ots : i<0(j^ louée , et Ton a le plus grand $oija d'eip.pi|er le^s pr^rmiers venus, les plvi^ pressée, les api^twr& qw dînent de bonne heitire, les paUtes gens enfin , dans les plus mauvaises plaçais et dqnis les )logi^^ qui avoisinçnt l'p,vanï'^ène. QeU ^ii,Q^jchoih

sit avec une sage lenteur, avec une prudence éclairée , une réunion de personnes arrivées ensemble, qui tiennent à ne se point séparer. Dès que le choix est arrêté, on affecte un grand empressement, on prend l'air affairé, on répond à peine et par monosyllabes aux nombreuses objections qui sont faites de côté et d'autre par les curieux désappointés ; et lorsqu'on trouve sa belle, on propose à voix basse et d'tin ton mystérieux , une des loges comprises dans la bienheureuse exception. Elles sont louées en effet, dit-on aux survenans ; mais on vient d'apprendre que les titulaires ne viendront pas, et Ton propose d'entrer en arrangement j les dames sont dans le corridor ; elles ont trop chaud ou trop froid ; on entend les premiers coups d'archet de Touverture ; il arrive de tons côtés des gens qui veulent qu'on les place ; pour attendrir le dragon femelle appelé ouvreuse j on glisse dans sa main une pièce de cinq francs ... les difficultés sont aplanies , et l'on est enfin placé convenablement.

Toutes les places, tous les rangs déloges ne sont pas également lucratifs ; pour faire participer les ouvreuses aux bénéfices de leur charge, on prend soin de les changer souvent de poste. C'est tous les trois mois qu'on opère les mutations. Lorsqu'une ouvreuse a commis

quelque méfait , on la place , pour un certain temps , à la porte d'un amphithéâtre ou dans les étages supérieurs; c'est comme un postillon ou un conducteur qu^on met à pied. Là il n'y a rien , absolument rien à faire : les honnêtes spectateurs qui occupent habituellement ces sortes de places ne transigent avec personne : on leur a délivré au bureau un billet qu'ils ont payé, il faut qu'on les place ou qu'on leur rende l'argent qu'ils ont donné.

Les porteurs de billets gratis reçoivent

le plus froid accueil des ouvreuses : c'est la règle ; tout le monde sait cela ; aussi s'empresse-1- on de leur faire entendre qu'on sera reconnaissant si la place est bonne. A cette condition , elles ouvrent , presque avec empressement , mais toujours comme par grâce, spéciale.

Le personnel des ouvreuses se compose

presque invariablement de beautés émérîtes ^ de proches parentes de certains acteurs, quelquefois de tantes, de sœurs ou des cousines de quelque menii)re de l'administration ; et pour la plus grande partie, de femmes qui ont eu des malheurs.

Le théâtre des Variétés fut ouvert en 1779, et grâce à la protection du lieutenant de po-

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licc, il devint bientôt le spectacle à la mode.

C'est sur ce théâtre que Volanges étala ses talens dans les rôles desjeannots et despointus^ et jamais aucune pièce n'avait, à Paris, attiré un concours aussi durable que celle des Battus payent V amende , farce pitoyable que le talent de Volanges faisait seul valoir. Cet acteur mécontent des directeurs des Variétés qu'il eurichissait, prit le parti de débuter aux JlalieiLS; il y joua les trois Jumeaux Vénitiens. Ce fut le 2a février 1780, jour qui fit événement à Paris. La foule était si grande que le vieux théâtre des Italiens, la rue Mauc(Hiseil et les rues aboutissantes étaient remplies. Les curieux s'y trouvèreutsifortementcomprùnéSrque plusieurs, sans s'en apercevoir^ laissèreut 4ans ces rues leurs cannes , leurs chapeaux et les lambeaux de leurs habits.

Trois mois après le triomphe de; Vpltaire, le Parisien ^cieeuiUit Jeamnot avec le même, enthousiasme. U représentait da^s uniç farce qui tt'eut depuis que 5oo représentations. L'i(lÎQiDi& dje 1a dernière cia3;se du peuple s'y uauyait exprimé au ijî^turel , et le jeu naïf de l'aqteiir , son ACCENT SÛR formait un tableau^ q;iiiy dans sa bassesse, avait un mérite toujours extrêmeuamH rare sur lascèiie , la parfaite vériul*

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« Les camarades de Dancourt , dit l'auteur de la Notice sur sa vie, Favaient chargé de porter aux administrateurs de THôtel-Dieu la part qu'ils étaient obligés de donner aux pauvres dans leur recette. Il s'acquitta de cette commission, et accompagna son argent d'un de ses plus beaux discours. U s'efforçait d'y prouver que les comédiens , par les secours qu'ils procuraient aux hôpitaux , méritaient d'être à l'abri de l'excommunication. » Le président de Harlay lui répondit : « Dancourt , nous avons des oreilles pour vous entendre, des mains pour recevoir les aumônes que vous faites aux pauvres , mais nous n'avons pas de langue peut vous répondre. »

La première comédie que Piron vît à Paris fut Tartiiffe. Son admiration allait jusqu'à l'extase ; à la fin de la pièce ses transports de joie augmentèrent encore. Ses voisins lui en demandèrent la raison: « Ah! s'écrîa-t- il , si cet ouvrage n'était point fait, il ne se ferait jathais. »

ïl craignait sans doute qu'un auteur capable ne se représentât plus; car en tous cas ce ne sont point les modèles qui auraient jamais manqué.

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A la première représentation des Chimères^ comédie de Piron, celui-ci se trouva à côté d^un homme qui ne cessait de dire : Ah! que c'est mauvais! c'est pitoyable! quelle mauvaise farce! quel est l'auteur qui peut faire une si pitoyable béûse? C'est moi^Monsieur ,lui répondit Piron j mais faites-moi le plaisir de ne pas crier si haut, parce qu'il y a beaucoup de personnes ici qui trouvent cela assez bon pouir eux.

Mademoiselle Clairon avait 80 ans ^ elle était dans la détresse ; un secours lui fut envcqré par le général Bonaparte. L'actrice reconnaissante disait: <f Mon bienfaiteur est-il donc comme un Dieu dont on reçoit les faveurs sans jamais parvenir à le voir? » C'était à M. Chaptal, alors ministre, que ces paroles s'adressaient. Il les reporta à Bonaparte, et cdoi-ci accorda une audience à Clairon. La conversation fut extrêmement aimable entre le général et la comédienne : ir Je regrette bien, lui dit-il entr'auires , de ne vous avoir pas vue jouer..». » --i If Ah! répondit-elle , (piel bonheur que vous n'ayez pu me voir sur la scène!... » Les personnes délicates apprécieront la grâce de cette mystérieuse réponse.

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Lors de la nouveauté des Marionnettes de M. Picard, Napoléon la fit jouer à Saint- Cloud. Après le spectacle il était entouré d'une multitude de courtisans ^t tous attendaient qu'il parlât pour savoir ce qu'ils devaient penser. Le surintendant lui demanda si Fouvrage l'avait amusé : « Oui, répondit-il; maïs je me ce suis plus diverti des marionnettes qui étaient dans la salle, que de celles qui étaient sur le théâtre. » Et tous les courtisans de sourire et de s'incliner profondément.

A la vente de mademoiselle Laguerre, actrice de rOpéra , des femmes de condition se plaignaient beaucoup de ce que tout se vendait à des prix exorbitans. Mademoiselle Arnould leur dit : « Ges dames voudraient peutêtre avoir les choses au prix coûtant. » A propos de cette actrice , voici celui de ses bons mots qui fut cause de sa détention. M. le lieutenant de police, voulant savoir quels étaient les grands personnages qui avaient soupe chez elle un tel jour, la fit venir, et lui adressa plusieurs questions, auxquelles elle répondit de manière à déconcerter l'interrogateur. « Comment? vous ne vous souvenez pas des personnes de distinction qui ont soupe chez vous? — Non, Monseigneur. — Mais il

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iTic semble qu'une femme comme vous doit se souvenir de ces chofies-là — Oui, Monseigneur; mais devant un homme comme vous , je ne sois plus une femme comme moi. »

Voici un singulier moyen employé tout récemment , à Londres « pour se procurer une bonne place au spectacle <piand la salle est pleine : un particulier étant arrivé un peu tard, il y a quelque temps, à Covent-Garden, et trouvant le parterre complètement rempli , se mita crier : le feu est la maison de M. Smith. Le nom Smith est infiniment connu en Angleterre, et à cette annonce formidable » une douzaine de personnes se levèrent et sortirent précipitamment , chacun craignant de trouver sa maison en proie aux flammes. Le maUn personnage n'eut alors qu'à choisir la place qui lui convenait le mieux.

« Les comédifins sans reproche sont de tOBS les rangs ^ disait Roscius à l'empereur Auguste. (Mouvement d'orgueril de l'empereur. ) Je ne sais si vous le croyez (autre mouve]tient))mtis en tous cas, reprit noscius,ilsne«ont reniés que ]>ar les sots et les médians qui sont de lous Us rangs.

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