‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 28 sur 131 · DÉBUT · texte numérisé non relu

DÉBUT

Premier coup. Commencement.

U faut toujours tâcher de faire à son début quelque chose de grand ou au moins d'étonnant, de peur que la première idée, qu'on se formera de nous ne soit la dernière.

Par une longue ëtude , une fois prémunie , Alors suivez l'attrait et l'essor du génie , Le courage Pélève et la crainte Pabat.

Du grand jour , sans pâlir, envisagez Téclat ; Paraissez , armez-vous d'une noble assurance , Et de cette fierté que permet la décence.

Les craintes qu'éprouve ordinairement une personne qui débute , ne peuvent être ap-

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précîées que par ceux qui les ont éprouvées; mais avec quelque sévérité qu'un acteur soit jugé, il a tôt ou tard le succès qu'il mérité ; les sifflets n'étouffent que lés ineptes ; et d'ailleurs ne sait-on pas qu'il n'est guère d'acteurs célèbres et de bons acteurs qui n'aient été ex* posés. auK censures de l'injustice et delà mauvaise foi. (Voyez Lekain , Préi^ille, Fleurjr \ etc. )

Il est Ynalheureu sèment à remarquer que presque tous les débutans qui promettent le plus , sont ceux qui tiennent le moins ; ordinairement , plus il y a d'éclat , moins il y a de succès par la suite ; et la plupart des acteurs qui se sont fait de grandes réputations, ont été peu ou point remarqués à leur première apparition, et même quelquefois repoussés.

Où sont maintenant les acteurs et les actrices pour lesquels on criait au miracle lors de leurs débuts?

Eh bien! voici le début de Talma, rapporté dans le Journal de Paris du 2 7 septembre 1 787 :

« Le jeune homme qui a débuté hier piar le M rôle de Séide, annonce les plus heureuses » dispositions^ et il a d'ailleurs tous les avanie tages naturels qu'il est possible de désirer i» pour l'emploi des jeunes premiers j taille ,

* figure , organe , et c'est avec justice que le » public Ta applaudi. »

Qui aurait cependant présumé qu'on parlait d'an homme qui un jour deviendrait le premier tragédien !

L'enfance de mademoiselle Mars ne pro^ mettait pas à l'avenir une actrice accomplie , ei ses essais dans la carrière dramatique, quoique protégés par le nom célèbre de Monvel, n'annonçaient guère que la médiocrité.

Lekain n'eut point de succès dant ses débuts.

Les acteurs qui se distinguent le plu3 sont ordinairement ceux qui ont été irrités par des obstacles , qui ont eu moins de moyens naturels que les autres , mais qui ayant un vif désir de réussir, et sentant par conséquent la nécessité absolue de l'étude ont fait de grands efforts et un grand travail sur eux-mêmes pour parvenir à leur but ; enfin ils avaient le diable au corps , que désirait Voltaire chez un comédien.

Le genre admirât if est plus heure t^x au théâtre pour décider un succès que le genre sensible; celui-là saisit tout à coup, celui-ci pénètre plus lentement ; les débutans de tragédies , pourraient se régler là dessus.

Voici comment les talens peuvent se perdre, etpojirquoi presque toujours, un acteur, qui obtient un accueil favorable dans ses débjuis ,,

tombe deux ou trois ans après sous les sîf^ flets du parterre , ou reste dans une médiocrité dont il ne sort jamais. Cela provient de plusieurs causes auxquelles il faut porter une scrupuleuse attention. Si un comédien doit ses succès à l'imitation , à quelques moyens naturels , comme tous les débutans , il s'enthousiasme de l'accueil qu'il reçoit : il se croit tellement au-dessus de ses devanciers et de ses camarades, qu'il croit leur faire trop d'honneur , que de leur applaudir d'un air dédaigneux ; mais la quantité de pièces où il est obligé de jouer, use bientôt tous ses agrémens. Comme il ne connaît aucun des principes de l'art théâtral , il n'a point de guide , point de règles certaines 9 loin d'acquérir, il fait de lourdes bévues , il prend des habitudes toujours déplacées , des tons de voix détestables , confond tous les caractères ^ ainsi que l'expression des passions , et le • public se refroidit j alors l'acteur crie à la cabale. C'est en vain que quelques gens instruits voudront lui donner des conseils et ranimer son courage : comme il se croit très-savant , et beaucoup plus savant que tout autre, il refuse tout conseil,, tout avîs; en très-peu d'années c'est un talent perdu.

Quand un acteur a eu un excellent maître , qui lui a développé tous les principes de l'art,

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et lui en a démontré Tapplication , et qu'au sortir de ses études, il quitte les bons préceptes, il arrive j ou qu'il abandonne les règles et les sentimens naturels , ou qu'il les amalgame tellement les uns avec les autres , qu'on ne reconnaît plus aucune espèce de liaison dans son jeu.

Il faut que le débutant se pénètre qu'on n'a point de réputation soutenue sans avoir du talent. Le génie, l'esprit, la verve, les bons conseils, le travail , l'expérience y conduisent ; mais on ne peut arriver au comble de l'art y sans une connaissance parfaite des principes, et la ferme résolution de ne s'en point écarter.

Heureux l'acteur qui , dans la fleur de son âge, excite assez d'intérêt pour que la critique s'occupe de lui, et pour que les gens savans daignent le diriger dans ses travaux ! Et cent fois plus heureux celui qui , foulant aux pieds la vanité et l'amour propre, ne prend que pour des encouragemens les applaudisse mens qu'on lui donne ^ se plait dans la conversation des gens instruits , aime qu'on le critique; saisit avidement tous les reproches qu'on lui fait , les vérifie sur les principes de l'art, et suit les conseils qu'on lui a donnés ^ aussitôt qu'il s'aperçoit qu'ils sont conformes aux règles du bon goût!

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