‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 33 sur 131 · EFFETS · texte numérisé non relu

EFFETS

Exécutions frappantes^

Plus on vise à l'efTet , moins on atteint son but.

Tous les acteurs visent à TefFet.

Une pièce contient toujours un certain nombre de passages indiqués par la tradition , ou par Tauteur lui-même , ou par Tacteur dans le rôle duquel ils se trouvent, comme devant exciter, suivant les cas , les applaudissemens , le rire ou les larmes. C'est ce qu'on appelle un effet. Il y a des acteurs qui , par jalousie ou par inimitié , neutralisent les effets de leurs camades; ce qui est facile, en s'abstenant de donner la réplique juste , ou en omettant un geste convenu , ou en se hâtant de parler immédiatement après le mot de valeur. On a vu des acteurs se battre en duel , et des actrices , jusqu'alors intimes, se fâcher et s'injurier potir des effets malicieusement supprimés ou afiai-^ blis.

Tout effet est manqué , si l'on voit trop de préparation pour en produire ; c'est que vous n'êtes plus rien , si vous ne vous faites pas oublier ; c'est que des efforts trop visibles ne montrent que de la faiblesse; c'est qu'on ne S6 guindé que parce qu'on est petit. Au contraiire> si vous êtes emporté par un élan naturel et

comme involontaire , si votre imagination vous domine , vous dominez la mienne , si votre imagination vous commande , vous me commandez.

Si c'est un grand art que celui de savoir amener par degrés ceux qui nous écoutent , à recevoir nos sentimens , c'en est un essentiel que de savoir juger quand Teffet est produit^ et qu'on ne ferait plus que l'affaiblir en voulant y ajouter encore.

U ne faut pas se 'préparer en scène pour les effets qu'on attend sur des mots connus ^ tels , dans les tragédies , que ceux-ci : quen distu? Moi? dans Manlius, çu* il mourût dans les Horaces, sortez^ dans Bajazet, etc.

Napoléonfit venir un jour M. Saint-Prix pour s'entretenir avec lui sur la manière dont celuici prononçait le çu'il mourût; il pensait qu'il devait être dit , le plus simplement possible 5 que le vieil Horace regarde comme une chose trèsordinaire qu'un Romain périsse pour conserver l'honneur de sa maison et surtout de sa patrie, ^'11 n'y aval): aucune emphase à mettre dans ces deux mots; que leur beauté consistait' dans leur simplicité et dans celle du mouvement.

Mais l'acteur fit observer que malheureuselûentles beaux,, les grands effets au théâtre dépendent très-souvent de Finterlocuteur, et qu'il

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faut quelquefois faire des sacrifices à la simplicité pour faire bien sentir la pensée , le grand sentiment du poëte ; que la manière dont il disait son qu' il mourût éloxl subordonnée au ton que prenait l'actrice en lui disant : que ifOuUez-i^ous qu'il fit contre trois? Si elle prononce ces mots avec un ton bas , nécessairement il faut dire qu'il mourût avec éclat ; si au contraire elle prend la voix élevée de la question , mêlée d'étonnement , le qu'il mourût dit tout simplement , mais avec énergie , produit un effet prodigieux.

U faudrait donc toujours que les acteurs s'entendissent au théâtre , pour l'ensemble et l'effet de la représentation , le public et euxmêmes y gagneraient beaucoup; mais comme ils ne s'entendent que rarement hors de la scène , à plus forte raison le peuvent-ils sur le théâtre oii chacun veut être remarqué et jouer pour lui seul ?

On produit souvent de grands effets par la manière de prononcer les mots , par la manière de les teindre^ pour ainsi dire , du sentiment qu'ils expriment.

Mole , qui affectionnait beaucoup le rôle de Dormilly, dans les Fausses injidélités y dïssilsur la fin de sa carrière : « c'est peut-être de tous mes rôles celui que j'ai le plus chargé d'effets. »

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