EXPRESSION PARTICULIÈRE DES PARTIES DU VISAGE ET DE LA FACE
OEil^ Sourcil^ Front ^ Bouche , Nez , Joues ,
Çhei^eux , Puisage , Face.
Un des moyens <ie se former Texpression de la figure, est de répéter ses rôles en ne faisant aucun geste; alors l'expression se manifeste involontairement par la force du sentiment qui détermine le jeu des muscles et des traits.
En physiologie, le§ mots Jace et visage ne doivent pas être regardés comme synonymes.
hàface est celle grande division de la tête çlacée au-dessous et au-devant du crâne dans Thomme , et qu'occupent les sens de la vue , de l'ouïe , du goût et de l'odorat ; une partie des organes de la mastication et ceux qui servent à l'expression de la physionomie ; l'implantation des cheveux , le bord inférieur et l'angle de la mâchoire marquent les limites de b face , dont la figure se rapproche de la forme élégante d'un ovale insensiblement comprimé et restreint à son extrémité inférieure.
Le visage ne se dit que de laface considérée relativement à l'exercice du sens de la vue et au langage physionomique.
La partie de la face où paraît principalement le visage , s'étend de la lèvre supérieure au sommet du front.
l80 MilNUEL THÉÂTRAL.
Suivant Tétymologie , le mot visage , dérivé du latin barbare visagiumj signifie ce qui exerce la vue ; parce qu'en effet la fonction de Tœil, considéré comme organe de vision et d'expression , est ce qui frappe le plus dans la partie de la face qui constitue essentiellement le visage.
La parole du visage consiste dans les muscles dont il est fourni , et dans le sang qui l'anime.
Lorsque le cœur est abattu , toutes les parties du visage doivent Têtre.
Uœil sait toujours du cœur les premières nouveUet.
Il faut généralement ménager les regards^ et ne point les prodiguer à chaque parole.
Les yeux perdent leur expression par un mouvement continuel.
Les regards fixés de côté font beaucoup d'effet, surtout lorsque dans ce moment on ne fait aucun geste.
Le plus grand acteur ne serait rien sans le langage des yeux; toutlanguit dès que les regards ne sont point animés : l'œil estl'âme dudiscours.
Ecoutez nn gra^nd acteur sans le regarder , il ne vous fera qu'une légère impression ; retoiurnez-vous , sa pantomime vous effraye.
MAiyUEL THÉÂTRAL. igl
Le toim^rre de la parole d'un orateur ne prodiiit qu'un bruit inutile, s'il n'est accompa-* gué de l'éclair de ses regards , et la compassion est plus l'ouvrage des larmes que l'on voit couler , que du récit de l'infortuné qui les cause.
U faut en règle générale regarder toujours celui à qui l'on parle , cela donne de la vérité au dialogue.
n n'existe aucune passion qui ne soit indi-* quée par un mouvement particulier des yeux'.
Pour agrandir l'œil, baissez la tête.
Un coup-d'œil lancé à propos dit plus vite et mieux qu'un long discours ; quand les yeux sont abusés , les oreilles le sont aussi plus aisément.
Si l'acteur est profond dans son art , il fera que l'expression des» yeux précède celle de la parole d'un instant ; il préviendra alors si bien le spectateur de ce qu'il va lui dire , qu'il le fera entrer tout d'un coup dans ses dispositions , qui, par la suite du discours, lui feront recevoir plus *aisément les impressions que l'on demande.
Ordinairement , tant que l'acteur ne dit que des choses indiflférentes ou de peu d'impor-^ tance , il doit laisser ses yeux presqu'à demi farmés , et sans expression marquée -, alors ils
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produisent plus d'effet dans les momens importans. Voyez Talma.
On peut avoir l'œil doux, vif, perçant, brillant , riant , humide, tendre, amoureux, languissant^ indifférent, favorable, jaloux,sévère , pénétrant , assuré , fixe ^ menaçant , fier , rude , compatissant , hagard , battu , effaré , farouche , terrible , affreux , colère y envieux , mort ; enfin l'œil peut représenter toutes les passions qui agitent le cœur de l'homme.
SottrcîC
Lebrun est d'un sentiment contraire à Popinion générale qui attribue le plus d'éloque^Lce à l'œil. Suivant ce peintre , ce sont les sourcils qui expriment le mieux les passions»
M*** Clairon adoucissait ou noircissait ses sourcils , d'après le caractère que le rôle exigeait, avec des poudres de différentes couleurs.
L'âme a deux appétits dans la partie sensitive , et de ces deux appétits naissent toutes les passions.
n y a aussi deux mouvemens dans les sourcils qui expriment tous les mouvemens de« passions.
Celui qui s'élève vers le cerveau exprime les
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passions les plus farouches et les plus cruelles.
Quand le sourcil s'élève par son milieu, cette élévation exprime des mouvemens agréables ; dans ce cas y la bouche s'élève par les côtés, et dans la tristesse elle s'élève par le milieu.
Lorsque le sourcil s'abaisse par le milieu , ce mouvement marque une douleur corporelle j, alors la bouche s'abaisse par les côtés.
Le haut du visage doit jouer sans cesse 3 la bouche et le menton ne doivent ordinairement se mouvoir que pour articuler, excepté dans les affections bien vives 9 autrement l'on fait des grimaces.
Le mouvement du front aide beaucoup celui des yeux.
Le jeu des muscles du front produit un graud effet. Voyez Anatomie,
L'îarrangement des cheveux de Lekain/ sous une apparente négligence , prêtait aux contours de son front plus ou moins de justesse,.
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plus OU moins de majesté , selon la convenance de ses rôles.
Mademoiselle Clairon , suivant le caractère que le rôle exigeait, changeait la couleur de ses cheveux , ainsi que celle de ses sourcils.
La manière de poser les cheveux , de les distribuer , pour ainsi dire , sur le front , influe beaucoup sur la physionomie de l'acteur • Nous voyons au Théâtre-Français Talma parfait dans l'art de se coiflfer , en jouant les rôles les plus opposés.
La bouche est la partie de tout le visage qui marque le plus particulièrement les mou-* vemens du cœur.
Elle est le siège principal de la dissimulation.
L'articulation nette dépend du travail des différentes parties de la bouche , surtout dans la prononciation des consonnes.
La voix, quelque belle qu'elle soit, ne séduira jamais en sortant d'une bouche lente et paresseuse.
En général une bouche enfoncée ne peut ja-
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mais rendre avec éloquence les caractères de la
douleur,
La manière de contracter ou de dilater les lèvres , influe beaucoup sut l'expression de la physionomie.
Dans beaucoup de circonstances, la lèvre supérieure avancée produit de l'effet . Lekaîn en faisait un très - grand avec le tremblement de sts lèvres.
Les muscles de la lèvre inférieure , surtout les muscles triangulaires , produisent le plus grand effet dans les passions oppressives et contractées.
Pour parler purement, les sons doivent sortir de la voûte du palais , et le travail des lèvres doit les modifier, les épurer et les perfectionner.
La plus belle partie du talent de mademoiselle Mars est sa prononciation nette et perlée ; elle la doit naturellement à la conformation de sa bouche en général , et surtout à celle de ses lèvres, en particulier, qui sont extrêmement mobiles et déliées.
A force d'étude et de travail > on pourrait acquérir jusqu'à un certain point ces qualités si précieuses dans Tart du comédien , celles d'une articulation parfaite.
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Si Ton eu croit les bustes antiques de mosthèues , il avait la lèvre inférieure trèsrenfoncée sous la supérieure ; cette construction des lèvres est anti-oratoire : quel travaiL n'a-t-il donc pas dû faire pour corriger les défauta provenant de ce vice de construction ! et quel exemple n'a-t-il pas donné à la postérité I
Dugazon prétendait qu'il y avait quarante manières de remuer le nez.
Les acteurs chargés des premiers emplois^ dans le haut comique , finissent par acquérir une mobilité remarquable dans l'appareil musculaire des ailes du nez et de la lèvre supérieure X tel était surtout Fleury , dont cet appareil avait une mobilité et une action qu'on ne retrouvait pas dans les autres parties, dé son visage ; te qui le rendait si supérieur dans l'expression des caractères d'hommes à bonnes fortunes, de roués , de séducteurs , et surtout dans l'ironie et le persiflage.
Il est à supposer qu'il devait en partie cette mobilité à la nature 5 car il l'apportait partout» et il nous semble qu'on n'aurait dû l'apercevoir qu'au théâtre.
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La partie des joues qui est positivement sous les yeux, contribue ens'élevant et en s'abaissant à l'expression ; mais il faut être modéré dans le mouvement dç cette partie qui devient aisément forcée.