EXPRESSION PARTICULIÈRE DES PARTIES DU CORPS
Tête , co/, bras , mains y doigts , pieds.
Chaque partie dii corps a son expression particulière : de là dans Tensemble , cette expression étonnante lorsque Tacteur est bien pénétré; et c'est de la réunion de toutes ces expressions particulières que naît cet ensemble parfait, le comble de l'illusion théâtrale.
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La tête et s^s mouvemens peuvent produire de très-grands effets sans le secours du bras.
La tête trop relevée marque arrogance; trop baissée ou négligemment penchée , c'est ou langueur , ou timidité , ou dévotion affectée.
l88 MANUEL THÉATHAL.
La modestie la met dans sa vraie situation.
Changez la position du corps , vous change:^ la tête.
On peut soumettre à des règles le mouvement de la tête.
A l'exception des actions de refus et de dédain , la tête doit être toujours tournée du côté du geste : rien de si gauche que toutes ces actrices qui, pour paraître ingénues, penchent la tête à droite ou à gauche en parlant j la vertu, la vraie pudeur laisse tomber la tête perpendiculairement 5 autrement c'est de TafiectaiLonc
Le col indique à proprement parler , non les facultés intellectuelles de l'homme , mais sa manière de porter la tête et d'envisager les événemens de la vie.
Ici l'on voit une attitude noble, libre et fière j là cette résignation d'une victime sans énergie et prête à se laisser immoler.
On ne parvient à la grâce des bras qu'avec beaucoup d'études , et quelque bonnes quç puissent être nos dispositions naturelles , . le point de perfection dépend de l'art.
Il faut toujours faire sentir dans les bras les pli^ du coude et du poignet.
Point de noblesse dans les bras croisés quand ils sont bas.
Le jeu des mains est modifié de la même manière que la démarche dans les différentes passions de l'âme.
Du moment qu'une difficulté ou qu'un obstacle se présente , le jeu des mains s'arrête entièrement.
Tout l'extérieur aide à la parole ; la main quelquefois y supplée.
La main et les doigts sont très-utiles à l'orateur, pour dépeindre et caractériser certains Êiits.
Le célèbre Fabius disait que sans le geste des mains, l'action est faible et sans âme. Toutes les autres parties du corps aident l'orateur , mais les mains paraissent avoir un second lan-
La mobilité de la main est très-expressive : c'est de toutes les parties de notre corps la plus riche en articulations et la plus agissante ; cette mobilité était remarquée chez Brizard.
Plus de vingt jointures et emboîtures con-
igo MANUEL THÉÂTRAL.
courent à la multiplicité de ses mouyemens et les entretiennent.
Dans le geste ordinaire , les doigts ne doivent point être trop écartés.
Les doigts ouverts annoncent l'étonnement, l'admiration , la surprise ; il faut y joindre aussi l'élévation de la poitrine , qui se dilate pour recevoir l'idée qui la frappe.
Chez beaucoup d'acteurs , un défaut, c'est de donner au pouce une forme triangulaire y ce qui est disgracieux et détruit l'expression qui pourrait être produite du reste par le mouvement de la main.
On doit éviter, autant qu'il est possible, d'avoir le poing entièrement fermé , et surtout de le présenter directement à l'acteur auquel on parle , dans les instans même de la plus grande fureur j ce geste par lui-même est ignoble ; devant une femme il est impoli , et vis-à-vis d'un homme il est insultant.
Il ne faut point agiter le poignet , même dans les plus grands mouvemens ; ces saccades détruisent la noblesse et la grâce.
Mademoiselle Clairon , en parlant , tenait son poignet un peu hors du bras j cette tenue caractérise bien l'énergie.
Montaigne dit qu'avec la main nous requérons , promettons, appelons, congédions.
menaçons , prions , supplions , nions, refusons interrogeons, admirons, nombrons, confessons , repentons , craignons y vergognons , doutons , instruisons y commandons , incitons, encourageons, jurons, témoignons, accusons, condamnons^ absolrons, injurions, méprisons, défions , despitons , flattons , applaudissons , bénissons, humilions, mocquons , réconcilions, recommandons, exaltons, réjouissons > complaignons, attristons^ desconfortons, désespérons , estonnons , escrions, taisons, assurons y prennons , administrons , grattons , égratignons, racommodons, constraignons.
La pose des pieds entre certainement dans l'action au théâtre ^ et si Tacteur tragique ne doit cependant pas se poser comme un danseur , il nç doit pas noti plus , en outrant l'expression des statues antiques , placer ses pieds en dedans; car , nous Pavons déjà dit, en voulant outrer l'expression, on devient ridicule.