FIGURANS , COMPARSES
Ihtes de V empire dramatique, «Les comparses sont des espèces de machines à face humaine, chez qui l'organisation intellectuelle parait incomplète. Ces automates , qui obéissent à une impulsion donnée , ont le mouvement, mais pas tout-à-fait la vie. Ils ont des yeux pour ne voir que la clef qui les monte ^ des pieds pour trotter au pas accéléré ou se balancer lentement au pas ordinaire ; et des bras pour mouvoir un bouclier de carton
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et une lance de bois argenté. Le malheureux qui s'engage à servir dans les rangs de ces muets à ressorts , qui portent les faisceaux devant Néron ou le palanquin du calife de Bagdad j renonce à la manifestation de toute, volonté. Si Tordre du jour est de marcher, il marche j de combattre , il croise le fer j de mourir , il meurt ^ de vaincre , il remporte la victoire ; mais tout cela , il doit le faire san* intention , sans enthousiasme , sans passion. Qu'il délivre le roi Richard^ ou qu'il frappe un tyran détesté , l'action doit être la même j pour lui , il n'y a que des combats mesurés , des sentimens régularisés par le bâton du chef d'orchestre, des élans calculés par le régisseur. Le comparse reçoit , en retour de son obéissance passive et de son exactitude à l'appel militaire, de vingt à trente sous par soirée. H n'a ni feux , ni congés, ni indispositions , ni représentation à bénéfice.» fDictionn. thédtral.J
Brandes , acteur allemand , parle dans ses mémoires d'une troupe sous la direction de Senerling à Lubeck ; voici une anecdote qui est arrivée pendant une de ses représentations , et dont un figurant fut la cause :
Un premier tragique, nouvellement engagé » devait signaler toute la force de son talent. Cet homme, d'une grandeur démesurée^ était
fortement membre ; sa figure pleine d'expression , et ses poumons d'une force surprenante. Dans sa première représentation , il prouva parfaitement qu'il convenait à son rôle j seulement il y fit un comique quiproquo qui faillit Péri 'faire sortir. Un Roi, dans de pareilles pièces , doit selon l'usage établi , avoir à sa suite au moins quatre soutiens de PEtat, c'est-à-dire des généraux et des ministres ; mais Senerling n'avait dans sa irottpe (jue trois sujets parlans qui pussent remplir ces rôles; car le quatrième et le plus important s'étîiit enfui le matin même pour échapper à ses créanciers. Il se vit donc obligé de le remplacer par un garçon de théâtre , boulanger de bonnç tournure, qui venait d'arriver du Me- Uembourg, sa patrie. Le nouveau Roi, qui ne connaissait pas encore tous ses collègues de vue, s'avança sur la scène en monarque, suivi de ses quatre ministres , et aussitôt que la toile fat levée, il tint à peu près le discours suivant :
« Les dieux tout puissans , qui sur ce globe terrestre , gouvernent tout par leur sagesse étemelle , qui abaissent les grands , élèvent les petits , tirent les rois de la poussière , et les y précipitent de nouveau; ces dieux justes qui ne laissent aucim forfait impuni, ont daigné^cn
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ce moment jeter un regard favorable sur mon peuple et sur moi ^ ils ont abattu nos féroces ennemis , qui portaient partout la terreur et la mort. Ils les ont , par notre valeur , anéantis en partie , et nous ont livré le reste comme nos esclaves. Rendons grâce à ces dieux puissans , pour les bienfaits dont ils nous ont comblés; ils ont animé le courage de nos troupes , et ont couvert de gloire leur chef valeureux. Quant à vous , mon fidèle Zikusamès , dit-il , en se tournant vers le garçon boulanger ( celui d'entre les ministres qui avait la meilleure mine ) y nous rendons grâce à votre prudence et à votre courage héroïque , et nous vous remercions de cet éclatant triomphe, qui affermit notre couronne, et assure désormais le bonheur de nos sujets. Que la récompense soit proportionnée à vos éminens services ! ( alors il se leva , et coiiduisit le garçon boulanger au pied du trône. ) Je vous choisis donc pour partager mon empire avec moi , et vous donne , avec la mam de la princesse , ma fille unique , la moitié de mes états. » Les ministres et toute la suite prêtèrent serment de fidélité au nouveau corégnant , et un bruyant vissât se fit entendre. Le garçon boulanger se laissa tout faire , et ne dit pas un seul mot. Lorsque la cérémonie fut
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achevée , le roi reprit la parole en ces termes : «Eh bien, parlez donc, Zikusarnès- soyez vous-même le héraut de mes propres exploits ; que l'univers entier vous admire avec moi! De quel moyen vous servîtes-vous pour vous assurer le succès ? Ciomment êtesrvous parvenu à vaincre un ennemi si redoutable par sa ruse et par sa valeur? Parlez, nous4anguissons dansPattente.» Le garçon^ boulanger était posé sur son trône dans le plus grand embarras .
«Parlez, continua le foi; ne vous laissez pa& intimider par la majesté royale. Yous, le savez , nous vou& aimons et nous vous htwioïonsj n'ayez donc aucune crainte, et satisfaites à notre curiosité .^ (Après une pause bien longue.) Comme je voi&,,mon cher Zikusarnjàs, çue vous joignez la modestie au courage , celte Diodestie r^ehausse encore l!éclat des services Çue VOU& nous avez rendus j mais une description précise de cette bataille surprenante , .et le rapport des événemens qui la précédèrent , sont, selon, mon avis, nécessaires.. Parlez donc, çt cela aussi succinctement que possible. » ,
ÏaQ garçon boulanger, se voyant ainsi pressé , dit enfin dans son mauvais jargon : « Je ne saurions rien dire , je n'étais pas à la bataille. » Un murmure général , qui s'éleva dans l'assemblée , interrompit la représentation j enfin ,im
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autre ministre prit la parole , et expliqua au roi qu'on avait induit sa majesté en erreur par un faux rapport , et que ce n'était pas ce muet Zikusarnès , m^is lui-même qui avait guidé ses braves légions ; alors il débita de cette sanglante bataille un long galimathias aussi ampoulé que celui qui précède.