FINESSE
Qualité de ce qui est fin y délié ^ délicat , rusé.
Quand un acteur met à peu près dans son action et dans sa récitation toute la vérité convenable j quand il ne laisse apercevoir nulle part le travail ni l'effort , les spectateurs ordinaires n'en demandent pas davantage ^ parce qu'ils n'imaginent rien au delà. Il n'en est pas de même de ceux d'une classe plus éclairée* A leur tribunal, il y a entre le jeu qui n'est que naturel et vrai , et celui qui de plus est ingénieux et fin , ' la même différence^ qu'entre le livre d'un homme qui n'a que du savoir et du bon sens , et le livre d'un homme de génie. Us veulent non-seulement que le comédien soit copiste fidèle ^ mais encore qu'il soit créateur. C'est dans ce dernier point que consistent les finesses de son art.
Ce qui manque dans le dialogue d'une
MANUEL THÉATRA.L. !20I
pièce, se retrouve dans le jeu des acteurs supérieurs. Ceux-ci se distinguent surtout par le talent de peindre des sentimens qui ne sont point exprimés dans le discours, mais qui conviennent au caractère et à la situation du personnage.
Le comédien habile ne croit pas que les finesses de son art se bornent au talent de prêter des ornemens aux ouvrages dramatiques, U tâche encore d'en sauver les défauts. Quand on ne peut mettre de finesse sans nuire à la vériré , il est essentiel de préférer le jeu vrai au jeu fin.
Il ne faut pas non plus employer une fiacsse qui suppose dans le personnage une entière liberté de raison, lorsque le trouble <îui lagite ne lui permet pas d'avoir une certaine attention à ce qu'il fait et à ce qu'il dit.
Entre les finesses, les unes, pour être senties, n'ont besoin que d'être écoutées; d'autres ont besoin d'être vues , et même quelquefois ne sont destinées qu'à l'amusement des yeux. Ces dernières rentrent dans ce qu'on appelle jeux de théâtre.
Finesse dans la manière de dire , finesse dans la pantomime , sont deux grands ressorts du comédien.
302 MANUEL THEATRAX.