GESTE
-dction du corps qui accompagne ordinai-f^fnent la parole , et qui quelquefois doit la précéder.
Le geste est et sera toujours le langage de toutes les nations du monde.
Il faut en général faire peu de gestes j quand la parole suffit, le geste est inutile.
2o4 MANUEL THÉÂTRAL.
Il n'est pas naturel de toujours remuer les bras en parlant:' il faut remuer les bras parce qu'on est animé; mais il ne faut pas pour paraître animé remuer les bras .
Le geste multiplié en petit est maigre ; large et simple , c'est celui d'un sentiment vrai.
Point de gestes rétrécis ou cassés ; quand <Mi n'a plus de gestes à faire , il faut doucement et p^r degré laisser revenir les bras près du corps.
L'âme du bras est dans le coude. Cest dans le coude que le mouvement commence : pour hausser le bras , haussez le coude ; en élevant le coude , vous arrondissez le bras.
Observation essentielle : Le geste est le mouvement du bras, et non pas le mauvement.de la main. Ce principe est bien simple , cependant c'est le plus fécond.
On a observé que les meilleurs acteurs n'avaient qu'une certaine quantité de mouvemens assez bornés qui reviennent sans cesse j est-ce leur faute ou celle de l'art ?
Ce qui rend le geste pénible et gauche , c'est qu'on ne laisse pas tomber son bras à propos , ou qu'on le laisse tomber à tout propos. En cela consiste le lâche et le traînant du geste. Le moins qu'on peut laisser tomber le bras est le mieux.
WAmJEL THÉÂTRAL. 305
Le geste est toujours dans la combinaison delà tête et du bras.
Il faudrait essayer, dans toutes les choses nobles et simples , et qui comportent peu de chaleur , un demi-geste lent et même rare 5 lorsqu'ensuite il faudrait dire quelques morceaux vivement , comme le moindre geste , quelque peu animé qu'il fût, paraîtrait frappait , les oppositions ! Féconomie !
Les mouvemens multipliés tourmentent Tattention du spectateur.
Le geste affectif peint les mouvemens de l'âme.
Indicatifs il exprime la pensée.
Imitatify il s'emploie plus ordinairement dans le genre comique, surtout quand l'acteur contrefait la démarche de quelque personnage^ ou bien ses tons.
Le comédien doit en général user de plus ou moins de gestes de toute espèce , selon le caractère de sa nation. En France, par exemple, J doit gesticuler beaucoup moins qu'en Italie. Il importe d'être ferme sur ses pieds , qui sont comme la base du corps , et de laquelle part toute l'assurance du geste. Les gestes deviennent plus faciles lorsque le corps est incliné'y quand il est droit , si les bras sont longs , on risque de manquer de grâce.
Mole avait beaucoup de petits gestes; mais quelle aisance ! quelle liberté ! quelle grâce ! Ou disait de lui qu'il avait des fusées dans les bras.
Sénèque s'étonne avec raison , de voir les gestes de l'acteur consommé dans l'art théâtral, suivre ( c'est plutôt accompagner qu'il faut dire ) exactement la parole , sans la devancer ni être jamais en retard avec elle , quelle que fût la volubilité de la langue qui l'exprimât.
Avant de rendre par la parole un sentiment , faites-en le geste j c'est presque toujours la meilleure méthode, et c'est ainsi que Baron en usait souvent.
11 peut y avoir de la monotonie dans le geste , comme il y en a dans la voix. Chaque passion a son mouvement ; c'est cemoirvemem qu'il faut savoir saisir. Il faut réserver les grands gestes pour les grands momens.
C'est le besoin qui fait faire usage du geste ; il faut donc que le geste indique quel est ce besoin.
Lessing, auteur allemand, s'exprime ainsi :
<c A mon avis , lorsque le comédien aura appris à imiter fidèlement tous les signes, toutes les modifications du corps , qui , d'après Texr périence , ont une certaine signification , alors
son âme, déterminée par l'impression des sens, se mettra d'elle-même dans une situation analogue aux mouvemens , à l'attitude du corps , ainsi qu'à l'accent de la voix. Le talent d'ac quérir cette imitation adroite par un certain procédé mécanique , fondé cependant sur des règles invariables ( dont on conteste généralement l'existence ) , est la véritable et seule méthode d'étudier l'art du comédien. »
Quintilien interdit sévèrement à l'orateur tous les gestes avec lesquels on imite les objets indiqués dans le discours , et il ajoute que les bons acteurs de son temps se coi^rmaient à cette règle. Il veut que l'on s'occupe moins, dans l'expression, des objets extérieurs que des sentimens qui s'y rapportent , et dont les caractères sont la partie vraiment intéressante du jeu dramatique ou oratoire.
A l'égard des gestes, il faut faire cette double question : Qu'est-ce qui est en même temps !e plus noble et le plus vrai ? Eh bien! parcourez toutes les règles particulières qu'on a données concernant l'action de l'orateur et celle du comédien, et vous trouverez, au grand désavantage de l'art, qu'on s'en est beaucoup trop tenu à la première de ces questions.
Aussi la plupart des règles conservées par
ao8 MANUEL THÉÂTRAL.
la tradition , sur la déclamation théâtrale , n'ont d'autre objet que la dignité , la beauté. » et la noblesse du jeu. De là vient qu'on remarque cette froide élégance, sans âme et sans expression dans le jeu de la plupart des acteurs, de même que les gestes compassés, précieux et manequinés de quelques autres.
Rien de plus significatif que les gestes qui accompagnent l'attitude et la démarche; observez dans le monde l'harmonie étonnante qui existe entre la démarche, la voix et le geste , harmonie qui ne se dément jamais.
Lucien remarque qu'un geste discordant était jugé une faute capitale, et que le proverbe grec, faire un solécisme de la main^ venait originairement de là.
Tertullien , un des pères de la primitive Eglise, dit que ^ les gestes et la déclamation » enchanteresse des anciens acteurs , avaient » tous les charmes que le serpent, qui tenta » la première femme , employa pour la sé- » duire. »
Principe général : Il faut sentir ses mow^e^ mens et les juger sans les voir.
Si l'on fait agir la main et l'avant-bras les premiers, le geste est gauche.
Si le bras s'étend trop vite et avec trop de force , le geste est dur.
Mais lorsqu'on gesticule de la moitié du
bras et que les coudes demeurent attachés au
ccNrps, c'est le comble de la mauvaise grâce.
On est plus Souvent occupé à mettre de la
grâce, de la souplesse dans le geste , que de
l'employer à propos.
Plus on gesticule , moins l'action est noble^ car on devrait toujours laisser échapper le geste comme malgré soi; le spectateur doit croire qu'on ne cède qu'à l'impulsion, aux mouvemens naturels.
Baron avait le geste du rôle qu'il jouait.
Les sages et les héros gesticulent très-peu , parce qu ils doivent avoir le talent de contenir leurs passions ; on lit dans leurs yeux , et surtout on aperçoit aux mouvemens de leurs sourcils les affections qui les agitent.
Eu principe général , quand on écoute , il ne faut faire aucun geste , à moins que l'auteur ou la situation ne l'indique positivement. Quelquefois le discours de l'interlocuteur indique aussi qu'on doit faire un geste.
ufaut souvent écouter et gesticuler des yeux.
Ordinairement, faire un geste pendant qu'on nous parle est une malhonnêteté j c'est couper la parole à celui qui parle; cela ôte de l'intérêt à ce qu'il dit. Dans les cas d'exception , ces
gestes , loin de diminuer l'intérêt du discoi de rinterlocuteur , y ajoutent en donm une action plus forte à son langage , surtc dans les gestes de surprise, d'étonnement, colère.
Tout se lie dans l'éloquence comme dans vaste système de la nature. Un geste h dégradera une pensée sublime , comme un bi geste embellira une pensée ordinaire.
Il y a dans les gestes , ainsi que dans lai gue parlée, un grand nombre de figures surtout de métaphores , soit qu'on chercb peindre ou à exprimer. L'imitation se fait ] des ressemblances fines et transcendantes.