‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 71 sur 131 · PASSIONS · texte numérisé non relu

PASSIONS

Mouvemens de Vdme^ affections violentes.

Les penchans, les inclinations, les désirs, les aversions poussés à un certain degré. de vÎTacité , joints à une sensation confuse de plaisir ou de douleur, forment les passions. Elles vont jusqu'à ôter tout usage de la liberté. C'est rétat où Tâme s'est en quelque manière rendue passii^e-^ de là le nom de passion.

Aucune passion de l'âme n'est visible comme telle , mais seulement en tant qu'elle agit sur les parties visibles du corps.

Chaque passion a son mouvement , et c'est Ce mouvement qu'il faut savoir saisir.

«c Si les hommes, dit Leibnitz ( Essai sur Tentendement humain), voulaient examiner da. Avantage avec un véritable esprit observa- ^^xxx les signes extérieurs de leurs passions y le talent de se contrefaire deviendrait un art moins facile. »

Cependant l'âme conserve toujours quelque pouvoir sur les muscles; mais elle n'en a au- ^'^ sur les sens, suivant Descartes fPassio-

^^^ animœ , art. 1 1 4 ^ ^^ P^^^ ^^tte raison , la pâleur et la rougeur subites ne dépendent pas, ^^ presque point, de notre volonté. (Voyez ^^ieur.)

520 MATVUFX THÉÂTRAL.

N'espérez pas exprimer les passions par 1 seul cflbrt de la yoix. Beaucoup de gens y ei s'agitant et en criant, ne font qu'étourdi Pour réussir à peindre les passions , il fa étudier les mouvemens qui les inspirent

Longin , en parlant du style , dit qu'il n^ a rien de si choquant qu'une passion exprim avec pompe et par des périodes réglées; qu'c doit retrancher l'ordre et les liaisons. Ce observation peut s'appliquer à l'expressiczDj du jeu chez l'acteur. Par exemple , on renL «ie plus sûrement l'ame du spectateur par iime douleur concentrée , que par une douleur étalée.

La passion n'admet point en général les images ; elle supposerait dans l'orateur une attention qu'une émotion vive ne permet pas d'avoir ; c'est par cette raison que la description du monstre a été justement critiquée dans la Phèdre de Racine/*

La physionomie en mouvement est un tableau varié et vivant , où se peignent avec autant de force que de délicatesse , toutes les sensations du cœur , toutes les opérations de l'esprit. L'homme jouit, souffre j il veut , il désire , il entre en fureur j il hait , il aime j il craint ou brave le danger. Toutes ces émotions , tous ces sentimens, sont exprimés sur son visage;*

chaque motitemeiit^e Tàme «st reiid|i pas km fixait 9 cha<|Ue action par au caraetère Vident l'impression est impérieuse > involontaire y ';et peint au dehors , par de^ signes pathétiques ^ les images de nos secrètes agîtatioxis.

L'observation de cette physionomie en mou* vement est une des parties principales de rhistoire physiologique des passions.

Sa variété et son étendue dans l'homme dépendent de la structure admirable de la face , dont les moyens d'expression répondent à la quantité innombrable des affections et des pensées. ^

£n effet non-seulement chaque partie ^ oha-^ que région du visage prend un caractère dans les passions; mais des muscles isolés et délicats, ta assemblage de vaisseaux ,. de fibres , de ûerfis qui semblent avoir quelque chose de |a mobilité de l'esprit et de la délicatesse du sentiment , obéissent séparément À chaque émotion , et l'expriment avec autant d'énergie que de fidélité.

tes passions, considérées relativement à leurs effets physiques et àleuf e^^ession, sont^ I® consuls wes et ctii^es {^spa&modiquesy^ ^^ oppressées 'y 5° eûùpanswes ^ c'est-à-dire accompagnées d'un dottx épanouissement et d'une heureuse dilatation dans tous les organes^

Les opérations de l'esprit doivent occupe un tableau séparé , et ne pas être confondues, même sous le rapport de l'expression , aye les affections morales.

Il faut donc étudier successivement dax leurs rapports avec la physionomie , les pa^^i sions convulsives et farouches, les passion oppressives j les passions expansiyes et \i opérations de l'esprit.

FASSIONS GOHTVLSITBS.

La crainte , la frayeur , les combinaisons i les modifications variées de ces deux sentimen — la fureur en général; — la fureur d'u être fort , et celle de l'homme faible et pusiJ lanime; — celle d'un idiot; — la fureur avfi épuisement ; — la douleur couvulsive.

PASSIONS OPPRESSIYBS.

Les passions oppressives et concentrées son' accompagnées d'un resserrement pénible j ov^ dirait que le principe du sentiment abandonner la surface du corps , et se retire dans la circonférence vers le centre. Le pouls alors est petit , serré ; la peau se décolore ; la région du cœur est douleureuse ; quelquefois il y a firis'-

MANUEL th:éàtiial. SqlS

son, palpitation^ tremblement et angoisse. Le repentir de la faiblesse ; — le remords du crime ; — la douleur concentrée j — l'affliction; — la mélancolie et la tristesse profonde d'une femme qui embrasse un monument funéraire : — une tristesse pleine de hoblesse et de fierté ; — une tristesse extrême avec s tupeuTj — une douleur avec défaillance et une douleur avec résignation.

PASSIONS EXPAKSIYES.

Attendrissement ; — pitié j — r clémence ; -^ désir; — espoir ; — amour et son recueilleïnent mélancolique dont l'expression est si tendre ; — dévotion,, qui est aussi une espèce de tendresse et d'amour; — piété ; -^. ferveur; — contemplation; — extase.

Engel , Lebrun , Larive et d'autres écrivains ont, en définissant les passions , donné d'excellens principes pour les exprimer.

Voici l'analise de quelques-unes de. celles qu'on exprime le plus souvent au tliéâtre i ^t d'où découlent d'ailleurs toutes les autres.

il y a un genre de sentiment agréable cpi^^il est souvent très-important à Tacteur d'exp^^ îiner par ses gestes et par le jeu de sa physû nbmie. Cest Y oubli de soi-même , cet éclia] dé notre moi contre un autre moi, qui no édentifie avec une volupté intellectuelle, si douce au personnage d'un caractère noble^ élevé et mis à l'épreuve par de grands malheuLTS ou par des actes de courage. La vénération et l'amour , l'amitié et son héroïque dévouemezic naissent souvent dans ces circonstances; min mouvement j une acûon soudaine et qui pemnt une vive sollicitude , ofirent des gestes dox^t l'emploi bien entendu , produit quelquefois effet bien touchant à la scène. Ces traits quLi quefoissi simples, supposent dans Tacteur grande connaissance du cœur humain et signes les plus propres à en montrer les affêi tiohs les pli^s touchantes.

Beaucoup de jeunes acteurs confondent dan^^ l'expression au théâtre l'amour vrai avec Ta-

MAIfUEL THÉiTfiAI^. Jb5

mour séducteur; il est impéitàaè de les ^distal- -guer. '..il' *j'>''r^*» ^kî-:

Le premier prend sa source èâ!^Fftiiiè;s^ développemens sont d^autai^t ptus^ùi*^^^ ^^'il n'emploie ni Pafieterie, ni la ma^ièrei^La sensibilité est sa seule éloqueïi^cie. Le véritl^te amant jouit de la pensée, de son re^àrà. I/âmis et les sens, le physique et le moml , fCJut se réunit et se fond dans le même sënt,i«06nt. >' -

L'amour ne devrait s'exprimer an théAtre gue comme un sentiment exquis de râtrië' qui lie doit jamais faire soupçonner ses effets pïïysiejues. ' !

L'expression des désirs ne doit pas être con- ^Ondue avec celle des passions, et' lé délirç de *^ tête ou rirritation dçs §èns, avec les tè^idr^ ^^ntimens du cœur.

ISÎmottr stwflV.

Les mouvemens de cette passion ,;lor^^'e^é ^st simple, sont fort doux et simples; carie front 5era uni, les sourcils un peu élevés du côté où se trouve la prunelle , la tête inclinée vers l'objet qui Cçiuse 4a l^i^mo^r ; les y^u3^ peuTent être médiocrement ouverts , le blanc de;, VoU fort vif et éclata^ut, là pruueUe d^cei^ci^t

3a6 MANUEL THÉÂTRAL.

tournée du côté où est l'objet , elle paraîtra n peu étincelante et élevée ; le nez ne reçoit ai cun changement , de même que toutes les pa tîes du yisage, qui, étant seulement rempli* de l'esprit qui les échauffe et qui les anime rendent la couleur plus vive et plus yermeiU et particulièrement à l'endroit des joues des lèyres;. la bouche doit être un peu e: tr'ouverte et les coins un peu élevés; les lèvi paraissent humides, et cette humidité peut êl causée par la vapeur qui s'élève du cœur. (L brun.)

Dans l'amour, l'expression est souvent co; pliquée de celles de plusieurs émotions qui rattachent à cette passion.

Quand l'amour est seulj c'est-à-dire qua: il n^est accompagné d'aucune sorte de )oi ni désir , ni tristesse , le battement du pot est égal , et beaucoup plus fort et plus grai que de coutume ; on sent une douce chalei dans la poitrine, le front est uni, les sourcils n peu élevés du côté on se trouve la prunelle.

?^mottr accotn|Ktgn^ ^^ hinu

Le désir qui n'abandonne guère^ Famoui rend les sourcils pressés et avancés sur l yeux, qui sont plus ouverts que dans Pétat h

bituel. La prunelle enflammée se place au milieu de Tœil , les narines s'élèvent et se serrent du côté des yeux , la bouche s'entr'ouvre et le teint est vif et animé.

Voltaire dit que l'amour est de toutes les "passions la plus forte , parce qu'elle attaque à la fois la tête , le cœur et le corps.

Quand l'amour n'émeut pas , il refroidît.

Le désir est une agitation de l'âme , causée par les esprits qui la disposent à vouloir des choses qu'elle se représente lui être convenables : ainsi^ on ne désire pas seulement la présence du bien absent , mais aussi la conservation du présent.

Dans le désir, les bras sont étendus vers l'objet que l'on désire ; tout le corps peut s'incliner de ce côté-là, et toutes les parties pa- ^^îtront dans un mouvement incertain et inquiet.

^dlxMy )cAomxu

La haine est une émotion causée par les esprits qui incitent l'âme à vouloir être séparée

3a8 MANUEL THÉATEAL.

des objets qui se présentent à elle comme îv^r^ i }/k^ visibles. odi^

La haine et la jalousie ont de grands rap — 1^ ^ ports entr'elles; leurs mouvemens extérieur-^ ;.. . ^ sont presque les mêmes. '

L'une ou l'autre de ces passions rend le fron^ti ridé , les sourcils abattus et froncés , l'oeil étitzM.celant, la prunelle à demi cachée sous l^s sourcils tournés du côté de l'objet; elle do^t paraître pleine de feu aussi bien que le bla]ZM.c de l'œil et les paupières ; les narines pâles , o^u.vertes, plus marquées qu'à l'ordinaire ^ retira ^s en arrière, ce qui fait paraître des plis joues; la bouche fermée en sorte que l'on que les dents sont serrées ; les coins de la baiJL— che retirés et fort abaissés; les muscles d^- -^ mâchoires paraîtront enfoncées ; la couleur visage , partie enflammée , partie jaunâtre; lèvres pâles ou livides.

Lorsque la jalousie est dissimulée et concentrée , une pâleur livide et sombre couvre visage ; telle doit être l'expression de Mithridate dans la scène où il arrache le secret de Monime. D'André Bardou^ qui a fait cette re- ' marque, ajoute que la révélation du secret "^ change entièrement la physionomie du monarque jaloux; que le trouble, le désespoir, la -^ fureur, doivent couvrir subitement son visage - ^

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de teintes plus enflammées ; changemens qui arrachent h la malheureuse princesse , qui s'est trahie , cette exclamation si naturelle :

• . . . Seigneur , vous changez de visage !

La colère est une agitation turbulente excitée par quelque circonstance qui nous blesse dans ï^os intérêts ou dans nos affections , et par la- SpAelle Tâme se retire en elle-même pour s'éloigtier de l'injure reçue, et s'élève en même temps Contre la cause de l'injure afin de s'en venger. Dans la colère tous les mouvemens sont grands et fort violens , et tautes les parties du Visage sont agitées; les muscles doivent être fort ^pparens , plus gros et plus enflés qu'^à l'ordinaire, les veines tendues et les nerfs de même. La colère donne de la force à toutes les part.ies extérieures du corps; mais elle arme principalement celles qiui sont propres à attaquer, à saisir et à détruire.

Dans une passion dont les effets deviennent si facilement hideux et dégoûtans , il faut que l'acteur se garde , plus que dans toute autre affection de l'âme, de l'outrer,, ou même d'y mettre trop de vérité.

Nous nous sommes étendus sur cet article relatif aux passions, parce que c'est à les peindre

33o MANUEL THÉÂTRAL.

et à les exprimer avec vérité qu'on doit s'applk^ ^ quer surtout au théâtre. Leur étude est doi^^o une des choses les plus nécessaires et en mênn^e temps une des plus difficiles ; et jamais on deviendra grand acteur, si Tonne médite co tinuellement et profondément sur les sujets inépuisables d'observations qu'offrent les paissions humaines.

PEINTRES JL itïTùlEK POUR l'eXPRESSION DE. FÀ9SIOV9 •

Le Titien. Pour la noblesse du stjle , le naturel el le

sublime de Texpression , les yisages voluptueux. Il existe k Dusseldorf un portraîK de ce peintre, qui est un chef-d'œuTre prescfu^ incomparable de naturel et d'expression.

Michel-Ange. Pour les caractères énergiques , fiers ,

daigneux , sërieux, opiniâtres, învincîblcf Guide L'expression touchante d'un amour trar^^^^"

quille , pur , céleste.

Fureur, force i ivrognerie, tous les exe

du vice.

Vandeawerf. Physionomies modestes et souffrantes.

Composition simple , profondeur dans pensées , le calme de la noblesse , u sublime inimitable. Raphaël ne saurait être assez étudié; mais ce n'est que dans le grand genre : il est absolument inimita ble dans les attitudes qu'il a su varier ar un art infini et toujours arec la même noblesse. Ses ouvrages mériteraient , pour celte raison seule , une étude approfondie L et un commentaire particulier»

Rubbns •

knDm

;ittonûOi

Imif oE

Raphaël .

Le Poussin

H • • • Richesse inexprimable dans les scènes comiques ou morales de la vie. Personne n'a mieux caractérisé les physionomies basses , les mœurs crapuleuses de la lie. du peuple > les charges du ridicule y les horreurs du vice.

Doirw. Caractères bas et fripons ; physionomies qui

expriment l'attention.

ÔON. . Expression de V ironie, A • . . Passions violentes.

. . • . Les mendions, les filous, les bourreaux.

C'est aussi le genre de A. Bàth.

OLTIUS. ) c • * • 1 1

I dujets comiques et bas , paysans, valets.

(Même genre ; ils y ont excellé. On trouve aussi chez eux des physionomies pleines de noblesse et d'un sublime vraiment apostolique.

ND • . Passions du petit peuple.

BE ( Annibal). Comique et charges de toute espèce.

II présentait le caractère en peu de traits*

nECKi. Seul vaut toute une école. Ses enfans , ses jeunes filles, ses mères de famille, ses valets sont admirables. Chez lui chaque vice a ses traits caractéristiques , chaque passion les attitudes et les gestes qui lui conviennent. Il a étudié, en observateur habile, tous les rangs de la société.

iNBERG. Ridicules de province.

''âge. • Ses bacchanales , ses physionomies gaies et

voluptueuses.

às . . Est le peintre delà fureur , de la douleur ,

des grands effets de la passion.

BRT . . Attitudes qui marquent l'abattemenU .

ScBUJTTBft

FUSSLI

Mengs < Wbst .

LCBRUS

CarsctërÎBeà raenreille la sonflfirtnce dans X^s grandes âmes.

( Tètes gravées à Peau forte par Node. ) Genre gigantesque. Son génie s'exerce sur des caractères énergiques ; il peint à grands traits les effets de la colère , de la frajenr et de la rage , toutes sortes de scènet terribles.

Goût , noblesse , harmonie , calme.

Noble simplicité , calme , innocence.

Toutes les passions se trouvent riunietdiBS ses yeux 9 ses sourcils et ses bouches*

U faut joindre aux observaiions tirées de l'étude de ces grands maîtres , celles que fournissent aussi tous nos chefs -d'œuvre modernes • Les productiofis des artistes célèbres sont uol^ mine inépuisable, riche et variée, où Ton puis« le goût du vrai et du beau.

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