PALEUR
Absence apparente de la circulation du sang dans la physionomie.
La pâleur naît de la peur , du saisissement ; de Tefiroi j le sang n'arrive plus aloris dans les vaisseaux capillaires de la peau du visage; l'expression exsanguis des Latins définit bien la nature physiologique de ce caractère. Dans. la tristesse , la haine et la jalousie , la décoloration a une autre cause; elle vient d'altérations
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plus profondes 9 moins passagères et liées à un dérangement dans les fonctions du cœur et de l'estomac .
11 est impossible au théâtre de pouvoir pâlir subitement : cette difficulté, suite de l'expression du poète ^ comme nous l'avons déjà dit à l'article Illusion^ nuit souvent à Teffel théâtral.
On prétend que Baron pâlissait et rougissait tour à tour dans ces vers de Cinna :
£t dans un même instant , par un effet contraire , Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère.
Ce fait peut être vrai; mais certainement, s*il avait fallu faire l'opposé , c'est-à41re rougir et ensuite pâlir ^ nous pensons que ^ malgré son grand talent , Baron n'aurait pu y paryenir.
Le moyen de pâlir est de se bien pénétrer de la situation dans laquelle on se trouve : alors ou ressent naturellement l'effet que produirait cette situation même, si elle existait; mais cela ûe peut arriver que dans un moment d!inspiration , et les momens d'inspiration portés à ce point , qui n'ont lieu ordinairement que chez ^^s grands acteurs , sont encore malheureuse- ^ni très-rares.
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PilROLE.
Son articulé; faculté df exprimer ses idées,
La parole est un assemblage de sons de L voix que les hommes ont établis pour être le signes de leurs pensées, et qui, par conséquent ont la force de réveiller les idées auxquelle ils les ont attachés. Elle est l'écho du senti ment.
La parole simple et unie fait entendre 1 pensée ; mais la parole véhémente communiqu les sentimens.
U est important de bien marquer la distinç tion qui existe entre l'âme des paroles et lec corps , cWt-à-dire entre ce qu'elles ont de C03 porel et entre ce qu'elles ont de spirituel. La ps rolp est un tableau de nos pensées ; avant qa de parler , il faut vdonc former dans notre espri le dessin de ce tableau.
Saint- Luc y dans son évangile, chap. 4 » dît cf La manière d'enseigner de Jésus-Christ rem plissait d'étonnement, parce que sa parole étai accompagnée de puissance et d'autorité, j»
Il n'est pas besoin de s'étendre pour prou ver l'influence de la parole , même simplemeo considérée comme son, sur l'esprit hupiaîll Nous remarquerons seulement qu'elle perd u] de ses grands avantages, par la négligenc
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qu'on apporte en général dans la prononciation; cette éloquence extérieure, comme Tappelle Cicéron , qui est à la portée de tous le;s auditeurs , parce qu'en ne parlant qu'aux sens eOte les séduit et les éblouit, (Voyez Prononciation,)
PilRTERRE.
Partie d'une salle de spectacle située entre l'orchestre et l'amphithéâtre.
Le parterre est pris ordinairement pour la masse du public. Tantôt sévère à l'excès , tantôt indulgent jusqu'à la faiblesse, mais le plus souvent juste et bienveillant^ ses arrêts redoutables décident du sort de l'auteur et de l'acteur. Aussi est-ce à captiver cet arbitre souverain des destinées théâtrales qu'on doit s'appliquer particulièrement. Il faut plaindre le comédien qui, malgré ses eflforts et quelquefois même malgré ses talens , est assez malheureux pour provoquer les rigueurs du par- ^^rre. En dépit de la protection des loges et ^^ balcon , il succombe cous les marques d'im- Pï'obation de la partie agissante des spectateurs, x^^'il ne se décourage pas cependant , car ^^Us ne nous lasserons pas de le répéter, Tac- ^^Ur qui a véritablement du talent finit tôt. ou
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tard par obtenir la justice qu*il mérite et par recevoir des applaudissemens qui lui font oublier la rigueur avec' laquelle on avait aGcaeilU ses premiers essais.
Il serait peut-être permis dé prolester contre cette espèce d'omnipotence que s'est arrogée le parterre , à l'exclusion de certaines partie» de la salle, composées de spectateurs aussi éclairés. En y réfléchissant un moment, on pourrait en trouver la cause dans ce préjugé qui défend les démonstrations à la partie du public qu'on appelle comme il faut '^ en effet « on sait qu'il est de mauvais ton de siffler eu d'applaudir y comme s'il y avait de la honte à rire et à pleurer comme les autres hommes » et à montrer qu'on a une âme et des sens. On ne peut trop déplorer cette manie qu'on a en France , plus que partout ailleurs , d'affecter l'insensibilité , et de se faire violence pour coxor primer les sensations les plus douces et les plus naturelles. Par là on se prive de véritables jouissances ou l'on étouffe les sentimens géné-« reux , et en voulant montrer du caractère , on n'est que ridicule* Ces stoïciens de bon ton devraient se rappeler le grand Condé pleurant en entendant réciter les vers de Corneille ; c'est l'une des époques les plus glorieuses pour 1' prit humain.
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*^ I Au résumé , on n*a que trop réussi à propagei^
^ I cette froideur et celle inseisibililé factice qui " [ découragent l'acteur et font les mauvais plaisans. Les momens d'enthousiasme sont passés au théâtre ; nous ne sommes plus au temps où Voltaire criait au public : Bravo! jéthéniens! c'est du Sophocle. Maintenant il n'y a plus d'Athéniens , mais aussi il n'y a plus de Sophocle.
On a prétendu que les banquettes placées aux parterres des théâtres de Paris avaient contribue pour beaucoup à ce changement. Ayant '^ît asseoir le parterre, il est tombé dans la 'ét.îiargie. Et à la lettre, étant assis vous n'ête3 plus ^Vi par-terre. i
La communication des idées et des sentimens '^^ se fait plus sentir j l'électricité est rompue, ^^^puis que les banquettes ne permettent plus ^-Xix têtes de se toucher et de se mêler. Anbis un enthousiasme incroyable l'animait, 1 l'effervescence générale donnait aux pro- Inctions théâtrales un intérêt qu'elles n'ont >lus*
Cependant cette opinion a trouvé beaucoup ^3e contradicteurs , et la question est encore indécise.
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Regarder le parterre fixement, dans certaim momens comiques ou tragiques , produit di l'effet; mais il ne faut pas paraître le faire avec intention.
M. Théaulon, auteur de V Indiscret j comédie en vers et en cinq actes , qui fut jouée dea: fois au théâtre de FOdéon, dit dans la préface dsa pièce qu'il a fait imprimer : « Voltaire a écrî que le parterre de nos théâtres était un com posé du singe , de l'âne , du perroquet et d. serpent ; je suis tenté de croire que la politiqci y a mis un peu du tigre. » -.
Malgré l'autorité que, dans cette circons tance devrait avoir Voltaire , et malgré celli de M. ïhéaulon, qui parait vouloir rençhérii encore , nous ne pensons pas que les parterrei| de nos théâtres méritent d'être dé&nis de la sorte ; car enfin s'il fallait s'en tenir à cet égard au jugement du philosophe de Ferney » et Jt celui de l'auteur de V Indiscret de 1825, mi homme paisible , en entrant dans un partenre^ pourrait redouter à tout moment la griffe du tigre , le dard du serpent ou le coup pied de l'âne , etc.
MANUEL THÉÂTRAL. SlQ