‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 88 sur 131 · REPOS · texte numérisé non relu

REPOS

Interruption dans le débit.

C'est ainsi qu'on doit définir ce mot, par rapport au théâtre.

MANUEL thjUtral. 585

U y a. des rôles ou des paasiiges de rôles hors ' nature, que l'on né. pourr^iit pas:îoil^..$î l'on ne disposent ou $1 l'on âe classait p^sidla* vance des.xeposj nous disons hor^ n^tttte, paroe que les événemeos quie ces rôles r^pré* sentent, quoique réels y nô sont pas àr):iyés dans l'espace de deux heures, que dure ordinairement uue pièce de théâtre.

Il faut marquer les repos avec justesse ^ ils sont nécessaires à ceux qui écoutent pour ^^mprendre; ils le sont à celui qui parle pour^ne l^s s'épuifer. ,. )

Ne point distinguer les sieins par des im^rvalles suffisans , et s'arrêter pour reprendre jhar leioe quand l'esprit de l'auditeur est.^ti ,s)is-r pens, sont les moyens de rendre inintelligibles les discours les plus clairs.

La règle du repos est une des plus incoiwufis pour les comédiens : ils. pèdiient presque tou^ par là; il semble qu'ils prennenC: à lêitkA dg s'arrêter à chaque fin de vers , ce qui i*eypf<>di|ii toujours à l'oreille une ressemblance cbQEqi%fù:^te»

Itharmatiie du dé^it dépend totalement ? du ^pas ou de la respiration à propos^ . > i i .

Un très-grand avantage qu'on tiiie du repc»

î^^ l'on prend en récitant , cîest de trouver des

^^^xiûTis vraies ^ c'est de se péiiétrer davàn-

'^S^ : dn allant vite on ne peut point penser

à ce qu'où va dire, doue ou ne peut pas dire bieu ; en prenant des repos vous captiva facilement l'attention du spectateur.

Takna excelle dans l'art de prendre ses repo s il est très-long pour dire quinze versj mais c^< pendant il n'ennuie pas.

REPRÉSENTATION. ( première )

Exposition devant le public d'une pièce m^Ms velle.

C'est une chose fort agréable qu'une prc^ mière représentation : on y voit des états-g-é néraux en miniature, des cabales, des gen^ qui crient , un parti qui accepte , un parti qu:^ refuse, de la liberté, et surtout beaucoup de cri-—' tique y chacun jouit du liberum veto^ Ëngénéral, on ne doit pas s'en tenir aux délibérations d'ane première séance ; on ne juge bien des ouvrages de goût qu'à la longue , et même , dans des choses plus graves , on peut voir que le public n'a jamais jugé qu'avec le temps.

Les jours de première représentation peuvent être comparés aux assemblées du peuple; on ne sait jamais si on couronnera son homme ou si on le lapidera.

Le succès d une première représentation est presque toujours dans les acteurs ^ et lorsqu'on

baille à une première représentation , c'est un naal dont on ne guérit jamais.

Pourquoi faut-il toujours que les opinions politiques viennent se mêler aux sciences et aux arts; comme s'il s'agissait, dans le jugeïneiit qu'on doit porter sur une œuvre de littérature ou sur une pièce de théâtre , du sort d'un empire , ou de la paix ou de la guerre? Eh! qu'importe, quel soit l'auteur d'un bel ouvrage! ^ue doit importer aussi aux sa vans , aux arlistes, dans quelles sources ils puiseront tout cq ^^î est beau, tout ce qui doit les éclairer! Le ^^vant , l'artiste est le citoyen du monde en- ^*^r;ilne doit connaître et n'envisager jamais S^Ue les objets de ses études.

Il est reconnu généralement dans les beaux- ^ï*ts , et surtout dans ceux d'imitation , qu'wAi ^en peut quelquefois tout gâter. Cette vérité s'applique aussi aux premières représentations. Car on ne peut pas plus compter sur le succès d.'une pièce nouvelle que sur la vie. Un bon înot, une plaisanterie dite à propos suffisent pour amener une chute.

A la première représentation de Sémiramisjle théâtre se trouva tellement obstrué par la foule, cju'à peine les acteurs avaient-ils une petite çlace sur l'avant-scène • au moment de l'ouverture du tombeau de Nînus , placé sur le

côté du théâtre , la sentinelle se mit à ci très-haut : « Messieurs, place à l'ombre, >i vous plaît , place à Tombre ! »

Cette naïveté manqua d'occasioner la d:

de la pièce .

Dans une circonstance à peu près sembla une comédie tomba , parce qu'un plaisant mit à crier à l'arrivée d'un laquais qui s*el çait de traverser la foule en apportant une tre : « Place au facteur! m

Lorsqu'on donna le Roi Léar pour la ] mière fois , au moment où il prononça cal mistiche :

J*ai besoin d'être père. . .

une dame s'écria vivement : « Ah ! fi ! que < indécent ! »

A la première représentation des Ahdir comédie de Moncrif, jouée en 175a, un tant avant le lever du rideau, le parterre vo; un abbé placé au théâtre dans les pren rangs , se mit à crier : A bas ! M. Tabbé , à 1 L'abbé resta tranquille en dépit des clame mais comme on continuait à le huer ^ il se 1 et s'adressant au parterre : <r Messieurs , dii depuis qu'on m'a volé une montre d'or en y compagnie , j'aime mieux qu'il m en coûte place au théâtre, que de risquer encore me

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batière. » Les huées se changèrent en applaudissemens , et M. Tabbé reprit sa place.

Cette anecdote prouve bien qu'avec de l'assurance et de la présence d'esprit, on peut se tirer d'un mauvais pas avec le public, toujours focile à désarmer par un mot plaisant. Tout le ïnonde connaît la réponse de l'abbé MaUry , dans ^ue circonstance un peu plus tragique , réponse ^ui lui sauva la vie.

J.-J. Rousseau venant d'assister à la représentation de X Amant de lui-même^ pièce qui ïi'eut point de succès , entra dans un café voisin de la comédie , et dit tout haut au milieu d'une foule de monde : «f La pièce nouvelle est tombée; elle mérite sa chute. Elle est de Housseaude Genève, et ce Rousseau, c'est moi. » Ce trait original peint bien le caractère de * l'auteur di Emile.

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