‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 95 sur 131 · SENSATION · texte numérisé non relu

SENSATION

Impression que Vdme reçoit parles sens.

Les sens sont rigoureusement les instrumens de l'âme.

Tout entre dans l'espru par la porte des sens.

4o6 MAMJEL THÉÂTRAL.

La vivacité des sens et des sensations , Ja faculté de les rendre avec vérité , donnenL ce i tact fin qui choisit le trait important d'un oh^jet a pour le caractériser , et les couleurs pour Je h rendre frappant. ;^

Raidissement et désespoir sont des mots qui ^ désignent le plus haut degré des sensations f agréables ou désagréables. ^ ;

Descartes diflingue expressément les sens»- \ lions corporelles des passions de l'âme. |

Les sensations d'un esprit posé n'éclater:^^ point par des signes violens ; celles d'un espr :*^ grossier se déclarent par des grimaces , et rm^^ sauraient convenir par cette raison à Vécot^^ de l'artiste.

Une expérience singulière m'a fait conna "^^^^ \ tre jusqu'où peut aller l'influence de la sobrié^*^ sur les sensations : les plus vives que j'aie pei^^^' être éprouvées de ma vie se firent sentir dansi^d^ moment où je ne prenais de nourriture que*^^*® qu'il en fallait pour ne pas mourir ; c'est à Tép^- '^ que de mon voyage à Saint-Domingue , lorsq^i^^^® nous n'avions que huit onces de biscuit p. -^^ 24 heures. Je n'ai jamais eu l'imagination pi -^ vive et plus active que dans cette position, sw^^^' tout dans mes rêves. J'ai toujours pensé dépu^^w, et j'ai souvent éprouvé, que le régime, sans êtr::::^^ poussé jusqu'à ce point , porte à l'âme et kV

MANUEL THÉATRAX. 4^7

prit une sensibilité exquise que Tabus des alimens détruit. La sobriété n'influe pds seulement sur la tranquillité et la douceur du sommeil ; la netteté des pensées , la vivacité des sensations , une expression pure et facile en sont les suites nécessaires. Le physique ayant un rapport direct avec le moral , il est prèsqu'impossible de disposer facilement du dernier, lorsque *e premier est absorbé par la quantité des ali- ^ens, ou par leurs qualités irritantes. {Larivé)

SENSIBIUTÉ.

Qualité de ce qui est sensible aux impressions.

Le principe sensitif^ la base et V agent conservateur de la vie, le plus beau , le plus singulier phénomène de la nature.

Point de sensibilité sans détails. Celui qui croit provoquer sa sensibilité par des efforts et des éclats, n'en aura jamais; quand le cœur parle , la poitrine , la tête et toutes les fibres de l'organisation lui sont subordonnées , et ne lui fournissent que les moyens nécessaires à son explosion ; mais quand la tête seule veut remplacer le cœur, elle le comprime et l'étoufFe.

L'énergique agit successivement et par de-* grés; le sensible frappe sur-le-champ.

4o8 MAHUEL THÂATJftiUL.

SefnsibiHté^ en morale, disposhîoii tendre délicate de l'âme qui la rend facile à être émni

Geoffroy a dit de mademoiselle Duchesnoy ■ ^ Elle émeut par un secret bien simple quoiquai bien rare , elle est émue eUe-*mème y elle fa. ? pleurer parce qu'elle pleure; c'est son ccesïïmm qui parle et tous les cœurs l'entendent. C'est m la nature qu'elle doit cette facilité à s'affecter^ de passions étrangères , à s'identifier par imagination avec son personnage. Les plus ignorans expriment bien la passion qu'ils ressentent ; mais se péiaétrer des intérêts et des passions d'autrui , peindre avec vérité des sentimens fictifs et des situations imaginaires, voilà ce qui fait le génie des comédiens et des poètes. »

Dans le chant cinquième du poème de Vlma^ gination , Delille dit en parlant de La FùOir taine :

Quel instinct enchanteur ! quelle simplicité ! Il ignore son art , et c'est son art suprême ; 11 séduit d'autant plus qu'il est séduit lui-même^

U y a des acteurs et surtout des actrices , qui sont maniérés jusque dans les momens d'expansion et de pathétique. Alors ce n'est plus sensibilité, c'est de la sensiblerie. Geinota été jeté heureusement dans notre langue par le docteur Gall.

MA;lifU£L THÉÂTRAL. 409

SENTIMBirT.

udffeciion de Vâme , perception des objets par ^^s organes des sens.

Les sentimens en poésie, et particulièrement ^ans le poème dramatique» sont les pensées ^^l'expriment Ie« personnages , soit que ces P^iisées aient rapport à des matières d'opinion , ^e passion, d'affaires, ou de quelque chose semblable. Les mœurs forment l'action tragi- S^Ue , et les sentimeus l'exposent en découvrant Ses causes, ses motifs, etc. Les sentiment sont ^xix mœurs ce que les mœurs sont à la fable. t>ans les sentimens, il faut avoir égard à la nature et à la probabilité. Un furieui, par exemple , doit parler comme un furieux ; un amant comme un amant j et un héros coinme lin héros. Les sentimens servent beaucoup à soutenir les caractères.

Tout sentiment, dit Corneille, qui n'est pas

à sa place, sèche les larmes qu'une situation

attendrissante faisait couler.

Un acteur qui manque de sentiment n'est

regardé que comme un déclamateur.

Le sentiment se tait ,011 sait bien s'exprimer. L'actrice doit le peindre et non le déclamer.

Ce qui tient au sentiment est fondé sur une.

4lO MANUEL THÉÂTRAL.

base inaltérable : le cœur de rhomme est pa tout essentiellement le. même; le sentime aura donc partout le même caractère et même expression. La scène qui fait cbuler d larmes à Paris arrachera des pleurs parto où elle sera jouée.

Le sentiment dans une scène dialoguée presque toujours, dans un des interlocuteurs de ce que dit l'autre ; sans cela tout est froicf tout est sec, rien n'est senti.

Les acteurs sont trop souvent portés -à exa gérer les sentimens qu'ils n'éprouvent pas.

Mademoiselle Clairon disait de inademoiseUe Dumesnil , que le sentiment de la nature rendait presque toujours sa voix sublime.

Il n'y a dans chaque individu qu'une certaine quantité de chaleur et de sentiment, qui divisée et répandue sur toute l'habitude du corps , a beaucoup moins de force et d'énergie, que si tout était porté et rassemblé sur une seule partie.

Vis unita forlior.

S'il est vrai que les hommes , comme ledit Rousseau , naissent plutôt méchans que bons , les sentimens les plus faciles à exprimer se^ raient donc ceux de la colère, de l'ironriic , etc.

Si Ton veut arracher à la nature des effcnrts

MANUEL THÉA.TRAL. ^Vl

extraordinaires, il faut moins songer à toucher les sens , qu'à agir sur le sentiment.

On est frappé du sentiment que la supé- ^'îorité de l'esprit produit dans Tâme.

Presque toujours les choses nous plaisent et ^Ons déplaisent à difierens égards. Par exemple , les virtuosi d'Italie doivent nous faire peu ^e plaisir :

i® Parce qu'il n'est pas étonnant qu'accom-

^■^odés comme ils le sont, ils chantent bien,

ïls sont comme un instrument, dont l'ouvrier

^ retranché du bois pour lui faire produire des

Sons; a® parce que les passions qu'ils jouent

Sont trop suspectes de fausseté; 5^ parce qu'ils

Xxe sont ni du sexe que nous aimons , ni de

eelui que nous estimons. D'un autre côté ils

peuvent nous plaire , parce qu'ils conservent

long-temps un air de jeunesse , et de plus

parce qu'ils ont une voix flexible, et qui leur

est particulière. Ainsi chaque chose nous donne

un sentiment qui est composé de beaucoup

d'autres , lesquels s'affaiblissent et se choquent

quelquefois.

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