‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 99 sur 131 · SUBLIME · texte numérisé non relu

SUBLIME

Ce qiiilj a de grand y d^éles?é dans lespenr sées^ dans le style y et dans les actions.

Le sublime est tout ce qui nous élève audessus de ce que nous étions, et qui nous faiit f.entir cette élévation. On en compte de deux sortes; le sublime d'images et le sublime de sentimens. Ce n'est pas que les sentimensne présentent de grandes images, puisqullsne sont sublimes que parce qu'ils exposent au yeux l'âme et le cœur ^ mais comme le sublime d'images peint seulement des objets inanimés, et que l'autre marque un mouvement du cœur, on distingue ces deux espèces par ce qui domine en chacune . Les peintures que Racine fait de la grandeur de Dieu sont sublîmèâ. Ea voici deux exemples :

J'ai vu rimpie adoré sur la terre :

Pareil au cèdre , il cachait dans les deiuc

Son front audacieux.

Il semblait k son gré gouverner le toimerre ,

Foulait aux pieds ses ennemis vaincus : Je n'ai fait que passer; il n'était déjà pliis.

EsTHER , Se. V , act. V.

Les vers suivans ne sont pas moins sublinaes:

L'Eternel est son nom j le monde est son ouvrage* Il entend les soupirs de Thumble qu'on outrage i

MANUEL THEATRAL. ^ï

Juge tous les mortels avec d'égales lois j Et , du haut de son trône,. interroge les rois.

Les sentimens sont sublimes quand, fondés sur une vertu vraie ^ ils paraissent être presqu'au-dessus de la condition humaine , et qu'ils font voir, comme le dit Sénèque, dans la faiblesse de l'humanîté , la constance d'un Dieu; L'univers tomberait sur la tête du jvtste, son âme serait tranquille , dans le temps même de sa chute. L'idée de cette tranquillité, comparée avec le fracas du monde entier qui se brise, est une image sublime , et la tranquillité du juste est un sentiment sublime. Le sublime de sentiment est ordinairement tranquille; un.é raison affermie sur elle-même le guide dans tous ses mouvemens. Aria se perce tranquillement d'un coup de poignard , pour donner à son mari l'exemple d'une mort héroïque ; elle retire le poignard de son sein et le lui présente en disant ce mot : « Pœtus , cela ne fait » point de mal. » On représentait à Horace fils, allant combattre les Curiaces ^ que peutêtre il faudrait le pleurer, il répond :

Quoi ! vous me pleureriez , mourant pour ma patrie?

La reine Henriette d'Angleterre, dans un vaisseau , au milieu de la plus affreuse tempête^ rassurait ceux qui l'accompagnaient ^ en leur

disant d'un air tranquille , que les reines ne se noient pas. Cnriace dit à Camille , sa maîtresse , qui pour le retenir , fait yaloir sa tendresse :

Avant que d'être k vous-, je suis à mon pays.

Auguste , après la découverte de la conspiration formée contre sa vie , et après avoir convaincu Cinna d'en être le chef> lui dit r

Soyons amîs^ Cînna , c'est moi q ni t'en conyie.

Voilà des sentîmens sublimes. La reine était au-dessus de. la crainte , Curiace au-dessus d l'amour , Auguste au-dessus de la vengeance et tous trois étaient au-dessus des passions ei des vertus communes.

Ce qui est sublime a des dimensions vastes et imposantes. Dans beaucoup de passage ^jlthalie le sublime vient de la nobl tsse et d< la grandeur des pensées.

A côté du sublime est l'extravagance.

Il faudrait, pour atteindre au sublime » Larive , que l'acteur eût assez d'empire sur s sens pour les soumettre en tous points a génie de l'auteur. 11 faudrait qu'il eût l'art sortir de lui-même, de manière à se donn tout entier au perscoinage qu'il représente à confondre toutes ses^ sensations avec I siennes.

MÀI>^U£L THEATRAL. 4^^

STNONTME.

Mot qui a une signification semblable d celle d^un autre mot.

U est essentiel que les comédieBS connaissent la différence qu'il y a entre les mots suivans , pour varier Texpression d'après le sens propre de chaque mot.

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