INTRODUCTION
Lorsque Ëpimi'nide se réveilla de son long sommeil, il n'avait conscience ni du temps écoulé, ni des changements survenus. Il parlait suivant les idées et les mœurs de sa jeunesse, et les générations nouvelles ne le comprenaient pas. C'est une impression do mC'me nature que l'on éprouve lorsqu'on entend les hommes publics de notre temps célébrer, sur le mode antique, l'honneur de la démocratie et la grandeur de la nation. Autour de nous, tout a changé, ou tout a péri; ils n'en savent rien et n'en veulent rien savoir. Ils n'ont conservé de l'ancienne France que les formes officielles du discours, et, perchés sur ce détritus de peuple, ils s'obstinent à parler la langue de Napoléon! Voici, par exemple, ce qu'un ministre, pérorant naguère dans un banquet, disait à ses ouailles : — « La France s'est imposée au respect etàla sympathie du monde... Elle a retrouvé cette sérénité que donne la certitude du lendemain.- Le relèvement a été la passion de la République, et son honneurl... ■ — Un
autre, plus lyrique encore, disait à la môme époque : — « Il n'y a pas de noblesse qui vaille le nom de Français... » Ces boursouflures de style et de pensée ne sont pas innocentes, non seulement parce qu'elles prêtent grossièrement à la gouaillerie de nos rivaux, mais aussi parce qu'elles endorment chez le peuple de France l'antique sentiment de Phonneur et lui font un oreiller de sa dûchéance.
Non, il n'est pas vrai que la France nouvelle soit grande, aimée, respectée, glorieuse, et qu'elle ait conservé devant les gouvernements et les peuples le prestige de son ancienne majesté. Ce qui est vrai, et ce qu'il faut dire à notre peuple, si nous voulons qu'il sorte de son imbécile inertie, c'est que nous nous sommes fait un régime de Tillusion volontaire, et que nous nous trompons complaisammcnt, sans tromper les autres. Nous nous repaissons à l'envi de formules empanachées, de phrases sonores et de patriotiques piperies. Nous avons l'air d'un peuple qui vit au théâtre et prend pour argent comptant les artilices de la scène. Cependant, tout chez nous est en façade, façade de société et façade de gouvernement, et derrière ces apparences, il n'y a plus qu'une nation et un État en loques.
La vie des peuples a ses phases de croissance et de déclin, comme la vie des individus. Or, nous sommes, après la Chine, la plus vieille nation de la terre, et l'on ne saurait s'étonner que la vitalité de la race présentât quelques symptômes d'affaiblissement. D'autres nations, qui furent aussi puissantes et aussi glorieuses
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