‹ Théorie de l'ornementChapitre 86 sur 149 · LES DISPOSITIONS AGGLOMÉRÉES · texte numérisé non relu

LES DISPOSITIONS AGGLOMÉRÉES

1 54. Cet ordre de dispositions comprend :

lO Les agglomérations hypothétiques ou réelles des atomes^ molécules ou particules, qui constituent la matière dans ses différentes spécifications ;

2^ La composition des tissus organisés ou des matériaux de l'organisme qui constituent les tissus ou Tétoffe des être vivants^ plantes ou animaux ;

3^ Les agglomérations naturelles ou artificielles, déterminées par le rapprochement d'éléments distincts^ sans lien autre que la cause extérieure qui les réunit ou les rassemble.

Des agglomérations indéfinies aux dispositions définies ou figurées il y a un passage continu ménagé par les groupements indéfinis ou incertains^ d'où les trois termes : les agglomérations indéfinies, les groupements incertains et les dispositions définies ; ce dernier forme une classe distincte se suffisant à ellemême, à cause du principe d'unité ou d'individualité qui isole et détermine thacun des individus qui la composent. Ce principe d'unité est l'organisation pour les êtres vivants, et la composition ou l'élaboration esthétique pour les œuvres d'art.

Les groupements incertains sont des portions ou des limita-

lions d'agglomération indéfinie; cette limitation est alors une iorme-enveloppe ou de masse qui est indépendante de Tarrangcment intérieur ou de la structure intime. Ces limitations sont donc analogues aux formes matériales, et les unes et les autres sont spécifiées par les conditions d'une symétrie ou d'une régularité intérieures corrélatives à la forme-enveloppe. Ces formesenveloppes, rapportées aux formes abstraites et géométriques, sont communes aux groupements incertains et aux dispositions définies : un arbre peut avoir une configuration pyramidale, tout comme une pile de boulets, un amas de sable ou une pyramide construite.

Si la connaissance de l'organisation ou de la structure des êtres de la nature peut aider à l'établissement d'une théorie générale et complète de l'ordre et de la forme, elle n'en est point essentiellement la promotrice. Au contraire, les notions fondamentales de cette théorie dans leur rigueur abstraite et purement intelligible sont au préalable nécessaires et indispensables pour reconnaître et expliquer les formes individuelles ou collectives de ces êtres divers.

La théorie de l'ordre et de la forme est donc supérieure en généralité, en antériorité et en puissance effective à toute science naturelle, qui ne fournit à proprement parler que des matériaux entiers que la théorie générale entreprend d'expliquer en les faisant connaître.

Dans toutes les hypothèses que l'on peut faire sur la structure intime de la matière et sur le mode de groupement des molécules de chacun des éléments homogènes qui la constituent, on introduit à priori et nécessairement les idées d'ordre, de configuration, de figures, de formes... C'est par l'intervention de ces idées qu'il nous est possible de préciser et de définir les hypothèses : les dimensions, les distances, les figures des dernières particules, molécules ou atomes qui font l'objet de la physique corpusculaire, étant absolument indéterminables et échappant à tous nos moyens d'observation et de mesure.

Toutes ces idées d'ordre, de configuration, de figures, de formes, à Taide desquelles on peut grouper les atomes et imaginer chacune des hypothèses que Ton peut faire sur la composition moléculaire ou infinitésimale, trouvent leur application, et alors sous une forme sensible et perceptible dans la cristallographie proprement dite, qui, lorsqu'on n^aborde pas les arcanes des causes physiques de la cristallisation, repose tout entière sur des caractères de forme, sur des définitions intelligibles par la seule géométrie. On sait que dans les cristaux toutes les formes se ramènent à six types distincts : tous les cristaux sont des polyèdres, mais tous les polyèdres ne sont pas des cristaux. La géométrie est ici d'une fécondité hors de toute proportion avec la nature ; il est donc absurde de demander à la cristallographie de nous donner les types ou les modèles des formes polyédriques \ c'est au contraire par comparaison avec les formes polyédriques que l'homme imagine ou réalise que l'on peut apprécier à leur juste valeur la beauté des formes cristallines de la nature. Sans doute il y a des choses charmantes dans les minéraux, et les pierreries (d'ailleurs ouvrées ou taillées par la main de l'homme » sont de séduction bien prestigieuse, particulièrement aux yeux des femmes ; mais il est impossible d'en conclure, à moins d'aveuglenient, qu'il y ait dans toutes ces curiosités d''étagères ou de toilette un enseignement ou des modèles pour nos œuvres.

Si nous entrons maintenant dans le monde de la vie, c'est-àdire que si nous passons de l'étude de la structure des agrégats matériels à l'étude de l'organisme des êtres vivants,, à la considération des molécules ou des particules organiques que Ton atteint par l'anatomie infinitésimale ou microscopique, nous retrouvons les mêmes idées d'ordre, de groupement, de forme, s'appliquant aux premiers matériaux de l'organisme, aux cellules, aux globules qui entrent dans la composition des tissus. Ce sont ces idées qui guident les recherches et appuient les hypothèses ; mais à l'inverse, ces études micrographiques ne sont

d aucune utilité, elles n ajoutent rien au fond privé et propre qui ;

incite Thomme à faire œuvre d'art.

Les modernes se font honneur d'une découverte capitale, 1

celle du monde des infiniment petits dans les sciences mathé- |

matiques et dans les sciences naturelles. Par malheur, deux formidables machines, ralgoiithme du calcul infinitésimal et l'observation microscopique, compensent et au delà le mérite humain de la découverte. A cette hauteur d'impartialité qui fait acclamer et servir tous les dieux et toutes les puissances, tout cela vaut, sans contredit, et a son intérêt; mais que deviennent, à côté de ces profondeurs, les grandes interprétations humaines qui, ne quittant point la terre et les hommes retenaient dans leur giron les artisans obscurs, si naïvement eux-mêmes, et à qui Dieu avait départi leur part de génie et d'invention? Qu'il y ait des savants pour tous les mécanismes, cela est juste apparemment, puisqu'ils en tirent profit et considération -, mais qu'ainsi armés et d'intervention pataude les savants prétendent à régenter les arts et guider les artistes, c'est ce qui répugne et qu'il est impossible d'admettre si l'on garde encore quelque respect pour la personne humaine.

Encore si toutes ces investigations si tendues et si ténébreuses restaient le secret du sanctuaire, peut-être qu'il s'en dégagerait à la longue, et par suite d'aménagements progressifs, . quelques principes régulateurs qui, circonscrivant les spécialités et les spécialistes, les isoleraient les uns des autres et tous ensemble du monde vivant pour le plus grand bien des hommes. Mais il n'en va pas ainsi. Toutes ces notions aussitôt ré* pandues dans le monde à grand renfort de journalisme se heurtent dans la tête des gens, et l'on conclut bien vite des rapprochements fallacieux qui en surgissent à renonciation formelle et doctrinale de prescriptions, de maximes destinées à régéné* rer les arts et les sciences. Il faut se mettre en garde contre ces rapprochements que l'on établit trop souvent entre les créations de la nature et les œuvres de l'homme, et ne point céder si

aisément aux séductions que des esprits ingénieux et subtils en font ressortir. Ce n'est pas qu'il n'y ait au fond de ces rapprochements une part de vérité ; et il est bien vrai qu'on retrouve dans la dissection des êtres de la nature un grand nombre do particularités dont l'interprétation relève des notions de l'ordre et de la forme ; mais leur existence est si obscure ou subordon*» née à des conditions si particulières et reconnue à l'aide de moyens si artificiels et si détournés, qu'elles sont pour les yeux de l'artiste comme si elles n'étaient pas. Quand donc, pour prendre un exemple dont nous avons été l'occasion, on établit un rapprochement entre l'aspect microscopique de certains tissus de quelques organes des plantes ou des animaux et les merveilleuses broderies de l'ornementation orientale, on ne fait autre chose que de se payer de mots, car il n'y a vraiment rien à tirer d'un rapprochement fallacieux établi entre deux choses aussi hétérogènes que sont les tissus anatomiques et les entre-* lacs de Tornement : ici tout est splendeur et beauté ; là tout est petit et pauvre.

La notion de lart est indépendante du phénomène psychologique de lassociation des idées et des vagues images, tout autant qu'elle exclue Tétat corrélatif du goût contemporain, qui fait rechercher et goûter avec tant d'avidité les sensations fines et ténues, délicates et distinguées, qui nous procurent les nuances charmantes et les formes fragiles de la flore mondaine des jardins et des appartements; le chatoiement des pierreries taillées, le poli des bijoux d'or pâle et d'or de couleur, les observations microscopiques et les phénomènes de l'optique réalisés dans les expériences de laboratoire, etc. ; toutes ces sensations, enfin, affadissantes et distinguées, dont se repaissent si volontiers les gens du monde.

On ne remarque pas assez cet alanguissement du goût qui, coïncidant avec le désintérêt des émotions fortes et viriles, semble être la conséquence d'un appauvrissement réel de la vie, et qui, émoussant nos sens, les douerait, comme dans l'état

28o THÉORIE DE L'ORNEMENT.

de maladie, d'une acuité singulière pour percevoir et démêler les sensations infinitésimales. Tout cela est certainement grave et inquiétant et vaut qu'on s'y arrête. Le sens vrai de Tart est incompatible avec ces perversions séduisantes de l'esprit et du goût, tout autant qu'il exclut l'état de l'opinion qui prétend expliquer les grandes^ œuvres de l'humanité industrieuse et artiste à l'aide de la science des ingénieurs, des physiciens, des naturalistes... Toute cette science, que chacun de nous subit au printemps de la vie, despotisme anonyme de cerveaux solitaires et surmenés par une cogitation incessante, où nous mène-telle ? et que vient-elle faire dans ce monde divin et de virilité plénière, où tant d'artisans — des barbares sans doute ? — ont laissé des traces de leur génie, où ils ont produit librement et par la seule expansion de la vie qui était en eux tant d'œuvres fortes et belles ?

Dans cet ordre de choses déjà bien près de nous, dont on nous berce ou dont on nous menace, et qui confierait à des mandataires spéciaux et impersonnels la gouverne de l'activité humaine, que va devenir la personnalité et dans quelles limites devront se contenir les artisans et les artistes ? N'a-t-on pas déjà institué des écoles professionnelles et des cours à l'usage des ouvriers, où le dessin d'imitation, le dessin linéaire et les quatre règles sont considérés comme les fondements de leur initiation ? Ne recommande-t-on pas avec insistance (en attendant la pression de l'autorité qui, selon le vœu des savants, doit contraindre) aux peintres d'étudier les phénomènes optiques de la lumière, et particulièrement les étonnantes élucubrations du savant M. Chevreul, aux sculpteurs de se nourrir, avant de rien mettre en œuvre, de la science innombrable des médecins, des anatomistes et des histologistes ; les architectes, enfin, peuvent-ils être réputés aptes à toute besogne que leur titre comporte, s'ils n'ont pris leur brevet chez les ingénieurs et un permis d'exercer près de l'autorité ?

Espérons pourtant que l'on reviendra, ne fût-ce que par las-

situde et désespérance, à plus de dignité, à plus de respect humain. La vie n'est pas là où s'aménage Théritage des aïeux en vue d'une production économique : administrative ou marchande. La vie vraie est partout, naïve et originale chez les déshérités, elle se police et se raffine chez les grands : à ceux-ci la culture, les résolutions sages et mûries, la gouverne en un mot ; aux autres l'invention, le génie, la fougue exubérante. La satiété, le désintérêt, la distinction, tous termes équivalents au fond et qui racontent la misère dorée des hommes de science, des industriels, des fonctionnaires... de tous les patriciens du régime constitutionnel, enfin, que le prosaïsme et le machinisme de leurs fonctions isolent du monde chaud et vivant et de splendeur vraiment humaine de l'Art, de la Poésie, de la Philosophie.

SECTION QUATRIÈME

LES DISPOSITIONS FIGUREES,

i55. Toutes ces dispositions ont un diagramme fini; elles se répartissent en trois classes :

i^ Les portions limitées de rangées, ces portions se trouvant limitées ou finies par Tintervention d'une ou de plusieurs des quatre conditions suivantes :

La directrice.

La figure-enveloppe.

La symétrie,

La déclination.

2^ Les portions limitées de répartitions en surface, ou les groupements que limitent leâ deux conditions de la figure-enveloppe et de la symétrie.

3** Les dispositions figurées proprement dites, comprenant dans leur construction l'intervention des particularités suivantes :

Un diagramme de construction, déterminant le type.

La directrice. e

La figure-enveloppe.

La symétrie.

La déclination.

La variation.

Page 1