CHAPITRE X
Des Cuisines sériaires et de leur influence en éducation.
Etrange paradoxe ! 11 s'agit de démontrer l'utilité de la gourmandise chez les enfants; c'est peut-être le sujet le plus propre à confondre les antagonistes de l'Attraction , et mettre en évidence la sagesse du Créateur des passions.
Si la nature est sage dans ses impulsions générales , elle doit être sage dans la pins puissante passion qu'elle ak donnée à l'enfant ; c'est la gourmandise.
Pour constater la justesse distributive de Dieu dans cette impulsion dominante des enfants, il faut prouver que la gourmandise tendra, dans Xétat sociétaire, à les conduire aux trois foyers d'Attraction; à la richesse, aux groupes, aux Séries industrielles. Il n'y a de juste et louable en mécanique sociale, que les ressorts qui nous dirigent à ces trois buts , et par suite à I'ufuté sociale.
Signalons ici une erreur de mots, « qui entraîne » l'erreur du jugement ; vice condamné si souvent par nos sages, qui pourtant y tombent sans cesse.
• Les enfants, disent-ils, sont de petits gourmands ; il » faut les corriger, modérer leurs passions. » Rien n'est plus faux : les enfants ne sont point gourmands, mais
seulement gloutons, goinfres, goulus. Le mot gourmand est à peu près synonyme de gastronome; il se prend en bonne part , puisqu'on dit un fin gourmand ; on ne dira pas, fin glouton, fin goinfre, fin goulu; tous trois sont de genre trivial.
Les Apicius sont gens de bonne compagnie, raisonnant savamment de leur art, dont ils sont trop préoccupés. Or, quel rapport entre un Apicius et des enfants qui mangent avec avidité des pommes vertes, des prunes < vertes! » S'ils étaient gourmands, connaisseurs délicats, ils renverraient ces aliments aux pourceaux. Ils sont donc goinfres , gloutons , goulus ; et pour les en corriger, il faut les ramener à la gourmandise ou gastronomie. Analysons les c vertus > industrielles et sociales à obtenir de cette métamorphose.
On observe partout que la classe la plus réservée à table est celle des cuisiniers ; ils sont en général gastronomes , juges sévères , dissertant bien sur tous les mets, sans en faire ajicun excès. Us sont proportionnément la plus sobre des classes qui ont la bonne chère à discrétion.
Le meilleur préservatif de la gloutonnerie serait donc, pour les enfants [comme pour les pères], un ordre de choses où ils deviendraient tous cuisiniers et gourmands raffinés, autrement dit gastronomes. [ Dégourdissement composé , alliant les plaisirs de la table avec l'hygiène graduée selon les tempéraments. ]
La thèse étant des plus neuves, j'ai dû l'étayer de distinctions exactes sur le sens des mots et sur les indices que fournit l'état des choses en civilisation.
Sur ce , on va reproduire l'objection déjà faite, au sujet de l'opéra. « Vous voulez donc, dira-t-on, élever tous » les enfants à l'état de cuisinier! » Môme réponse qu'à
la page 97. Ce n'est pas moi qui veux ; c'est l'Attraction qui en ordonne ainsi, et l'on ya se convaincre qu'elle veut passionner pour la cuisine tous les enfants.
TOUS, en style de mouvement, signifie les 7/8«-, puisqu'il est connu que l'exception de 1,78e. confirme la règle.
Or, quand les 7fi"m des enfants sont passionnés pour jouer l'opéra et faire la cuisine , en vaudront-ils moins pour cela? c'est ce que nous allons examiner.
Observons d'abord que c'est le but indirect de la morale civilisée : elle exprime sans cesse et implicitement le vœu de voir les enfants se faire cuisiniers , car elle veut qu'ils s'adonnent aux soins des animaux et des végétaux.
Comment pourront-ils juger des méthodes préférables dans le soin des animaux et végétaux, s'ils ne connaissent pas les rapports de manutention agricole avec les ressources de manutention culinaire? l'agriculteur qui ignore cet art , travaille sans principes et sans but économique.
Ainsi font nos villageois , qui élèvent un animal ou cultivent un légume, pour tâcher de tromper celui qui l'achètera; mais si on spécule sur un état d'unité < industrielle, » si le cultivateur veut favoriser le consommateur, il doit connaître l'emploi mixte ou art de la cuisine , et se guider dans ses cultures selon les convenances de cet art.
De là résulte déjà que la cuisine est portion intégrante des études agricoles , et que , pour faire de l'enfant un parfait agronome en gestion animale et végétale, ii faut de très-bonne heure l'initier aux raffinements de cette cuisine, de celte gastronomie proscrites par les farouches amis des raves et du « brouet noir. >
Autre motif qui milite pour élever l'enfant harmonien au travail de cuisine : c'est celui où il se formera le plus
promptement aux cabales nuancées et graduées qui sont l'essence des Séries pass. On n est apte à figurer et rivaliser dans les Séries, qu'autant qu'on sait se passionner pour telle nuance, telle fantaisie, qui forme un échelon dans une grande Série de 30 nuances, 10 variétés et 3 espèces. Or, pour habituer l'enfant à distinguer les échelons de qualités et se passionner spécialement pour quelqu'une, il faut mettre en jeu le sens le plus puissant sur le bas-âge ; c'est sans contredit le goût , la gourmandise , divinité de tous les enfants.
Le sens du goût, le plus impérieux de tous, est un char à 4 roues, qui dont :
1. La culture, 3. La cuisine, 3. La conserve, 4. La gastronomie , ^ < L'hygiène équilibrée. »
Ses emplois embrassent tout le mécanisme de pro duetion, [préparation], distribution, consommation. L'on est donc au chemin de la sagesse universelle, quand on spécule sur l'équilibre politique des 4 fonctions du goût que je viens de définir.
Pour atteindre à cet équilibre , il faut que les 4 roues du char puissent cheminer en plein concert, en pleine activité ; il faut que l'éducation façonne, dès le bas âge, tout le monde social aux 4 fonctions de culture, conserve, cuisine et gastronomie. De leur concours naîtra la fonction pivotale X, « hygiène équilibrée, » [consommation raisonnée ] , dont il n'est pas encore temps de parler.
Tout père civilisé approuverait fort que son fils et sa fille excellassent dans les deux premières branches, culture et conserve. J'entends par conserve les précautions [usuelles] physiques et chimiques employées à garder et améliorer les produits alimentaires, fruits, légumes,
viandes , etc. Tel produit [la prune] qui ne dure que douze jours dans nos jardins , vergers , boucheries , peut durer douze mois si la science intervient habilement pour l'entretenir. Dans ce cas , te chimiste aura trentuplé la richesse relative, car il nous aura fait jouir 42 mois d'un objet dont nous n'aurions joui que 12 jours; et celte habileté en conserve aura provoqué une culture trentupte.
Ce serait peu de savoir cultiver et conserver, si l'on ne savait encore cuisiner, ou préparer pour le service de table. C'est une 5e. fonction que les moralistes veulent avilir, en prônant la femme de Phocion qui accommodait les légumes a l'eau claire. Ne méritaient-ils pas qu'on les condamnât à vivre pendant 40 jours de cette cuisine républicaine? Ils ne la vanteraient guère, après ce carême philosophique*
Les Harmoniens penseront que ceux qui ont géré avec succès la culture et la conserve, doivent intervenir aussi dans la préparation culinaire , au moins en quelques détails, et qu'ils doivent savoir par expérience en critiquer les vices y en louer les perfections.
Quiconque sera versé dans ces 3 branches d'industrie gastrophile , excellera nécessairement dans la 4e., dans la gastronomie ; car il sera impossible qu'un homme déjà intrigué sur ce qui touche à ta culiure d'un légume , aux travaux de eonserve et aux préparations officinales dites cuisine , soit insouciant sur les saveurs de cet objet cuisiné et servi à table. Bien loin de rester indiffèrent sur un tel met, il en goûtera quelque peu, même sans appétit; car il ne pourra rester muet sur une denrée a laquelle il s'intéressera à tant de titres : il voudra la juger en gastrocole, faire valoir ou critiquer ce qui tient aux deux branches de culture et conserve (1er. et 2e. rouages du
LIVBte II. SfeCTION III. iOt
sens du goût); puis juger en c connaisseur > sur ce qui touche à la cuisine, 3e. rouage du sens du goût; prononcer entre les diverses cabales de tant de groupes et Séries qui interviennent à fournir ce comestible.
Ainsi, l'homme initié aux 3 fonctions de culture, conserve et cuisine, devient parle fait expert sur la 4e. ou gastronomie.
Cette quadruple instruction achemine par degrés à la science par excellence , à cT hygiène composée » ou application de la gourmandise aux convenances des nombreux tempéraments que la médecine actuelle réduit à 4. (On pourrait, sur cette limite, lui adresser des objections assez embarrassantes (0.)
Continuons sur notre sujet. L'émulation est faible , si
(i) Si les tempéraments sont bornés à 4, savoir : *** Sanguin, Bilieux, Mélancolique, Phlegmatique ; Feu, Terré, Air, Arôme, Eau; Unité, Amitié, Ambition, AmoUr, Famillisme, d'où vient que tel remède appliqué à vingt bilieux dans une même maladie, donnera au moins dix résultats différents ? Ces bilieux se subdivisent donc en d'autres ordres dont le mot bilieux désigne la classe entière; puis ces divers ordres de bilieux se subdiviseront en genres , lesquels genres en espèces , puis en variétés , ténuités, mînimrtés, etc.
J'en ai quelquefois conféré avec des physiologistes; ils confessent l'enfance de la science dans cette branche d'analyse, comme dans beaucoup d'autres , et ils disent: « Où s'est borné à désigner » 4 points cardinaux ; Ton risquerait , en poussant plus loin les » distinctions , de s'enfoncer dans les sophismes. »
De telles craintes sont-elles des excuses valables , et' le soldat est -il autorisé à lâcher pied partout ou it y a du danger ?
En se restreignant, comme on l'a fait, à indiquer des points de reconnaissance parmi celte foule de tempéraments-, devait-on se
elle ne porle que sur une intrigue simple. Un homme qui sera cuisinier et gastronome à la fois , aura déjà double véhicule d'intrigue et d'émulation : si on y ajoute celui d'intervention active dans la culture, il y aura triple source d'intrigue ; elle deviendra quadruple ou bi-composée , si on y ajoute la conserve. Dans ce cas , t'enthousiasme et l'émulation s'élèveront au plus haut degré ; car des sectaires du chou fonctionnant à leur carreau, y élèveront des débats sur les nuances de goût , de prépara-
borner au modique nombre de 4 ? Analysons les lacunes de cette division quaternaire.
Elle est juste quant aux analogies primordiales que je viens de classer en correspondance avec les éléments et passions cardinales.
Elle pèche en ce quelle n'a ni foyer, ni mixtes. Il fallait indiquer un tempérament pivotai X , correspondant an feu. L'on trouve ce tempérament chez certains sujets ommmodes/ qui se façonnent indifféremment au climat chaud comme au froid, aux aliments échauffants comme aux rafraîchissants : ces tempéraments sont rares , mais il en existe.
11 fallait ensuite, aux 4 cardinaux accoler 4 mixtes. Par exemple, une substance froide, la fraise, est un aliment pesant pour tel sujet, qui la digérera plus aisément si on l'allie avec de la crème : deux réfrigérants combinés font pour lui fonction d'échauffants : c'est un tempérament bâtard ou mixte , qui est hors de la ligne des 4 tempéraments cardinaux.
Il fallait donc , en distinction primordiale, reconnaître 4 tempéraments cardinaux , 4 mixtes , puis le pivotai direct et inverse. Telle est la division en 1". puissance.
En 2e. puissance on en aurait distingué un plus grand nombre ; puis en 5*. et 4V, des nombres croissants selon certaines proportions, qui en 5*. puissance, donnent le nombre 810 pour les tempéraments comme pour les caractères. La gamme en est éuoncée ( II , 538 ) sans indication des nombres.
Uon, de conserve et de culture, et sur les fautes commises en ces divers genres. Le travail sera d'autant mieux soigné , qu'on y aura apporté quatre esprits de parti au Heu d'un. L'émulation n'aurait que moitié de cette intensité, si l'intrigue était réduite à deux ressorts; que le quart, si réduite à un seul.
On s'efforcera donc, en Harmonie, d'enrôler de bonne heure chaque individu aux quatre branches de la science gaslrophile , afin qu'il devienne expert sur trois au moins, et qu'il ne se borne pas au rôle ignoble de gastrolâtre , déshonneur de nos Apicius dont tout le savoir se réduit à jouer des mâchoires, sans aptitude à opiner ni agir dans les trois autres branches du goût, dans la culture, la conserve et l'art culinaire.
Ces principes établis, il reste à examiner si l'attraction s'y prêtera, si elle enrôlera l'enfance [et les pères] au travail des cuisines. On va voir que ce sera, de tous les ateliers , le plus séduisant pour le bas-âge [et par suite pour les pères habitués dès le bas-âge] , si l'on y observe exactement la boussole d'Harmonie, la distribution par Séries contrastées, ri valisées, engrenées, dont on va examiner l'influence dans les cuisines sociétaires.