‹ Théorie de l'unité universelle (volume 2)Chapitre 30 sur 105 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nuellement quelques sectaires, d'autres aspirants s aggregent, et rétablissent l'équilibre , qu'on maintient encore par un appel des anciens , qui sont corps auxiliaire dans les cas d'urgence.

3°. Le contraste de caractère du père au fils, et du donateur à l'héritier ; contraste qui fait abandonner ou dénaturer par Vun les travaux commencés par l'autre.

* * Les séries sont exemptes de ce vice , parce qu'elles s'assemblent par affinité de penchants , et non par lien de consanguinité , qui est gage de disparate dans les penchants.

4°. L'absence d'économie mécanique ; avantage pleinement refusé à l'action individuelle : il faut des masses nombreuses pour mécaniser tous les travaux , soit de ménage , soit de culture.

* * Les Séries , par te double moyen de masse nombreuse et concours sociétaire , élèvent nécessairement la mécanique au plus haut degré. J'ai donné sur ce sujet , aux Prolégomènes , les détails les plus satisfaisants.

5°. La fraude et le larcin , vices inhérents à toute entreprise où les agents ne sont pas cointéressés avec répartition proportionnelle aux trois facultés de chacun ; au capital , au travail , aux lumières»

* * Le mécanisme sériaire pleinement à l'abri de fraude et larcin est dispensé des précautions ruineuses qu'exigent ces deux risques.

6°. L'intermittence d'industrie : manque de travail, de terres, de machines , d'instruments , d'ateliers et autres lacunes qui , à chaque instant , paralysent l'industrie civilisée.

On ignore ces entraves dans le régime sociétaire , constamment et copieusement pourvu de tout ce qui est nécessaire à la perfection et à l'intégralité des travaux.

7°. Le conflit des entreprises : les rivalités civilisées sont malveillantes et non émulatives ; un manufacturier cherche à écraser son concurrent : les industrieux sont des légions d'ennemis respectifs.

* * Rien de cet esprit insocial dans les Séries , dont chacune est intéressée au succès des autres , et dont la masse n'entreprend que les cultures et manufactures dont le débouché est garanti.

* La contrariété des deux intèrets individuel et collectif, comme dans le ravage des forêts , des chasses , des pêcheries , et la dégradation

* * i Effet contraire dans les Séries; concert général pour le maintien des sources de richesses , et la restauration climatérique en mode intégral composé (note A, II, 84).

L'a&fenw d'unité en plans et en exécution ; l'ordre civilisé étant un monstrueux ramas de toutes les duplicités. ' ' Y Voyez dans tout le cours des Prolégomènes, ainsi qu'au Pi\ot

CITER-PAUSE

inverse ULTER, la combinaison de toutes les unités dans le mécanisme sériaire : item, liv. A , sect. 7 et 8.

* Enfin, le travail salarié ou servage indirect , gage d'infortune, de persécution , de désespoir pour l'industrieux civilisé et barbare.

' ' K Contraste frappant avec le sort de l'industrieux sociétaire, qui jouit pleinement des neuf droits naturels, définis (II, 164).

Après la lecture de ce tableau, chacun peut donner la conclusion , et reconnaître que Dieu ayant eu l'option entre ces deux mécanismes, enire un océan d'absurdités et un. océan de perfections, il n'a pas même pu délibérer sur le choix.

Toute hésitation serait devenue contradictoire avec ses propriétés (II, 266) notamment avec celle d'économie de ressorts : il y contreviendrait en optant pour l'état morcelé et proscrivant l'Association , qui opère les économies de toute espèce; épargne de contrainte, de stagnation, de santé, de temps, d'ennui, de main - d'oeuvre , de machines, de démarches, d'incertitudes, de fourberies, de préservatifs, de déperditions et de duplicité d'action.

Telles sont , en abrégé , les lumières que nous aurions acquises en mécanique sociale , si nous avions , selon le précepte de Condillac , essayé d'oublier un instant nos préjugés scientifiques , d'en faire abstraction spéculative , et de reprendre les idées à leur origine.

Or , cette origine des idées sociales ne peut se trouver qu'en Dieu , qui longtemps avant la création des hommes, a dû peser la valeur des deux mécanismes sociaux , le morcelé et le sociétaire, et qui ayant nécessairement opté pour le sociétaire, a dû nous donner des passions faites pour ce régime : aussi voyons-nous qu'elles sont incompatibles avec l'état civilisé.

On ne doit donc pas s'étonner si nos passions, cupidité , gourmandise, inconstance , etc. , nuisibles dans l'état actuel , trouvent un emploi utile dans le régime sociétaire , et si l'éducation harmonienne spécule, chez l'enfant comme eues le père, sur le plein essor de ces passions , nuisibles dans l'état morcelé, parce qu'elles sont créées pour le service du sociétaire.

De l'aveu de tous les sophistes, l'homme est fait pour la société : a partir de ce principe, l'homme doit-il tendre à la plus petite ou à la plus grande société possible ? Il est hors de doute que c'est dans la plus grande qu'on trouvera tous les avantages de mécanique et d'économie : et puisque nous ne sommes arrivés qu'à l'inflniment petite , qu'au « travail familial , » faut-il d'autre indice pour constater que la civilisation est l'antipode de la destinée comme de la vérité?

C'est sur quoi j'ai dû remontrer les critiques dans cet intermède. Que signifie leur objection perpétuelle : « vous voulez donc élever les en-

JJVRE II.

» fants à la gourmandise, les pères à la cupidité 1 Vous voulez donc, » etc. » Je veux prouver que toutes les passions sont Bornes, telles que Dieu les a créées; bonnes et utiles, sauf emploi dans un ordre de chose qui sera l'opposé du travail morcelé ou civilisé, et des neuf fléaux (III, 504) qu'il engendre constamment dans ses quatre phases (11.54).

Pressés par ces arguments, les sceptiques se retranchent dans les impossibi/itéset les impénétrabilités; ils déclarent impossible de fonder cette Phalange d'épreuve qui doit décider de la métamorphose sociale. Gardons-nous de dissiper leurs doutes ; on ne compte pas sur eux pour la fondation. Plus ils auront crié à l'impossibilité, plus ils seront confondus par un facile essai. Ces savants jugent toujours possible de trouver et dépenser un milliard de francs pour faire tuer un million d'hommes et brûler quelques milliers de villes et villages; mais s'il Taut avancer seulement quelques écus pour une fondation utile, c'est impossible.

Ensuite des impossibilités, viennent les impénétrabilités. Qui êtes vous , disent-ils , pour vouloir sonder les profondes profondeurs de la nature, percer Y épaisse épaisseur des voiles d'airain.

Déjà je les ai badinés sur ce refrain d'obscurantisme philosophique, vraiment indigne de réfutatieu ; aussi n'y opposé-je que les opinions des philosophes mêmes, qui se sont d'avance condamnés dans leurs trois préceptes cités plus haut. S'ils croient que h nature n'est pas bornée aux moyens connus, doivent-ils s'étonner qu'elle ait, pour opérer l'Association industrielle, un moyen encore inconnu d'une classe ùe savants qui n'a pas voulu eu sonder les profondes profondeurs ?

Mais ce moyen, disent-ilg, est incroyable à force de merveilleux; il est subversif de toutes les doctrines reçues! Non, certes, car il pose pour base des relations sociétaires, la pratique générale de la vérité, de la justice et de l'unité, qui sont assurément trois idées reçues, trois principes très-admis, quoique foulés aux pieds par ceux qui les prônent. C'est donc la civilisation qui est subversive des doctrines reçues.

D'ailleurs, quel est le sens de ces mot» : idées reçues, principes admis ? veut-on accréditer des mots ou obtenir des effets? veut-on le bien en perspective et le mal en réalité ? désire-t-on organiser l'extrême désunion, l'excès de fausseté et de pauvreté? On ne pouvait mieux choisir que le travail, morcelé ou état de famille , qui réduit le mécanisme domestique au plus bas degré de combinaison , et qui l'élève au plus haut degré de fausseté collective et individuelle.

Notre système de subdivision par couples réduit donc au minimum les moyens de mécanique, d'économie, de richesse et de vertu. Les fa-

130 CI TER- PAUSE

milles formant peu à peu autant de ménages qu'il y a d'enfants, sont tout à point l'élément de l'extrême discorde, et l'antipode de l'Association et de la richesse: dès lors, choisir l'état de famille pour pivot de système social , c'est travailler positivement à organiser la désunion et la-pauvreté.

Je viens de prouver qu'on ne peut pas supposer Dieu complice de cette impéritie philosophique. Si, comme on n'en peut douter, il a opte pour le mode opposé, pour l'Association, il en résulte:

1". Que les passions dont il est créateur doivent tontes être adaptées aux convenances de l'Association , et toutes incompatibles avec l étal morcelé ou civilisé.

2°. Que les mêmes passions doivent produire dans l'état morcelé ou civilisé , tous les effets opposés aux vues de Dieu, à la justice, la vérité, l'économie et l'unité.

5". Qu'on doit attendre des passions développées en mode sociétaire , autant de bienfaits qu'elles engendrent de fléaux dans l'état morcelé.

Telles sont les conclusions où on serait arrivé depuis longtemps , si ou eût voulu, selon l'avis des philosophes, reprendre les idées sociales à leur origine , remonter à leur vraie source, à l'option de Dieu ou « libre arbitre » sur les deux mécanismes sociaux (11,35).

J'ai dû les y rappeler, au risque de quelques réminiscences; mais je me suis convaincu en divers entretiens que les redites périodiques sont indispensables avec des esprits si gangrenés de Philosophie , qu'ils ne vont pas à un quart d'heure sans- se rallier aux controverses de sophisme dont ils avaient, l'instant d'auparavant, confessé la déraison, et à leur éternel préjugé , dé croire ta nature bornée en mécanique sociale , aux moyens connus-

Page 1