Le règne du bon goût. 4. L'amitié composée
X Le ton unitaire.
De la réunion de ces divers biens se composera le Charme social, ou enthousiasme de la Phalange pour elle-même et pour ses travaux, et affection de tout étranger qui l'aura fréquentée. On jugera de ces effets après l'exposé des fonctions.
J'ai dit (155) que les Petites Bandes ont la haute police du règne végétal. Celui qui casse une branche d'arbre , qui cueille fleur ou fruit sans besoin, qui foule une plante par négligence , est traduit au sénat de la Chevalerie, qui juge en vertu d'un code pénal appliqué à ce genre de délits , comme le divan de l'Argot en police de règne animal.
Comme héroïnes du bon goût et du raffinement industriel, tutrices du règne végétal , elles protègent spécialement les fleurs, qui sont objet de charme et de raffinement. Elfes ont pour le parterre la même sollicitude que l'Argot pour les grands chemins. Elles sont florimanes, chargées des expositions de fleurs , soit aux autels , soit aux salles publiques.
Ce penchant va exciter la critique de nos rigoristes , qui déclareront que les fleurs sont inutiles. Erreur des plus grossières ! C'est par la passion des fleurs que la nature veut attirer le sexe féminin à la culture, car on passe bien vite du parterre au verger, au potager, à la serre. Mais en début , la culture des fleurs est une excellente
voie d'instruction et de raffinement agricole chez l'enfance féminine.
C'est pour en venir à ce but, qu'on excitera les Petites Bandes à considérer la perfection des fleurs comme point d'honneur pour la corporation, affecter des prix à celte culture , et établir dans chaque Phalange une académie de jeux floraux composés. Ils ne sont que simples à Toulouse, où on récompense la culture des fleurs de i esprit.
L'Harmonie, dans son système d'éducation, encouragera la fleur des parterres comme celle des écoles, persuadée que tout est lié dans le plan de la nature ; que si on ne sait pas utiliser le goût des fleurs visuelles , transformer cette passion en amorce agricole , on ne saura pas utiliser les fleurs du bel esprit, faire naître le goût des bonnes choses du goût des belles choses.
Nous obtiendrons ce résultat d'une compagnie enfantine affectée à la parure collective et non pas mdividuelle. Son penchant au luxe collectif, encouragé d'abord sur les choses qui nous semblent frivoles , comme les vêtements et les fleurs, s'étend bientôt aux beaux-arts , et par suite , aux sciences et aux fabriques ( instruction composée, le bon et le beau ).
L'effet du régime sériaire étant de lier tous les travaux, engrener leurs relations de telle manière que l'un conduise à l'autre, peu importe qu'une portion de l'enfance affectionne ceux qu'on appelle frivoles ^ ils achemineront aux utiles.
Pour développer en plein le génie « industriel, » H est nécessaire qu'une portion de l'enfance opère sur la branche des arts, du luxe de décor et d'apparat. C'est exciter le charme et accroître les véhicules industriels.
Les Petites Bandes se passionnent donc pour l'ornement du canton entier; et comme conservatrices du charme social, du bon goût, du ton unitaire, elles exercent les fonctions des académies Française et délia Crusca : cites ont la censure du mauvais langage et dè la prononciation vicieuse.
On considère en Harmonie comme luxe unitaire, la pureté de langage ; et sur ce point, chaque chevalière des Petites Bandes a le droit d'agir comme la revenderesse d'Athènes qui badina Théophraste sur une locution défectueuse. Le sénat de la chevalerie a non-seulement la police du langage parmi les enfants, mais le droit de censure épistolaire sur les pères mêmes : it dresse la liste des fautes de grammaire et de prononciation commises habituellement par un sociétaire , et lui en envoi* copie signée de la sénatrice présidente et de la chance- Itère , avec invitation à s'en corriger.
Auront- elles fait des études suffisantes pour exercer une critique si difficile? Sans doute; on ne leur accordera ce droit que pour exciter a l'étude. Il faut un stimulant dans tout travail : or, le droit de critique et \e* prétentions corporatives sont déjà double stimulant.
Le relief de ces diverses fonctions sera nécessaire pour attirer à la chevalerie les petits garçons de caractère studieux, et contre-balancer l'influence du corps de l'Argot. Ce lustre littéraire et cette police du bon ton accordés à la chevalerie offrent encore l'avantage de faire naître /* amour-propre corporatif, et par suite I' amitié composÉe, celle qui s'étend à la masse. Elle est très-inconnue en civilisation , où les femmes dédaignent communément leur sexe , ne connaissent que l'amitié simple ou individuelle, sont pétries d'égolsme dans leur ostentation, ne
faisant cas d'un colifichet qu'autant que des voisines pauvres en sont privées.
Les Petites Bandes sont ennemies de celte vanité antisociale: stimulées par les grands exemples de vertu et de charité que donnent les petites Hordes , elles ont à cœur de les égaler en ce qui est de compétence de la chevalerie. Elles ne s'occupent de parure qu'en sens collectif , et sous le rapport du lustre général de la Phalange. Une aspirante fortunée fera, lors de son admission, présent d'un ornement quelconque à son escouade , et a l'escadron entier si ses moyens le lui permettent. Elle serait méprisée , si on pouvait la suspecter d'égoïsrae et d'esprit civilisé.
La chevalerie,, à l'instar de l'Argot, a aussi des séances d'initiative honorifique (154). Chaque fois qu'on prépare des travaux d'agrément , d'élégance , un ornement de Chœur ou de Série , pour le temple ou le sacerdoce , pour les Séristéres ou l'opéra , ce sont les Petites Bandes qui viennent y mettre la première main, fournir la séance initiale, [ soit en projets et plans , ] soit en couture , soit en intervention quelconque.
Elles paraissent peu à l'armée ; elles ne s'y montrent qu'en acolytes des Petites Hordes, qui ont le privilège d'ouverture et de clôture des travaux de force , posant la Clef d'une voûte comme elles ont posé la première pierre des fondements.
Toutefois l'armée étant fort attrayante pour les enfants , on y admet des détachements des Petites Bandes en partisans à la suite de l'Argot , qui en cette occasion leur concède le titre de loiMUs alliés de nousailles.
Si l'Harmonie, par certaines concessions honoriOques, sait encourager les Petites Hordes aux travaux répugnants,
il faut que par Vautres prérogatives elte attire les Petites Bandes aux travaux ingénieux, surtout dans les branche» de la littérature, des arts et* des fabrications minutieuses : ladite corporation étant féminine en majorité, doit, selon l'ordre de la nature, se passionner pour loules les fonctions d'esprit ou de corps qui n'exigent pas de force physique.
D'ailleurs, les études seront beaucoup plus faciles en^ Harmonie que dans l'état actuel : on en verra les preuves» au chapitre du corps sybillin et de ses méthodes unitaires, auxquelles il faut ajouter deux autres avantage», ceux des rivalités de Série et de l'analogie universelle.
Quoique celte dernière théorie ne puisse pas être enseignée aux enfants, on peut leur en communiquer certains fragments qui s'adapleront aux ouvrages élémentaires destinés à l'enfance.
Par exemple , en donnant à un enfant leçon de grammaire générale, on lui fait remarquer l'analogie
des 32 lettres d'Alphabet unitaire et des pivots;
avec les 32 chœurs de la Phalange et leurs pivots;
avec les 32 dents. . . . et l'os hyoïde leur pivot ,
avec les 32 planètes de gamme, et le soleil leur pivot.
Ces rapports, sans engager dans les analogies d'amour cl de familisme, élèvent déjà l'enfant aux idées d'unité de l'univers , facilitent sa mémoire et accélèrent puissamment l'instruction. Ils ont le précieux avantage délier et engrener les éludes, entraîner l'enfant de l'une à l'autre; ce qui n'a pas lieu dans le mode actuel d'enseignement , où régne une incohérence fâcheuse entre les diverses branches.
On peut déjà entrevoir l'erreur annoncée sur le génie féminin , très-faussement jugé par nos analystes, qui u'ont su apprécier ni la femme ni l'enfant.
Ut RE n. SECTION IV. 181
Ils ont commis quadruple erreur quant à la convenance des femmes avec l'éude. Ils ont d'abord négligé le principe de parure composée, interne et externe.
1°. Pour le composé interne ou parure du corps étrangère à celle des vêtements, je renvoie au chapitre 6e. qui traite de la gymnastique intégrale.
2°. La parure composée externe suppose l'ornement du corps et de l'esprit, leur culture simultanée, c'est-àdire qu'on doit non-seulement encourager chez les femmes ce goût à la parure ; mais il faut trouver moyen de le faire coopérer à l'ornement de l'esprit, en l'alliant à la culture des sciences et des arts; et sous le titre de luxe unitaire composé, mener de front les deux parures du corps et de l'esprit.
À ces deux omissions ajoutons-en deux autres :
5°. Ils ont ignoré que ce luxe unitaire doit être collectif et non individuel ; qu'il ne peut produire d'heureux effets que par application à des masses formées de diverses classes de fortune corporativement liguées.
4°. Enfin , cet essor féminin, avec les trois conditions précitées , serait encore dépourvu d'activité , s'il n'était aiguisé par la rivalité masculine.
Ces quatre clauses une fois observées, les femmes brilleront dans tous les arts, dans toutes les éludes que la philosophie veut leur interdire. Le véritable germe de ce perfectionnement féminin se trouve dans le goût de la parure, qui est le stimulant à toutes les opérations de luxe collectif, où elles excelleront dans les Séries.
L'erreur commise à l'égard du génie féminin est donc bicomposée, ou formée de quadruple ignorance en analyse et synthèse de la nature des femmes et de leur destination sociale.
i 82 ASSOCIATION COMPOSÉE.
Ainsi sera confondue cette outrageante et vandalique philosophie qui , avec ses verbiages sur la propagation des lumières , veut condamner à l'ignorance une moitié du genre humain , en réduisant les femmes à s'hébéter dans les travaux du ménage où leurs facultés naturelles ne peuvent prendre que peu ou point d essor.
On peut remarquer ici double bizarrerie : Tune , que ce sont les soi-disant propagateurs des lumières , les philosophes , qui se montrent les plus actifs à étouffer h? génie d'une moitié du monde social ; et l'autre que la nation qui se dit la plus courtoise, la plus galante , est celle qui manifeste le plus de jalousie du mérite des femmes, celle qui est le plus unanime à les éloigner des fonctions publiques, notamment du trône, et à les dégrader jusque sur les théâtres, où l'on voue au ridicule tout penchant des femmes à s'illustrer ( voyez la note G, pag. 186).
Spéculant en sens contraire , l'Harmonie veut faire du sexe féminin le contre-poids et non pas le valet du masculin: cette balance est établie chez l'enfance même, par entremise des Petites Bandes.
Pour juger du prix de leur rivalité , il faut se rappeler que le mécanisme d'une Série industrielle ne se raffine et se soutient que par la distinction minutieuse des goûts en espèces, variétés, ténuités, minimités (III, 392).
Pour habituer de bonne heure le jeune âge à ces distinctions et classements de nuances passionnelles , il faut entremettre ceux des enfants qui ont du goût pour les travaux minutieux , comme celui des colifichets , et appliquer à chaque branche d'industrie cette échelle graduée de nuances qui est un gage de perfectionnement industriel.
On trouve peu chez les enfants maies cette manie mi-
nutieuse. En général, les petits garçons inclinent au genre turbulent, fougueux ; ils sont mieux à leur place dans les Petites Hordes, et les filles en bas-âge sont plus convenables aux rivalités de Série, où il faut être épilogueur sur les nuances et les bagatelles , comme le sont les femmes adonnées â la parure. Elles voient [ comme les littérateurs et les peintres ] des imperfections , des effets choquants là où un homme [ordinaire] n'apercevra aucun défaut ; et puisque la nature a placé ce goût chez les jeunes filles en bas-ftger il faut l'y développer, l'y utiliser.
Tel est l'emploi des Petites Bandes: elles sont la cheville ouvrière de chaque Série pass. , par leur aptitude aux scissions sur les nuances de goût , qualité où ne peuvent briller que les enfants qui ont I» manie de la parure , et par suite le discernement des finesses de l'art en diverses branches d'industrie.
C'est aux Petites Bandes à répandre chez l'enfance entière ce goût des raffinements gradués et contrastés, sans lequel on en resterait aux degrés inférieurs dans les travaux comme dans les arts et le charme industriel. Or, s'il faut que la Phalange soit enthousiaste d'elle-même , de ses propres travaux, elle doit ménager comme ressort puissant, les objets de charme, tels que fleurs et parures , considérer leur soin comme acheminement des belles choses aux bonnes , des arts aux sciences : j'ai établi ce principe au chapitre de l'opéra (75).
Pour conclure sur les deux corporations de l'Argot et de la Chevalerie, sur la balance de leurs services et l'équilibre qu'ils établiront en industrie générale , disons que les Petites Hordes opèrent en négatif autant que les Petites Bandes en positif. Car les premières font disparaître l'obstacle qui s'opposerait à l'Harmonie; elles dé-
truisent les germes d'une discorde, [d'un esprit de caste, ] qui naîtrait des travaux répugnants. Les secondes créent le charme par leur aptitude à organiser les scissions nuancées et l'émulation industrielle. Toutes deux sont éminemment utiles : point d'équilibre sans forces opposées.
Aussi l'éducation harmonienne , en phase ultérieure , puise-t-elle ses moyens d'équilibre dans les deux goûts opposés, celui de la saleté et celui de l'élégance, tous deux condamnés par nos sophistes en éducation. Les bonnes gens! ont-ils une ombre de connaissances en équilibre passionnel? S'ils en avaient quelque teinture, auraient-ils tardé à reconnaître que chacune des passions dans l'ordre civilisé est en fausse position, opérant sciemment contre ses propres intérêts , comme l'oiseau qui se précipite dans la gueule du serpent, ou comme la diplomatie européenne qui se jette aux genoux des Turcs ( avril 1822), et la marine chrétienne qui construit pour les Barbaresques ! !! 0 temporal 0 perfectibilité civilisée !
Dieu n'a créé aucune passion sans lui ménager des contre-poids et moyens d'équilibre. J'ai défini succinctement leur effet sur l'éducation ultérieure, en disant (176) que
Les Petites Eordes marchent au beau par la route du bon;
Les Petites Bandes marchent au bon par la route du beau.
Cette action contrastée est loi universelle de la nature. On ne trouve dans tout son système que < contrepoids » de forces par mouvement direct et inverse, par vibration ascendante et descendante, mode réfracté et réfleclé, majeur et mineur, force centripète et centrifuge, etc. , etc. C'est partout le jeu direct et inverse,
principe absolument inconnu dans l'institution civilisée qui , toujours « simple en méthode » veut diriger les élèves en marche simple, et pourtant les assujettir à différentes morales selon les castes, à différents systèmes selon les changements de ministère, les élever aujourd'hui selon Brutus, et demain selon César.
Loin de ces versalités périodiques et de ce régime solimode, l'Harmonie emploie la direction contrastée ou dualiséc, et de plus la méthode septénaire en enseignement (ehap. du corps sybillin). Qu'importe la voie préférée par l'enfant , pourvu qu'à l'âge de 19 à 20 ans, où l'éducation harmonienne est terminée , toute la jeunesse d'un et d'autre sexe ait réussi du plus au moins à exercer sur le beau et le bon, sur l'utile et l'agréable ; succès impossible à l'institution actuelle ? En subordonnant la masse entière à un système solimode , elle échoue nécessairement sur une moitié qui refuse l'instruction , et par suite sur l'autre moitié qui , dépourvue de concurrence , ne doit avancer qu'à pas de tortue , comparativement au progrès qu'elle eût fait à l'aide de la méthode naturelle.
Entre-temps , le lecteur aura tiré grand fruit du parallèle de ces deux corporations enfantines, Argot et Chevalerie , s'il a réussi à comprendre et graver dans sa mémoire le théorème suivant :
Qu'en éducation harmonienne ou équilibrée le système, pour être unitaire, doit être composé et bi-composé dans sa marche; quil doit tendre à la fois au bon et au beau, mais par des méthodes contrastées, concurremment employées , et laissées au libre choix de Venfant , au vœu de V Attraction.
Que toute dérogation à ce principe cause chez l'enfance engorgement passionnel ; d'où il résulte qu'au
lieu d'arriver au bien composé par essor et contre essor (164) , elle n'arrive qu'au mal composé par non essor et faux essor. (Ibid.)
Doctrine bien neuve et bien incompatible avee l'esprit philosophique , tout encroûté de simplisme et toujours antipathique avec la nature , en éducation comme en toute branche de l'art social.
Et pour établir ce principe en mode composé ou unitaire , étendons-le du passionnel au matériel , par une digression qui sera le complément du cadre d'éducation ultérieure.
NOTE G sur la Connivence des Philosophes et des Français pour avilir le Sexe féminin.
Ce ne sera pas trop d'une note sur cette ligue malicieuse qui pourrait fournir le sujet d'un ample chapitre.
Je ne sais sur quoi se fonde la prétention des Français au renom de peuple gâtant ; elle me paraît aussi dénuée de sens que les titres de Belle France et Grande Nation. Mais brisons sur les beautés et grandeurs de la France ; il en sera parlé à l'Uterlogoe.
D'où vient que les Français, empresses de changer de lois et de constitutions comme de parures , n'ont jamais été fidèles qu'à une seule loi , celle qui enlève le sceptre aux femmes ? La Loi Salique s'est maintenue sous toutes les dynasties. Rien de plus constant , de plus unanime que les Français, quand il s'agit de ra*va4er , par le fait, ce sexe qu'ils feignent d'indemniser en famées d'encens.
Aussi n'est- il pas de nation où les femmes soient mieux dupées par les amants, mieux mystifiées en promesses de mariage et délais prétextes, mieux délaissées lorsqu'elles sont enceintes , enfin mieux oubliées quand l'amour est passé. Avec un tel caractère , les Français se disent galants ! Us ne sont que roués et égoïstes en amour, bien courtois en fait de séduction, bien trompeurs après le succès.
Aucune nation n'a plus diffamé, sur la scène, les femmes qui ont
le goût de l'étude. Est-ce connaître la nature? Les femmes ne seraient-elles pas destinées à être , dans la littérature et les arts , oe qu'elles ont été sur les trônes, ou on a toujours vu, depuis Séwi- RAMis jusqu'à Catherine, sept grandes reines pour une médiocre, tandis qu'on voit constamment sept rois médiocres pour nn grand roi ?
Il en sera de même dans la littérature et les arts : le sexe féminin y envahira les palmes , quand l'éducation harmonienne l'aura rendu a sa nature , étouffée par un système social qui absorbe les femmes dans les fonctions compliquées de nos ménages morcelés.
Je ne conteste pas que , dans Tétàt actuel , il ne soit nécessaire d'amortir chez les femmes le penchant a la gloire , l'inclination aux grandes choses , la convoitise des dignités. Une femme civilisée n'étant destinée qu'a soigner le pot au feu et ressarcir les calottes d'un époux , ik- est bien force que l'éducation lui rapetisse l'esprit , et la dispose au subalterne emploi d'écumer le pot et ressâreir les vieilles culottés. Ainsi , pour disposer l'esclave a l'abrutissement , on lui interdit les^ études qui lui feraient apprécier son àbgeete condition i en outre , on lui défend les vertus» selon Aristole, qui ne voit pas qu'aucune vértu puisse convenir à un esclave. Il est une foule de vertos que la philosophie ne juge pas convenables à*u sexe.
Un mari opposera les besoins de son ménage, la*- nécessité de fixer l'épouse aux soins domestiques , tandis que l'époux vaque aux affaires extérieures.
De tels arguments ne sont pas applicables à l'état sociétaire , o» le ménage simplifié par la Combinaison générale des travaux, n'emploie guère qu'un 8». des femmes qu'i* absorbe aujourd'hui. On pourra donc cesser d avilir ce sexe pat une éducation servile; on pourra inspirer aux jeunes filles le désir dTone gloire qui sera voie de fortune et d'illustration a la fois , car elles participeront aux magnifiques récompenses que l'Harmonie décerne aux sciences et aux arts ( In ter m. , II, 568 ) *, et les pères mêmes, qui connaissent le prix de l'argent , exciteront leur fille à courir cette carrière de bénéfices à millions, qu'on ne trouverait pas dans l'art d^êcutner le pot et reséatoit les vieilles culottes.
D'ailleurs , si la rivalité des' sexes ( 4T. condition) est bien
établie , les Séries féminines voudront , dans chacune de leurs fonctions, posséder les connaissances nécessaires; joindre la théorie à la pratique, même dans les ouvrages de pot et de cuve. S'agitil de buanderie ? elles voudront que leur présidente ou autre officière connaisse chimiquement la qualité des savons et lessives , leurs effets dans le blanchiment : la Série se croirait dégradée si elle était exposée a mal opérer faute de ces notions , et obligée d'appeler des hommes chaque fois qu'il faudrait en disserter.
Le sexe masculin envahit parmi nous tous les travaux des femmes, et leur enlève jusqu'à la couture. Cette monstruosité cessera quand le libre essor d'Attraction aura ramené chaque sexe à ses emplois naturels. On verra tomber à plat tous ces préjugés sur l'incapacité des femmes , et dans les écoles minimes d'Harmonie , on verra les filles en plus grande affluence que les garçons.
S'il était vrai, d'après l'autorité de Mahomet et J.-J. Rousseau, que la femme ne fut destinée qu'aux plaisirs de l'homme ou au service du pot au feu , la loi de contraste émulatif , base du système d'équilibre passionnel , serait donc méconnue en relations domestiques et en éducation! Sur quoi s'établirait la rivalité, si les garçons ne se voyaient pas, à égalité d âge, surpassés par les filles dans diverses carrières , beaux-arts et autres? On n'obtiendrait pas du sexe masculin la politesse , la déférence pour les femmes. Il sera nécessaire qu'elle règne déjà chez une moitié de l'enfance, afin de lui donner le change sur les motifs de cette courtoisie qu'elle verra générale chez les adolescents.
Les femmes devront mériter cette considération dès le bas-âge , par un mérite constaté. Eh! dans quel genre de supériorité? Dans l'art d'écumer le pot / Ce sera en Harmonie la tâche de gens âgés, plutôt que d'enfants. Il faudra beaucoup de force et d'expérience pour soigner les grandes bassines d'Harmonie , contenant chacune au moins un quintal de bœuf. Les jeunes filles pourront tout au plus s'occuper des pots de terre , ou seront les bouillis fins , qui exigeront des cuisinières fort exercées -, mais il faudra des hommes pour les bassines de terre encadrées en fer et mues par poulies.
L'enfance féminine de 9 à 18 ans ne bornera donc pas son ambition au philosophique talent de faire bouillir le pot : les jeunes
chevalières, loin de négliger ce travail, sauront faire de meilleurs potages que ceux des pcrfectibiliscurs de Paris; mais elles tireront leur lustre spécial de la culture des arts et des sciences, qu'elles sauront allier de bonne heure avec les travaux minutieux de la culture, des fabriques , et du pot au feu , puisque pot il y a.
Sans ce contraste de mérite entre les filles et garçons en basâge , il n'existerait pas de contre- poids à la rudesse naturelle du sexe mâle , au penchant des petits garçons à mépriser l'autre sexe. Les filles seraient pleinement découragées, et les garçons sans émulation , si Ton ne ménageait pas a chaque sexe en basâge , des carrières d'illustration spéciale et des titres au respect de l'autre.
Cette concurrence est la véritable destination du sexe féminin. Le tableau des Petites Bandes est l'horoscope de son lustre futur, et du rôle important qu'il jouera dès l'enfance, quand il sera rendu à la nature. Je ne parle pas encore de son rôle dans l'âge adulte , mais seulement de ses relations.
Loin de soupçonner que les femmes fussent réservées a briller dès le jeune âge dans l'industrie , les arts, les sciences et les vertus sociales , on ne sait que les disposer à subir le joug marital d'un inconnu qui les marchandera. J'admets que l'ordre civilisé ait besoin de cette abjecte politique; il n'est pas moins certain que les philosophes et les Français s'y prêtent d'intention , et y coopèrent plus malicieusement que d'autres par les sophisme* qu'ils prodiguent pour détourner les femmes du chemin de la gloire, les en exclure de vive force.
Dans l'enfance on en fait des esclaves moraux ; dans l'adolescence on les pousse à l'intrigue, au sot orgueil, en ne cessant de leur vanter le pouvoir passager de leurs charmes : on les excite à l'astuce , au talent d'asservir l'homme ; on vante leur frivolité, en disant avec Diderot, que, pour leur écrire, il faut « tremper sa plume dans Varc-en-eiel , et saupoudrer avec la poussière des ailes du papillpn. »
Quel est le fruit de ces fadeurs d'arc- en-ciel et de papillon ? Les deux sexes en sont dupes; car si on ne découvre pas la destinée sociale des femmes , on manque par contre -coup celle des hommes. Si l'issue de civilisation est fermée a l'un des sexes , elle
l'est également à l'autre. Or , il était trois issues à découvrir par calculs de politique sociale féminine : voyez II, 142, les n°«. 5 , 7 y 9, du tableau.
En rendant ici justice au sexe faible , je ne songe nullement à quêter son suffrage. On ne gagne rien a prôner un esclave : il ne considère que ceux qui le maîtrisent ; et tel est le caractère des femmes civilisées , indifférentes sur leur asservissement , n'estimant que l'art de tromper le sexe qui les opprime , et les confine aux travaux du ménage.
Les Turcs enseignent aux femmes qu'elles n'ont point d'âme% et ne sont pas dignes d'entrer en paradis. Les Français leur persuadent qu'elles n'ont point de génie , et ne sont pas faites pour prétendre aux fonctions eminentes , aux palmes scientifiques.
C'est la même doctrine , sauf la différence des formes , grossières en Orient , polies en Occident , et s 'affublant cbez nous de galanterie pour masquer fégoisme du sexe fort , son monopole de génie et de pouvoir , pour le bien duquel il faut rapetisser les5" femmes , leur persuader que la nature veut les reléguer aux fonctions subalternes du ménage, fonctions auxquelles suffira l'enfance dans l'état sociétaire.
Les Sévigné et les Staël n'étaient pas des ècumenses dé pôt, non plus que les Çlisabeth et les Catherine. Voilà les femmes en qui on peut entrevoir la destination du sexe faible , et la concurrence du génie qu'il exercera avec plein succès , dès qu'il sera rendu à sa nature , qui est, non pas de servir, mais de rivaliser l'homme; non pas de ressarcir les vieilles culottes des philosophes , mais de confondre en Harmonie sociétaire leur fatras de 400,000 bouquins , prêchant le morcellement industriel et l'avilissement des femmes.
Pour prix de ce ramas de fadaises politiques , le sexe qu'ils ne jugent bon qu'à é eu mer le pot, jugera, dans l'Harmonie, qu'on doit leur verser comme à Dom Jàphet , le pot sur la tête , pour avoir manqué 5000 ans l'étude de l'homme, dégradé et perverti la femme , entravé et faussé l'enfant, et finalement , bouleversé le monde social par des visions de liberté qui n'aboutissent qu'à opprimer le sexe féminin tout entier , et l'immense majorité du masculin.