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CHAPITRE VIII

Fonctions du Corps Veslalique.

Les Romains, à part leur cruauté envers les vestales séduites , eurent une idée heureuse en faisant de ces prê-

tresses un objet d'idolâtrie publique, une classe de personnages intermédiaires entre l'homme et la Divinité, un palladium religieux dont les fonctions étaient garantes de la sûreté de l'empire.

Les harmonicns leur confient de même la garde du peu sacré, non pas du feu matériel, mais d'un feu vraiment sacré, celui des vertus cardinales, c'est-à-dire vertus en amitié, en ambition honorable, en amour et en famillisme. La conservation de ce quadrille de vertus est le vrai garant de la sûreté de l'Harmonie.

Déjà les Petites Hordes sont commises à pareille fonction; elles sont vraiment conservatrices de l'unité en affaires d'amitié et d'ambition , puisque leurs fonctions de charité lèvent l'obstacle principal à l'union des classes inégales et à l'équilibre de répartition.

Les petites Hordes sont donc le soutien des deux vertus cardinales majeures, amitié et ambition; mais elles ne peuvent pas intervenir quant aux deux cardinales mineures , amour et famillisme. C'est une lâche réservée à des corporations pubères : cet emploi appartient pricipalement aux Vestales et aux Faquiresses , leurs alliées ( âge de 20 à 50 ans), mais avant tout au Corps Veslalique.

Il doit opérer de manière à être l'appui des quatre vertus à la fois ; donner à l'amour et à l'esprit de famille une direction favorable aux triomples de l'amitié et de l'honneur ou ambition noble.

Toutes ces vertus retomberaient au rang de rêveries morales, si leur essor n'entraînait à l'industrie, et n'engendrait le luxe, premier foyer d'attraction. Point de vertus sociales collectives sans la richesse. On n'en a pas même vu à Sparte, qui, avec ses simagrées de désinté-

ressèment et de monnaie de cuivre , n'était qu'une ligue de moines ambitieux et lyranniqucs , vivant dans l'oisiveté aux dépens des Ilotes qu'ils massacraient pour prix de leurs services.

Toute corporation garante des vertus sociales doit donc être en même temps garante de la richesse sociale : tel est le rôle des Vestales. Elles régissent la branche importante des travaux publics , le rassemblement et le charme des armées. Mais avant de les examiner dans leurs fonctions extérieures , traitons d'abord de leurs emplois domestiques, bornés au canton, au service intérieur ci extérieur de la Phalange.

Parmi ces emplois figure indirectement la garantie de vérité, d'honneur en relations amoureuses, et surtout en paternité, si douteuse chez les civilisés, quoi qu'en dise ta loi, t* pater est quemjustœ nuptiœ demonstrant.

Dans la ville de Paris, centre des saines doctrines et loyer de toute perfectibilité perfectible, on voit le tableau des naissances donner un tiers d'enfants bâtards, les uns abandonnés, les autres méconnus de la loi, qui punit le fils des torts du père. Si tout le genre humain était à la hauteur de Paris en perfectibilité , il en résulterait qu'un tiers du genre humain serait privé, dans son enfance, de l'appui des parents, et dans son adolescence de « l'appui » des lois en prétentions d'hérédité.

D'autre part, quel fruit recueillent les pères d'un ordre si vexatoire pour les enfants? Deux tiers de ceux-ci jouissent de la protection paternelle et des droits légaux : mais combien de pères sont pris pour dupes dans cet ordre de choses? Estimons arithmétiquement sur le nombre annuel de 27000 naissances et 27000 pères parisiens.

Si le tiers des pères, si neuf mille sont assez dépravés pour renier et abandonner leurs enfants, on peut estimer la dépravation des mères en même rapport , et compter que neuf mille seront assez perverses pour adjuger à un mari ou amant, l'enfant qui n'est pas de lui. C'est réciprocité de lésion pour les pères, les enfants et les mères ; car Paris, capitale des saines doctrines perfectibilisanles, fournit annuellement

9000 enfants frustrés des avantages de parenté;

9000 mères frustrées de l'appui du père ;

9000 pères frustrés de la réalité de progéniture , et chargés de l'entretien des enfants d'aulrui, après en avoir abandonné pareil nombre des leurs.

On peut répliquer que ceux qui sont victimes de la mauvaise foi des épouses, ne sont pas toujours les mêmes qui ont trompé une maîtresse enceinte et abandonné leur enfant : je le sais ; mais nous n'en sommes ici qu'aux analyses générales , aux calculs d'ensemble.

Tel est le sage équilibre que nos coutumes établissent . dans les relations de famillisme : et cependant c'est sur les jouissances et harmonies de cette passion qu'on veut fonder le bon ordre de la société et le règne de l'auguste vérité.

Voilà l'équilibre familial dans une seule de ses branches; il en est de même de toutes les autres. Or, si les civilisés tiennent à équilibrer cette passion , lui donner un essor conforme à la justice et la vérité, qu'ils se rappellent de la condition stipulée à la On du chap. 7, où il est dit que les relations d'amour et famillisme étant intimement liées, la vérité et la fausseté seront , dans tous les cas , en dose proportionnelle dans l'une et dans l'autre. On ne saurait donc garantir justice , vérité et charme dans les relations

générales de famille , si on ne garantit en même temps justice, vérité et charme dans les relations générales d'amour. Ces deux passions (mineures cardinales) étant inséparables en mécanique sociale , ce serait en Yain qu'on voudrait extirper les vices de l'une sans purger ceux de l'autre.

Certains avortons moraux ne manqueront pas de dire qu'il faudrait laisser de côté ces relations d'amour, ne traiter que des dispositions qui pourront concourir à la satisfaction des pères, à la garantie de fidélité de leurs épouses et moralité de leurs enfants. Les bonnes gens! ils ne voient pas que vouloir exclure l'amour d'un cadre d'harmonie passionnelle, c'est opiner comme celui qui voudrait apprendre l'arithmétique sans apprendre l'une des quatre régies cardinales , nommée la division ; elle correspond à l'amour selon ce tableau, faisant suite aux analogies ( II , 164 ).

« Analogie des 7 pas s. animiq. avec l'arithmétique. >»

Affect. majeures. Afleef. mineures.

Amitié, addition. Famillisme , soustraction.

Ambition , multiplication. Amour, division.

!Cabaliste , progressions.

Papillonne, proportions.

Composite, logarithmes.

Unitéisme. £ Racines. Y Puissances.

11 m'est donc aussi impossible d'exclure l'amour d'un tableau d'équilibre passionnel, qu'il serait impossible d'enseigner l'arithmétique à l'élève qui ne voudrait pas étudier la division.

Telle est ma réponse aux gloseurs qui , voulant façonner une théorie à leurs petitesses , vous disent d'un ton d'Aristarque : il faudrait laisser là ces billevesées de

Vestales, Damoiselles, Troubadoures , et vous borner à parler des relations d'agriculture et de commerce.

J'ai parlé du commerce peut-être plus qu'ils ne voulaient : peu s'en est fallu qu'ils n'en eussent encore en ce volume une ample section, bien meublée de vérités, surtout quant à la hiérarchie de la banqueroute classée en 36 variétés. Mais si quelque branche de théorie leur déplatt , n'ont-ils pas l'option ,

i°. De n'en admettre que partie, la modifier à leur gré ;

2°. De la retrancher en totalité d'un projet d'épreuve;

3°. De la considérer comme fable romanesque, récit d'un de leurs Nicodèmes qu'ils font si sottement voyager dans la lune , astre mort, crevassé et sans atmosphère ni mers, ne pouvant nourrir ni animaux, ni végétaux? Ceux qui promènent leurs personnages critiques dans la seule planèle morte et inhabitée, ne sont-ils pas dignes d'y être envoyés eux-mêmes? Si l'on veut critiquer notre monde, il faudrait au moins lui opposer les usages d'un autre monde peuplé , et non pas du seul astre dépourvu d'habitants, du seul où il n'y ait rien à observer et opposer en parallèle à nos sottises de perfectibilité.

En supposant qu'on opte pour le premier parti, pour n'admettre que portion de la théorie sur l'amour et le famillisme , il faut que l'auteur en donne exactement les équilibres et dispositions , surtout celles du premier âge ou transition ascendante, qui comprend les corps de Vestalal et Damoisellat.

Leur tableau n'aura aucun rapport avec cette froide raison vantée par nos èquilibristes. On ne trouvera ici que des sujets d'admiration en deux genres, tendant, selon la règle (174), au bon et au beau par des routes différentes.

Si les vestales tiennent le premier rang» c'est que chez les jeunes filles de 16 à 18 ans, rien ne commande mieux l'estime qu'une virginité non douteuse , une décence réelle et sans fard, un dévouement ardent aux travaux utiles et charitables, une émulation active aux bonnes éludes et aux beaux^arts. Toutes ces qualités réunies dans une assemblée d'une trentaine déjeunes filles [de chaque phalange ] doivent capter sans réserve la faveur publique. Aussi les vestales, dans l'Harmonie, sont-elles un objet d'idolâtrie générale , même pour les enfants , car elles sont alliées des Petites Hordes et coopératrices de leurs travaux charitables, sauf ceux de genre immonde : mais dans leur séance corporative du matin , heure 3 1/4 à 4 5/4 , elles n'ont que des emplois d'utilité publique , aux cuisines, à la lingerie , etc. , et lorsqu'elles arrivent au repas matinal, au délité, heure 4 5^4, elles ont déjà fourni une séance de 1 heure 1/2 pour le service public.

Elles assistent en corps et avec les Petites Hordes à tous les travaux d'urgence pour lesquels la Régence, dans un cas périlleux comme l'imminence d'orage , fait sonner le ban d'appel à ceux qui peuvent quitter leurs occupations. Partout où l'intérêt public est en péril, le corps Vestalique et l'Argot sont les premiers au poste.

Elles ne perçoivent, en rétribution sociétaire, qu'une somme inférieure de moitié au médiocre dividende qui est alloué à l'Argot, dont les travaux sont plus nombreux et plus pénibles, et dont elles sont associées en charité dans le service matinal; tandis que les faux frères, de même âge , les Damoiseaux et Damoiselles , sont au petit lever de la cour galante (séance de 4 heures i/A a 4 5/4).

Recommandées par tant de titres à la faveur de l'enfance et de l'âge mûr , il n'est pas étonnant qu'elles soient

l'objet d'un culte semi-religieux, d'une idolâtrie < générale. »

Ce genre d'hommage est un besoin pour l'esprit humain ; il yeut des idoles en tous genres : idoles religieuses dans la personne des saints, idoles scientifiques et sociales dans les hommes célèbres dont il honore la mémoire et les hauts faits. L'idolâtrie est un besoin collectif et individuel. Une mère se fait une idole de son enfant, après s'être fait une idole de son mari ou de quelque autre [ami de la maison].

Le corps yesjalique, par suite de ce besoin général devient en masse l'idole de la Phalange : il a rang de corporation divine, ombre de Dieu. L'Argot même qui n'accorde le premier salut à aucune puissance [de la terre], incline ses drapeaux devant le corps veslalique révéré comme ombre de Dieu, et lui sert de garde d'honneur.

Chaque Phalange s'efforce de produire les plus célèbres vestales : on les distingue en vierges d'apparat , de talent, de charité [et de faveur]. Chaque mois on élit un c quadrille > de présidence qui occupe le char dans les cérémonies.

Elles ont sur tous les autres fonctionnaires une supériorité déférée par l'opinion. Les souverains mêmes , à la cour des vestales , oublient leur rang et figurent en simples particuliers.

Elles tiennent le haut bout dans le cérémonial ^ et font aux jours de gala les honneurs de la Phalange dans les repas et assemblées d'étiquette. Lorsqu'un monarque y arrive, on se çarde bien de l'obséder comme chez nous, par un envoi de municipaux débitant de tristes harangues sur le bien du commerce : il est reçu par deux vestales

d'apparat, les plus belles du canlon, et ornées des pierreries du trésor. Elles vont à sa rencontre aux colonnes du territoire , et il fait son entrée dans leur char à \ 2 chevaux blancs, harnachés en violet (0, trijugués sur quatre lignes, et montés par quatre sacripans et quatre chenapans. Le char est escorté par les Petites Hordes et les paladins; il a en cortège les faquiresses et faquirs à l'avant, les vestels et les Petites Bandef à l'arrière.

Lors du rassemblement d'une armée , les vestales s'y rendent avec les Petites Hordes pour la séance initiale , et c'est de la main des vestales que l'armée reçoit l'oriflamme ; après quoi l'Argot défilant en orage devant le trône des vestales, ouvre la campagne par une première charge.

L'accord unanime des divers âges à diviniser cette corporation ne pourrait s'appliquer à aucune autre classe : il n'en est point d'autre qui jouisse de la faculté de produire l'illusion chez les âges pubères et impubères à la fois, en la fondant sur des motifs très-opposés, l'amitié chez les enfants, l'amour chez les adolescents, [l'esprit de parti, la gratitude chez les vieillards]. Ces « diverses > illusions concourent également au progrès de l'industrie , dont le corps vestalique est une des colonnes [ soit à la Phalange, soit aux armées].

A l'extérieur, elles ont pour fonelion principale en

(1) Les couleurs vestaliques sont : Blanc, symbole de l'unité ;

Rose , symbole de la pudeur; I Bran et Azur mêlés de Rouge.

Violet , symbole de l'amitié, t Décence et Amour mêlés d'Ambition . Elles sont données par le pois musqué, l'un des hiéroglyphes de vestalité ( Pivot inverse, Mer. ) : il n'y a rien d'arbitraire dans les couleurs distinctives des corporations harmonieunes.

industrie l'entraînement aux armées. Comme ces réunions en Harmonie sont immensément brillantes et avantageuses, et nullement fatigantes, puisque le travail s'y exécute sous tente mobile ; comme on y donne chaque jour des fêtes magnifiques et aussi délicieuses que nos fêtes publiques sont affadissantes, on n'a pas besoin d'y amener les jeunes gens la chaîne au cou , à la manière de nos conscrits, fiers du beau nom d'homme libre; on trouverait plus qu'on ne voudrait de jeunes légions en hommes et en femmes ( car il faut aux armées d'Harmonie un tiers en bacchantes, bayadères, faquiresses, paladines, héroïnes et autres emplois, non compris ceux de cour galante ); mais l'admission à l'armée est une récompense, et les vestales sont le premier corps qui doit y participer.

On y admet toutes celles qui sont à leur 3e. année , ou même à la 2e., en cas que la Phalange [et les vestales] y voient matière à spéculation.

Elles y trouvent une chance de haute fortune dans la perspective d'être préférées par les monarques divers qui doivent donner un successeur à leur sceptre , quel qu'en soit le degré (voyez la table, II, 376). Ils doivent choisir, c'est-à-dire courtiser, obtenir de son plein gré , une vestale ou autre femme, soit du césarat , soit de l'empire , soit du califat, ou royaume, ou duché, ou marquisat, etc., sur lequel ils régnent, et prendre cette femme dans la division qui est en tour de fournir. Ceci ne gêne pas leur liberté, puisqu'ils ont un second sceptre, [des mixtes], héréditaire à leur choix sur femme ou enfant, et même adoptivement, faculté qu'ils n'ont pas en civilisation, où un monarque est asservi sur l'hérédité.

Quant au sceptre de lignée , ils choisissent à tour de rôle sur les trois ou quatre divisions de leur domaine ( II,

376); si tel omniarque du globe est né de la division occidentale, Euro pe~ Afrique , il faut qu'il donne un rejeton de femme choisie dans la division orientale, Asie, et celui-ci un rejeton de femme choisie dans la division monale , Amérique; et ainsi des sceptres inférieurs, afin que chaque région soit tour à tour participante.

C'est d'ordinaire à l'armée que les princes de tous degrés vont faire le choix et consommer l'union. Ce choix peut être fait auparavant, pourvu qu'il porte sur la division en tour de fournir.

Les monarques, le plus souvent, donnent la préférence à une vestale, et les princesses, parfois, à un veslel. Ceux-ci ont beaucoup moins de chances; la virginité d'un jeune homme n'étant pas un titre de préférence aux yeux de toutes les femmes, les vestels ont d'autres avantages. Nous aurions à parler ici de la manière dont se termine le vestalat , qui, d'ordinaire, finit à l'armée; je renvoie cet article au chapitre des vestels.

La propriété la plus remarquable du corps vestalique est celle de former des liens entre les diverses classes aujourd'hui incompatibles : bornons-en l'aperçu à l'enfance, objet du 2e. livre.

On ne voit dans l'ordre actuel aucun motif de ménager à l'âge adulte des alliés parmi l'enfance : au contraire, la classe qui entre en puberté s'isole des enfants et conçoit pour eux un profond mépris; coutume très-opposée au vœu de l'Harmonie , qui a besoin d'établir entre tous les âges des liens et des rivalités en mode contraste et non pas simple.

Le corps vestalique étant le point de nœud entre l'enfance et l'âge adulte, on s'efforce de l'entourer des respects de l'enfance; piquée de la défection des damoiseaux,

elle exalte les vestales, elle en fait ses demi-dieux. L'enfance a besoin de voir pour objet de culte un être vivant , et entouré d'un appareil éclatant ; on lui présente une ombre de Dieu dans le « quadrille » vestalique élu tous les mois, en titres d'apparat, de talent, de charité [et de faveur ] , et paré des joyaux et pierreries du trésor de la Phalange. Les chœurs de chérubins et séraphins, [l'argot même ,] lui servent de lévites, exécutant au devant de sa marche et aux pieds de son trône les évolutions de l'encensoir. Cette prévention de l'enfance pour les vestales donne du relief aux corporations leurs alliées, telles que les patriarches, et le corps du faquirat (0, auquel il convient d'attirer l'enfant dès le bas âge.

Un côté plus vicieux encore de l'éducation civilisée est de n'établir dans les études aucun contre-poids à l'influence de l'amour, qui vient à 15 ou 16 ans distraire et préoccuper les jeunes têtes , surtout les femmes , au point de leur faire négliger le peu quelles ont appris des arts ou des sciences, même dans le nécessaire comme la grammaire, dans l'agréable comme la musique. Ce vice domine en France plus que partout ailleurs. Au reste, est-il un point de l'éducation civilisée où on puisse découvrir autre chose que des contre-sens et des ridicules indiqués sommairement au Trans-Lude ? Il en est un qui me semble di^ne d'un article spécial en complément 'de ce chapitre.

( i ) Il n'existe parmi nous aucun de ces liens fédéraux entre l'enfance et les âges supérieurs. Lorsque nous en serons à traiter de cette corporation, les vieillards civilisés commenceront à reconnaître leur impérilie (7*. chapitre), d'avoir ligué contre eux toute la jeunesse, au lieu de s'y être ménagé d'utiles amis, et d'avoir, quoique les plus forts, fait la loi tout à leur désavantage , et distribué les relations amoureuses de manière à priver la vieillesse de toutes les chances qu'elle pouvait s'y réserver.

CIS-ÀPPENDICE. — Le sort de la Virginité civilisée.

Au tableau des honneurs assurés m Harmonie à la virginité, il convient de joindre un parallèle des mépris quelle recueille en civilisation, où la faveur n'est que pour le simulacre de virginité, pour les jongleries de libertines qui, dans le cours de plusieurs liaisons galantes, ont appris Vart de feindre la pudeur, [traire les hommes], imposer aux dupes, et se faire des prôncurs parmi les aigrefins qui dirigent V opinion.

En Harmonie, une virginité qui ne dure guère que quatre ans et jamais plus de cinq est assurée d'une ample récompense et d'un brillant dénoûment. Une vestale, au bout de ce terme et souvent dès la troisième année , peut choisir à l'armée, soit parmi les poursuivants, soit parmi des monarques prétendants, un favori qui ne sera point un mattre perpétuel, mais seulement un préféré amovible (coutumes herchélienncs). Cette alliance la fera débuter avec éclat dans le monde, et pourra lui valoir d'énormes avantages, si elle donne au monarque un rejeton, môme si elle est stérile.

Ces perspectives de gloire et de fortune affermiront mieux une vestale contre les séducteurs, que ne feraient les duègnes, les moralistes et les eunuques. D'ailleurs, elle est fortement distraite de l'amour, par une vie trèsactive, par la compagnie des groupes industriels dont elle partage les fonctions , et où elle est trop observée pour qu'on puisse y tenter de la séduire , si elle n'incline pas à une faiblesse.

ir. h

242 ASSOCIATION composée:.

Chacun va remarquer qu'au prix de tant d'honneurs el d'avantages, toute fille civilisée consentirait d'autant plus volontiers à rester vierge pendant quatre ans, que souvent elle est obligée d'étendre la privation au delà des quatre ans, sans bénéfice ni encouragement; car il n'est rien de inoins séduisant en civilisation, que le sort des vierges pudiques et des chastes épouses.

Quel encouragement trouve une fille décente à conserver sa virginité au delà de 20 ans? Si elle est pauvre, chacun la badine sur ce qu'elle consume sa belle jeunesse à attendre un acheteur, et qu'avec sa candeur elle n'enjôlera point les épouseurs, tous bons arithméticiens, sachant que les vertus ne sont pas des provisions pour le ménage. Elle ne pourra donc séduire qu'un sexagénaire , qui , en compensation de son grand âge , excusera le défaut de dot. Brillant espoir pour une fille jeune et sage î elle ne trouvera pas même un homme de moyen âge ; sa beauté deviendra un sujet d'alarme pour tout prétendant exigeant sur la fidélité. Ainsi, aux yeux des partis de 40 à 50 ans , la beauté el la vertu ne compenseront point le crime d'être sans dot.

Jouit-elle d'une honnête fortune? elle sera pendant longtemps l'objet d'un sordide négoce entre les courtiers et entremetteurs de mariages, puis enfin, livrée à quelque homme pétri de vices , qui aura le poids de l'or en sa faveur.

Si elle chôme dix ans sans époux, elle est en butte au persifllage public. Dés qu'elle atteint 25 ans, on commence à gloser sur sa virginité comme denrée suspecte , et pour prix d'une jeunesse passée dans les privations , elle recueille, à mesure qu'elle avance en âge, une moisson de quolibets dont toute vieille fille est criblée ; injustice

bien digne de la civilisation! elle avilit le sacrifice qu'elle a exigé : ingrate comme les républicains , elle paie le dévouement des jeunes filles par des outrages et des vexations. Faut-il s'étonner, après cela , qu'on ne trouve chez toute demoiselle, tant soit peu libre , que le masque de chasteté , que le simulacre d'une obéissance dont toute vierge serait punie dans sa vieillesse , par l'opinion même qui exige le sacrifice de sa belle jeunesse au préjugé !

La chasteté perpétuelle des filles peut-elle entrer dans les vues d'une législation judicieuse?... non, sans doute ; et si elle doit n'être que temporaire , jusqu'à quel âge convient-il qu'elle se prolonge?... Est-il rien de plus inutile qu'une virginité perpétuelle ! c'est un fruit qu'on laisse corrompre au lieu de s'en nourrir; monstruosité plaisante dans un ordre social qui prétend à la sagesse et à l'économie!

On considère , en Harmonie , la virginité comme un fruit qu'il faut cueillir et employer à sa maturité, à l'âge de 18 à 19 ans. La virginité, dans ce nouvel ordre, ne sera pas une vertu douteuse; on en aura des garanties bien suffisantes, et les honneurs n'en seront pas décernés à des hypocrites comme nos rosières champêtres , toujours en avance de générosité , et donnant par anticipation & leur seigneur et à Colin , certaine fleur en échange de la rose qu'elles convoitent. Peut-on les blâmer de leurs intrigues secrètes , quand on réfléchit & la duperie d'une fille assez débonnaire pour croire que le mariage sera le prix de sa chasteté! Loin de là; c'est d'ordinaire une libertine ou une intrigante qui enlève les meilleurs partis, tandis que la fille chaste, décente et belle, vieillit dans le célibat , si elle n'a pas le talent d'amorcer et décider les sots qu'une fille exercée à l'art d'ensorceler.

Eh ! quand on garantirait à la fille décente un mariage pour prix de sa chasteté , sera-ce une récompense réelfe? Il y a plus de mauvais maris que de bons , et l'on risque fort de rencontrer un mari brutal, quintaux, joueur , débauché ; c'est volontiers le sort d'une honnête fitte , qui a rarement assez de finesse pour discerner les hypocrisies de ses prétendants, leur délicatesse fardée, dont une femme un peu manégée ne sera point la dupe.

Il n'est donc pour une fille chaste et sans fortune d'autre perspective que de gagner avec peine et & force de travail une chétive nourriture, s'ensevelir dans ses belles années , se priver des délassements qui lui sont offerts , se consumer en austérités de louie espèce , pour l'honneur du préjugé. Si Von considère cette fâcheuse condition des véritables vierges, il faut avouer que la jeune fille pauvre et vivant avec peine de son travail , ne pouvant pas suffire à nourrir une mère infirme , est bien excusable quand elle écoute celui qui fait briller l'or à ses yeux. D'ailleurs, quelle duperie pour le corps social , de prolonger la chasteté au delà d'un terme convenu! et quel fruit rclire-t-il des privations qu'a endurées une vierge de 40 ans ?

Elles ne sont pas nombreuses ni à 40, ni à 30, va- Mm

me dire ; j'en suis persuadé : mais si les femmes obéissaient à la loi , il y aurait par millions des vierges de 50

et 40 ans. Quel avantage y trouveraient les hommes ? une vierge de 40 ans n'est plus qu'un objet de risée; c'est un fruit qu'on a laissé gâter. Or, l'Harmonie qui sait utiliser toutes choses , ne sera pas si dupe que de faire chômer la virginité après l'âge de 49 ans , qui est celui où on peut en tirer parti pour une foule de prodiges industriels qu'opèrent les années. Cet emploi se-

rait complètement manqué par les délais : en outre , on fermerait l'accès à d'autres yestales qui croissent à deux ou trois ans de distance. Il est donc clair que la civilisation , dans ses règlements sur la chasteté , a été dupe des coutumes et préjugés barbares, et de la stérilité de ses philosophes et législateurs qui -, sur ce point comme sur tant d'autres , n'ont jamais su faire (a moindre invention pour tirer l'ordre civilisé des fausses manœuvres ou il est engagé.

Après ce tableau du triste sort de la virginité actuelle, on peut juger de ïimpéritie d*un système a™ éducation qui emploie chez les femmes, douze années d'enfance à préparer un sacrifice dont on ne leur ménage en récompense que des duperies et des outrages.

Une politique aussi stupide, aussi vexatoire, mérite bien que la nature per siffle c cet » ouvrage, [s*en moque] et reprenne en secret ses droits par la ligue générale des femmes pour tromper les oppresseurs , et que, faute de savoir honorer et rémunérer la chasteté réelle chez les filles et les épouses , on ne voie partout que le simulacre de chasteté, la duperie des amants et époux qui ont compté sur pareille vertu, et la duperie du corps social, dans toute sa politique relative à T amour : ce sera le sujet du Trans- Appendice.

216 ASSOCIATIO!* COMPOSÉE.

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