‹ Théorie de l'unité universelle (volume 2)Chapitre 45 sur 105 · ARGUMENT SPÉCIAL DE LA 4«. NOTICE · texte numérisé non relu

ARGUMENT SPÉCIAL DE LA 4«. NOTICE

La passion la plus rebelle aux systèmes des moralistes, l'amour , va figurer parmi nos jeunes tribus parvenues à 15 ou 16 ans et passant aux chœurs de jouvencellat. Comment les ployer en affaire d'amour, aux convenances d'Harmonie sociale; comment les y façonner par Attraction ; faire que le monde galant , que la fougueuse jeunesse dégagée du frein des lois , se rallie de son plein gré aux c bonnes mœurs » d'unité sociétaire , de concorde générale [ et surtout à l'émulation en industrie et en éludes] ?

Dans le cours des trois Notices qui précèdent , j'ai réfuté les systèmes d'éducation qui ne savent utiliser aucune des impulsions naturelles de l'enfance. Ici , leurs auleurs pourront espérer de prendre leur revanche. " Voyons , diront-ils, comment vos théories , en éman- » cipant de bonne heure les jeunes filles, pourront les » garantir de donner dans le travers. Vous prétendez

> utiliser toute impulsion naturelle ( en essor et contre » essor (164). Nous vous prenons au mot. Dites-nous » comment les jouvencelles de la Phalange, libres d'obéir » aveuglément à l'attraction , pourront tenir une con-

> duite satisfaisante pour les pères, et conforme au

> maintien de la morale publique. Débrouillez cette » énigme, et eris nobis magnus Appotlo.

LITRE II. SECTION IT. 21 i

» Surtout point de faux-fuyants, point d'escobarderie. » Tenez en plein votre parole d'harmoniser toutes les » passions par la seule Attraction. En voici une des plus » rétives : l'amour , surtout dans le jeune âge , ne se » concilie guère avec les vues de la société (de la société » civilisée et barbare). Mettez enjeu vos savants contre- » poids de Séries composées et bi-composées, et sans » user d'aucune contrainte , sachez amener l'amour libre

> à une pleine coïncidence avec les deux autorités admi-

> nistrative et paternelle , en tout ce qui touche à

> l'intérêt et aux moeurs.

» Si vous échouez sur ce problème, trouvez bon qu'on

> ne croie pas à la possibilité de vos équilibres précé-

> dents, lre. , 2e., 5e. Notices, et que d'avance on » révoque en doute ceux que vous nous annoncez pour

> les 7e. et 8e. Sections. »

C'est convenu : j'accepte le défi sans aucune réserve , quelque rigoureuses que paraissent les conditions. Préalablement, jetons un coup d'œil sur les prouesses de notre législation en pareille matière.

Elle veut , si on l'en croit, rallier tous les humains à l'auguste vérité ; et pour y réussir, elle organise les relations d'amour de manière à provoquer la fausseté universelle , stimuler l'un et l'autre sexe à l'hypocrisie , à une rébellion secrète aux lois. L'amour n'ayant pas d'autre voie pour se satisfaire, devient un conspirateur permanent , qui travaille sans relâche à désorganiser la société , fouler aux pieds toutes les limitles posées par la législation.

Elfe ne lui permet plus qu'un seul essor, celui du lien conjugal , astreint à la fidélité réciproque et perpétuelle de? contractants. Autrefois l'amour avait plus de latitude;

2i2 ASSOCIATION COMPOSÉE.

les saints patriarches Abraham et Jacob pouvaient , sans péché , prendre successivement une demi-douzaine de femmes, répudier l'une du vivant de l'autre , y adjoindre des concubines : Salomon , le plus sage des hommes, en avait sept cents. Mais aujourd'hui, les voies morales sont plus restreintes, et, sous aucun prétexte, ni hommes , ni femmes ne peuvent s'écarter de la loi de monogamie exclusive dite mariage ; toute autre copulation est criminelle.

Partant, si l'on faisait dans chaque ménage l'inventaire des fredaines secrètes, combien trouverait-on déjeunes couples qui , au bout de dix ans , n'eussent fait aucune brèche au contrat? Peut-être pas un sur cent. Il n'y aurait de fidèles que ceux de nécessité , comme les mariés sexagénaires : encore à cet âge la fidélité du mari seraitelle assez douteuse.

Voilà dans le lien conjugal, seul essor permis à l'amour, 99 1Q0*\ dé fausseté sur un moyen terme de dix ans. Pour compléter le compte des infractions , passons aux amours illicites.

Ils sont en nombre immense, vu l'habitude générale chez les jeunes gens de ne se marier qu'à 30 ans. Il est connu que sur l'ensemble des amours , ceux de lien conjugal ne figurent que pour un huitième.

En effet , si on pouvait énumérer toutes les liaisons amoureuses et accointances licites ou illicites, on reconnaîtrait qu'il s'en trouve les 7/8e\ hors de mariage et en copulations coupables, dites fornication, adultère, etc.

Etrange résultat de recensement érotique ! On trouve

En relations amoureuses, les 7/8". en révolte patente ou secrète contre les lois sociales.

Dans le 8«. restant, qui se compose d'amours légitimes,

on voit les 99/400*. des individus adonnés à la perfidie , violant en secret les engagements de fidélité conjugale.

Enfin, dans Tune et l'autre classe de liens légitimes ou illégitimes , on voit l'impunité assurée partout à l'hypocrisie , l'amour excitant tout le monde social à la fausseté, au mépris des lois et des préceptes , et les coupables protégés dans l'opinion , en raison du nombre de leurs fornications et adultères connus , et même affichés.

Je m'abstiens de réflexions critiques sur cet état de choses; je me borne à présenter sommairement un tableau des faits, et demander aux champions de l'auguste vérité, si l'on pourrait imaginer un ordre plus opposé aux intérêts delà vérité , et s'il n'est pas. évident qu'en amour, comme en toute autre branche du système social , le régime civilisé n'a su s'élever (201) qu'au superlatif de l'impéritie. À quoi servent des lois qui ne sont ni exécutées, ni exécutables ? Elles n'aboutissent qu'à déconsidérer la législation et provoquer l'hypocrisie collective des infraeteurs.

Les Barbares , tout haïssable qu'est leur gouvernement, sont plus réguliers, plus conséquents avec les principes. Ils font des lois ètayèes de violences trèsodieuses, mais exécutées. Ils posent ep principe l'assujettissement des femmes à la fidélité et à la monogamie, puis la licence de polygamie et d'infidélité accordée aux hommes ; injustice criante , assurément , mais qui ne met pas le système social en contradiction avec lui-même. Leurs lois sont vexatoires; mais elles s'exécutent. Celles des civilisés , iniques et absurdes, ont encore le tort d'être inexécutables et inexécutées. Ainsi le vice est toujours simple en barbarie , et composé en civilisation où les lois tendent à gêner l'essor de l'amour chez les deux

2i4 ASSOCIATION COMPOSÉE.

sexes ; tous deux foulent aux pieds les lois ; c'est une c double » oppression qu'ils éludent par un vice composé. Les lois barbares ne gênent cet essor que chez un sexe qui n'élude point, ne le pouvant pas : il ne reste que vice d'oppression simple. On trouve constamment cette différence entre la barbarie et la civilisation.

Les questions relatives à une législation plus judicieuse, a un emploi plus régulier de l'amour , ont été éludées dans tous les temps , sous prétexte que l'amour est une folie ; mais folie ou non , c'est un ressort dont les effets ont dû être prévus par Dieu , et coordonnés à un plan d'harmonie et d'unité d'action.

Procédons à déterminer ce plan avec pleine régularité. Plus on a traité légèrement cette question depuis 3000 ans , plus je dois y apporter de méthode et m'étayer de l'échelle complète des accords, afin de ne laisser ni vague, ni lacune dans la théorie d'Une passion de si haute influence.

L'amour , tout indomptable qu'il nous semble, n'est pas plus difficile à harmoniser que l'ambition ou autre des douze ressorts. 11 ne s'agit que de connaître en plein le calcul des équilibres.

Je n'en donne ici aucun exposé; ce serait un épouvantait pour le lecteur. Avant de s'initier à tous ces grimoires théoriques , il faut s'exercer sur les tableaux du nouveau mécanisme ; remarquer qu'il est disposé de ma* nière à obtenir des essors et contre-essors juste s, commo les deux indiqués (164), puis en faire le parallèle avec notre mécanisme social , qui ne donne en tout sens que de faux essors et faux contre-essors , et vicie les caractères et les passions en raison du bien qu'on en devait obtenir par essors justes.

Croirait-on que l'un des plus beaux caractères qu'ait produit la civilisation, était Néron? Il sera prouvé que ce tyran , le plus détestable des hommes , était un caractère de même titre ou même degré que le plus aimable des princes , Henri IV. Tous deux sont tétr atones , âmes à quatre dominantes passionnelles ; et toute Phalange qui veut organiser intégralement son clavier général de 810 caractères, a autant besoin d'un Néron et d'une Néronne, que d'un Henri et d'une Henriette, Il sera curieux d'examiner comment la civilisation a donné un essor juste à Henri et un essor faussé à Néron.

Sans attendre les méthodes qui enseigneront tous ces détails , il est aisé de voir que Tordre civilisé fausse le jeu de toutes les passions : donnons-en un exemple tiré du famillisme.

Un père sacrifie ses filles à la vanité de faire un héritier; il force les filles *à se cloîtrer pour la vie; voilà le famitlisme (cardinale hypomineuro ) étouffé par l'orgueil ou ambition ( cardinale hypermajeure ) ; c'est une passion éclipsée , travestie par une autre qui la dénature et la met en fausse position. Le même père médite un riche mariage pour son fils qui s'amourache d'une fille sans fortune , et l'épouse au grand regret du père. Voilà encore le famillisme éclipsé et faussé chez le père ; la première fois en actif , la seconde fois en passif.

Le problème d'Harmonie passionnelle est donc d'organiser un régime domestique et social qui , prévenant tous ces conflits , y substitue autant de concerts; comme si le fils qu'on a cité devenait amoureux de la demoiselle que le père lui destine , et que la sœur de son plein gré se passionnant pour l'état de chanoinesse , ménageât

ainsi toute la fortune a l'héritier préféré par le père : celui-ci, dans ce cas, se trouverait en équilibre passionnel bi-composé , par deux essors où les enfants serviraient ses vues ambitieuses , et deux essors qu'il pourrait donner à l'affection paternelle.

C'est dans la théorie sociétaire que nous allons trouver l'art de faire naître à chaque pas ces concerts de passions, et faire de ce charme social une voie d'immenses richesses et d'unité de tous les peuples : c'est dans ces passions tant insultées par l'obscurante philosophie , qu'éclatera la sublimité du génie de Dieu. Elles sont un magnifique orchestre à 840 instruments ou caractères eh ordre domestique, et à cinq milliards en mécanique générale. Comment un siècle qui se dit penseur et profond, a-t-il pu penser que Dieu avait créé ces ressorts de l'âme sans leur assigner une organisation ? comment a-t-il tardé à soupçonner qu'il y avait sur les passions quelque mystère à pénétrer , quelque science manquée par nos étroits génies, et dont les plus vastes, comme Voltaire, avouent cette désolante infirmité de l'esprit humain, en s'êcriant : mot* quelle épaisse nuit , etc.

En débutant dans cette étude , il faut éviter de s'engager dans les profondeurs théoriques : on doit s'attacher d'abord à la pratique ; observer l'Harmonie en action, ses diverses corporations , leurs emplois en industrie et en plaisir. Après s'être familiarisé aux tableaux de ce nouvel ordre , on apprendra facilement à en décomposer les ressorts, impulsions, contre-poids et lois d'équilibre général. Achevons donc sur les tableaux du régime de l'enfance , par un exposé des coutumes de transition amoureuse ou quatrième phase d'éducation unitaire.

CHAPJTRE VII.

Des Vestales Harmonieones.

Dans le cours de celte Notice , je peindrai des coutumes si étrangères aux nôtres , que le lecteur demandera d'abord si je décris les usages de quelque planète inconnue.

Soit : je souscris à cette facétie ; et puisque les civilisés se plaisent à entendre sur leurs théâtres Nicodème arrivant de la lune, ils peuvent supposer que j'arrive de Jupiter ou d'Herschel , dont je raconte les usages en amours de l'âge de quinze à vingt ans.

À celte occasion, redisons pour la centième fois que ces usages de haute Harmonie ne sont pas nécessaires dans une Phalange d'essai; mais qu'il faut les décrire pour donner un plan exact des ressorts à employer en équilibre de passions : l'on sera bien maître d'en admettre ou rejeter ce qu'on voudra, de modifier ou retrancher, selon les convenances de la génération actuelle , selon que les civilisés voudront approcher plus ou moins de la vérité et de l'unité. Ils sont , dans l'état actuel , aux deux points opposés, à l'extrême fausseté et à l'extrême duplicité ; rien ne les empêchera de maintenir le règne de la fausseté en amour et conserver dans la Phalange d'essai tout le régime amoureux de civilisation.

Que si l'on désire le contraire de la fausseté , la cessation des conflits et déchirements sociaux causés par le mécanisme actuel des passions , on doit présumer que leur Harmonie reposera sur des coutumes diamétralement opposées.

iv. io

Lorsque j'en donne le tableau, j'admets que le lecteur le considère comme visions, chimères, voyage idéal dans les planètes Herschel et Jupiter. Il y trouvera au moins l'avantage de voir en idée l'équilibre des passions, les coutumes sur lesquelles il se fonde, et les énormes richesses qu'il produit. Quand la planète Herschel ne recueillerait de ces coutumes que la concorde générale et l'immensité de richesses, on pourrait déjà en conclure qu'elle est en mécanique sociale plus habile que nos rêveurs de perfectibilité. Décrivons donc les coutumes d' Herschel.

Au nom de Vestales , on pourrait croire que je vais peindre des victimes cloîtrées, comme celles de l'ancienne Rome : il n'en est rien. Les Vestales d'Harmonie sont des femmes du grand monde, admettant à leur compagnie des poursuivants titrés. On les appelle Vestales, parce qu'elles conservent la virginité jusqu'à l'âge de 19 à 20 ans , et qu'on a des garanties autres que celles de civilisation sur pareille matière.

Tout n'est qu'hypocrisie dans l'éducation actuelle, depuis le caractère du bambin qui pleure et feint la souffrance pour forcer sa mère à l'obéissance , jusqu'au caractère de la jeune fille qui se dit sans amour, sans amant.

L'âge de transition amoureuse ou âge nubile est l'époque d'un redoublement de fausseté que le mariage ne fait qu'accroître. Le monde galant, chez nous, est un bal masqué universel, où les hommes ne le cèdent pas aux femmes en travestissements ni en astuces. Ils ont le talent de diffamer le sexe faible, tout en feignant de l'encenser.

L'opinion pourtant accuse plus fréquemment le sexe féminin de dissimulation. Les écrivains emploient toutes

les finesses de l'art pour en venir à critiquer les femmes sans faire mention des torts des hommes. Ils débutent, selon l'avis de Diderot , par ttemper la plume dans Uarcen-ciel; mais en substance, que leur disent-ils? Qu'elles sont fausses, volages, comédiennes en vertu.

Le pinceau le plus délicat, comme celui de La Bruyère, en vient toujours à leur donner ce fâcheux coloris. « Il y » a, dit-il, peu d'honnête femme qui ne soit lasse de son >> métier : celle qui ne se rend pas, c'est qu'elle n'a pas » été bien attaquée. » Regnard et Molière ont parlé plus franchement, dans ces vers :

M. « La meilleure est toujours en malices féconde;

»» C'est un sexe engendré pour damner tout le monde. R. » Les femmes en un mot ne valent pas le diable. »

Ainsi les uns reprochent crûment au sexe , et les autres

poliment, cette fausseté qui, après tout, n'est que l'écho

de celle des hommes, bien plus coupables, puisqu'ils sont

libres.

Que les écrivains polis craignent de reprocher aux femmes leur duplicité , cela est dans l'ordre ; ils ne connaissent pas le remède à cette astuce générale qui règne en amour ; il serait indiscret de dénoncer un vice dominant, quand on ne sait pas en indiquer le correctif.

Il est évident que les femmes comprimées en tout sens n'ont de ressource que la fausseté. Le tort en retombe sur le sexe persécuteur et sur la civilisation qui , en amour comme en politique, asservit le fort au faible.

Mais voici une chance tout-à-fait neuve : une société autre que la civilisation, des mœurs nouvelles où la liberté des femmes et par suite leur loyauté seront le gage du bonheur des hommes et de l'enrichissement général. En livrant ce précieux secret , je suis dispensé d'excuser

chez les femmes et les hommes une duplicité dont l'un < t l'autre sexe ne sera plus entaché dans l'état sociétaire.

L'éducation harmonienne serait un avorton, si, après avoir élevé l'enfant jusqu'à quinze ans à des principes d'honneur, à la pratique de la vérité, elle l'introduisait, dès son entrée en adolescence, dans un monde où les hommes et les femmes lutteraient de perversité, et où toutes les chances avantageuses tant de bénéfice que de plaisir seraient le partage du plus hypocrite.

Ainsi va le monde civilisé , notamment en affaires galantes , où le mécanisme est faussé en entier, par défaut d'une liberté suffisante et pondérée de manière à utiliser

les amours; qui en civilisation ne tendent qu'à détourner de l'industrie, ou du moins n'ont aucun rapport direct avec elle.

I /Harmonie , qui spécule avant tout sur l'accroissement des richesses , ne néglige pas de faire concourir à ce but un levier d'aussi puissante influence que l'amour. A cet effet, elle met en usage deux corporations qui, par des voies différentes, marchent, comme les Petites Hordes et Petites Bandes , au même but , à l'union du bon et du beau . Ce sont les corps de Vestalat et Damoisellat; corporations qui se partagent les caractères opposés en 6e. tribu.

Ainsi que je l'ai observé diverses fois, la nature établit dans la distribution des caractères, deux nuances principales, qui sont la teinte forte et la radoucie. Déjà en éducation ultérieure on a tiré parti de ce contraste, pour organiser deux sectes précieuses en industrie , et stimuler leur concurrence émulative.

Il faut ici spéculer de même sur l'âge qui entre en puberté ; mais l'opération se complique, eo ce qu'elle fait intervenir l'amour avec l'industrie , qu'on ne doit jamais

perdre de vue un seul instant dans les dispositions harmoniennes. Celles qui ne tendraient pas au progrès de l'industrie, au luxe, premier foyer d'attraction , seraient de toute fausseté.

Les caractères de nuance douce ayant moins d'aptitude a résister à l'amour, il faut les isoler de ceux qui ont la force nécessaire pour lutter contre la tentation et conserver quelque temps la virginité. On formera donc deux corporations ; celle du veslalat qui doit tenir le poste jusqu'à 19 ou 20 ans, et celle du damoisellat qui cédera beaucoup plus tôt, dès l'âge de 16, 17, 18 ans, il n'importe ; ces faibles soldats auront leur utilité en mécanique générale , pourvu qu'on sache affecter chacun à l'emploi où la nature l'appelle.

Tout individu entrant en puberté, passant de la tribu du gymnasiat à celle du jouvencellat, aura l'option entre les deux rôles, comme on l'a vu précédemment au sujet des Petites Hordes et des Petites Bandes, sauf une différenée qu'exige la décence. On commencera toujours par entrer au veslalat , y passer au moins quelques mois , sauf à quitter quand le fardeau semblera pesant.

L'Harmonie laisse pleine liberté sur ce choix; mais les mesures sont prises de manière à empêcher toute contrebande en virginité. Dès lors , celui ou celle qui a forfait au pacte vestalique est obligé de passer dès le lendemain au damoisellat. Ce congé n'a rien de déshonorant et ne gêne pas la liberté, mais seulement l'hypocrisie; toute corporation étant libre de se donner des statuts et congédier les délinquants. Du reste , on ne pourra pas, comme aujourd'hui, jouer le rôle de vierge quand on ne le sera plus.

Dès l'âge de 16 à 17 ans, beaucoup déjeunes gens d'un et d'autre sexe doivent céder à l'amour. En général . les

222 ASSOCIATION coftposéi*.

caractères de faible trempe opteront pour la précocité d'exercice amoureux ; de là naMra la division de la 6e. tribu en deux parties ou sectes :

Vestales 2/6, Veslels i/6; Damoiselies 4/6, Damoiseaux 2/6.

11 est dans l'ordre que les femmes soutiennent phis longtemps le rôle de virginité ; d'ailleurs elles ont plus d'amorces pour y persister: on en verra la preuve.

La 2e. classe , les Damoiseaux et Damoiselies qui de bonne heure cèdent à la tentation, sont obligés de déserter les assemblées matinales de l'enfanoe. Ils y renoncent, parce que, fréquentant Tune des salles de la cour galante, qui tient séance à neuf heures du soir, ils ne pourraient pas se lever de bonne heure comme l'enfance et le corps du vestalat qui se couchent avant neuf heures.

Par suite de cette désertion et d'autres incidents, le corps damoisel est déconsidéré parmi l'enfance, qui ne révère que le corps vestalrque. Toutes les jeunes tribus ont pour les vestales l'affection qu'on a pour un parti resté fidèle après une scission. Les Petites Hordes surtout considèrent les damoiseaux comme les anges rebelles de Satan; elles escortent en grande pompe le char des hautes vestales qui ont le poste d'honneur dans toute cérémonie.

Les tribus supérieures, âge de 20, 50, 40 ans , etc., ont pour la vestalilè et virginité réelle une considération fondée sur des motifs très-différents; en sorte que le corps du vestalat réunit au plus haut degré l'estime el la faveur de l'enfance et de l'âge viril.

Celte double faveur est un ressort précieux dans la politique d'Harmonie; elle assure au corps vestalique la fa-

LlVftE II. SECtlON IV. 225

sulté d'exercer attraction sur l'un et l'autre âge; d'être l'idole des enfants , comme des chœurs adultes qui convoitent la jeunesse vestalique dont la virginité finira à 19 ou 20 ans. Jusque-là , le suffrage universel réuni sur les vestales et veslels donne lieu à des dispositions très-précieuses au succès de la grande industrie ou travaux d'armée. Avant d'en traiter, décrivons d'abord la corporation et ses habitudes.

La chasteté des vestales et vestels est d'autant mieux garantie, qu'ils sont pleinement libres de quitter le corps en renonçant aux avantages qu'il procure à ses sectaires. Cette chasteté n'est pas de longue durée, puisqu'elle doit finir aux environs de 19 ans : elle est à l'abri de tout soupçon ; les relations d'Harmonie s'opérant par masses nombreuses , et les séances de tête à tête bissexuel étant interdites par le corps vestalique, il ne serait pas possible aux vestales ou vestels d'avoir des intimités amoureuses sans qu'on s'en aperçût à l'instant.

Les logements"8ont disposés de manière à donner pleine garantie. Le corps vestalique ne peut occuper que deux quartiers affectés à lui seul. On ne se fierait ni aux pères, ni aux mères sur cette surveillance : ils sont trop aveugles sur les manœuvres de qui sait les flatter.

Les vestales étant communément en nombre double des vestels, ont le pas sur ces derniers; elles l'auraient même à égalité de nombre : nous nous bornerons donc, en parlant de ce corps, à nommer le féminin. D'ailleurs, je donnerai sur les veslels un chapitre spécial : occuponsnous d'abord du sexe le plus intéressant en chasteté.

La fréquentation journalière des hommes est très-perinise aux vestales; non-seulement elles les voient dans toutes les séances industrielles, mais elles tiennent cour

à 3 heures du matin (0, pendant un quart d'heure, et les poursuivants titrés y sont admis en séance.

Ce litre est demandé et obtenu sur délibération du corps vestalique , réuni en synode auquel assistent les dignitaires féminins de la cour d'amour. La conduite d'un homme est scrutée lorsqu'il postule comme poursuivant; on ne lui fait pas un crime de l'inconstance , car elle a son utilité en Harmonie ; mais on examine si , dans ses différentes liaisons amoureuses, il a constamment fait preuve de déférence pour les femmes et de loyauté avec elles. Ceux qu'on appelle en France d'aimables roués , gens qui font trophée de duper les femmes , seraient non-seulement exclus , mais on refuserait quiconque aurait manifesté le moindre penchant à ce caractère.

Ce qu'on appelle en Harmonie déférence pour les femmes , galanterie loyale , n'a aucun rapport avec la conduite de nos aigrefins moraux , dont la feinte discrétion n'est qu'une ruse pour mieux duper femmes et filles, rnaris et pères. Ces cafards sentimentaux sont souvent pires que les roués dont ils blâment les manières : les uns ne cherchent que le plaisir, les autres en veulent à la bourse, et leurs vertus ne sont qu'une comédie pour hap-

(i) Il faut être matineux pour ce genre de courtoisie; mais l'Harmonie tire parti de tout, pour stimuler l'industrie. Le poursuivant, au sortir de cette cour, est libre a trois heures 1/4 ; il fournira une bonne séance industrielle de 1 heure 1/2 jusqu'au délite ou premier repas à 4 heures 5/-*.

Ainsi le régime sociétaire cumule vingt appâts divers pour garantir chacun de la lutte contre le chevet. Aussi à 4 heures du matin ne irouvera-t-on au lit ni homme, ni femme, ni enfant ; a peine quelques patriarches que la faiblesse de l'âge y retiendra forcément.

per une héritière ou gruger une douairière ; la civilisation n'étant, en amour comme en intérêt, qu'une mascarade universelle dont on peut dire avec Regnard :

Les meilleurs en un mot ne valent pas le diable.

Différons donc toute explication sur l'espèce de vertu que les femmes harmoniennes exigeront des poursuivants de vestales et des hommes en général.

J'entends répondre: on laissera vos vestales, si elles sont si bégueules , si précieuses. Quel homme voudra se faufiler avec un comité de femelles qui se donneraient les airs de le censurer dans leur synagogue, sur ses actions, ses habitudes, son caractère?

Voilà des objections de civilisé : le mieux est de n'y rien répondre. Quand on connaîtra le mécanisme d'Harmonie , on verra ce qu'un homme gagnerait à être mal dans l'opinion des vestales. Il serait, dès le lendemain, rayé du leslament d'une cinquantaine de vieillards de qui il attend des legs et portions d'hoirie. Un tel incident ne serait pas plaisant pour nos civilisés, grands amis des richesses perBdes.

La vieillesse et le corps vestalique sont en étroite alliance dans l'Harmonie, et les patriarches ont voix consultante au synode vestalique. La viellesse d'Harmonie ne commet pas la sottise de se laisser sans alliés parmi la jeunesse ; elle s'y ménage des protecteurs do plus d'une espèce : on le verra à l'article du Faquirat ou corps des faquiresses et faquirs (âge de 20 à 30 ans ), qui sont des alliés du corps vestalique , siégeant et votant en synode avec lui.

Nos vieillards ont su organiser les amours de manière à se faire haïr, pcrsifller et pousser dans la tombe par la

jeunesse. II est plaisant que ceux qui ont fait la loi (car les lois civilisées sont toutes l'ouvrage de la vieillesse ) n'aient pas su la faire à leur avantage , n'y aient ménagé ni leurs intérêts ni leurs plaisirs ; je l'ai dit à l'Argument : les Orientaux sont plus sensés dans leurs barbares coutumes; au moins chez eux le législateur n'opère pas sciemment contre lui-même, et la législation barbare, ouvrage du sexe masculin , a bien ménagé aux hommes vieux ou jeunes tous les avantages en amour comme en autres passions.

Chez les civilisés, au contraire , la vieillesse n'a réservé ni aux hommes, ni aux femmes âgées, aucune chance en amour. Je l'entends répondre qu'elle ne veut plus y figurer, que cela n'est plus de son âge : momerie que cet isolement prétendu! il n'a rien de naturel ni de réel.

// n'est point réel, puisque tous les vieillards opulents se ménagent en secret les faveurs de quelques poulettes , en feignant de renoncer à l'amour.

// n'est point naturel, car parmi les Barbares, gens plus rapprochés que nous de la nature, on n'a jamais vu un seul souverain abandonner son sérail : il le conserve jusqu'à la fin.

Il n'y a donc ni réalité, ni naturel, dans ces simagrées des vieillards civilisés qui disent avoir oublié l'amour. Les uns l'oublient par nécessité, parce que, faute d'argent , ils ne peuvent plus apprivoiser aucun tendron ; les autres l'oublient par amour-propre, ne voulant pas s'exposer aux dédains d'une jeunesse railleuse. Dans l'un ou l'autre cas, c'est oubli forcé et non volontaire; mais ce qu'il est honteux à eux d'oublier, c'est le point d'honneur.

En admettant qu'ils renoncent franchement à l'amour, ils devraient au moins se maintenir la considération de la

jeunesse. Ils ne l'obtiennent qu'à prix d'argent; c'est ne pas l'obtenir.

Et pour preuve il conviendrait que ces aïeux, pères et oncles, qui se croient aimés et considérés de leurs jeunes descendants , pussent faire sur eux l'essai que fuit sur le théâtre l'habitant delà Guadeloupe t revenir d'Amérique sans fortune. Quel accueil recevraient-ils parmi leurs enfants et neveux? Dix-neuf dédains sur vingt visites. C'est donc leur argent que Ton considère, et non pas eux.

Pour s'en convaincre subitement, il faudrait qu'ils parvinssent à s'introduire dans les réunions secrètes où les amants et maltresses en viennent à gloser sur les parents; ils s'y verraient traités comme des Harpagons ridicules ou des Argus incommodes ; ils entendraient le comité accélérer par ses vœux l'époque où on sera délivré d'eux , où on pourra jouir d'une fortune qu'ils ont mauvaise grâce à retenir, et dont ils ne savent pas jouir, si l'on en croit la jeunesse.

Non-seulement cette opinion domine chez les jeunes gens , mais elle règne chez les hommes d'âge rassis , à qui elle échappe en vingt occasions; par exemple, au décès d'un homme riche, vous entendez chacun s'écrier : voilà le fils qui va jouir. L'existence de son père le privait donc de jouissances bien précieuses au dire du public! Dès lors elle lui suggérait indirectement le désir de la mort du père.

Là finissent les illusions de père adoré, de tendres enfants , amis des saines doctrines. Rien de vrai dans ces apparences, et les rares exceptions confirment ta règle. Il peut arriver, par exception , que des enfants, des héritiers, en expectative, désirent sincèrement la longévité du détenteur ; mais ces cas sont si rares, qu'on ne saurait

où en chercher des exemples. Un homme âgé n'est aimé des siens , ils ne souhaitent sa conservation , que lorsqu'un viager ou revenu quelconque, assis sur sa tête, serait anéanti avec lui.

D'ailleurs, c'est chez la multitude qu'il faut observer sur ce point le caractère civilisé. Croit-on que les pères âgés soient aimés chez le peuple? On les y maltraite, s'ils sont sans fortune; on leur souhaite ouvertement la mort, s'ils sont dans l'aisance et • tenaces » selon l'usage des villageois.

Ce préambule était nécessaire à éclairer les pères et aïeux sur une erreur des plus grossières où ils tombent du plus au moins, dans l'état actuel.

Après l'âge d'amour, ils conçoivent le plaisant projet de se concentrer dans les affections familiales , au sein de leurs tendres enfants , élevés selon les saines doctrines à l'amour du commerce et de la charte.

Pense-t-on que la nature ait manqué à prévoir ce vœu de la vieillesse, et aviser aux moyens de le satisfaire? elle y a pourvu; mais le'destin de l'homme étant composé et non pas simple , elle veut satisfaire à la fois les deux affectives mineures , qui sont intimement liées en mécanique sociale. Elle veut ménager à la vieillesse des charmes en amour et en famillisme à la fois. Les mesures prises à cet égard impliquent ces deux passions cumulativement; et toutes les dispositions qu'on lira en équilibre de passions tendront à réserver, aux vieillards d'un et d'autre sexe, un essor combiné des deux affectives mineures, dites amour et famillisme.

Vous vous moquez, répond un modeste septuagénaire. Je n'ai plus ni la beauté, ni les facultés qu'il faut apporter en pareille liaison, et par délicatesse je la refuserais;

je croirais faire le supplice de celle qu'on voudrait m'as* socier.

C'est bien pensé : mais Tordre de choses qui vous ménagera diverses chances d'amour en âge avancé, vous ménagera de même la santé, comme au scélérat Ali- Pacha, qui s'est marié â 80 ans; la beauté comme à Ninon, qui fut courtisée à 80 ans.

Il est vrai que ce perfectionnement matériel n'est pas applicable à la génération présente : aussi l'ai-je avertie qu'on n'a pas besoin d'organiser, au début de l'Harmonie, les coutumes qui s'établiront au bout d'un demi-siècle. Mais dans un plan d'équilibre général des passions , il est force de traiter de l'ensemble, pour faire apprécier la justesse des opérations partielles qu'on devra en adopter, et surtout pour convaincre les vieillards, qu'il n'est pas en leur pouvoir de se restreindre collectivement à telle ou telle jouissance , quoique la raison paraisse l'ordonner, et qu'en se bornant au famillisme (aflec lions de famille), ils y seront en fausse position, en mystification permanente, quelque illusion qu'ils se fassent à cet égard.

Toutefois, c'est une science bien neuve et bien profonde : en la publiant, on peut dire avec Horace : < Odi » profanum vulgus, et arceo. » Ce ne sera pas dans ces premiers volumes que je la donnerai en entier; il suffira de la faire entrevoir.

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