‹ Théorie de l'unité universelle (volume 2)Chapitre 98 sur 105 · FIN DE LA HUITIÈME SECTION · texte numérisé non relu

FIN DE LA HUITIÈME SECTION

o60 ASSOCIATION COMPOSÉE.

POST-LOGUE.

Le bon sens banni, dans l'âge moderne, par le bel esprit.

Enfin les voiles d'airain sont enlevées, la théorie des destinées matérielles et sociales est évidemment découverte ; la nature n'a plus de mystères; elle nous en livre tout le grimoire. Adieu les verbiages d'impossibUitè et d'impénétrabilité derrière lesquels se retranchait le sophisme : plus de profondes profondeurs, plus d'épaisse épaisseur.

Jl est maintenant avéré que Dieu ne voulait rien nous cacher sur les causes et les fins du système de la nature. Je dis LES CAUSES ET LES FINS, puisque nous ne connaissons jusqu'ici que des EFFETS, sans pouvoir expliquer les causes ni déterminer les fins du mouvement et de ses désordres actuels , sans prévoir dans quel cas ni à la suite de quelles opérations l'Harmonie succéderait à cet état de subversion matérielle et sociale de notre globe.

Que nous servent des sciences bornées à l'analyse des effets , aux tableaux du règne du mal? Vaincs lumières, tant que nous ne savons pas nous élever au calcul des voies du bien! J'ai suffisamment établi, dans ces premiers volumes, qu'il faut se défier de ces sciences : mais it est im piège que je n'ai pas assez signalé, et où tomberont la plupart des lecteurs; c'est le piège de la rhétorique, non moins dangereux que celui du sophisme.

Battus par le raisonnement et hors d'état de lutter à cette arme, les sophistes attaqueront sur le style ; comme si un inventetur était un prétendant à l'Académie , obligé de s'ètaycr de faconde oratoire. Il faut, en terminant , prémunir encore le lecteur contre ces prestiges de style et de méthode.

Je le répète, les meilwdcs employées jusqu'à présent sont nécessairement vicieuses, puisqu'elles n'ont rencontré que des impénétrabilités là où ma théorie a pénétré d'emblée, sans attire effort que de suivre les douze principes {II, 129), recommandés par les savants mêmes qui s'obstinent à n'en faire aucun usage.

Quant à la magie du style, il n'est pas de leurre dont on doive pins se défier en fait de découvertes; elles sont plus que douteuses, lorsqu'elles n'ont que le style pour recommandation. Exiger d'un inventeur

POST-LOGtIE.

le fard de la rhétorique, ce serait lui donner le privilège de jonglerie et de déraison, dont usent tous les favoris de Polymnie. Ce n'est pas elle qu'on doit prendre pour arbitre dans une affaire d'où dépend le soit du monde : il faut des preuves expérimentales, et non des illusions oratoires.

J'ai démontré à V Ultra-Pause le danger de ces utopies étantes . comme le Tèlémaquc , des charmes du style. Je voulais étendre cette critique à une gamme de sophistes ; le parallèle de leurs contradictions aurait pu dissiper beaucoup de préventions philosophiques : mais obligé d'abréger celte facétie, j'insiste une seconde fois sur le thrt d'exiger, en politique sociale et surtout en matière de découvertes, ce bel esprit qu'on exige en littérature.

Je vais l'analyser dans un des coryphées de la littérature moderne, Dhjllb, (limite par sa déraison de prendre place à côté de Fbnéloh , déjà cité sur le même sujet. C'est Delille qui va faire Us honneurs du second aiiicle. J'examinerai quelques pesanteurs de son premier chant de l'homme des champs ; elles nous fourniront d'importantes conclusions sur l'influence du bel esprit en aberrations mordes et politiques, et sur la duperie du siècle, qui exige des inventeurs le talent des rhéteurs. Suum cuique.

Page 1