MORALE DE L'HOMME DES CHAMPS
Selon rasage des moralistes, celui-ci débute par les contradictions et rintolérance; il dit, aux premières lignes :
« Mais quoi, l'art de jouir et de jocir dbs champs ,
• Se peut-il enseigner? Non sans doute , et mes chants ,
• Des austères leçons fuyant le ton sauvage,
» Viennent de la nature offrir la douce image;
» Inviter les mortels à s'en laisser charmer.
» Apprendre à la bien voir, c'est apprendre à l'aimer. »
On croirait, à ce début, qu'il va traiter de la nature champêtre; il n'en dit pas un mot; il ne met en scène que ses fantaisie» morales auxquelles il veut astreindre tout le monde, sous peine d'être déclaré ennemi des champs , ennemi des saines doctrines , ennemi des torrents de lumières.
Après avoir dit' que l'art de jouir des champs ne se peut enseigner, il veut l'enseigner dès la page suivante, où il gourmande Mondor sur ce qu'il ne sait pas jouir des champs ; il le raille amèrement prouvant qu'il va s'ennuyer parce qu'il Teut faire bonne chère a la campagne r et qu'a veut au sortir du dîné repartir pour aller à l'opéra.
Il ij bâillera, dit notre moraliste : j'en doute; quelques nymphes du théâtre Tiendront égayer sa loge , et on y bâillera moins que dans le salon moral de votre homme des champs ,
à coté ...» Du piquet des graves douairières ,
• Du loto du grand oncle et du wisk des grands-pires. »
Mondor est peu tenté de cette cotterie surannée; il réunit dans son château une compagnie fort différente; dès-lors c'est un ennemi des champs qu'on crible charitablement de quolibets.
Dans son château .... V ennui Le reçoit à la grille et se traîne avec lui,
Au dire du poêle, qui en a menti, comme dans tout le cours de son poëme: les mondors ou financiers sont des gens qui, à la campagne comme en ville, savent jouir de la vie aussi bien qu'on le puisse en civilisation.
Que d'iulolerance et de contradictions? Il a promis de fuir le ton sauvage des austères leçons ; et le voilà diffamant tous ceux qui ne veulent pas imiter son sage; dictant ses lois en pédagogue, sans vouloir permettre que chacun jouisse des champs comme bon lui semble, et s'en aille lorsqu'il est rassasié de ce médiocre plaisir. A l'en croire , nos sens grossiers ne savent pas apprécier les charmes de la nature.
« Apprendre à la bien voir, c'est apprendre à l'aimer. »
Eh! que nous fera-Ml voir de neuf dans cette nature champêtre? La fantasmagorie morale; vingt rêves de bonheur dont pas un n'est compatible avec le sens commun. Lisons-en l'avant-goùt dans sa préface contenant le plan de l'ouvrage.
« Dans le premier chant, dit-il, c'est le sage qui, avec des sens » plus délicats et des yeux plus eiercés que le vulgaire , parcourt , » dans leurs innombrables variétés , les riches décorations des scènes » champêtres, et multiplie ses jouissances en multipliant ses sensa- * tions. »
Que de raffinement sensuel pour un sage moraliste ! ne ferait-il pas mieux de modérer ses passions, selon tant de fameux auteurs? Mais où trouvera-t-il cette innombrable variété de riches décorations, si sa campagne est située de Paris à Orléans, où l'on ne voit que de tristes plateaux, toujours uniformes, nus et désolants par leur immensité et leur monotonie? Notre sage , dira-t:on , saura choisir un meilleur site : cela est douteux, car de tant de sages qui abondent à Paris, aucun n'a su choisir le seul local où l'on puisse trouver YxnnombruMe variété de riches décorations naturelles ; c'est l'amphithéâtre de Poissy. Conr tinuons sur les prouesses du sage.
POST-LOGUE.
« Sachant se rendre heureux dans son habitation champêtre, il tra- » vaille à répandre autour de lui son bonheur d'autant plus doux, qu'il » est plus partagé. » Mais s'il veut répandre parmi les paysans qui l'entourent , cette manie de raffiner ses sensations, multiplier ses jouissances, et par suite ses dépenses , il en fera des voisins très-dangereux et très-fripons; plus ils acquerront en délicatesse des sens, plus ils inclineront à griveler sur le seigneur à cent mille écus de rente pour se rapprocher de son bonheur sensationnel. Aussi un seigneur prudent ne chercbe-t-il point à exciter chez le paysan cette sensualité, cette avidité de sensations perfectibilisées.
Je doute que la religion et la politique s'accordent sur ce point avec notre sage ami des champs ; elles ne veulent pas de paysans si recherchés, si perfectionnés; on ne leur laisse pas même l'enseignement mutuel , de peur qu'ils n'apprennent trop tôt à lire et à raisonner sur le budget, sur les lacunes de 20, 40, 60 raillions.
« L'exemple de la bienfaisance lui est donné par la nature même» > qui n'est à ses yeux qu'un échange éternel de secours et de bienfaits. » Il s'associe à ce concert sublime, appelle au secours de ses vues » bienfaisantes toutes les autorités du hameau qu'il habite (le curé et d le magister), et par ce concours de bienveillance et de soins, assure » le bonheur et la vertu de la vieillesse et de l'enfance ! ! t »
On est étourdi, après avoir lu ce pathos oratoire, ce déluge de pensées libérales, véritable enfilade de mots dénués de sens. La nature n'est rien moins que bienfaisante ; elle ne donne rien à celui qui n'a rien. Les seigneurs ne s'associent point aux concerts sublimes de la nature; ils ne s'associent qu'aux ligues de féodalité pour pressurer le paysan; ils ne voient pas des autorités dans le curé et le magister; ils commandent au magister comme à un pied-plat; et quant au curé, s'il veut être admis au château , il faut qu'il suive l'ordre. D'ailleurs, le seigneur ne veut pas tant d'acolytes pour assurer le bonheur du hameau, il ne veut que lui , les gardes-chasses et le percepteur ; il exige que la vieillesse et l'enfance mettent leurs vertus à bien obéir et bien payer; fort éloigné en cela de les appeler au partage de ses richesses et de ses sensations , comme le prétend notre poète.
Et c'est avec ces balivernes morales que DelUle veut nous enseigner à connaître la nature champêtre, eu disant ;
« Apprendre à la bien voir, c'est apprendre à l'aimer. »
Mous l'avons vue de pftis près que lui, qui ne l'a aperçue que des balcons du château, et c'est pour l'avoir vue de très-près, que nous ne l'aimons pas, et que nous préférons la nature des châteaux à eeïle des champs.
■ Soyes l'homme des champs , Yotre rôle est sublime. »
Ouais ! analysons les sublimités du rôle de cet homme qui , dit-on , aime la campagne en vrai sage, et qui sait
* Qu'il vaut mieux, sous ses humbles lambris,
» Vivre heureux au hameau, qu'intrigant à Paris. »
Le poète nous apprend que le vrai sage a sous ses humbles lambris une meute immense et fait de grandes chasses au cerf. Il fallait bien cela pour amener une description de la chasse, car Delillc n'a jamais qu'un seul but , c'est de faire des descriptions souvent hors de propos. Aussi , en traitant de plaisirs des champs , débnte-t-il par décrire tous les jeux de la ville: billard, wisk, échecs, trictrac. Il a la manie de lliypotypose, comme Perrin-Dandin a celle de juger. Hors du genre descriptif et des traductions , il devient, quoique bon phrasier et bon rimeur, le dernier des écrivains en imagination et en raison.
Le sage qu'il nous dépeint est un épicurien qui, pour vivre heureux au hameau, imite la frivolité des libertins, ne cherche due nouveauté et raffinement dans les plaisirs champêtres.
« Le vulgaire au hasard jouit de leur beauté;
• Le sage veut choisir : tantôt la nouveauté
» Embellit les objets; tantôt leur déclin même, » Aux objets fugitifs prête uu charme qu'on aime. » Le cœur vole au plaisir que l'instant a produit, » Et cherche a retenir le plaisir qui s'enfuit. »
Eh l comment concilier ce sage avec la morale qui veut qu'on réprime ses passions, et qu'an lieu de cet amour de nouveauté et de voluptés sans nombre, on se borne à aimer la vertu et la constitution? Comment Delille ne s'aperçoit pas que, sous le masque d'un sage, il n'a peint autre chose qu'un sybarite renforcé ?
Pour en juger, voyons les prouesses de la cohue que ce sage assemble sous ses humbles lambris, où pendant l'hiver il Ramène pas moins de 80 individus et 40 chevaux; total, 120 bouches à nourrir. Tous ces grands-pères jouant au wisk, ces grand-mères jouant au piquet, et ces grands-oncles jouant au loto, sont escortés d'une foule de neveux et petits-neveux, fils et petits-flls. Les jeunes gens forment, dit-il ,
« Un essaim étourdi, » Poussant contre l'ivoire un ivoire arrondi, »
C'est-à-dire , faisant la poule au billard. 11 se trouve nécessairemefit dans «ette cohue, bon nombre de jeunes soeors, nièces et cousines. On volt que les familles sont arrivées par volées de trois générations, depuis
POST-LOGUE.
les grands-pères jusqu'aux marraots; qu'elles ont amené chevaux, cochers, laquais et soubrettes ; de sorte que l'habitation champêtre du vrai sage contient, en étrangers seulement, au moins 80 amis des champs avec leurs chevaux ; car la belle compagnie ne va pas à pied.
Pour exercer ce genre d'amour des champs » il ne faut pas moins de trois cent mille francs de rente. Ces 80 parasites ne vivent pas de peu , selon notre poète ; ils font sauter les bouchons des flacons délectables , et leur caravane morale n'est pas moins amie des vignes que des champs.
L'étiquette régnera jusqu'au soupé; mais une fois la séance levée et l'heure du coucher sonnée, quel joli manège moral va commencer! Chacun fera semblant d'aller se livrer au doux sommeil , aux pavots de Morphce, puisque c'est une congrégation de poètes : mais, selon l'usage delà campagne où règne une honnête liberté, chacun se trompera de lit, et les jeunes amies des champs verront arriver, comme par hasard , de jeunes amis des vignes un peu échauffés par les fumées du Champagne. Ayant suffisamment joui des champs pendant la journée, ils voudront, pendant la nuit, répandre autour d'eux leur bonheur, d'autant plus doux qu'il sera plus partagé.
D'avance ils se seront entendus pour un partage des belles , selon l'usage des innocentes réunions de la campagne. C'est, nous dit le poète , un essaim d'étourdis. Ils brusqueront l'affaire et entreront en tapinois dans vingt chambres que vingt dames ou demoiselles n'auront [ pas fermées à clef, j
Plus d'une Alix aura négocié, dans la soirée, ces partages de bonheur, ce commerce épicurien dont elle recueillera de bonnes étrennes. Je ne doute pas que chaque nymphe ainsi surprise ne rappelle ces jeunes amis des vignes aux lois de la sagesse. Chacun d'eux répondra selon Delille :
« Que le sage doit multiplier ses jouissances en multipliant ses sen- » salions; qu'il doit se laisser charmer des douces images de la natuit;, • et parcourir dans leurs innombrables variétés ses riches attraits; » la bien voir pour apprendre à l'aimer; savourer les voluptés avec des > sens délicats. » (Telles sont les expressions du moral rimeur.)
Pour peu que les belles soient amies de la sagesse champêtre, elles se rendront à ces excellents préceptes, et emploieront leurs sens délicats à échanger les secours et les bienfaits, s'associer aux sublimes concerts de la nature, et multiplier les sensations pour multiplier les jouissances. Tout se passera au mieux et sans bruit à l'étage des marquis et des comtesses; tandis qu'au bas et au voisinage des cuisines, ce ramas de cochers et de soubrettes amenés par les amis des champs, feront chorus des scènes champêtres, et multiplieront eurs sensations poi* lours j oiiiâsûn^ es • ^a.ui si l^s sghsûIious iuultipli^os d otâ^o ou otfl^c ^
élèveront toute cette cohue morale au faite de la perfectibilité perfectible ut des innocentes vertus des hameaux.
Que fait notre sage pendant cette bacchanale? Réfléchit-il sur l'amour dos champs ou sur l'amour des prés? Non; le bon apôtre saura bien prendre part au gâteau ; il ne ferait pas les frais d'une telle bourdifaille , s'il n'était pas sûr de tirer son enjeu; quelque tante officieuse lui aura ménagé une nièce accommodante. C'est donc un chef d'orgie, on directeur de bastringue champêtre que Delille nous a dépeint sous le uoui d'ami des champs. Voilà à quoi se réduit la morale douce et pure, quand on veut en soumettre les visions à un sérieux examen; les apprécier selon les notions du sens commun; ne pas se laisser prendre au cliquetis d'expressions, au fatras d'illusions; confondre l'histrion moral par ses principes mêmes, et le renvoyer à l'école sur cette nature champêtre qu'il prétend nous apprendre à bien voir.
Observons-la donc telle qu'elle est, en comparant les vertus de notre * sage et de sa séquelle de bombanciers, avec les torts imputés à leurs antagonistes, à ce Mondor, cet ennemi des champs, ce Béelzébutb moral que le poète accuse en ces termes :
« Avec pompe on l'habille , on le couche, on le sert , > Et Mondor au village est à son grand couvert. •
C'est donc pour se mettre au petit couvert que notre sage épicurien rassemble sous ses humbles lambris S0 gouailleurs et 40 chevaux : quel petit couvert ! Toilà bien les moralistes : quand ils déclament contre un vice, croyez qu'ils en sont beaucoup plus entachés que celui qu'ils dénigrent pour cacher leurs turpitudes.
Ce petit couvert de 80 amis des champs est un choix de beaux esprits et de joueurs, à en juger par le tableau de leurs amusements pastoraux; échecs, trictrac, vnsk, piquet, loto, billard; jeux trèschampêtres, auxquels il adjoint le plaisir de lire Voltaire et Racine. Aucun sot n'est admis dans ce congrès à prétention ,
• Ainsi fermant la porte au sot qui , de Paris , » S'en vient tuer le temps , la joie et vos perdrix. • Voilà les chasseurs en disgrâce et traités de sots. Tout à l'heure If poète les vantait pour acheminer à des descriptions; elles sont faites, on n'a plus besoin d'eux , on se moque de leurs longs et assommants récits : ce sont des sots, tuant la joie et les perdrix. Notre sage leur ferme sa porte : voyons de quels beaux esprits il a fait choix hors de Paris.
« Ce sont de vieux voisins , des proches , des enfants , » Qui visitent des lieux chers à leurs premiers ans. •
Précieux choix l Les vieux voisins de campagne sont de vieux chicaneurs
POST-LOGUE.
qui, après avoir grugé le sage, lui feront vingt procès , et qui , au lieu de s'amuser à relire tout Racine, liront Cujas et Bartbole pour y trouver quelque rubrique de chicane. Et [qui voit-on encore arriver avec ces vieux voisins et vieux plaideurs?
« C'est un père adoré qui vient, dans sa vieillesse, etc. »
Adoré ou non adoré, si ce père est homme prudent, que pensera-t-il en voyant le train de vie que mène son fils, assemblant chez lui, comme le Dissipateur du théâtre, non pas 40, mais 80 dévorants, avec leur escadron de chevaux à l'écurie ; le tout sous prétexte d'étudier l'art de jouir des champs.
On n'en finirait pas sur les ridicules du sage, et du poète qui le prône. Intolérant comme tout moraliste, Delille subordonne les 80 élus à ses fantaisies , il leur défend de jouer la comédie de société. Il en résulterait selon lui certains inconvénients d'amourettes;
« Et quelquefois les mœurs s'y sentent des coulisses. •
Pour correctif il leur fait jouer un jeu d'enfer, et sabler le vin mousseux au diné, à la suite de quoi ces désœuvrés feront bien pis dans leur soirée, que s'ils eussent été occupés par une comédie de société. J'ai expliqué plus haut quelles scènes de morale ils machiueront pour la nuit suivante, sauf à mystifier le sage en feignant, pour lui plaire, de
« Relire tout Racine et choisir dans Voltaire. »
Ils y choisiront la Pucelle et les pièces de même acabit; car, quel autre choix peut faire un essaim d'étourdis que le Champagne a mit eu g ai té? En nous peignant cette cohue de bombanciers, menant joyeuse vie dans le château d'un homme opulent, l'auteur a raison de dire :
« Ce sont les vrais plaisirs, les vrais biens que je chante, » Mais peu savent goûter leur volupté touchante. »
Et vraiment il est peu de gens assez riches pour monter leur maison sur un tel pied, soit aux champs, soit en ville. Toutefois on ne voit pas quel rapport ont ces joyeux ébafc d'une légion d'oisifs, avec les fonctions agricoles et les scènes champêtres, dont le titre Gbobgiqces annonçait le tableau , titre auquel s'était conformé Virgile, parce que dans Rome et Athènes le bel esprit ne dispensait pas, comme en France, de la justesse des idées.
Au résumé, voilà un sage qui, déclarant ennemis des champs et de la morale tous ceux qui ne seront pas de son avis , emploie une fortune de cent mille écus de rente à organiser des orgies, et sous ses humbles lambri*, en-
chérit sur le luxe de la ville. Tels sont les moralistes; ils ne sauraient écrire quatre pages, sans jouer le râle des médecins, Tant pis et Tant mieux. Toutes ces contradictions aident à rimer et arrondir des périodes. Un avocat en plaidant successivement le pour et le contre, a chance double de celui gui ne plaiderait qu'une seule cause.
Plaisante sagesse que celle qui exige pour première condition, trois cent mille francs de rente! Car il n'est pas possible d'organiser à plus bas pris ces bourdifailles morales et champêtres, véritable sentier de la vertu.
« Qui sait aimer les champs, sait aimer la vertu : »
mais il faut les aimer à la manière de notre sage ; entretenir chez soi une pétaudière de 80 godailleurs; tout autre genre de vie est immoral; car, nous dit-il,
« Le doux plaisir des champs fuit une pompe vaine. »
C'est-à-dire goûtez-le en petit comité ; n'assemblez pas plus d'une centaine d'amis et une cinquantaine de chevaux dans ces émotions paisibles, ces sentiments doux et modérés , nécessaires à la vertu.
« Pour les bien savourer, c'est trop peu que des sens, m II faut une âme pure et des goûts innocents, »
Et puis, QUELQUES MILLIONS DE FORTUNE ; préoaution Utile
pour purifier une âme, la mettre en état d'acheter un immense château , y rassembler et goberger cette légion de parasites, et y savourer la morale des champs, comme le faisait
« Dans Frênes, d'Aguesseau goûtant tranquillement » D'un repos occupé le doux recueillement. »
On ne voit guère comment concilier ce doux recueillement avec une compagnie de 80 hôtes bruyants, faisant sauter \a bouchons et poursuivant toute la nuit les marquises et les soubrettes. Mais en morale on ne doit pas y regarder de si près, fit se montrer exigeant sur le bon sens : pourvu que V auteur sache rimer et enfiler des mots, le lecteur doit se pâmer de tendresse; •savourer avec des sens dé-
POST-LOGTJE.
» lieats , avec une âme innocente et pure, les innombrables » variétés de riches décorations des scènes champêtres ; » multipliant ses jouissances en multipliant ses sensations, » et assurant par un concert sublime avec la bienfaisante » nature, le bonheur et la vertu de la vieillesse et de Ven- » fance.»
C'est avec de pareils verbiages qu'on fait aujourd'hui la conquête de V opinion. Sans blâmer ses goûts, je signale oe travers pour en déduire le principe suivant :
« On doit exiger d'un inventeur non pas ces prestiges w oratoires, cette faconde ennemie du bon sent; mais des » raisonnements bien suivis, des théories compatibles avec » l'expérience. Tout prétendant aux inventions, qui aurait » le style de ces verbeux écrivains, serait suspect de >» spéculer comme eux sur l'art de mystifier les lecteurs , • de leur donner des amplifications de rhétorique en place m des découvertes promises. »