‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 148 sur 163 · CHAPITRE VHL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHL

DistributioD d'une journée de bonheur ou de plein équilibre de^

Entendez la belle compagnie, les oisifs des capitales^ Ils vantent les délices de leur genre de vie, le ravissement qu'on goûte dans heurs sociétés choisies : quel fâcheux décompte ils vont trouver, en comparant leur plus heureuse journée au sort dont jouit chaque jour, dans l'Harmonie, le moins riche des hommes en santé.

Pour faire juger si un civilisé peut avoir une seule journée de bonheur plein, je vais tracer le tableau fictif d'une journée régulièrement employée selon le vœu des trois passions distributivcs. On verra par ce tableau, combien la civilisation est inhabile à nous procurer un seul jour, les biens que l'état sociétaire fournira chaque jour à ses moindres citoyens.

Vu la rareté des jouissances de l'état actuel, il me sera difficile de remplir convenablement le tableau; je vais le composer d'un minimum de 12 séances et 2 pivoiales. Il faudra majorité des séances en plaisir composé.

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selon la règle générale qui n'admet le bonbenr simple qu'en relais du composé.

Débutons par la lâche la plus difficile ; faire lever nçtre sjbarite dès le grand matin. Quel stimulant mettre en jeu pour l'arracher du lit à 4 heures ? Suffira-t*il de lui présenter un chapitre de morale vantant les beautés du lever de l'auriMre? Ce ne sera pas pour lui un sujet de tentation ; il réfffndra avec raison, que la campagne, au lever comme au déclin du jour, ne présente à ses regards que des masures et des paysans déguenillés. Nos seénes d'agriculture sont un objet de répugnance et non d'attraction : aussin'ose-t-onlcsproduire»soit enpoésie, soitauthéâtre^ qu'avec un fard de luxe et un attirail d'exagération qui prouvent assez que les fonelions de nos paysans sont un supplice pour eux, et un spectacle insipide pour l'homme de goût»

Quoi doncl proposer à celui-ci dès les 4 heures du matin la efaasse ou la pèche î Tout cela est pîâiùr simple-, comme celui de rester au lit. Cléon s'y trouve bien;, l'ennui de l'habillement l'y relient ; il n'en sortira pas volontiers avant 8 heures, ayant tout le temps d'aller chasser et pécher» D'ailleurs^ le mauvais temps peut régner et entraver les courses de chasse et de pèche.

Bref, pour sortir Clèon du lit^ il fout une composite ou plaisir composé. II faut donner à son imagination une secousse assez forte pour surmonter à la (bis l'appftt du chevet et l'ennui du yètement.

Dira-t-on qu'il a peut-être passé la nuit avec Phrynè ou Aspasie ; qu'il trouvera assez de plaisir à conserver sa compagne jusqu'à 8 heures du matin ? C'est escobarder sur le problème de bonheur continu; car le premier bien de l'homme étant la santé ou vigueur, le luxe interne»

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qui est le fruit d'uoe vie activOt rbomme s'éloigne de ce bol s'il se vautre dans la mollesse. Il importe donc à celui qui a passé la nuit avec sa belle, de trouver, dès l'aube du jour, une option sur d'autres plaisirs qui le distraient, le garantissent de l'excès , et l'entretiennent dans la variété de fonctions qui est gage de santé (vœu de la 11''. passion, dite Papillonne).

Tel est l'avantage dont jouit chaque barmonien. Alcibiade et Aspasie se lèveront à quatre heures du matin, parce que des plaisirs très-variés les appellent. Ils vont goûter un Parcours, ou assemblage de diverses jouissances qui feront contre-poids à l'indolence. Ils auront pour amorces le lever galant ou arrière*cour d'amour qui est tenue à quatre heures du matin, et où se débrouillent tontes les intrigues de la nuit; la cour des vestales, et différentes assemblées auxquelles succède, à 4 h. 3/4, le délité ou repas matinal suivi de parade et hymne à Dieu ; les barmoniens jugeant sage de s'attabler et jouir des bienfaits de Dieu avant de lui adresser des actions de grâces. Aussi le repas matinal est*il considéré chez eux comme cène religieuse, initiative de l'office divin.

Essayons, avec les faibles moyens que fournit la civilisation, de composer à notre sybarite une journée harmonienne, et par conséquent attrayante en lever matinal.

Nous limiterons les séances au terme de i à 2 heures ^ seloB les règles de h composite et de la papillonne qui ne permettent pas d'excéder ce terme; l'ivresse du plaisir ne pouvant pas se soirtenir au delà de deux heures.

1'*. Séance, de 4 heures à 5 i/â. Il tant débuter par une composite ou assemblage de deui^ plaisirs; encore faut-il en exclure l'amour, défendu par la philosophie moderne. Recourons donc aux plaisirs politiques et mo-

raux : supposons qu'un postillon Tienne, à 4 heures 'du matin, annoncera Clëonrarriyée de son père qui, après une longue absence, revient avec la nouvelle du gain d'an procès de cent mille écus, d'où dépend leur fortune/

Il y a ici double plaisir de Tâme^ composite bâtarde; la joie du gain d'un procès décisif en fortune, et la joie de revoir un père depuis longtemps absent (je le suppose père aimé , et non pas de ceux que le peuple appelle crûment des pères vit trop^ parlant à leur personne; tant les enfants se gênent peu chez le peuple , pour dire aux pères l'auguste vérité, et les inviter à mourir le plus tôt possible).

L'appât quon vient de citer est assez fort pour décider Gléon à se lever, et aller recevoir son père dont la voiture suit de près le courrier. Les détails sur les intrigues du procès et autres nouvelles pourront bien fournir une séance animée et soutenir Tempressement pendant une grande heure. Au bout de ce temps, la fougue sera calmée , l'enthousiasme ralenti , et il faudra , selon les lois de la Papillonne, un nouveau plaisir et même une option sur plusieurs : mais avec les pauvretés du mécanisme civilisé, ne prétendons pas aux options, et bornons -nous à présenter un plaisir seulement, pour chaque relais passionnel.

2®. Séance, 5 4/2 à 7 heures. Des voisins informés de l'heureuse nouvelle viennent complimenter le père et le fils. L'un d'eux propose une partie de chasse et un déjeûné à son château près de la ville. Il faut supposer la chasse heureuse et la compagnie agréable. Cette séance peut conduire Gléon jusqu'à 7 heures ; elle est de composite bâtarde (on doit se rappeler que la composite est de trois espèces, engrenée, bâtarde et multiple).

5*5. Séance, de 7 à 8 1/2 heures. Cléon arrive a»

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chftteau ; il y troave quelque beauté dont nous le supposerons amoureux, ou du moins courtisan dans des vues de mariage, puisque tout autre dessein serait coupable, selon la philosophie. Le gain du procès donne du relief à sa prétention ; il sera fort bien accueilli des parents ainsi que de la jeune personne, et la séanc^, y compris un déjeûné, peut se prolonger agréablement jusqu'à 8 i/2 heures : c'est composite engrenée*

4^. Séance, de 8 ij2 à lOheures. Gléon retourne à la TÎile, où il arrive à 9 h. Il se bornera jusqu'à 10 h. à un plaisir simple , comme lecture d'un ouvrage nouveau , de gazettes ou mémoires , qui rempliront agréablement une heure. Ici le plaisir simple est bien placé; il forme relais à trois séances de composé.

5®. Séance, de 10 h. à 11 1/2. Au sortir d'un plaisir simple, il faut alterner par un eomposé. Nous supposerons à CléoD- quelqu' intrigue secrète, quelqu'amour illicite qui l'occupera jusqu'oïl 1/2. Si nous n'admettons pas le vice à la fête, il sera impossible de conduire notre civilisé au terme d'une journée de minimum harmonien, ou journée dialoguée en octave simple à douze plaisirs et les deux pivotaux. Passons-lui donc cette séance galante, de 10 à 11 h. 1/2, puisqu'il est connu que le plus juste pèche sept fois par jour.

&®. Séance, de il 1/2 à i h : on relayera la vacation amoureuse par une affaire d'intérêt, une acquisition avantageuse. Le gain de son- procès détermine quelque voisin à transiger sur un inuneuble en litige : Gléon acquiert un domaine arrondissant et longtemps contesté ; il l'obtient à bon prix. Les pourparlers et rédactions fourniront une séance animée jusqu'à une heure; séance de pur intérêt, plaisir simple.

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Y Séance pivotale, de 1 h. à 2 1/3. Le diné. Je Te suppose assez bien poarvu en bonne cfaëre et en conyÎTes, pour reunir les plaisirs des sens et de TAme » composite engrenée.

7®. Séance, de â i/2 A 4 h. Arrive on envoi de végétaux exotiques pour la serre, qu'il veut rendre la plus brillante du pays. Cet incident rassemble chez lui quelques savants qui, aidés du café et du punch, dissertent en grec et latin sur les genres et les espèces, tandis que les jardiniers procèdent à Tempotage, et travaillent au lieu de parler et boire. Les végétaux sont arrivés en bon état; Cléon triomphe d'avance de Téclat futur de sa serre. Il y a ici composite engrenée, plaisir de la vue excité par le bel assortiment de végétaux rares , et jouissance d'amour-propre, dans les éloges qu'obtient sa collection, et dans le relief de primauté dont va jouir sa serre.

8®. Séance, de 4 A 5 h. Passage d'un personnage puissant, par la protection de qui il espère obtenir ud emploi de haute valeur. Les belles promesses de sinécure et les fumées d'ambition vont Tenivrer pendant une heure, jusqu'au départ du voyageur. Plaisir simple, et peut-être composite bâtarde.

9®. Séance,. de 5 b à 6 h. 1/2. Visite d'une coterie que nous supposerons un peu moins insipide que d'usage. Il faut donner à Cléon un brin d'amour dans cette assemblée, qui à défaut serait fade comme toutes les coteries sans amour. Animons la séance en faisan! obtenir à Cléon un rendez-vous de la belle. Toutefois, c'est déjà le second péché que nous lui laissons commettre dans cette journée ; tant il est impossible de suivre les sentiers de la morale douce et pure, en distribuant une journée â variantes graduées. • Nous soutiendrons cette séance

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d'autres plaisirs permis, comme glaces, goûté délicat, pour former jouissance de composite engrenée.

10®. Séance, de 6 4/2 à 7 1/2 h. Cavalcade avec ses amis; plaisir simple : il en faut par fois en relais.

11®. Séance, de 7 1/2 à 9 h. Spectacle : nous y réunirons tons les ressorts du plaisir; pièce intéressante , acteurs idem, compagnie joyeuse dans la loge, rencontres piquantes, etc. ; enfin, composite engrenée, plaisir des sens et de Fàme.

12®. Séance, de 9 b. à 10 1/2. Le soupe clora la journée : afin qu'il ne soit pas maussade comme les repas de famille, recourons aux beaux-arts; convions quelques artistes de passage qui charmeront la société : leurs talents, soutenus de ceux du cuisinier, produiront une jouissance composée.

\ Séance cantre-pivotale. Puisque nous décrivons b journée d'un beureux civilisé, il ne faut pas le supposer marié, l'envoyer à la corvée conjugale pour clôture. Laissons-le donc s'aller coucher sans nous informer avec qui : exceptons cette séance du nombre des situations morales dont il est permis de rendre compte. Après tout, ce n'est que son troisième péché; et la morale nous assure qu'on passe au juste 7 péchés par jour : celui-ci est donc, au bout de la journée, en bénéfice d'indulgence.

Récapitulons sur cette distribution.

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