‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 15 sur 163 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Régime ptùgnatit des MoarrlMoiii.

• Dédié Mil Pèrct d« fiimUlc. ■

Il n'est pas de sujet plus intéressant pour les pères de Tamille. Je vais leur prouver que , hors de l'état sociétaire» ni les gens riches , ni même les monarques » ne |>euyent assurer à l'enfant les soins d'où dépend son accroissement.

Lorsque J.-J. Rousseau youlot critiquer les systèmes en vogue sur l'éducation » il mit en jeu des illusions de ûmple nature et devoirs sacrés de la maternité. Ces verbiages pompeux substituèrent de nouveaux abus à d'anciens abus. On n'est jamais dans les voies de la nature , Unt qu'on est dans les voies de la civilisation.

Rousseau commença par blâmer l'usage de nourrices mercenaires ; il voulut , dit-on , rappeler les mères aux tendres sentiments de la nature ; plaisante vision philosophique! rêverie de sophiste, qui ne sait pas que l'exception doit intervenir en calculs généraux, et y Ggurer ponr l^e. Or, ce 1/8®. de mères qu'il faut exclure du nourrissage, est précisément la classe opulente, à qui Rousseau inocula cette fantaisie d'allaitement, aussi ridicule que ses rêveries sur le contrat social , et son apologie des vertueux citoyens de Rome, vendant la patrie pour W sous, monnaie de France. Il n'en coûtait pas davantage pour acheter le vote d'un Ger républicain de Rome. Les vertus patriotiques étaient tarifées au-dessous d'un petit ècu : c'était vertu traitable.

U semblé , au premier coup d'œil , que la mère manque

aux devoirs de la natare , si elle n'allaite pas son enfant. Admettons qae cela soit vrai; nous en conclurons déjà que J.-J. Rousseau n a converti qu'un 8®. des mères, car il est certain que toutes les paysannes et femmes du menu peuple sont Irës-fidëles sur ce point aux prétendus devoirs de la nature. Elles allaitent leurs enfants , et pour bonne raison; c'est que loin d'avoir de quoi payer une nourrice, la plupart cherchent des nourrissons payant , et payant fort peu.

Quelques femmes de la ville qui n'ont pas lu Rousseau continuent à tenir leurs enfants en nourrice. Tout com> pensé y elles font aussi bien que si elles nourrissaient ellesmêmes, sauf la surveillance qu'elles n'exercent pas; sauf la sotte économie de lésiner sur le prix , avec une nourrice qu'on devrait tenir chez soi et payer grassement.

Quel fruit retire l'enfant de la conversion de ce petit nombre de femmes riches , de ce 8®. que Rousseau a , dit-on y ramenées aux tendres devoirs de la tendre nature?

S'il existait des tribunaux et codes crimmels sur les fautes commises dans lenourrissage , sur les imprudences dont l'enfant est victime, j'estime qu'il faudrait condainner à des peines aiSictives les 9/1 0~. des femmes riches qui allaitent leurs enfants. On peut dire qu'elles ne sont pas nourrices, mats assassins du marmot, qui aurait besoin d'être sagement gouverné. Ces mères ne s'étudient qu'à lui créer mille fantaisies pernicieuses, qui sont pour lui un poison lent et tuent la plupart desenCwts riches. Le tendre père , occupé à mentir dans sa boutique, est bien aise que sa femme reste dans l'arrière-boutique avec son enfant , plutôt que de courir le quartier, s'immiscer dans les caquets et affaires galantes. Dans ce cas, le mari est

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philosophe par jaloBsie : c'est la crainte de certaine coiffure qnile rallie au système de Ronssean sar rallaitement. L'épouse est facile à prendre au piège; dèpourrue de rè* créations 9 elle se jette A corps perdu dans la tendresse maternelle dont l'excès n'est pas moins Yicieux que celui de tonte antre passion. Aussi les femmes riches soot-eHes assassins de leurs nourrissons» à qui elles créent une foule de défauts ; tandis qu'une paysanne obligée de soi* gner vingt travaux» et n'ayant qu'une demi-heure à donner » matin et soir, à TaHaitement, n'élève pas l'enfant à satisfaire ses caprices ni à s'en forger plus que la nature ne loi en donne.

On s'étonne sans cesse que la mort enlève le Gis unique d'uoe riche maison, tandis qu'elle épargne de misérables enfants du voisinage» entassés sur des cfaAiits. Ces enfants ont une garantie de santé dans la pauvreté d'une mère qui, [obligée d'aller aux champs,] n'a pas le temps de s'oc* cuper de leurs fantaisies nuisibles, encore moins de leur en créer plus que la nature n'en suggère. Tel est le défiât des femmes riches et dépourvues d'oc<5upalion. Aussi celte classe est-elle la seule qu'il convienne d'exchire de l'allaitement , sauf exception. C'est pourtant la seule que Kousseao ait pu y répéter, puisque les autres y sont forcées par la pauvreté.

Passon&aux autres bévues du philosophe de Genève. Il blàma le berceau à courroies, les liens qui assujettisent i'enfant : il eut raison , sans doute ; mais il ne sufSt pas de ^^ritiquer un abus ; il faut en indiquer le remède. Chaque cinfant n'a pas, comme l'Emile de Rousseau» âO mille (rancs de rente et une douzaine de valets A son service. Comment la paysanne allant aux champs trouvera- t-elle des gardes pour surveiller son enfant libre dans le berceau

oo vers le fea ? Qoand donc persaadera-t-on aux philotaphes qae tout le monde n'a pas 50,000 fr. de rente, et qu'il faudrait adapter leurs systèmes de morale aux elasses qui n'ont ni rentes , ni valets à leur serTice ?

Ainsi spécule une Phalange d'Harmonie , qui yeut un régime d'éducation unitaire et applicable progressivement à la masse entière. En conséquence, elle divise les nourrissons en 3 ordres de caractère comme d'âge, savoir:

Les Pacifiques, les Mutins et les Diablotins. Ils sont réunis dans 3 salles contiguës et assez distinctes pour que \e%.diahloiins , sans cesse hurlant, ne puissent étourdir ni les pacifiques y ni même les mutins, déjà plus traitables.

Les mères ont trop d'intrigues industrielles dans l'Harmonie , pour oublier tout-à-coup 40 et 50 groupes où elles s'occupent de culture et de fahrique. Elles sont déjà fort ennuyées que la corvée des couches les en ait distraites pendant une quinzaine; et dès le moment des relevailles, elles sont aussi empressées de revoir tous leurs groupes, que de visiter l'enfant qui ne manque d'aucun soin, dans les 3 salles où veillent jour et nuit, à tour de rôle, des experts, composant la Série des Bonnes , et disposées par la nature et l'attraction pour celte corvée.

Les bonnes , distinguées en divers groupes , ont un service de faction alternative , aussi sévère que celui d'une ville assiégée, et jamais, aucune minute de jour ni de nuit , les 3 salles de nourrissons ne manquent de surveillantes exercées à deviner et satisfaire tous leurs besoins. La mère n'a d'autre fonction que de paraître à heures fixes pour l'allaitement. Ce devoir une fois rempli, elle peut vaquera toutes sesintrigues c industrielles etautres.»

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Eire peut même s'absenler sans iocoDTènieoi pendant une journée , car il eiiste des noarrices de supplëmeot , classées par tempéraments » et pouvant toujours offrir à l'enfant un lait de même tempérament que celui <ie la nourrice absente. Ces précautions ne sont pas cou* Dues ni praticables en civilisation : elles sont un des nombreax avantages réservés aux grandes associations » distribuées par Séries passionnelles.

La civilisation toujours simpliste dans ses méthodes ne connaît que le berceau pour asile du nourrisson. L'Harmonie qui opère partout en mode composé alterne du berceau à la natte élastique. Les nalles sont placées à haaleor d'appui ; leurs supports forment des cavités où chaque enfant peut se caser sans gêner ses voisins. Des filets de corde ou de soie, placés de distance en distance, arrêtent l'enfant sans le priver de se mouvoir , de voir autour de lui » et d'approcher l'enfant voisin » séparé par un filet.

La salle est chauffée au degré convenable pour tenir l'enfant en chemise ou en vêtement léger, et éviter, autant ^e possible , tout embarras de langes et de fourrures.

Les berceaux sont mus par mécanique : on peut agiter CQ vibration 20 berceaux à la fois. Un seul enfant fera ce service , qui occuperait chez nous 20 femmes.

La salle des nourrissons est visitée matin et soir , par les médecins de la Phalange , qui sont intéressés à ce qu'aucun enfant ne tombe malade; car, en Harmonie, un groupe de médecins n'est rétribué , je l'ai déjà dit, qu'en rapport de la santé collective, et non pas selon le traitement des individus. Ainsi , plus il y a de malades , ^om les médecins gagnent. Leur tâche étant de maintenir toute la Phalange en bonne santé , et de prévenir

plutôt que de traiter le mal > leur dividende ou porlioo sociétaire du produit général sera d'autant plus fort que Tannée aura fourni moins de malades. Ces médecins , bien différents des nôtres , no trouvent feur intérêt qa'à maintenir tout le monde en santé. Ils ne pourraient accepter aucune rétribution individuelle , sans étr» désho* norés et éprouver une grande perte pécuniaire , l'Harmonie considérant comme opprobre social tout serrice individuel salarié.

Continuons sur le Séristére des nourrissons , àWisé en trois salies. Même classement régne parmi les bonnes. On en distingue trois groupes, qui fournissent obaque jour un poste de station perpétuelle , formé de trois escouades :

Les Bonnes des Pacifiques; ce sont les moins patientes.

Les Bonnes des Mutins, sont celles de caractère moyen.

Les Bonnes des Diablotins , sont les calmes ou endurantes. Cette série [des Bonnes] peut être mieux subdivisée et pousséeàS ouSgroupes. Quoi qu'il en soit, eiie jouit d'une haute considération > et fait partie du sacerdoce » parce que son service est fonction de charité et de rel^on, comme tout ce qoi tient au service des malades et infirmes, dont les nourrissons et les patriarches décrépits font essentiellement partie.

Une mère , fût-elle princesse , ne peut jamais songer à élever son enfant isolément chez elle. Il n'y recevrait pas le quart des soins qu'il trouve au Séristére des nourrissons ; et, malgré toutes tes dépenses imaginables , on ne pourrait pas y réunir une corporation de bonnes passùmnées, intelligentes , et se relayant sans cesse en trois caractères assortis à ceux des enfants:, comme on vient de le voir. Une princesse, malgré tous ses frais, n'aurait

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pas des salles si bien eotreleoues au degré de chaleur ; des nattes élastiques , avec Toisioage d'enlaots qui se servent réciproquement de distraction , et sont répartis dans les trois salles, selon les convenances de caractère. C'est principalemeiit dans efes établissements harmoniens qu'on reconnaîtra combien le plus riche potentat cîyilisé est audessous des moyens de bien-être que l'Harmonie prodigue au plus pauvre des honmies et des enfants.

Loin de là; tout est disposé» en 'civilisation, de manière que le nourrisson foit le tourment d'une maison f organisée! pour le torturer lui-même. L'enfant, sans le savoir, désire les dispositions [graduées] , le bien-èlre qu'il goûterait dans un Séristére d'Harmonie , et à défaut de qaoi il désole, par ses cris, les parents, valets et voisins, toQl en nuisant é sa propre santé. Souvent il suffit d'un nourrisson pour importuner et désorieAler une maison entière. Je vois, au moment où j'écris, un enfant qui depuis deux mois harcèle et tient sur les dents 5 à 6 personnes. Trois domestiques ne suffisent pas k servir les caprices que de sots parents lui ont créés : il pousse des cris perpétuels , sans maladie. Les gouvernantes engagées pour le service de cet antechrist renoncent, perdent patience au bout d'une quinzaine , et toute une maison est harassée pour un marmot qui , dans l'état sociétaire , ne causerait pas le moindre embarras dans la salle des diablotins , enfants de sa trempe , éloignés des autres pour ne pas les étourdir de hurlements, f Ses » criailleries sont supportées sans peine par les bonnes de genre calme , quand il s'agit d'une station de deux heures seulement ,' avec attirail convenable à régir ces diaboliques rejetons. Elles s'attendent au vacarme de ces gueulards , dont la réunion peut intéresser un groupe de bonnes qui a des

prétentions cabalistiques et émulatives à faire valoir contre les deax autres groupes de la Série des bonnes.

Ainsi, en éducation sociétaire , tout ce qui embarrasse et rebute les mercenaires civilisés devient un jeu pour les Harmoniens, parce que les dispositions combinées, voulues par la irature et adaptées à tous les goûts, ne peuvent se rencontrer que dans les Séries pass. S'il en était autrement , Tes passions de Tenfant seraient donc exceptées de ce mécanisme sériaire qui régne dans tous les détails de la nature sociale.

En éducation comme en toute autre branche d'Harmonie , rallions-nous sans cesse à la boussole que j'ai vingt fois indiquée , à la. distribution par Séries composées (i).

Si cette méthode ne s'étendait pas aux nourrissons comme à toutes les classes , si elle n'embrassait pas tous les âges depuis le berceau jusqu'à la décrépitude , il n'y aurait point d'unité dans ma théorie sociétaire ; je violerais moi-même les régies que j'ai établies.

le viens de commettre cette faute , et peut-être sans qu'aucun lecteur s'en soit aperçu. J'ai distribué (iS) les trois âges d'enfance en mode simple, tous trois par 18 mois , savoir :

18 mois pour les nourrissons , 0 à 18.

18 mois pour les poupons, 19 à 36.

f 8 mois pour les bambins , 57 à 54.

(i) Par fois les simpfés sont applicables ; mais il fiiat, en système gënëral , spéculer sur les composées , et en étendre Temploi autant que possible, puisque le mouvement simple n^est utile qu'en relais du composé. On doit donc , dans le soin des en£ints comme dans toute branche de relations sociétaires y procéder par Séries composées, sauf les cas très- rares ou Ton pourra employer le mode umple , qui nUntervient qu^èn e:tccption , et jamais en pivot.

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C'est oublier que l'égalité est poison eo Harmonie : ce principe qne j*ai maintes fois énoncé est violé dans cette occasion. Rectifions l'erreur , et distribuons progressivement comme il suit :

Nourrissons , de 0 à 15 mois » 15, Poupons , de 16 à 33 mois, 18,

Bambins , de 34 à 54 mois , 21 .

Moyennant cette division inégalement graduée par 15, 18, âl mois, la progression devient composée, échelonnée en termes d'âges et en degrés d'âges (24),

Il est bon de mentionner cette erreur, afin de prémunir les lecteurs contre le vice du simplisme , où ils seront fréquemment entraînés par leurs habitudes.

On trouvera souvent en ce genre des fautes spéculativement commises : par exemple, dans l'indication de l'Age des j.eunes tribus ,

Lycéens et Lycéennes, âge de 9 à 12 ans;

Gymnasiens et Gymnasiennes, âge de 12 à 15 1/2 an».

J'aurais dû y établir une différence d'âges , vu que le sexe féminin atteint plus tôt à la puberté que le masculin : ses chœurs doivent donc être un peu plus jeunes, comme seraient Lycéennes , 8 3/4 à 11 1/2; Gymnasiennes, 11 1/2 à 14 1/2.

Je me suis borné à indiquer un seul âge ; c'est une faute de simplisme, commise par simplification ou abréviatioiK Nous nous engagerions dans un dédale de minutieux calculs, si je suivais troj^slrictemenl ces régies; il suffit de les mentionner en principe , comme celles d'inégalité numérique des sexes , et inégalité d'âges entre les sexes de chaque tribu.

Ce chapitre étant dédié aux pères de famille , il faut , en finissant, fixer une seconde fois leur attention sur le

plus grand fléau des familles riches, sur le vice de régime qui enlèTe tant de jeunes enfants ; yice qui frappe spécialement sur la classe opulente. On Yoit partout les marmots» qui n'ont ni pain , ni chemise , échapper à la faux qui enlève le rejeton d'une puissante maison.

Sur ce, les Grésus accusent la nature , sans s'apercevoir que la mort de leurs enfants est l'effet d'un système d'éducation plus vicieux encore chez les riches que chez les indigents.

Il sera démontré que la classe opulente souffre plus que la pauvre du défaut du régime combiné en éducation , et que, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, les riches, tout en croyant asservir le peuple, deviennent eux-mêmes victipaes d'une oppression mal entendue et gauchement organisée.

Ainsi, dit un auteur, c'est des demeures malsaines où habite le misérable , que sortira la fièvre qui enlèvera le seigneur. Dans le même sens, pn peut dire : Le dénûment des enfants pauvres généralise les vices d'éducation qui moissonnent les enfants des riches. Organisez en nourrissage le régime combiné , le Séristère à compartiments triples pour les âges et triples pour les caractères , vous garantirez à la fois les enfants du riche et ceux du pauvre. Un tel bienfait ne serait-il pas préférable à ce morcellement philosophique^ source d'insalubrité et de mortalité pour les enfants riches ou pauvres , et pour les pères autant que pour les enfants ?

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