‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 55 sur 163 · IV · texte numérisé non relu

IV

â18 ASSOCIATION COMPOSÉE.

Lorsque j'en donne le tableau» j'admets que le lecteur le considère comme visions , chimères, voyage idéal dans les planètes Herschel et Jupiter. Il y trouvera au moins Tavantage de voir en idée l'équilibre des passions» les coutumes sur lesquelles il se fonde » et les énormes richesses qu'il produit. Quand la planète Herschel ne recueillerait de ces coutumes que la concorde générale et l'immensité de richesses, on pourrait déjà en conclure qu'elle est en mécanique sociale plus habile que nos rêveurs de perfeclibilitè. Décrivons donc les coutumes d' Herschel.

Au nom de Vestales, on pourrait croire que je vais l>eindre des victimes clottrées, comme celles de l'ancienne Rome : il n'en est rien. Les Vestales d'Harmonie sont des femmes du grand monde, admettant à leur compagnie des poursuivants titrés. On les appelle Vestales , parce qu'elles conservent la virginité jusqu'à l'ftge de 19 à SO ans , et qu'on a des garanties autres que celles de civilisation sur pareille matière.

Tout n'est qu'hypocrisie dans l'éducation actuelle , depuis le caractère du bambin qui pleure et feint la souffrance pour forcer sa mère à l'obéissance, jusqu'au caractère de la jeune fille qui se dit sans amour, sans amant.

L'âge de transition amoureuse ou âge nubile est l'époque d'un redoublement de fausseté que le mariage ne fait qu'accrottre. Le monde galant, chez nous, est uo bal masqué universel, où les hommes ne le cèdent pas aux femmes en travestissements ni en astuces. Us oot le talent de diffamer le sexe faible, tout en feignant de l'encenser.

L'opinion pourtant accuse plus fréquemment le sexe féminin de dissimulation. Les écrivains emploient toutes

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les finesses de l'art pour en Tenir à critiquer les femmes sans faire mention des torts des hommes. Ils débutent , selon l'ayis de Diderot , par tremper la plume datée l'arcen-ciel; mais en substance, que leur disent-ils? Qu'elles sont fausses, volages, comédiennes en yertu.

Le pinceau le plus délicat, comme celui de La Bruyère, en yient toujours à leur donner ce fâcheux coloris. « Il y » a , dit-il , peu d'honnête femme qui ne soit lasse de son » métier : celle qui ne se rend pas , c'est qu'elle n*a pas > été bien attaquée. » Regnard et Molière ont parlé plus franchement, dans ces yers :

M. " La meilleure est toujours en malices féconde;

» C'est un sexe engendré pour damner tout le monde. R. o Les femmes en un mot ne Talent pas le diable. »

Ainsi les uns reprochent crûment au sexe, et les autres poliment, cette fausseté qui, après tout, n'est que l'écho de celle des hommes, bien plus coupables, puisqu'ils sont libres.

Que les écriyains polis craignent de reprocher aux femmes leur duplicité , cela est dans l'ordre ; ils ne connaissent pas le remède à cette astuce générale qui f égne en amour ; il serait indiscret de dénoncer un vice dominant, quand on ne sait pas en indiquer le correctif.

Il est évident que les femmes comprimées en tout sens n'ont de ressource que la fausseté. Le tort en retombe sur le sexe persécuteur et sur la civilisation qui , en amour comme en politique, asservit le fort au faible.

Mais voici une chance tout-à-fait neuve : une société autre que la civilisation , des mœurs nouvelles où la liberté des femmes et par suite leur loyauté seront le gage ilu bonheur des hommes et de renrichissement général. En livrant ce précieux secret , Je suis dispensé d'excuser

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chez les femmes et les hommes me dapKeitè d<»l Ton et Faotre sexe ne sera plus entaché dans l'état sociétaire.

L'édncation harmonienne serait nn aTorton, si» après avoir éleyé Fenbnt josqa'à quinze ans à des principes d'honnear, à la pratique de la vérité» elle Tintrodoisail, dés son entrée en adolescence» dans un monde où les hommes et les femmes hitteraient de perversité» et où toutes les chances avantageuses tant de bénèGce que de plaisir seraient le partage du plus hypocrite.

Ainsi va le monde civilisé» notamment en affaires galantes , où le mécanisme est faussé en entier» par défaut d'une liberté suffisante et pondérée de manière à utiliser les amours » qui en civilisation ne tendent qu'à détourner de rindustrie» ou du moins n'ont aucun rapport direct avec elle.

L'Harmonie » qui spécule avant tout sur l'accroissement des richesses » ne néglige pas de faire concourir à ce but un levier d'aussi puissante influence que l'amour. A cet effet» elle met en usage deux corporations qui» par des voies différentes, marchent» comme les Petites Hordes et Petites Bandes » au même bat » à l'union du bon et du beau. X]!e'sont les corps de Yestalat et Damoisellat; corporations qui se partagent les caractères opposés en 6®. tribu.

Ainsi que je l'ai observé diverses fois , la nature établit dans la distribution des caractères» deux nuances principales» qui sont la teinte forte et la radoucie. Déjà en éducation ultérieure on a tiré parti de ce contraste , pour organiser deux sectes précieuses en industrie , et stimuler leur concurrence émulative.

Il faut ici spéculer de même sur l'Age qui entre en puberté ; mais l'opération se complique» en ce qu'elle fait intervenir l'amour avec l'industrie , qu'on ne doit jamais

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perdre de vue on seul instant dans les dispositions bannooîennes. Celles qoi ne tendraient pas au progrès de Tindustrte » au luxe , premier foyer d'attraction , seraient de toute fausseté.

Les caractères de nuance douce ayant moins d'aptitude à résister à ramour, il faut les isoler de ceux qui ont la force nécessaire pour lutter contre la tentation et conserver quelque temps la Tirgiditè. On formera donc deux corporations ; celle du yestalat qui doit tenir le poste jusqu'à 19 ou SO ans y et celle du damoisellat qui cédera beaucoup plus tôt , dés l'Age de 16» 17» 18 ans » il n îm* porte ; ces faibles soldats auront leur utilité en mécanique générale , pourvu qu'on sacbe affecter chacun à l'emploi où la nature l'appelle.

Tout individu entrant en puberté » passant de la tribu du gymnasiat à celle du jouvencellat, aura l'option entre les deux rôles» comme on l'a vu précédemment au sujet des Petites Hordes et des Petites Bandes » sauf une différence qu'exige la décence. On commencera tovgours par entrer au vestalat , y passer au moins quelques mois , sauf à quitter quand le fardeau semblera pesant.

L'Harmonie laisse pleine liberté sur ce choix; mais les mesures sont prises de manière à empêcher toute contrebande en virginité. Dés lors » cehii ou celle qui a forfait au pacte vestalique est obligé de passer dès le lendemain au damoisellat. Ce congé n'a rien de déshonorant et ne gêne pas la liberté» mais seulement l'hypocrisie ; toute corporation étant libre de se donner des statuts et congédier les

délinquants. Du reste » on ne pourra pas, comme aujourd'hui» jouer le rôle de vierge quand on ne le sera plus.

Dès l'Âge de16àl7 ans, beaucoup de jeunes gens d'un et d'autre sexe doivent céder à l'amour. En général , les

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caractères de faible trempe opteront pour la précocité (l'exercice amoureux ; de là nattra la division de la 6®. tribu en deux parties ou sectes :

Vestales 2/6, Yestels IJG ; Damoiselles i/6. Damoiseaux 2/6.

Il est dans Tordre que les femmes soutiennent plus longtemps le rôle de virginité ; d'ailleurs elles ont plus d'amorces pour y persister: on en verra la preuve,

La 2®. classe » les Damoiseaux et Damoiselles qui de bonne heure cèdent à la tentation, sont obligés de déserter les assemblées matinales de l'enfance. Ils y renoncenty parce que, fréquentant l'une des salles de la cour galante, qui tient séance à neuf heures du soir, ils ne pourraient pas se lever de bonne heure comme l'enfimce et le corps du vestabt qui se couchent avant neuf heures*

Par suite.de cette désertion et d'antres incidents, le corps damoisel est déconsidéré parmi renbnce, qui ne révère que le corps vestalique. Tontes les jeunes tribus ont pour les vestales l'affection qu'on a pour un parti resté fidèle après une scission. Les Petites Hordes surtout considèrent les damoiseaux comme les anges rebelles de Satan; elles escortent en grande pompe le char des hautes vestales qui ont le poste d'honneur dans tonte cérémonie.

Les tribus supérieures, âge de 20, 30, 40 ans, etc., ont pour la vestalité et virginité réelle une considératioo fondée sur des motifs très-différents; en sorte qœ le corps du vestalat réunit au plus haut degré l'estime et la faveur de l'enfance et de l'Âge viril. ^

Cette double faveur est un ressort précieux dans la politique d'Harmonie; elle assure an corps vestalique la la-

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