‹ Théorie de l'unité universelle (volume 4)Chapitre 11 sur 90 · SECONDE PARTIE. CIS-AMBULE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE. CIS-AMBULE

CIS-AMBILE.

Lei Melons januiiM trompeurs, ou les prodiges de Gastronomie composée sériaire.

DoNRoas quelqu'article à chacmie des classes de lecteurs. U en est qui aiment les démonstrations amusantes et alliées à leurs plaisirs fi?oris; de ce nombre sont les gastronomes : j'essaie, dans cette roédiante, leur oonrersion. Je les suppose déjà émus des tableaux du raffinement que les Séries pass. introduisent dans la bonne cbère. ie Tais donner ici à la gourmandise des couleurs plus nobles , et la présenter eomme auxiliaire principal des vues économiques de la Pro?> dence, poqnm toutefois que cette passion se développe en Séries de Groupes.

Un petit di'bat -gastronomique ra nous prouYer qu'en s'initiant à la théorie des Séries pass. , on acquiert le don d'expliquer toutes les bilarreries apparentes de |a nature, et d'enlcTer tous les iroiles d'airain. C'est le4iieloa qui va nous servir d'interprète.

Chacun connaît le dictum, que les melons sont aussi difficiles à ^ooo^ naitre que les femmes et les amis. Ce serait un vraiprodige qu'un moyen de n'être jamais dupé sur ce fruit qui désoriente les juges les plus experts. On se demande souvent pourquoi la nature n'y a pas attaché quelque signe certain de qualité et de maturité; serait-ce intention de se jouer de rhonune ? Je vais expliquer cette énigme , et montrer dans le régipie sociétaire une garantie pour ne jamais commettre aucune erreur sur le choix des melons.

Ce serait un faible avantage, s'il ne conduisait à de plus précieux : mais si la méthode qui évitera toute duperie sur les melons peut en préserver dans cent relations plus importantes, il devient très-curieux d'apprendre comment on peut introduire dans la distribution âes melons ce discernement, cet à-propos que l'ordre civilisé ne sait établir ni dans les petites choses ni dans-ies grandes.

n n'est pas de fruit qui convienne plus généralement à tous les gonts que le melon de haute qualité, comme les musqués de Perse, d'Astracan, de Basse-Provence, etc. Hommes, femmes et enfants, les animaux mêmes , depuis le cheval jusqu'au chat, sont friands du melon , qui , par cette raison , est fruit de haute harmonie et d'affinité unitaire.

Cependant ce Tégétal si éimnemment destiné à l'homme et à ses animaux domestiques est le plus trompeur, quant aux apparences : il semble que la nature Taitcréé pour persifOer l'espèce humaine. Quelque soin qu'on apporte an cboix du melon , sans cesse on y est dupé ,

48 CIS-LÉGOMÈNES.

surtout en pays froid; et les tables retentissent de jérémiades sur le désagrément d'avoir amplement payé un bon melon et de ne rencontrer qu'une courge.

On prend cependant, pour l'achat de ce fruit, des précautions extraordinaires : on en exclut les femmes, comme incompétentes et profanes en gastronomie ; et dans tous pays, ce n'est point la ménagère , c'est le mari qui est chargé de l'achat du melon. Malgré tant de soins, la bévue est si fréquente, qu'on plaisante celui qui porte un melon, tant il est connu que les acheteurs les plus exercés trouyent souvent à décompter quand on en vient à l'ouverture.

Quelle était donc l'intention de la nature , quand elle revêtit ce fruit d'une enveloppe énigmatique et faite pour mystiGer les dîneurs civilisés? Â-t-«lle voulu berner ces légions de foiu'bes ; les payer en leur monnaie qui est la fausseté ? Oui : mais cette ironie calculée se rattache à des £lispositions de justice distributive, impraticable en civilisation.

Dans l'ordre sociétaire, le choix du melon est aussi exempt d'erreur que si on l'achetait à la coupe. Expliquons le mystère.

Tonte Phalange agricole établit dans ses distributions de comestibles 7. classes, qui sont,

l'". La commande, environ 50 indiv. ^

2«. Les malades et patriarches, env. 50 i

5«. La \r*. classe, env. 100 ( i«5nA

4e. La 2«. classe, env. 500 '

5*. La 5«. classe, env. 000

6». Les enfants de 2à 4 l;2 env. 100 7«. Le caravenserai, nombre illimité.

^ Un lot d'animaux contenant les mets grossiers et les rebuts.

Examinons comment aucune de ces classes ne peut être dupée ni sur le melon ni sur d'autres comestibles.

Chaque jour les groupes de melonistes, c'est-à-dire les cultivateurs et distributeurs de melons achetés on recueillis, dispose la quantité nécessaire à la consommation journalière.

Quelques moments avant le repas de chacune des classes, on procède à la sonde et dégustation des melons du jour : on commence parle lot «stimé superGn, et destiné aux compagnies de commande et de Ire. classe, aux malades et patriarches (').

(*) Aota. La i^. classe, quoique la plus riche, est la l'«. attablée, contre l'usage civilisé qui, par des travaux sédentaires et une vie apathique, ôte l'appétit aux gens riches, ou leur en laisse à peine pour un diné à la nuit tombante. Le contraire a lieu en Harmonie , où les riches, par une vie plus active encore que celle des pauvres , jouissent d'un appétit florissant à leurs cinq repas, et ne s'aicommoderaient nullement d'un diné qui prendrait la placedu soupe, selon l'usage de Paris.

SECONDE PARTIE. aS-AMBVLE. 40

Sur ces melons sondés et choisis parmi les meilleurs en apparence , on sépare tout Tinférieur pour les tables de 2«. classe, qni* payant moins, doivent avoir la moyenne qualité. On sonde ensuite une masse de melons estimés 2«. classe, dont on n'admet que la portion prédense pour être jointe aux résidus de 1^*. classe. Ensuite pour les S**, tables de 900 personnes) dont le repas est plus tardif, on sonde la masse entière des melons à consommer, et dont le choii est adjoint auxrésiduii de 2«. classe. Ainsi tous les melons servis aux tables de divers degros sont non-seulement bien appropriés an degré, mais revêtus d'un signe indicatifdefeurs qualités; de socte que, loin d'avoir aucune erreur à redouter, on voit par signes indicatifs la valeur réelle de chacun des melons placés au buffet.

Achevons sur les convenances générales de cette répartition. Les pièces trop menues, le frelin de très-bonne qualité, qui ne serait pas présentable aux compagnies de 1 r«. classe, convient à merveille pour les enfants de ladite classe. Après tous les choix terminés, il se trouve quelques melqns gâ(é% on inférieurs, qui sont répartis aux chevaux, vaches , moutons ou autres animaux, ainsi que les croules de divers degrés* Vient ensuite la distribution des restçs de tranche, négligés qnoiquebons: ils sont distribués d'abord aux chats, puis aux volailles et poissons en engrais. Les restes de sorte inférieure se partagent entre les animaux, de moindre valeur comme les pourceaux.

Ainsi pas un homme, j)as un chat, ne peut être dupe sur le melon , fruit si perflde pour les civilisés , parce qu'ils ne règlent par l'ordre distributif selon la méthode sériaire voulue par Dieu ; méthode avec laquelle il a fait coïncider toutes les dispositions de la nature. Il est fort juste que les civilisé»., dans ces détails distributifs, soient dupes de leur morcellement social on régime familial; et Dieu exerce une ironie aussi fine que judicieuse, en créant certains produits énigmatiques en qualité, conome le melon, fait pour mystifier innocemment les banquets rebelles aux méthodes divines, saaa pouvoh* tromper en aucun sens les gastronomes qui se rangeront au régime divia ou ao* ciétaire.

Je ne prétends pas dire que Dieu ait créé le melon exclusivement pour cette facétie ; mais elle fait partie des nombreux «>mplois de ce fruit. L'ironie n'est jamais négligée dans les calculs de la nature; on en verra la preuve à l'article Pivot iiivebse, pollen du lys. Le melon a parmi ses propriétés celle de l'ironie harmonique , indépendamment d'autres plus importantes et dont il n'est pas temps de faire mention.

Il suffirait de cette description des emplois combinés du melon, pour nous désabuser sur tant de bizarreries apparentes de la nature. Il n'y a de bizarre que la civilisation , qui n'a rien de compatible avec les vues de la Divinité , ni avec le système distributif réglé antérieurement à la création, et adapté à l'état sociétaire ou régime des Séries pass. ooni< trastées, rivaUsées, engrenées.

lll. 3

20 CIS-LÉGOMÈNËS.

Il est y je le sens, bien humiliant de se rendre à pareille opinion, quand on a amoncelé 400,000 tomes pour prouver que la civilisation est le but de Dieu , et Toilà pourquoi les Buffon , les Sénèque et autres beaux esprits , aiment mieux prétendre que la nature â'est trompée en créant les passions et les règnes , que de mettre en question si les passions et les règnes n'ont pas une autre destination, et par quels moyens on pourrait déterminer cette destinée inconnue , dont toute la créai ion mater. et pass. nous fait soupçonner Texistence , par son inconvenance avec l'ordre civilisé et barbare.

Obligé de reproduire sous difTérentes faces la vérité fondamentale . que ni Vhmii'me, ni les 'produits de divers règnes ne sont faits pour la civilisation, j'ai recours, dans cet article, aux dissertations familières, comme l'induction tirée des emplois du melon dans l'état sociétaire. Jfi pourrais l'appuyer d'autres exemples de même genre , fournis par ces produits qui paraissent faits , comme le melon, pour persifQer l'homme, ne persifilent que la civilisation inhabile à les employer.

Terminons en observant que, dans l'ordre civilisé où le travail est répugnant, où le peuple est trop pauvre pour participer à la consommation des mets précieux , et où le -gastronome n'est point cultivateur, sa gourmandise manque de lien direct avec la culture ; elle n'est que sensualité simple et ignoble, comme toutes celles qui n'atteignent pas au mécanisme coinj^osé, ou influence^ de production et consonunation agissant sur le même individu.

Je reprendrai cet argument au trans-ambule où la gastronomie, qui n'est examinée ici qu'en emploi composé, sera traitée en bi-composc sur un autre sujet. Il jsuffit, pour « le moment, » d*avoir démontré sur cette bagatelle gastronomique l'inconvenance de l'ordre civilisé avee les dispositions de la nature , la connexion essentielle des passions et des règnes avec les séries de groupes industriels dont nous allons traiter, et l'impossibilité d'expliquer autrement que par la destination sociétaire; toutes les bizarreries apparentes de la création telle que la rébellion d'wi €Ouple de porteurs magnifiques , le ztbre et le quagga, plus précieux que l'âne et le cheval, et qui, indomptables pour les civilises et bai-bares, deviendront des montures aussi dociles que précieuses pour l'état sociétaire. La nature, en nous refusant la possession de ces superbes quadrupèdes, nous raille plus amèrement encore que dans les ipiéges du melon.

SECONDE PARTIE. IMtER-LlMlNAIRES. 51

3nta:-Ciminairr0*

Fausseté des amours tivilisés; faussement du système

social par celui des amours.

Répliques négatiTei à la critique.

PBiE. *^ Y pensez-yous, de choisir pareil sujel? écrire sur l'amour? il tous Taudrait la plume des Tibulle et des Parny : on exige tant de finesse , de légèreté !

Vraimentl M'exigera-l-on pas aussi, selon Diderot, la plume trempée dans l'arc-en^iel , et la poussière des ailes du papillon? C'est en nous payant de ces fadaises, que les sophistes nous donnent le change sur leur impè-* ritie en calcub de politique amoureuse ou mineure, et nous occupent exclusivement de politique ambitieuse ou majeure, qu'ils ont traitée si habilement, surtout dans celte génération.

Sans recourir ni à l'arc-en-ciel , ni aux papillons, je vais présenter Famour sous un point de vue plus digne d'intéresser les gens de bien ; je vais leur démontrer qu'une erreur commise en théorie d'amour suffit seule à renverser tout l'échafaudage de la politique et de la mo* raie civilisées.

Elles ont organisé le régime des amours en contrainte générale, et par suite en fausseté générale; car il y a fausseté partout où il y a régime coercitif. La prohibition et la contrebande sont inséparables en amour conune en marchandise^ Or, si vous opposez à l'amour des lois pro-

5â CIS-LÉGOMÈNES.

hibilives , soyez certain qu il ripostera par la contrebande générale.

De là résulte déjà que toutes les relations de famille sont viciées ; que le père est trompé par sa femme et sa fille intéressées à lui déguiser leurs amours , et rétives à ses impulsions de fidélité, de mariage ou autres. Il est trompé , de plus , sur l'origine de ses propres enfants ; et c'est la plus odieuse de toutes les perfidies sociales , quoique sujet de plaisanterie. [Kean, Beaumarchais, Joconde.]

Cependant nos équilibristes veulent fonder le bonheur public et privé sur le bon ordre des familles. Nous aurons donc à examiner comment la fausseté des amours jette le désordre dans les familles, et par suite, dans tout le système social. Ce sera une thèse graduée, s'élevant de la partie au tout.

Elle m'a paru nécessaire, en réponse aux critiques prématurées qu'excitera la 4®. Notice, liv. â^. Chacun s'insurgera à l'idée d'une liberté de choix laissée aux jeunes filles, malgré l'observation faite que ce régime ne devra s'établir qu'au bout de deux générations, et qu'il sera pondéré de manière à faire le bonheur des pères comme des enfants.

Il convient de modérer ces impatients, par une réplique négative , par un tableau des désordres qu'engendre leur méthode , produisant tous les effets contraires aux biens qu'elle promet. C'est l'usage de la philosophie : manque*'' rait-elle à le suivre en régime d'amour, comme en toute branche de mécanique sociale?

Toutefois, si les sophistes ont pour la vérité le zèle dont ils font étalage , ne doivent-ils pas applaudir à l'idée de la faire dominer dans les amours , d'où elle est si bien

Page 1