‹ Théorie de l'unité universelle (volume 4)Chapitre 18 sur 90 · SECONDE PARTIE. INTER^UMIIIAIEES · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE. INTER^UMIIIAIEES

riées, et on raille celai qui, obébsant aux lois et à la re* ligioD, évite la fornication avant le mariage , et conserve sa vii^nitë pour nne future épouse.

£n tût d'adultéré comme de duel, on voit la loi neu-^ tralisée par Topinion » qui n'est (avorable qu'aux super-» chéries amoureuses, et même au dévergondage. En effets 00 note d'infamie une pauvre fille qui se laisse faire un eofant sans permission de la municipalité ; on la déclare coupable f lors même qu'elle a été fidèle à son amant : mais comparez la conduite de cette jeune fille avec celle des soi-disant honnêtes femmes, qui donnent au mari des suppléants de divers degrés. En menant ce train de vie^ elles obtiennent de plein droit le brevet d'honnêtes femmes. (Soit dit sans blAmer les dumes qui se divertissent : elles n'auront peut-être pas tant d'amants que leurs maris ont eu de maîtresses avant le mariage et même après. )

La loi» si ridicule par ses injustices , l'est encore plus par ses contradictions ; témoms les filles enceintes : on leur fait un crime de la grossesse, et un crime de Favortement provoqué. Cependant si elles tiennent à l'honneur, elles doivent aviser aux moyens de conserver l'honneur en effaçant les traces de leur faiblesse, en se faisant avorter dans le commencement de la grossesse où le fœtus n'est pas vivant. Je tiens qu'une fille agissant de la sorte est moins coupable que les père et mère qui, du consentement tacite de la loi et de l'église, mutilent un enfant pour en faire un chanteur de cathédrale , ainsi qu'on le voit dans la capitale de la chrétienté.

Féminin. Il est à remarquer que, malgré le système oppressif qui pèse sur les femmes , elles ont obtenu le seul privilège qui devrait leur èlre refusé , celui de faire;

i06 ùiû^LiaùÈii(ES.

accepter à Tèpoiix un enCaint qui n'est pas le sien, et snr le front de qui la nature a écrit le nom du yéritaMe père.

Ainsi dans le seul cas où lafeame soit grièvement coupable, elle jouit de la baute proteclbn des lois ; et dans le seul cas où rhomme soit grièvement outragé, Topinion et la loi sont d'aceord pour aggraver son afliront. Eb! comment les civilisés, si persécuteurs dans les devoirs de chasteté imposés am femmes et filles, s'accordent-ils si débonnairemeot à courber leur front sous le joug , à héberger un fruit d'adultère évident^ à l'associer dans leur nom et leurs biens! Voilà donc les vœai de la philosophie accomplis : c'est vraiment dans le mariage que les hommes forment une famille de frères, où les biens sont communs à l'enfont du voisin comme au nôtre. La générosité de ces honnêtes maris civilisés sera dans l'avenir un sujet d'amples risées, et il faudra bien quelques-uns de ces accessoires divertissants, pour aidera soutenir l'insipide lecture des annales de cirilisation.

L'extrême tolérance des maris sur Toffense la plus coupable, et ta flexibilité des lois pour pallier le délit , s'accordent bien avec les autres conflits du régime amoureux. La confusion y est à tel point qu'on y voit d'une part à l'église , et d'autre part au théâtre, deux morales contradictoires et prèchées simultanément aux mêmes individus. A côté d'un temple où Ton enseigne l'horreur de la galanterie et de la volupté , on voit un cirque où Ton ne forme l'auditoire qu'à l'exercice des ruses galantes et aux raiBnements du plaisir. La jeune femme , qui vient d'entendre un sermon sur le respect dû aux époux et an supérieurs, ira l'heure suivante au théâtre y prendre une leçon sur l'art de tromper un mari, un tuteur ou autre argus; et Dieu sait laquelle des deux leçons fructifie le mieux. Ces

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conflits permanents peuvent saffire à faire apprécier nos doctrines sur funilé d'action en mécanique sociale* Comme Tobserve Montesquieu , des théories qui voient dans le mariage un état saint, et dans le célibat un état sainte peuvent bien être envoyées à Técole sur la question de Tunité.

7<>. Dépravation de contre-coup. Effet de représaille et répercussion du vice.

Divisons-la en familiale et amoureuse.

Représaille familiale , par connaissance du piège où l'on est tombé. Dés la troisième année, le doux ménage commence à se meubler de marmots , dont les crïaiileries et Fenlretien dispendieux apprennent à un père gêné dans quel Irèbuchet il est tombé. Grand sujet de doléances entre les conjoints : de là natt cet esprit de molinisme conjugal ou conscience accommodante , et morale de circonstance fondée sur le besoin de subvenir aux frais du ménage et des enfants. A ce litre les époux se croient tout permis en affaires d*intér.ét. Le laboureur qui déplace les bornes du voisin , le marchand qui vend de fausses qualités, le procureur qui dupe les clients, sont en plein repos de conscience quand ils ont dit : « Il faut que je nourrisse > ma femme et mes enfants. > L'esprit de rapine et complicité frauduleuse est tellement inhérent au mariage, que les gens mariés sont remplis de défiance contre leurs semblables. Rien de plus difficile que d'assembler et faire vivre en ménage deux couples d'époux. L'incompatibilité s*élend des maîtres aux serviteurs , et dans tout ménage on répugne fortement à prendre en domesticité un couple marié. C'est qu'on n'ignore pas que l'esprit conjugal établit entre les époux une Kgue contre tout ce qui les ef^toure ; qu'il étouffe les idées généreuses : de là vient

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que la classe des gens mariés est ( sauf exception) la plus astucieuse, la plus indifférente pour les malheurs dont elle n'est pas atteinte, la plus disposée à la yénalité. Son esprit cauteleux est si bien reconnu , qu'on croit faire un grand éloge d'un homme, en disant de lui : « Le mariage 1 ne Ta point changé ; il a conservé le caractère aimable > d'un garçon. >

Heprésaille amoureuse. 11 est surprenant que les civilisés, qui se vantent de surpasser les femmes en raison , exigent d'elles, à 16 ans , cette raison qu'ils n'acquièrent qu'à 30 et 40, après s'être vautrés dans la débauche pendant leur belle jeunesse. S'ils ne sont arrivés à la raison que par ie sentier des plaisirs, doivent-ils s'étonner qu'une femme prenne la même voie pour y arriver? Pourquoi, en se retirant du monde, le» hommes ne prennent-ils pas une épouse mûrie comme eux par l'expérience? Pourquoi veulent-ils trouver dans une jouvencelle des vertus plus précoces que les leurs qui ont été si tardives? Ces détails seront connus de la jeune femme; un amant l'en instruira, et, selon la loi du Talion, elle opinera à imiter dans sa jeunesse la conduite que le vertueux époux a tenue à pa^ reil ftge. C'est dépravation de contre-coup, de représaille, comme la précédente où les époux une fois pris au piège s'ingénient & user de représailles et tromper le corps social qui les a dupés.

On n'a jamais procédé à cette dissection du mécanisme du mariage, et je n'en donne ici qu'une ébauche très-incomplète , qui pourtant doit suffire & exciter d'étranges réflexions chez les partisans de l'unité d'action. Pourraient-ils imaginer un ressort plus méthodiquement contraire à toute unité d'action? Or, comment expliquer l'adhésion de Dieu è l'emploi de ce vicieux procédé, sinoi

secoude partie, inter-lihih aires. 1 1 1

par la propriété qu'il a de conduire subitement au calcul des garanties mineures, et  l'engrenage en 6®. période» pour peu qu'il se trouve quelque homme juste parmi les politiqnes sociaux. Malheureusement il ne s'en est pas rencontré sur notre globe.

Y DÉRAISON SPÉCULATIVE, duplicité d'action. ObserYons-la dans les prétentions de nos politiques sociaux^ qui ne rêvent que balance, contre^poids , garantie 9 v< ÉQUILIBRE. Voyons comment l'institution du mariage se concilie avec ces verbiages, vraiment vides de sens en civilisation.

1. Balance subvenive. Il ne peut exister de balance que dans des institutions consenties par les deux sexes. Il y a oppression si l'un des deux, et encore plus si tous deux résistent : or, quelle est l'opinion de tous deux sur ce contrat et ses conditions ? L'on va en juger. .

Supposons qu'on pût inventer un moyen de réduir» toutes les femmes, sans exception, à cette chasteté qu'on exige d'elles , de manière que nulle femme ne pût se livrer à l'amour avant le mariage^ ni posséder après le mariage d'autre homme que son mari. Cette disposition envelopperait les deux sexes dans la même servitude, et chaque homme ne pourrait avoir, dans le cours de sa vie, que la ménagère qu'il aurait épousée. Or, quelle serait l'opinion des hommes sur cette perspective d'être , toute leur vie , réduits à ne jouir que d'une épouse qui pourra leur devenir insipide le second mois du mariage? Certes, chaque homme opinerait à étouffer l'auteur d'une pareille invention qui menacerait d'anéantir la galanterie. D'où l'on voit que tous les hommes sont personnellement ennemis de leurs préceptes de chasteté antérieure et fidélité postérieure au mariage: les femmes n'y adhérent

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pas davanlage ; et en définitive , le bonheur de Tun et l'autre sexe ne se fonde que sur la résistance balancée et réciproque de tous deux, aux préceptes de Tinstitution conjugale. C'est balance en mode subversif, double violation, tacitement consentie par les' hommes et les femmes. Or, une coutume qui exige ce que les deux sexes collectivement et individuellement s'accordent à refuser et éluder, n'est-elle pas déraison spéculative?

2. Garantie subversive. Toute garantie suppose pro^ gression, classement de degrés en vices et vertus, en protection et punition. Les lois civilisées ont adopté la méthode contraire en amour où régne une confusion absolue. Par exemple, s'agitnl d'adultéré, toute infidélité conjugale est également coupable aux yeux de la loi : elle appelle sur une femme les foudres du ciel et de la terre pour une faute grave ou légère indifféremment.

Cependant il est une gradation de délits dans l'adultère, comme en tout vice. La copulation avec une femme stérile ou avec une femme déjà enceinte, enfin toute copulation dpnt il ne résulte pas grossesse , est un délit bien moindre que celui qui introduit dans les ménages des rejetons hétérogènes.

En refusant d'admettre ces nombreuses distinctions , en voulant confondre et condamner en masse tous les genres d'adultère , on a amené l'opinion à les tous excuser, et à railler les plaignants les mieux fondés : on a fait porter sur tous l'indulgence due à quelques-uns. L'opinion révoltée a confondu les persécuteurs par le ridicule ; et sous le nom de cocuage on est parvenu à excuser et favoriser des perfidies odieuses que la loi confond avec des délits très-minimes.

Si toute copulation , hors du mariage , est crime selon

SECOmE PARTIE . mTER-LIMIllAIRES . 1 1 S

les philosophes , il deyienl nécessaire de loat nier et de tromper sans cesse. De là vient qae femmes et filles se donnent pour modèles de fidélité on de continence ; déguisement qui n'aurait pas lieu, si Ton admettait les gradations de vertu et de vice en affaires d'amour; des échelles de titres et devoirs conjugaux on non conjugaux , comme seraient les dntinclions graduées de possesseur passager, possesseur fixe , géniteur, époux (à un enfant)» Hnépoux (à deux enfants), etc.

Négligeons ces détails qui tiennent à un code des garanties amoureuses : je n'en fais mention que pour dénoter l'absence totale de garanties sur cette passion comme sur toutes les autres.

Aussi n'y voit-on régner que la confusion , notamment dans les renommées. Nos coutumes obligeant toute femme ou fille à jouer la pratique absolue de la vertu, ce travestissement est tout à l'avantage des plus licencieuses; elles peuvent nier leurs amours ou du moins rabattre sur le nombre des amants qu'elies ont possédés. Combien voit-on d'honnêtes femmes qui , dans leurs adroites confidences, prétendent n'en avoir eu qu'une demi-douzaine, et en dissimulent une vingtaine ; tandis qu'une malheureuse qui n'en aura eu que deux est diffamée plus que celles qui se sont fait des partisans par de nombreuses complaisances. La garantie devient eubversice, car elle est tout entière pour celles qui ont le plus commis d'infractions aux lois. Elles ont en outre, dans la duperie de quelques hommes et dans l'esprit d'intrigue dont elles sont pourvues , des garanties de mariage que n'a pas une fille sage et sans fortune. Celle-ci est délaissée, tandis que la galante ensorcelle un épouseur.

De tels désordres n'ont rien de surprenant dans un

il4 CIS-LÉGOMÈNES.

siècle où la politique ignore que la confusion et l'ëgalilé sont l'antipode des garanties; que la prétention d'établir des garanties sans échelle graduée n'est autre chose qu'une déraison spéculative.

3. Contre-poids subversifs. C'est un sujet effleuré » liv. II®., notice 4®., au traité des premiers amours d'Harmonie. On y c voit i double contre-poids : l'un en matériel, l'autre en spirituel.

En matériel : cet ordre garantit aux individus que presse le tempérament une voie de libre essor concordant avec les lois. Si une moitié de la jeunesse préfère les jouissances précoces, il est juste que par contre-poids elle abandonne à la classe vestalique diverses prérogatives.

En spirituel : la corporation du vestalat éprouvant une privation réelle par délai d'exercice amoureux, il faut, pour la compensation, que les honneurs et les voies de fortune soient de son côté. Ce contre-poids est d'autant plus juste que le corps du damoisellat a eu l'option , et a de son plein gré renoncé aux avantages du vestalat.

Voilà un contre-poids composé, appliqué aux deux classes; à celle où domine le principe matériel , et à celle où domine le principe spirituel. Il est composé, en ce qu'il favorise proporlionnément les deux parties , assurant les indemnités d'ambition à celle qui souscrit des privations en amour , et les indemnités, d'amour à celle qui abandonne les chances d'ambition.

L'ordre civilisé présente-t-il aucune de ees dispositions équitables et compeiisatives? L'on n*y voit, au contraire, qu'un contre-poids composé subversif, ou double partialité d'une part et double lésion de l'autre. En effet :

Il y a double avantage pour celui qui contrevient aux

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lois de continence ; il a pour lai l'opinion et le plaisir. (Voyez Tarticle Àlcîbiade, Richelieu, 106. )

Il y a double duperie pour celui qui observe les lois de continence; il essuie privation de plaisir et raillerie générale.

Voilà évidemment des contre- poids subversifs ; double bénéfice pour rinfracteur aux lois, double écueilpour l'observateur des lois.

Qu'on nous explique maintenant ce que la politique civilisée entend par contre-poids, et où elle en veut venir avec ses verbiages de balance , contre-poids , garantie » aussi illusoires en régime d'amour qu'en affaires politiques, où ils n'aboutissent qu'à organiser la contrainte , comme ils organisent la fausseté en amour. Contrainte et fausseté» égoîsme et duplicité d'action , voilà en quatre mots toute la politique civilisée.

X ÉQUILIBRE SUBVERSIF. L'équilibre est le but du mécanisme social. On ne s'occupe de balance, contrepoids et garantie, que pour arriver à l'équilibre. Signalons donc l'absence d'équilibre en relations mineures d'amour et famillisme. Observons celte lacune en sens collectif et individuel.

En sens collectif. Il faut recourir ici [au flambeau des méthodes analytiques,] aux preuves arithmétiques. Nos coutumes entraînent l'homme à se marier à 30 ans avec femme de 18. C'est le moyen terme des mariages -en pays policés. La peur de la conscription pousse quelques hommes à abréger le délai; mais c'est un effet accessoire. II régne entre les conjoints une différence moyenne de douze années en excédant chez le sexe masculin; compte applicable à toute Civilisation où le mariage n'est point violenté par voie coôrcitive comme la conscription.

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Pendant les 12 ans de célibat, l'homme a formé en moyen terme 12 liaisons d'amour illicite, à peu prés 6 en commerce de fornication, et 6 en commerce d'adultère. Ce n'est pas caver trop haut que d'estimer ces liaisons à UNE PAR AN , quand on entend des jeunes gens, âgés de 20 ans , et n'ayant que cinq ans d'exercice , dire : J'en suis à ma vingt-cinquième honnête femme, sans compter le fretin. Abonnons donc pour 12 liaisons pendant les 12 années de célibat : il en résulte.

Que le sexe féminin collectivement envisagé contracte , Avant le mariage six liaisons en fornication ; Après le mariage six liaisons en adultère ; Proportion inévitable d'après l'énorme différence qui règne entre i'ftge de mariage pour les deux sexes.

J'estime ici en compte général qui admet des exceptions. Chacun se flatte d'en avoir le bénéfice : qu'en résulte4-il?

Tel prétend avoir pris une femme vierge ; il en a eu , dit-il , de bonnes preuves. Cela se peut , s'il l'a épousée jeune; mais si elle n'a pas, avant la noce, fourni le contingent d'équilibre en amours illicites, elle devra donc, après la noce, compenser par douze liaisons en commerce adultère.

Non, dit le mari; elle sera chaste, et j'y veillerai. En ce cas , il faudra donc que la voisine compense par vingts quatre infractions , savoir : douze liens en fornication et douze en adultère , puisque l'équilibre général nécessite autant de fois douze liaisons illicites qu'il existe d'hommes.

Tel serait le résultat d'une prétention d'équiKbre en amours civilisés, et c'est vraiment de cette manière qu'il s'établit.

Tel a pris une femme qui est fidèle par raison et matu-

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rite ; elle avait donc formé ayant le mariage douze liens de fornication*

Tel en a pris une mixte , entre la jeunesse et la raison, entre 18 et 50 ans ; elle a donc eu six commerces de fornication avant la noce et en aura six d'adultère après la noce.

Conséquence inévitable selon les hommes mariés» puisque leurs aveux, s'ils sont exacts , donneront en moyen terme douze liaisons illicites avant le mariage, même & n'y pas comprendre les menues passades « comme soubrettes et accessoires. Aussi fais-je usage du terme de LiAisoHs, à la moyenne durée d'une année dans l'Age de ig à 30 ans.

Pour donner le change sur ces i&cheuses vérités , la nature a doué les maris de la faculté de s'étourdir sur cet horoscope estimatif. Chacun d'eux se flatte de faire partie du 16®. d'exception (1/8 en femmes, 1/8 en hommes ) : je les en félicite , et me garderai de les désabuser. Hais puisque le siècle exige qu'on porte dans les calculs d'équilibre le flambeau des méthodes analytiques, j*ai dû suivre à la lettre son sage précepte, et lui donner sur le mariage des notions exactes , qui deviennent consolantes pour tous, puisqu'il est hors de doute qu'on tient le fil du labyrinthe , le moyen d'en sortir à volonté. Achevons sur l'équilibre subversif qu'engendre le mariage.

En sEnsiNDiyinuEL, politique et matériel.

Sens palitique : on trouve ce faiij^ équilibre dans les railleries dont homme et femme sont payés pour prix d'une jeunesse perdue en continence virginale. Ainsi la civilisation se lave d'une injure par une autre ; elle pratique toujours (92) l'injustice en mode composé , et jafoais en simple.

Sens matériel. 11 exigerait un accord de la législation

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ayec la natare; mais nos coutumes » loin d'y entendre « oppriment la nature jusqu'à l'assassinat. L'on yoit de jeunes 6Iles languir, tomber malades et mourir, faute d'une union que la nature commande impérieusement, et que la loi leur interdit sous peine de flétrissure. Ces événements» quoique rares, sont encore assez fréquents pour attester le mépris des volontés de la nature, et Tabsence d'équilibre matériel en législation d'amour.

Par contre, si une femme est puissante et protégée^ on tolère en elle non pas le nécessaire, mais le snperfio, J'aflluence d'amants, le libertinage effréné ; elle devient il ce titre femme comme t7 faui ou courtisane de bon genre , jouissant de la protection des grands et des autorités. Lais et Phryné en courtisanes, Catherine et Elisabeth en souveraines, ont prouvé que cet équilibre subversif se conciBe à merveille avec les lois civilisées , et que l'ordre social se soutient également par leur violation ou par leur observance. L'Angleterre et la Russie n'ont jamais été plus grandes que sous les souveraines qui ont donné l'exemple de cette violation éclatante des lois coèrcitives-de4'amour. Est-ce assez prouver la déraison gpéculaiwe en législation conjugale?

\ Provocation a l'ËgoIsme en relations affectives.

En amùié. Quelle direction prend-elle chez les gens mariés ? Si un homme de 30 ans épouse une jeune et jolie femme , la noce est un brevet de congé pour les amis ; ils deviendraient suspects dans le ménage : dés lors un homme n'a plus, en liens d'amitié, d'autre boussole que l'ambition. Brillant ressort en mécanique sociale! un lien qui excite un homme à se défier de tous ses amis et les fuir, hormis ceux que le grand âge met à l'abri du soupçon.

Le cbté plaisant est que ceiix qui en agissent ainsi sont

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encore les plas sages aux yeux de l'opinion ; car il n'est pas d'homme plus raillé ni qui le mérite mieux que celui qui, après le mariage avec une jeune femme, introduit chez lui une douzaine de ses amis de âS à 30 ans. C'est bien pis s'il y introduit ceux de sa femme. Pourrait^on imaginer un lien plus apte à transformer l'amitié en égolsme!

En amour. De l'aveu de tous les gens mariés, l'état conjugal donne & l'amour une direction insidieuse, égoïste, qu'on ne connaissait pas avec les maîtresses. Un mari veut mettre son jeune tendron sur un bon pied; il mène l'amour en spéculateur moral. Aussi, quand la dame rient à lui adjoindre un amant, trouTe-t^lle une prodigieuse différence quant à la gentillesse et l'illusion : elle devient à son tour amante spéculative avec le mari, affectant la modération daus le plaisir, et prenant le masque de cette moralité qu'il a voulu lui inculquer. Tous deux se leurrent par cette fraude. L'époux s'applaudit d'avoir su former une Lucrèce, et l'épouse jouit d'avoir su jouer et dominer son rusé Mentor. L'un a commencé en amour conjugal par l'égolsme ; l'autre ne tarde guère à prendre le même rôle. C'est vraiment de l'équilibre, mais du subversif, jeu de faussetés contre-balancées.

En ambition» Il serait inutile d'éoumérer les spéculations cupides qui président au mariage. C'est là que l'égolsme brille de tout son éclat , et que l'homme se joue des belles promesses faites aux maîtresses. Est-il d'affaire où le poids de l'or et l'égolsme l'emportent mieux qu'en négociation de mariage? On est amoureux, dit-on; mais un chiffre de plus ou de moins dans les débats fait d'un instant & l'autre évaporer l'amour.

Ajoutons que les mariages d'amour sont réputés les

lâO CIS-LÉGOMÈMES.

plus mauvais ; et tel est Tavis des gens rassis , gens de bon conseil; ils opinent tous pour les mariages de spéculation, et augurent mal de ceux d'inclination; tant il est vrai que Tégolsme est l'essence du lien conjugal , même dans les.préparatifs !

De même qu'en grammaire deux négations valent une affirmation, l'on peut dire qu'en négoce conjugal deuâ? prostitutions valent une vertu.

En effet, la prostitution n'est que simpk chez les courtisanes, qu'on traite de vénales en amour, et qui le sont vraiment, puisqu'elles se vendent à beaux deniers : mais en mariage, la prostitution est composée; le mari et la femme se vendent vertueusement Tun à l'autre, et le matronage y est composé externe, car on y entremet des courtiers et des pères, tandis qu'il n'y a que matronage simple chez les courtisanes. Il est composé interne chez les mariés cités (68) : la belle chose que les institutions civilisées, lorsque, selon le vœu de la philosophie, on les soumet au creuset de l'analyse !

En famUlisme. Il suffit d'un mariage pour transformer en égoïste le meilleur des parents. Un homme n'a plus de parents dés qu'il a un enfant légitime. Quelqu'énorme que soit sa fortune , les parents et enfants naturels seront exclus d'y participer. Belle propriété dans ce lien conjugal, que de rompre tous les liens antérieurs, pour y substituer, quoi ? Tégolsnfte.

Ce serait exposer le lecteur À une indigestion de vérités, que de prolonger cette analyse des caractères vicieux du mariage. Plus ils sont innombrables, etphis^ on conçoit que la politique se soit accordée à les dissimuler. Elle a cru faire un acte de sagesse , et a iait tout le contraire, puisque sa retenue à cet égard n'a servi qu'à

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sanctionner les influences du yice, et détourner de la recherche des correctifs qui auraient conduit rapidement le genre humain en 6®. et 7®. périodes*

TRANS. — Théorème de la nécessité f attaquer les vices par la vérité méthodique et intégrale.

Après le tableau de tant de vices rassemblés dans une seule braBche du mécanisme civilisé, quel homme hési'^ terait à se ranger à l'avis de Montesquieu , reconnaître avec lui que le monde social est atteint d'une maladie de langueur, d'un vice intérieur, d^un venin eecrei et caché ! cette maladie n'est autre que la civilisation même : il fallait le démontrer par Tanalyse de quelqu'une de ses coutumes et institutions titrées de sagesse politique.

Lorsqu'on veut ramener dans le bon chemin un voyageur égaré , il faut d'abord le convaincre qu'il s'est fourvoyé, que ses guides l'ont induit en erreur. Tant qu'il ignorera cette duperie, il persistera dans la fausse route. Si les modernes ont persisté si longtemps à admirer la civilisation , c'est parce que personne n'a procédé, selon le conseil de Bacon, à l'analyse critique des vices de chaque profession et institution» Cette négligence a donné pleine latitude aux sophistes pour encenser les abus, montrer la perfection sociale dans les iborberies du commerce, dans les vices mécaniques du mariage.

Leur but étant de familiariser le monde soeial à ces vices , et d'esquiver la sommation d'en chercher le remède, ils en ont fait deuK sujets de faoétie, fardant la banqueroute du nom bénin de failliisb , eicusant l'adultère par le nom plaisant de goguage.

A l'appui de ces deux mots, faolite cv goguage, les m. 6

ISS CIS-LÉGOMÈNES.

plas grandes iafamies sociales, banqueroute et adultère, se trouvent au niveau des vertus, puisqu'elles jouissent de protection composée ; savoir :

Tutelle tacite et négative de la loi ; Tutelle expresse et positive de l'opinion. La vertu , au lieu de défenseurs en positif et en négatif, éprouve le sort contraire, la persécution composée.

Si l'on veut remonter à la cause de ce désordre , on la trouvera dans un vice commun à nos sciences politiques et morales ; c'est le tort de n'opposer au mal que des demi-mesures, une demi^résistance.

Il est connu , et surtout des philosophes, que les demir mesures sont pires que le mal : elles ne servent qu'à Tenr venimer. Pourquoi donc ont-ils transigé avec les vices de toute espèce , au point de ne pas oser en faire l'analyse , n'en donner que des tableaux abréviatifs , insignifiants , et, par le fait, apologétiques. Ils ne savent que farder et dissimuler le vice jen feignant de l'attaquer; ils n'en montrent que le côté excusable, n'en donnent que des tableaux propres à calmer l'indignation plutôt qu'à l'exciter.

Ce tort n'est pas astuce chez les philosophes.; mais seulement couardise, escobarderie. Pour les convaincre de la justesae du reproche, donnons ici une ébauche d'analyses conformes au vœu de Bacon , qui aurait voulu de la franchise 0i des détails méthodiques dans les tableaux au mal.

Je choisis deux exemples en majeur et mineur. Maj. La banqueroute, 31® caractère du commerce,

distinguée en 36 espèces.

Min. L'adultère , l'un des caractères du mariage , distingués en 72 espèces.

On va se convaincre par ces tableaux que , dans lc$

SECONDE PARTIE. IRTER-LIMIN AIRES. 125

critiques publiées jusque présent sur chaque ?ice, le sophisme n'a dénoncé que les faibles délits servant à excuser le mai. C'est un effet inévitable de toute analyse qui n'est pas intégrale , graduée en classes , ordres , genres, espèces, et au besoin en variétés, ténuités et X inGoités. ( Voyez le Tableau , à la page suivante,)

Ne sont pas classées dans ce tableau les banqueroutes nationales , soit en direct , comme le système de Law ; soit en indirect , comme le tiers consolidé. Elles formeront une catégorie particulière dans un tableau complet ; celui-ci est une ébauche où lesdites banqueroutes figurent en haut pivot Y.

La définition de ces 56 espèces étant renvoyée au traité des crimes du commerce , nous devons nous borner ici à l'objet de la thèse ; elle tend à démontrer c que , dans la > critique des crimes sociaux, le sophisme ne s'attache » qu'aux détails qui. peuvent excuser le mal et familiariser » l'opinion avec l'aspect du désordre. »

Etablissons l'accusation sur des faits notoires. Quelle est , sur les 56 espèces de banqueroute , celle qu'on persifle au théâtre? C'est ^ avant tout, la 56®., la banqueroute jpour rire. On met en scène le savetier qui , ayant reçu deux bottes pour les raccommoder, n'en rend qu'une : c'est faillite de 50 p. ^/q.

Si on n'expose que cette sorte de banqueroute à la critique , c'est familiariser les spectateurs avec le vice ; transformer en sujet de facétie ce qui devrait être un sujet de profondes méditations et de recherches sur l'antidote à appliquer au vice.

On le découvrirait, même en n'observant que le côté plaisant, si on voulait, selon l'avis des philosophes , s'étayer de méthodes analytiques par classes, ordres, genres

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