‹ Théorie de l'unité universelle (volume 4)Chapitre 27 sur 90 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Défiaitkm do Boobeur et da Malbeur en oomiNMé, bi-conip084 H

poissanciel.

C'est ici le quart d'heure de Rabelais, le moment où il faut compter ou plutôt décompter en thèse générale , sur les sophismes politiques et moraux que j'ai attaqués dans le cours des Prolégomènes.

Je vais, dans ce S4®. et dernier chapitre» débrouiller les idées confuses de bonheur et de malheur social ou individuel 9 rectifier les préjugés qui existent sur ce point , et établir une échelle si méthodique » si précise , que le moindre adepte pourra éclaircir en un instant, toutes les controverses de bonheur qui depuis 3000 ans sont l'écueil des aréopages scientifiques.

Il est connu» et j'ai déjà remarqué que le docte Yarron comptait è Rome 278 opinions différentes sur le vrai BONHEUR. Même contradiction parmi les sages de nos jours. Il faut enfin tirer au clair ce galimatias moral et politique. Le lecteur ne saurait porter un sain jugement sur l'Association » tant qu'il ne serait pas eiercé à discerner entre le vrai et le faux bonheur, entre les degrés de vrai bonheur que l'Association pourra lui procurer, et les degrés de vrai malheur dont elle devra le garantir.

Sur celte question posons en thèse :

1^. Que le suprême bonheur doit être hi-composéf formé de quadruple jouissance, et même de parcours ou plaisir puissanciel à 5, 6, 7 jouissances cumulées.

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29. Que ce degré de bonheur doit noas être garanti en jouissance habituelle dans l'état sociétaire ou desUoée.

3<>. Que nous devons, par opposition , tomber dans le malheur bi-composéei le malheur en parcours, tant que nous yiyons dans l'état morcelé ou travail incohérent, qui est l'antipode de la destinée sociale.

Définissons l'un et l'autre lot , et d'abord celui qui est aujourd'hui notre partage ; c'est le malheur.

On obsenre avec raison qu'un mal ne va guère sans un autre : par exemple , un homme pauvre est déjà accablé de double disgrâce, la privation de travail, l'aspect des souffrances et du dénûment de sa famille; c'est malheur composé ou dualisé : la civilisation saura doubler la dose; elle va H-composer ou quadrupler le mal. Cet indigent est en butte aux traits de la calomnie ; il est titré degredin, parce que son mal-être peut l'exciter à des larcins qu'il ne veut pomt commettre : un vol survient ; c'est lui qu'on en soupçonne , lui qu'on en accuse , et sans autre fondement que le besoin dont il est pressé.

Voilà pour lui deux nouvelles disgrâces, mépris et calomnie , lesquelles jointes à celles de manque de travail et dénûment des enfants élèvent le malheur de cet infortuné au degré bi-composé ou quaternaire. Il peut arriver à ce quadruplement par mainte autre voie , par une maladie combinée avec la perle de travail. Au reste, quand sa misère se bornerait à trois ou à deux disgrâces, elles suffiraient déjà à confirmer l'adage de sort composé, selon lequel un mal ne va pas sans un autre, et ainsi du bien : [Ahyssus abyssum."]

Les heureux sont clair-semés, et les malheureux en nombre inmiense dans la civilisation perfectibiliaée , où les disgrâces pleuvent sur l'indigent. Est-il pourvu d'ap-

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litttde au trayail, il ne trouve ni emploi ni proteclion; tandis que le millionnaire qui n'a nul besoin de places administratives , et souvent nul talent pour les remplir, voit la faveur lui jeter à la tête ces emplois dont tant d'honnêtes familles auraient un besoin urgent. La pierre va toujours au tas : celui qui possédé le bien , voit tous les biens s'offrir à lui; celui qui est engagé dans l'infortune, voit tous les maux fondre sur lui. L'état du civilisé est donc un état composé et non pas balancé , puisque Faf* floence de biens amène un redoublement simple de biens» et que l'orage de maux amène un déluge de maux.

Il semble, et je l'ai dit plus haut , que la justice divine aurait dû ménager des indemnités aux afiffigés, établir des équilibres de compensation. Ce (aux principe a égaré le génie social dans tous les siècles; t c'est > supposer un équilibre simple et dwergent, un état de choses où chaque malheur serait compensé par un bonheur, et où ta balance natirait d'éléments hétérogènes , biens et maux AVALGAiiés. C'est pour avoir c tenté cette compensation > à contre-sens de la destinée , que les philosophes n'ont jamais su faire un pas en avant dans le calcul des voies de la Providence. Elle ne veut composer l'équilibre que d'éléments convergents et homogènes ; d'une masse de plaisirs , se garantissant de l'excès par leur affluence.

Un tel mécanisme est l'opposé des «systèmes actuels qui spéculent sur la compensation de bien et de mal , incompatible avec nos sociétés. Tant que nous sommes rebelles à la loi divine et obstinés dans l'industrie morcelée , Dieu ne nous doit qu'un redoublement de maux pour nous éclairer sur la fausseté des sciences qui nous dirigent, et nous prônent le [régime opposé, le] morcellement industriel. Il est juste que ce vicieux mécanisme

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nous enfonce de plus en plus dans l'abîme des misères so* eiales, afin de nous démontrer par le fait que l'état civilisé et barbare est une contre-marche des passions, un faux emploi des ressorts par lesquels Dieu voulait nous conduire au bonheur bi-composé [ et non pas simple. ]

Pour le définir, puisons deux exemples dans Tamitié et Tamour. Je prouverai plus loin qu'un plaisir de gourmandise simple , qu'on méprise avec raison, s'anoblit par emploi de la bonne chère dans une réunion amicale : on goûte en ce cas une amitié composée ou étayée du plaisir sensuel. nommé gastronomie.

Joignons-y un autre plaisir composé. Timagène, au repas que je viens de décrire, se lie avec un homme puissant qui promet de l'aider dans une entreprise favorable à lui et à ses amis présents. Yoilà pour Timagène deux nouveaux plaisirs combinés : l'un d'ambition, espoir de faveur^ et l'autre de générosité , de zèle affectueux pour ses amis. C'est une nouvelle composite qui s'allie fort bien à la précédente, au charme du repas; et cet assemblage de quatre sortes de jouissances intimement liées est un bonheur bi-composé, bonheur à double composite. C'est la nature de l'homme; c'est le sort que Dieu nous destine en jouissance habituelle ; je ne dis pas continue, mais fréquente, réitérée chaque jour en plusieurs séances, et artistement variée.

Autre exemple tiré de l'amour. Deux jeunes époux, beaux comme des héros de roman, s'aiment à l'adoration, mais sans éclat, loin du monde, en lieu ignoré. C'est déjà plaisir composé , essor de la composite ( 12®. passion), par jouissance matérielle et spirituelle.

Si le jeune couple changeant de séjour vient se produire dans une ville où sa beauté fixera tous les regards ,

ce sera un nonyeaa plaisir en sens d'amour-propre. Ce couple fidèle en sera d'autant plus prècieui à ses propres yeux ; le lustre dont il jouira à la Yille donnera ft «es amours un slÛMilant qui n'existait pas dans la retraite. L'étalage d'une conquête, l'étalage d'une épouse ou d'un mari fidèle, est un charme pour certains amants. Ce troisième plaisir ajoute aux deux précédents ; il élère le couple du bonheur composé au surcomposé ou 3^. degré.

Ajoutons-y un quatrième charme. Le couple nourellement fixé dans la capitale y trouTe de puissants protecteurs : on se fait des amis atec une jolie femme , et le mari a obtenu une place de iO,000 fr. de reyenu. Il l'ae* cepte, en dépit de la philosophie qui veut qu'on aime lesplaces gratuites et les femmes sans dot. Voilà un quatrième plaisir pour ce beau couple; il ne s'en aimera pas moins ; l'argent ne gâte rien. Tout compte fait, les deux époux sont arrivés au bonheur hi-composé , par ce quatrième plaisir fort bien lié avec les trois précédents.

Il suffit, je pense, de ces deux exemples pour prouver que le bonheur bi-composé ou amalgame de deux composites est le but auquel tendent les humains , et que par contre le malheur bi-composé, où est plongée la multitude civilisée , est l'antipode de la destinée humaine.

Cela est hors de doute, réplique-t-on ; mais dans l'impossibilité d'atteindre à tant de bien-être, on veut chercher pour l'homme social un moyen terme, un bonheur mixte et simple , borné à une seule jouissance morale , comme de n'avoir pas le sou en poche et boire avec Diogène de Teau claire dans le creux de sa main , pour se rallier à la simple nature.

Spéculation très -fausse! la nature n'admet rien de simple dans le sort de l'homme social; il faut, on ne

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saurait trop le redire, qu'il opte pour le mode [contraire] en bonheur ou en malheur. Il faut que l'état de choses opposé aux vues de Dieu produise une somme de malêtre égale au bien qu'aurait donné l'ordre divin ou sociétaire. Les hommes les plus judicieux sont donc ceux qui s'apitoient sur Fexcés des malheurs sociaux : la multitude, sous ce rapport, est bien plus sage que les beaux esprits qui chantent la perfectibilité , tandis que le peuple s'écrie partout : Ah! qu'on est malheureux!

Achevons la définition du bonheur. Il reste à parler du PARCOURS ou jouissance puissancielle qui s'élève au delà du degré bin^omposé , au delà du quadruple plaisir.

Le parcours est l'amalgame d'une masse de plaisirs goûtés successivement dans une courte séance, enchaînés avec art dans un même local, se rehaussant l'un par l'autre , se succédant à des instants si rapprochés qu'on ne fasse que glisser sur chacun , y donner seulement quelques minutes, à peine un quart d'heure à « chaque jouissance. >

On peut, dans le cours d'une heure, éprouver une foule de plaisirs différents, et pourtant alliés, réunis dans un même local. Par exemple : » Dorval » vient de réussir auprès de la femme qu'il courtisait : c'est double plaisir des sens et de l'ftme : elle lui remet l'instant d'après un brevet de fonction lucrative qu'elle lui a procurée ; c'est un troisième plaisir. Au bout d'un quart d'heure , elle le fait passer au salon , où il trouve des surprises heureuses; la rencontre d'un ami qu'il avait cru mort; quatrième plaisir. Peu après entre un homme célèbre, un Bnffon» un Corneille, que c Dorval » désirait connattre; cinquième plaisir. Ensuite un dtné exquis; sixième plaisir. » Dorval > s'y trouve à côté d'un homme puissant , qui

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peut Paider de son crédit et s'y engage ; sepiième plaisir. Dans le cours du repas un message vient loi annoncer lo gain d'un procès ; huitième plaisir.

Toutes ces jouissances cumulées dans l'interTalle d'une heure, et se rehaussant par leur active succession» composeront un parcours qui doit, en règle générale , rouler sur un plaisir de base , continué dans tout le cours de la séance. Ici Dorval a atteint ce but, par la compagnie de sa nouvelle conquête, et le succès affiché au repas; c'est le plaisir de [hase ou] pivot qui broche sur le tout et intervient en continuité , comme fait le pain dans un repas où il est pivot, s'alliant à tous les mets. [Il importe de remarquer celte différence du parcours aux autres jouissances qui n'ont pas un plaisir de base combiné avec tous les autres. ]

Si les plaisirs sont bornés è quatre, ils rentrent dans le genre bi-^composé, que j'ai distingué pour la régularité ; car quatre plaisirs peuvent être goûtés en parcours ou alliage successif, aussi bien qu'en alliage simultané : mais au delà de quatre , la simultanéité devient difficile , et c'est sur les nojmbres 5, 6, 7, qu'on peut supposer le parcours.

Cette sorte de plaisir, si rare en civilisation, est très* fréquente en Harmonie , oà un homme riche est assuré de se procurer chaque jopr au moins trois ou quatre parcours, indépendamment des séances de « plaisir » surcomposé et bi-composé.

Les parcours sont de trois titres , en pivot de cabaliste , de papillonne et de composite : celui que je viens de décrire est en titre de papillonne. Ce sont les bdUis accords des trois passions distributives , qui ne forment pas leurs gammes puissancielles comme les autres passions.

Je passe brièvement sur cette déBnition, indispensable

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à Taire connaître les diy«rs exercices dont se compose une journée de plein bonheur, qui doit être à Tabri de la tiédeur et la monotonie, vrais poisons en Harmonie passionnelle, où le calme romprait tout équilibre.

Les parcours sont des jouissances réservées à THarmonie composée : ils ont peu d'emploi dans la simple , qui sera la première fondée. Il lui suffira de s'élever par fois au plaisir bi-composé : ce sera déjà merveille pour des échappés de civilisation.

Cependant, comme un prince ou une société d'actionnaires pourraient opiner à débuter par une fondation de Phalange à plein mécanisme , il est bon de leur faire entrevoir qu'on a prévu tous les développements théoriques et pratiques dont les passions seront susceptibles dans l'Harmonie composée , comme dans la simple.

Cela posé , examinons à quel degré de bonheur et de malheur nous ont élevé nos perfeclibiliseurs sociaux. N'imitons pas ici les sophistes , qui ne s'occupent que du bonheur des heureux du siècle, des sybarites et meneurs d'élection, [amis de la charte et dès sinécures]; considérons pour quelque chose la multitude criblée de privations, et voyons si, en fait de bonheur, elle parvient à l'un des degrés, au simple 1®^., au composé â^., snrcomp. 3®. , bi-comp. 4®., au parcours 5,6,7, etc.

Loin de là, le peuple civilisé ne parvient pas même au degré simple , à l'assouvissement de son appétit, qui n'est qu'une passion simple « sensuelle. > Sans cesse il est poursuivi par la faim , et on le voit " sourire i à la seule idée de manger et boire. II souhaiterait que les philosophes , au lieu de perfectionner les abstractions métaphysiques, eussent [créé,] perfectionné l'art de trouver à manger quand on a faim.

SECONDE PARTIE. NOTICE T. 19t

Le peuple 9 en échelle de bonheur , n'est donc pas même arrivé au plaisir simple, puisqu'il ne jouit pas du nécessaire en subsistance, en eiercice du seqs du goût, qui est le plus impérieux de tous , la condition me qud non. Le peuple est au contraire accablé d'une foule do privations , qui transforment son existence en enfer permanent, et constituent les degrés de malheur, en simple, en composé, «n sur-composé et bi-composé, et en parcours subversif ou malheur omni-composé.

On peut énumérer jusqu'à 16 motifs de désespoir, dont le peuple civilisé est assailli plus oU moins , à chaque instant, selon le tableau suivant.

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