SECONDE ^ARTIK. PRÉ-AMB1ILE. H
duire au inveoteur en le traUaot de roturier sdentifiqiie, d'intmi dépottTfu de titres à la confiance ; mais Teipérience confond cette manie exclosiYe. Nous voyons tous les jours Tinstinet ou le hasard favoriser ces intrus ou roturiers de la science, et se senir de l'homme obscur pour humilier le supert)e : voici une anecdote qui se lie bien au sujet.
En 1799, l'envoyé des Mamelucks à Londres, £lphl-Bey, avait à sa suite un nègre, hardi cavalier, mais sans principes, vrai casse-cou. Elphi-Bey entendit parler d'un beau cheval, si fougueux, si indomp<^ table, que les plus fameux écu^ers de Londres n'avaient pu parvenir à le monter. Elpbi-Bey se flatta que son nègre en viendrait à bout. Les paris s'ouvrent; les hommes de l'art s'assemblent; on amène le Bocéphale , et malgré sa violente résistance on voit le nègre , aprôs un qoart d'heore de combat, dompter le terrible coursier, à ta twriie de tous les virtuoses du pays, fort scandalisés qu'un casse-cou d'Ethiopie , un roturier en éqnitation, fût plus habile que les fameux écuyers de Londres, qui avaient épuisé sur ce cheval toutes les ressources de l'art, et déclaré rimjfOssibUité.
Ce camouflet n'est-il pas l'emblème de la déconvenue qu'éprouvent aujourd'hui les quatre sciences incertaines? Il y avait en théorie sociale un problème jugé inabordable comme le cheval dont il s'agit; c'était le problème de l'Association graduée, ou amalgame domestique et industriel des ménages inégaux en fortune. Personne dans la hiérarchie savante n'avait osé s'exercer sur celte grande énigme, pas même ki proposer. C'était le superlatif de l'impossibilité; et pourtant la voilà expliquée par un honune qui ignora les subtilités scolasliquesoù excellent ces savants; un de ces inconnus qu'ils dédaigneront comme les écu)ers de Londres dédaignaient l'Ethiopien qui , sans être initié aux principe» d'équitation, dompta l'animal rebelle à tous les maîtres de l'art.
Ainsi l'aptitude naturelle peut l'emporter sur les rafDnemeiits de la science , et faire découvrir à l'homme vulgaire quelque perte qui aura échappé à l'œil exercé des grands maîtres. La nature distribue au hasard les instincts de science et d'art, le génie inventif. On ne doit donc pas s'étonner qu'il se soit trouvé enfin dans les rangs du vulgaire un homme pourvu de l'instinct de découverte en mécanique sociétaire.
Ces instructions familières m'ont paru propres à fonder la confiance , et disposer les lecteurs bénévoles qui ne tireraient aucun fruit de cette 2nie. partie, s'ils y exigeaient des raisonnements sévères, comme ceux qoe j'ai disséminés dans la 1^. partie. Servons tour à tour les convenances de chacun , et dans une théorie qui doit faire le bonheur de tous , donnons quelques préliminaires adaptés au goût de cette nombreuse classe qui, peu versée dans les scienres, redoute les chemins de ronces , et exige que la théorie, même la plus utile, soit artistement fardée.
6 CIS-LÉGOMÈIVES.
On a pa Toir, aa débat de rayant-propot» qae loin d'avirir besoin de fard, je serais obligé de déguiser longtemps les beautés et les Ineafaits de l'Association. Dès à présent cette contrainte cesse : j'ai déjà atteint le premier bat» qui était d'entrer en lice quant aux raisonnements, et de prouver qu'en ce genre mes batteries valent au moins celles des sophistes , qui n'ont su acquérir aucune connaissance exacte, ni sur l'Homme, ni sur rUnivers» ni sur Dieu, et qui l'aTouent dans ces Ters :
« Montrez l'homme à mes yeux; honteux de m'ignorer, etc. »
Ils n'ont de même rien produit de satisfaisant sur les controyerses dont l'âge moderne s'enorgueillit, comme la liberté, le commerce, le libéralisme. Il me suffît d'avoir, sur ces divers points, plaidé la négative et démontré l'aberration des sciences , pour inspirer une confiance conditionnelle en la découverte qui va réparer tout le mal.
Fort de ces dispositions préalables, je puis commencer à montrer les côtés merveilleux de la nouvelle science, mais sans jamais séparer ce merveilleux des calculs arithmétiques : à défaut, on pourrait me reprocher de tomber dans le vice du génie civilisé , dans le simplisme , dans l'emploi de la raison sans le merveilleux, ou du merveilleux sans la raison. J'établirai entre ces prétendues antipathies une alliance permanente; et comme cette intervention du merveilleux va donner aux leçons une teinte moins sombre, qui les mettra à portée de la dasse étrangère aux sciences, je distingue cette nouvelle méthode par un léger changement dans le titre général : c'est une transition de Prolégomènes en Gis-Iégomènes ( contre-partie des Trans et Post-légomènes qui occuperont le 9c. tome).