S PROLOGUE
opter entre l'une ou l'autre, puisque la civilisation ne présente aucun moyen d'atteindre simultanément à l'une et à l'autre. L'état sociétaire va mener de front ces deux ressorts si incompatibles dans l'état morcelé. Quelle doctrine séduisante pour quiconque est sincèrement épris de la vertu! son amant le plus farouche pourrait-il être ennemi d'une fortune qui deviendra le prix des bonnes actions, et qui réalisera le vœu des épicuriens, rêvant en civilisation le plus brillant effet du régime sociétaire ?
D'ailleurs , ces éloquents amis de la vertu sont pour l'ordinaire des savants : obligés de sacrifier la fortune & la culture des sciences , ils deviennent à double titre partisans de l'état sociétaire, qui les conduira à la fortune par la science et par la vertu. (Voyez à l'intermède II, les deux moyens positifs 352, 368.) •
Quant à la multitude qui ne connaît guère d'autre guide que les sens , elle deviendra idolâtre du gouvernement et de la science, au nom de qui on lui recommandera de se livrer au plaisir, dont on lui fournira d'innombrables variétés. Jusqu'à présent l'élude des passions n'a été qu'une région de ténèbres, oii l'on a marché sans boussole , réglant tout arbitrairement, prenant les diatribes et sophismes pour des doctrines. Dans une telle confusion, les Zoïles ont beau jeu de diffamer un inventeur qui apporte la Boussole sogule , ou calcul des Séries pass.; de ravaler son livre au niveau des productions sophistiques , et condamner l'ouvrage suf la lecture d'un paragraphe. Écoutons-les parler: voici le ton et la manière de ces oracles.
Ainsi raisonne l'orgueil : chacun se donne des airs d'Àristarque , aux dépens d'une découverte qui heurlt