CHAPITRE IV
Mobilité et Produit net du capital en Harmonie.
C'est ici un chapitre plus digne d'un coBBÎIé d'usuriers que d'une compagne de lecteurs hoooraliies ; maïs il dut se conformer augoât du siècle entièrement mercantile, et l'entretenir d'abord de ce qui touche à l'agio des fonds.
Les hommes les plus rétifs à l'idée d'un nonrel ordre social seront ies capitalistes et propriétaires ; il est donc À propos de placer ici une courte digression sur l'empioi des capitaux et la yaleur des immeables dans l'Harmonie : les avantages qu'elle présente à cet égard sont dignes de fixer l'attention des propriétaires et capitalistes , si fniement compromis par les révolutions et les fourberies du régime civilisé : un parallèle de quelques lignes suffira à les convertir.
Après les peines essuyées en civiiîsation pour amasser mie fortune , on éprouve de nouvelles btigaes , de nouvelles inquiétudes pour la conserver et la garantir à des enfants qui , après la mort du père , ne tarderont guère à être victimes des embûches sociales, banqueroutes de l'état ou des particidiers , astuces d'un fermier ou d'un homme d'aflaires. Tous ces inconvénients disparaissent dès que l'Harmonie est organisée , et cet avantage est, ce me semble , un des premiers qu'il convienne de faire entrevoir.
On ne possède pas en Harmonie des terres sans garantie de produit» comme il arrive des domaines civiUsés; toute la Phalange qui cultive les terres est garante envers le propriétaire actionnaire; et, dans le cas de grêle ou autres fléaux, cet actionnaire est toujours assuré de re-
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ooeîllir ud misinain dont h Phalange entière et la rèigioo entière sont coHeetivement assurears. J'ai déjà préludé sor ce sqjet (i57); il convient d'en rappeler quelques déftaâs» puisque les impatients peuvent Tavoir firanchi selon l'autorisation donnée (arant-propos » Poil. )
Les propriétaires, soît par orgmil, soà par défiance* repoussent l'idée d'Association : il faut multiplier les détails propres à les rassurer ; ii faut leur prouver , à plusieurs reprises , que dans l'état morcelé ils sont privés de tous les biens qu'ils ambitionnent» et que l'état sooiétaire leur en garantît la jouissance com(>lète et subite.
J'ai devisé sur leur pauvreté actuelie ( i57 ). A les en croire , ils ont de beaux domaines » superbes propriétés ; mais qat\ en est le revaiu? A peine 5 p. <>^ après la déduction des impôts , délais , voleries , doomages aooîden-* tels et procès qu'il n'est pas possible d'éviter , cwguia terre , u guerre. Il n'est d'aiHeurs pas rare de voir une année blanche comme i8i6» où le propriétaire, loin de rien recevoir, est encore obligé de faire des avances an iérmier. Cet inconvénient devient très-fréipient dans les pays vignobles , depuis h dégradation climatérique (27 ).
On a vu (i 57) que l'Association assure au petit propriétaire on revenu 6xe ou option de 8 1^ p. <Vo > 1^ quel revenu- ressort souvent au double par ad^onctiott des deux lots de travail et talent ; et que , pour le petit propriétaire, ce revenu net effectif de 16 à 17 p. o/o ressort à 50 p. <>/o en net (dfsolu , par la dispense des frais d'entretien de ménage , femme, enfants, etc. Ces détails sont bons à rappeler aux possesseurs d'immeubles, si gênés en civilisation.
Si quelques-uns crient i l'exagération sur ces perspectives, on peut leur répondre : Pourquoi l'Harmonie ne
ferait-elle pas pour le propriétaire , moitié de ce que la dvilisatioD fait pour la classe de parasites Dommés marchands et agioteurs, qui gagnent bien plus de 8 et de 16 p. %; car on les voit arrivés ayec quelques sous, s'installer bientôt dans des hôtels somptueux? lisent donc gagné annuellement non pas 16, mais 100 et 200 p. ^/o de leurs capitaux, tout en se plaignant qu'on ne protège pas le commerce, qu'il ne se Eait rien, que le comoieree est anéanti.
Ce préambule doit rassurer certains individus, qui de primcHibord semblent répugner à mettre leurs domaines en société dans le canton de la Phafaiiq;e. Ne sont-ils pas déjà en société avec chacun de leurs métayers? D^ailleurs, c'est la Phalange entière qui se met en société avec eux et devient leur fermière : c'est elle qui leur livre toutes ses terres en hypothèque, tous ses édifices, troupeaux et ateliers : obtiendront-ils pareille garantie dans le village où ils possèdent un domaine? Verront-ils « trois » cent familles du village s'engager solidairement pour leur assurer un minimum de [10 p. % sur les premiers S00,000 fr., et de 6 1/4 sur le reste] en revenu annuel du fmx d'achat de leur domaine ? Voilà ce que leur vaudra cette Association dont ils se défient avant d'en connaître les conditions et les résultats.
Ils trouvent donc dans ce nouvel ordre :
1 . Garantie du revenu habituel et de tous dommages que peuvent essuyer les fonds, terres, édifices, usines, ateliers, etc.
2« Accroissement colossal du revenu effectif par option de 8 1/3. (Voyez le chap. 5, p. 157.)
3. Accroissement du net absolu dont ils ne peuvent pas jouir en civOisation ( 1 36 } .
4. Chance des bénéfices de Iravail et tafefit » «ree dispense de tous soins et de toute inqiitétiide.
A ces nombreux avantages s'en jpint on bien plus inconnu dans Tétat actuel 9 et auquel n'auraient jamais su parvenir nos fameux amis du commerce et de la circu^ lalion ; c'est la bmltè de réduire tous les immeubles en effets fluibiKers circulants» réalisables à volonté. . Chaque Phalange rembourse , dés qu'on l'exige , les actions au prix du dernier inventaire» avec agio pour la portion d'année qui se trouve écoulée : ainsi un homme, possédàt-il cent millions, peut réaliser d'un instant à l'autre sa fortune , sans lésion d'une obole , ni droit de mutation (0, ni frais de vente. Il reçoit en outre la portion d'intérêt ou dividende courant de l'année , conmie il la recevrait sur un effet à ordre dont on négocie l'intérêt jour par jour.
, Si une Phalange manquait de fonds pour rembourser subitement un propriétaire de nombreuses actions, le oongrés de sa province paierait pour elle et garderait les actions qui font une valeur bien plus réelle qu'aujourd'hui les domaines et le numéraire ; car le numéraire en civilisation peut être volé » et ne produit rien par lui-même si on ne le place pas. Une action territoriale , en Har- ,monie, produit beaucoup ^ans placement ni risque; elle ne peut se perdre ni par vol., ni par égarement, ni par
(i) Sans droit de mutation! eh! comment le fisc y consentirait-il ? Patience , on ne traite pas tous les sujets dans le même chapitre. Ignoré-je que l'Harmonie devra servir avant tous les intérêts du Prince ? Or, que désire-t-ii ? de Tàrgent ; on lui en donnera beaucoup plus qu'il n*en perçoit aujourd'hui ; dès lors que lui importera le système d'imposition ramené 2i l'impôt direct, unique et sans frais.
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noendîe; la propriété étant coostaiëe sur triple registre placé dans deux corps de logis de la Mialange et dans un des congrès voisins. Les transmissions n'étant valables qee par adhésion ëa titulaire enregistrée, il ne court aucun risqne de larcin , égarement, incendie, pas même de tremblement de terre ; car mi tremblement n'engloutirait jamais les registres placés en divers lieux, ni la transcription qui est au congrès provincial.
Le capital est donc complètement mobile dans ce noiifel ordre, quoique placé à gros intérêt scu* propriétés territoriales qu'aucune chance de révolution ou firaude ne peut compromettre, et qu'on peut réaliser à l'instant sans frais. De là vient que les rôles de proprié^ taire et cafàaliste deviennent synonymes en Harmonie.
€ette mobilité du capital est le point sur leqoel échouent en plein les économistes civilisés. Pour se conserver aujourd'hui un capital mobile , on court des risques si nonhreux, que les Anglais placent en dépôt chez un banquier, sans aucun intérêt et pourtant avec péril de banqueroute, pour le seul avantage de remboursement exigible à volonté. On peut encore, sur les places de commerce et de banque , se conserver un capital mobile , en prenant jour par jour des informations sur la solvabilité des débiteurs ; mais pour peu que les informations se ralentissent, on est bientôt compromis dans les faillites, où se trouvent pinces les plus cauteleux.
Une Phalange ne peut , dans aucun cas , foire banqueroute, emporter son territoire, son palais, ses ateliers, ses troupeaux. La contrée est assureur solidaire contre les ravages des éléments qui seront bien réduits après cinq ou six ans d'Harmonie , d'où nattra une active resnuralion climatérique. Les incendies seront de même ré-
duUs à très-peu de chose , par saiie des exceHeDies dispositions de ee nouvel ordre domestique.
Un pupille ne risque jamais de perdre son capital ni d'être lésé sur la gestion et les revenus ; la régie est la même pour lui que pour tous les actionnaires; s'il a reçu en héritage des actions sur diverses Phalanges , elles sont inscrites sur les registres de ces Phalanges; elles y portent le même intérêt pour lui que pour d'autres , et ne peuvent lui être enlevées sous aucun prétexte , jusqu'à sa majorité où il en disposera.
Une Phalange peut perdre sur une branche d'exploitation , comme une nouvelle fabrique ; mais avaiA de proeeder à l'ouvrage, e\h notifie à chaque actionnaire toute entreprise hasardeuse , manufacture , fouille de mine ou autre tentative qui sort du cercle des opérations habituelles et connues. L'actionnaire est libre de réaliser ses actions , ou de s'isoler de l'entreprise qui n'obtient pas sa confiance. Il peut donc , tout en conservant ses actions , se borner aux chances ordinaires ; dans ce cas il gagnerait dividende plein, lors même que ia Phalange gagnerait moins par insuccès d'une nouveauté.
Mais une Phalange en masse , dirigée par son Aréopage d'experts» ses Patriarches, ses Gantons vicinaux, et autres gens exercés, n'est pas sujette à l'imprudence comme un particulier; et pou? peu qu'une tentatm industrielle soit aventureuse, comme la fouille d'une mine, on a soin d'en diviser le risque entre m grand nombre de Phalanges, consulter longtemps, teire assurer, elic. Qsdnt aux risques de fourt)erie , il n'en peut exister aucun en Harmonie.
J'ai dit (15») que tout acttonnatre a l'option d'intérêt fixe ou de dividende éventuel sur le produit de l'année.
L'tnièrèl fixe a été estimé 8 1/3; le diyidende èventuei ou sociétaire doit produire davantage; ainsi les aventureux et les prudents peuvent se satisfaire.
D'autres dispositions dont il n*est pas encore temps de parler, prouveront que la propriété foncière ne peut être à la fois mobUe ei garantie que dans THarmonie^et qu'elle n'est ni mobile ni garantie en civilisation , quelques meseres qu'on puisse prendre pour atteindre au moins l'un des deux buts; car celui qui place en domaines manque la mobilité , et la garantie contre les révolutions et les piégés de la chicane. D'autre part, celui qui a un portefeuille, n'a point encore sa fortune mobile; car le risque des banqueroutes devient pour lui une entrave permanente