CHAPITRE VL
Galeries internes ou Rues-Galeries « formant péristyle fermé et
continu.
Les rues-galeries sont une méthode de communication interne qui suffirait seule à faire dédaigner les palais et les belles villes de civilisation. Quiconque aura vu les rues-galeries d'une Phalange , envisagera le plus beau
palais ciyilisé comme un lieu d'exil » un manoir d'idiots ^i , en 3000 ans d'études sur rarchitecture , n'ont pas encore appris à se loger sainement et commodément ; ils n'ont su spéculer que sur le luxe simple » sans avoir eu aucune idée du composé [ ou collectif. ]
Notre maladresse en ce genre esta tel point » que le» Rois mêmes y loin d'aroir des communications en galerie fermée , n'ont souvent pas un porche pour monter en voiture à l'abri de la pluie. Le Roi de France est un des premiers monarques de civilisation ; il n'a point de porche dans son palais des Tuileries. Le Roi , la Reine , la famille royale , soit qu'ils montent en voiture , soit qu'ils en descendent, sont obligés de se mouiller comme de petits bourgeois qui font venir un fiacre devant leur boutique. Sans doute il se trouvera, en cas de pluie , force laquais et force courtisans pour teùir un parapluie sur le Prince qui descend de voiture^ mai» c'est toujours manquer de porche et d'abri , n'être pas logé.
Un Roi est bien plus dépourvu, s'il s'agit de communi-" quer entre les divers corps de son palais : s'il veut aller du château aux écuries , à l'orangerie , il sera obligé de se mouiller et crotter. On ne connaît, en civilisation, ni les rues-galeries, ni les rues souterraines , ni la vingtième partie des agréments matériels dont jouit en Harmonie le plus pauvre des hommes.
Un Harmonien des plus misérables , uir homme qui n'a ni sou , ni maille, monte en [voiture dans un porche bien chauCfé et fermé ; il communique du Palais aux étables par des souterrains parés et sablés ; il va de son logement aux salles publiques et aux ateliers , par des rues-galerie» qui sont chauffées en hiver et ventilées en été. On peut en Harmonie parcourir en janvier les ateliers, étable»,^
464 ASSOCUTIOH COMPOSÉE.
itiagaMDS» Miles de bai, de c banquet* yd'tossomblie» etc., sans savoir s'il pleut ou reate, s'il Mt chaud ou froid i «t les détails que je Tais donnée sur ce sujets n'ait* torisent à dire que si les civilisés» en 8000 «Us d'étadeS^ n*ont pas encore appris à se loger » il est peu iBUrprenant qu'ils n'aient pal encore appris à dirigea el hannoniser leurs passions. Quand on manque lèa plud petits calêiils en matériel , on peut bien manquer les gaands caléttls ed
Passons à la description des rues^feriest qui sont un des charmes les plus précieux d'un Palais d'Harnkonie.
Une Phalange qui peut cootefkir jusqu'à 1600 et 1800 personnes» dont plusieurs familles trés-opnlentes» est vraiment une petite ville ; d' *utant mieux qn'«Ue a de vastes bâtiments ruraux , que nos propriétaires et citadins relèguent dans leurs babilalions champêtres»
La Phalange n'a point de me extérieure ou voie déeou* verte exposée aux injures de l'air; tous tes quartiers de l'édifice homioai peuvent ^tre parcourus dans une large galerie , qui régne au l*^ étage et dans tous les Oorps de bftliment ; aux extrémités de celte voie , sont des couloirs sur colonnes , ou des souterrams ornés , ménageant dans toutes les parties et attenances du Palais» une communication abritée, élégante, et tempérée en toutes saisons par le secours des poêles ou des ventilateurs.
Cette communication abritée est d'autant pins nécessaire en Harmonie , que les déplacements y sont trés^fréquents, les séances des groupes ne durant jamais qu'une heure ou deux, conformément aux lois des 11*. et IS^. passions ( Papillonne et Compos., 407, 409). S'il fallait, dans ces transitions d'une salle à l'autre , d'une étaUe à un atelier, communiquer en plein ttr, il arriverait que les
CitRB l; SECTION I^. 465
HEHrtaionieDS «n lïnè^eiDâifiède gros Urer, de ten^s brumeux ^^ teiirient tdribléë dé rhumes^ de fiuxioDS ^ de pieu-rtsies^ quelle ^ùè fût leur vigueur. Un état dis dboses qui d»Iige à'deàdéplàcetaMiils si fréquents^ exige inpérieuse- SMut lès cofumuteicàlions abritées; et c'est une dès raisoûs pour lesquelles il set'a t^ès-<dtffieile d'organiser dans un grand monastère la moindre des Hartnènies» le degré minime 3, qui pourtant^ n'emploiera que 4a dasse populaire y asse^ aguerrie contre les injures de l'air.
La rtiê-galerie o<l Péristyiè tontinu est placée au l^i*. étage. Elle ne peut pas s^adapterali rez'^e-chaussée, qu'il faut percer en diyets points par des arcades à Voiture .
Ceux qui ont vU là galerie du Louyre ou Musée de l^aris peuyent la con^dérer comme modèle d'une rue-gâterie d'Haraionie, qui sera de i(téme parquetée et placée au l^^*. étage ^ sauf la différence des jours et de lahauteur.
Les rues«*g&leries d'une Phalange ne prennent pas jour dès deux <^ôtés; elles sont adhérentes à lihacun des corps de logis ; tous ces corps sont à doiAflè filé de chambres , éont une file prend jour sut h campagne , et une autre surta rue^galerie. Gelte'-oi doit donc a^oir toute la hauteur dés trois étages tpn d'un côté prennent jour sur elle.
Les portes d'entrée de tous les appartements de l^^.j 2®m3^' étages, sont sur larue^-galerie, arec des escaliers piQCés d'espace en éï^pace^ poulr monter àuxfi^. et 3®. ètag^.
Le^ grands eimJien^ sefon Tusage, ne conduisent qu'au 1®'. étage ; mais deux des grands escaliers latéraux eoÉduisent au i^* étage , où se troute en frise le camp eelfadairé dont nous parierons plus loin.
466 ASSOCIATION GOMPOSéE.
La ru6*galerie occupera en largeur 6 toises en centre, et 4 en aiies, quand on construira les bâtiments définitifs au bout de 50 ans; mais provisoirement, le globe n'étant pas riche se bornera à des bâtiments économiques , et avec d'autant plus de raison, qu'il faudra les refaire, au bout de 30 ans, sur un plan beaucoup plus vaste. On réduira donc la rue-galerie aux environs de A toises en centre , et 3 en ailes.
Les corps de logis auront environ iS toises dans œuvre, selon le compte suivant : tablé en pieds de Paris. Aperçu de 'dimensions. \
Une galerie. . . . 18 à 24p.] Dans cmvre.
Chambre sur galerie. . 20 Matoises ou 72 p.,
Chambre sur la camp®. 24 \ sauf avant-corps.
Deux murs intérieurs. . 4 ) < Certaines i salles publiques pourront à ce compte être portées à 8 toises de largeur , et prendre jour sur la galerie et la campagne.
II convient de donner environ 8 toises d'épaisseur aux corps de logis , la galerie non-comprise , afin de pouvoir ménager dans les deux files de chambres, des alcôves et cabinets qui épargneront beaucoup d'édifices; car une alcôve profonde de 8 pieds et garnie de son cabinet vaut une seconde chambre. Le minimum de logement pour la classe pauvre sera donc une chambre à alcôve et cabinet pour chacun. Ainsi l'exige une Harmonie de 7®. degré, et même de 6®. et 5®. (402). On se rédimera beaucoup dans une Phalange de 1®^. degré et dans le degré minime ^, où il suffira de donner une cellule & chaque paysan.
Les croisées de la galerie pourront être, comme celles, des églises, de forme haute et ceintrée. Il n'est pas né-
cessaire qu elle ait trois rangs de croisées , comme les trois étages qui prennent jour sur elle.
Le rez-de-chaussée contient , sur quelques points» des àaUes publiques et cuisines , dont la hauteur absorbe t'entresol. On y ménage des trapes d'espace en espace» pour élever les buffets dans les salles du 1®'. étage. Cette percée sera trés-utile aux jours de fêtes et aux passages de caravanes et légions» qui ne pourraient pas être con-^ tenues dans les salles publiques ou Séristéres» et qui mangeront sur double rang de tables dans la rue-galerie.
On doit éviter de placer au rez-de-^chaussée toutes les salles de relations publiques» et pour double raison.
La première est qu il faut ménager au rez-de-chaussée les logements des patriarches dans le bas» et des enfants à Fentresôl.
La deuxième est qu'il faul isoler habituellement les enfants des relations non industrielles de l'âge mûr ; c'est pour cela que les Séristéres des enfants sont au rez-decbaussèe» où régne aussi une galerie comme au 1®^. étage, sauf les interruptions inévitables des arcades- La galerie peut se rétrécir jusqu'à 3 toises dans les <i ailerons » de bâtiment peu fréquentés; mais on ne doit pas la réduire à 2 toises, comme les corridors de monastères » parce qu'elle fait service de salle publique pour les repas d'armée industrielle.
Je ne parle pas des bassins supérieurs pour le cas d'incendie ; c'est une précaution de rigueur en Harmonie» où les bassins sont entretenus comme dans une salle d'opéra.
Les corps de logis parallèles et rap[nrochés d'un 20®. de toise sont joints par des couloirs sur colonnes» au 1®'« étage : les communications au 1®'. seront sans interruption, moyennant des couloirs de 50 en 50 toises.
468 AssociATion coutoséb.
Cette facilité de communiquer partout, à Tabri des injures de l'air» d'aller pendant les frimats au bal, au spectacle en habit léger, en souliers de couleur, sans connaître ni boue ni froid , est un cbarme si nouveau , qu'il su&ait seul à rendre nos villes et châteaux détestables k quiconque aura passé une journée d'hiver dans un Phalanstère. Si cet édifice était affecté à des emplois de civilisation , la seule commodité des communications abritées et tempérées par les poêles ou les ventilateurs , lui donnerait une valeur énorme. Ses loyers, à égaie quantité de pièces et de logements , seraient recherchés à prii double de ceux d'un autre édifice.
Les appartements sont loués et avancés par la régence à chacun des sociétaires. Les séries d'appartements doivent être distribuées en ordre composé et engrené , jamais en simple; c'est-A-dire que s'ils sont de vingt prix différents, depuis 50, 100, 150, etc., jusqu'à 1000, il faut éditer la progretêion coméoutioe continue , celle qui placerait au centre tous les appartements de haut prix et irait en déclinant jusqu'à l'extrémité des ailes ; il faut engrener les séries dans Tordre suivant :
TABLEAU DE I^'enGREIf AGE DES LOGEVEIf TS d'hARHON lE ,
LKUB DUTBOUTIOn IN OBDBB GOIPOSB.
Aux deux corps d'ailerons , par 50, iOO, iSO, SOO, 880,
180, aOO, 880, 500, 560.
Aux deux corps d'ailes, par 880, 500, 580, 400, 480, 800,
Aux 8 de centre, par 880, 600, 680, 700, 780, 500, 580,
700, 780, 800, 580, 900» 980, iOOO.
Cet engrenage des six séries est une loi de la IS^» pass.
UTffEIr 8BGT10AI. 469
La progression simple et c<Hisiaiiiineiii croissante ou décroissante aurdit des inconvénients très-graves :
En principe, elle serait fausse et yiciease, comme simple, tout ressort d'Harmonie devant opérer en mode composé.
En application, elle serait vicieuse en ce qu'elle blesserait l'amour-propre , et paralyserait divers leviers d'Harmonie. €ette progression simple rassemblerait toute la classe riche au centre , et tout le fretin sur les ailes; il arriverait que les corps de logis d'ailes ou ailerons seraient déconsidérés et réputés classe inférieure. Il faut éviter cette distribution, qui serait f d'ordre » simple et entraverait l'engrenage des diverses classes.
On doit adopter la progression engrenée (comme cidesstts ) au moyen de laquelle un homme ou femme logeant dans le centre ou quartier d'apparat, peut se trouver inférieur en fortune à tel qui occupe un logement en ailes, puisque les principaux appartements d'ailes payés 650 , sont plus précieux que les derniers de centre payés 5S0. Cet engrenage de valeurs des logements progressifs donne du relief aux séries extrêmes d'ailes ou ailerons, et prévient les distinctions d'échelle simple, qui seraient dans divers cas offensantes pour Tamour^propre. On ne saurait trop éviter ce vice, qui serait un germe de discorde [et qui choquerait les bmilles moyenne et riche à enrôler au printemps.]
Je diffère à parler des étables distribuées fort différemment des nôtres, et sur lesquelles je donnerai, ainsi que surles ateliers, d'amples détails dans des chapitres spéciaox. Celui-ci doit se borner à traiter des logements, dont une seule portion , la rue-galerie ou salle de lien universel , prouve que les civilisés, après 3000 ans d'études sur l'ar-
470 ASSOGUTIOH COMPOSÉE.
ehiteetnre 9 n'ont rien sa dëcoarrir sar le lien d'anîCé. Celte ignorance est an rèsaltat nécessaire d'un ordre de choses qui, s'éloignant en tout sens de l'esprit d'unité et d'association, ne favorise que la discorde, la pauvreté * le mauvais goût» et tous les vices matériels ou spirituels qui naissent du mode simple [en construction et en toutes relations sociales. ]