INTRIGUES ET PRÉJUGÉS DES MODERNES
CONTRE l'Étude de l'àssogution.
BBVIN18CBNCBS OBUOBBS DBS PBBBIBBS TOMBS.
Ràppblobs, dès la première panse « une thèse qu'on ne doit jamais perdre de Yue, et qui sert de réplique à tous les détracteurs ; c'est le dcToir d'ExpLoaiTiON cbiibbilb que s'impose la philosophie, devoir qu'elle foule aux pieds comme les onze autres (II, 129). Doit-on s'en étonner 1 Le monde policé n'a jamais établi aucune surTeillance des sciences, aucune police pour Térifier si elles remplissent leurs deyoirs et y ramener celles qui s'en écartent. Enhardies par cette pleine licence, elles ont dû négliger les recherches difficiles, et se jeter dans la fiicUe carrière de la controverse {AvatU-^ropos).
Aujourd'hui qu'une heureuse découverte vient réparer tons les torts des sophistes, les détracteurs ne manqueront pas de l'attaquer. Il n'est qu'une réponse à leur faire : qu'Us dmnent un meilleur traité sur l'AssociaHm. Voilà le premier qui ait paru; il tire du néant une science négligée à dessein par des hommes qui reculaient devant le problème ; il donne un procédé d'Association , la Série de groupes contrastés , assujeltie à l'essor combiné des trois passions distributives. Si le procédé est défectueux, ce dont on ne pourra juger qu'après l'épreuve, la science n'est pas pour cela dispensée de trouver mieux.
Ce traité prouve déjà qu'elle na point rempli son devoir d'exploration générale; qu'avec ses jongleries d'impossibilité, elle a esquivé les deux études de l'Association et de l'Attraction ; ces deux étndes n'étaient pourtant pas plus épineuses que d'autres , puisqu'un homme des moins initiés aux sciences traite les deux problèmes et en donne une solution. Jusqu'à ce que l'expérience ait prononcé sur sa méthode, il faut ou en donner une meilleure , ou éprouver la seule qui ait été fournie.
Que l'art d'enrichir les nations, le lien sociétaire, ait été négligé des anciens, cela est d'autant moins étonnant, qu'ils s'occupaient fort peu de richesse nationale, et que la coutume de l'esclavage opppsait un obstacle presqu'invincible aux essais d'Association; mais qu'on les ait négligés dans l'âge moderne, qui ne rêve que moyens d'enrichissement, n'accueille que les sectes d'économisme qui le bercent d'illusions de richesse; qu'uq tel siècle ait hésité à reconnaître que la principale, la III. 22
506 CITRÀ-PÀtJSE.
seule Toie de richesse coUectiTe, serait TAssociatiûD âoiDesti<iae agricole « c'est nn ayeuglement qui tient da prodige.
II est d'autant plus honteux pour la raison moderne, qu'elle n'a plu» l'obstacle d'esclayage du cultivateur; nos savants l'ont trouTé aboli ; c'était un préliminaire indispensable aux tentatives de régime sociétaire. Du moment où le cultivateur est libre et où l'on peut faire des estai» d'Associations nombreuses par 500, 1000 « 1500, il faut que les tête» économiques soient bien faussées, bien dépourvues de génie inventif on de bonnes intentions, si elles cherchent des voies de richesse collective ailleurs que dans le lien sociétaire.
Elles se bornent, pour toute réplique, à l'objection suivante : « Oo M ne peut pas associer deux ou trois ménages; comment pourrait-on^ » sans démence, prétendre à en associer 200 et 500? »
Cette opinion qui parait sensée au premier coup d'œil est le comble de la déraison, et, pour en juger par un seul indice, observons qoe les grandes économies ne pouvant s'opérer que dans les grandes réonioDs sociétaires et nullement dans les petites, le Créateur a dû distribuer son plan d'Association pour de nombreux rassemblements, comme 200 ou 500 ménages, et non pas pour deux ou trois familles qui , par exiguïté de nombre ou insuffisance d'efforts, n'élèveraient pas le bénéfice d'Association au 50«. de ce qu'il sera dans une grande réunion de 12 à 1 500 personnes ( redite nécessaire ) .
Il faut donc , à moins de supposer Dieu privé de dbcernement, reconnaître en principe que son [plan ne peut s'adapter qu'à de grandes céunions, et que si on ne sait aucun moyen d'associer deux ou trois tamilles , c'est une induction à penser que Dieu, selon le vœu de l'économie et de la raison, n'a composé sa théorie sociétaire que poor le grand nombre (II, 22) et non pour le petit. Cette observation n'a pas été faite par nos timides spéculateurs; ils se sont laissé rebnterparnn obstacle .apparent 4 qui mieux apprécié devait soutenir leur espérance.
Autre indice : l'Association, quoiqu'impossible entre deux oo trois familles, n'est pas pour cela impossible dans d'autres emplois; on la voit exister dans certaines branches d'industrie commerciale, UsOeB que les compagnies de banque, d'armement, d'assurance et antres entreprises qui réunissent jusqu'à 1000 et 2000 actionnaires. On la voit aossi s'établir dans les maisons de commerce , qui lient en pacte sociétaire dis et vingt co- intéressés , et même davantage; car certains commerçants on manufacturiers ont des comptoUrs dans une douzaine de viDes oo ports de mer, et penvent compter en chefs ou sous-chefs , an moins 30 sociétaires actifs, non compris les associés passifs et accidents, consne ceux qui n'ont intérêt que sur tel vaisseau oo telle portion de la cargaison.
HVBE I. 507
L'Association industrielle est donc faculté de l'homme : jusqu'à quel degré peut-elle être poussée en agriculture, manufacture et commerce, mais surtout en régime domestique , où l'incohérence des ménages cause des déperditions et frais si incalculables?
Des obserrations précédentes, il est aisé de conclure que l'Association n'est profitable qu'à l'appui du grand nombre, sauf la condition de fidélité de gestion et yéracité en relations; d'où il suit que, si Dieu a fait une théorie de lien sociétaire, il n'a dû l'adapter qu'à de grandes masses, organisées de manière à trouver dans leur union des garanties de gestion fidèle et de Tenté pratique.
Cette clause de fidtle gestion peut nous sembler un obstacle insurmontable; et sans doute il le serait dans un ordre social comme le nôtre, où tout inyite à la friponnerie, et où l'on est raillé pour avoir fidèlement géré; mais il faut croire (et c'est un principe des philosophes mêmes (II, 132) que la nature n'est pas homée aux moyens à nous connus, La sagesse diyine peut donc avoir cent moyens de résoudre tel problème insoluble pour la raison dvilisée; et l'on verra, liv. 2«., au traité des Séries pass., que cette fidélité absolue de gestion dont l'idée nous fait crier à l'impossible, devient la chose la plus facile et la mieux garantie, dès que les volontés divines sont connues et que les Séries pass., sont organisées.
D règne sur cette recherche des voies divines , un concours de préventions injurieuses à la Providence : les uns , par superstition , croient qu'elle nous a condanmés aux privations en cette vie; les autres, par philosophie, croient qu'elle nous a destinés à un bonheur médiocre; de là vient que les deux partis se sont accordés à repousser Vidée d'un code sociétaire dont les résultats seraient vraiment dignes de Dieu, c'est-àdire immenses en générosité et en magnificence , comme les aperçus que donne l'hypothèse d'Association.
L'orgueil philosophique s'oppose à pareille étude; admettre que l'Association soit possible et qu'il faille en rechercher les méthodes, c'est admettre que la civilisation ne soit qu'une subversion sociale, et que ses 400,000 tomes de philosophie soient des théories d'ordre subversif. Elles seraient suspectées du moment où on apercevrait quelque moyen d'arriver à l'Association ; de là vient que les savants en repoussent l'étude, avec d'autant plus d'obstination ^ qu'ils y voient double inconvénient po^ eux ; le danger de ne pas réussir et de consumer inutilement leurs veilles sur un problème épineux, puis le danger de décréditer leurs théories de morcellement industriel ou état civilisé et barbare.
D'autre pari , la religion se trouve en collusion involontaire avec les philosophes ; elle prêche avec raison qu'il faut se contenter de peu dans l'état actuel, et dédûgoer les biens de ce monde, puisque nécessaire-
508 gitra-pàcse.
ment les 9}10m. des civilisés en dolyent être privés. Le sacerdoce ignore que cette pauvreté estBmitée aux quatre sociétés lymiriques (II, 85); et les regardant comme destin irrévocable et mallieur sans remède , Il opine dans le sens de la philosofdiie , à se contenter de peu, négliger les perspectives d'immense fortune, de t>onheur général, et par contre-coup négliger les calculs sur rAssodation. Cependant le sacerdoce , loin de la proscrire spécialement, comme ont fait lespUlosophes , a au eontraire excité les hommes à tout ce qui pouvait favoriser les réunions. Il n'est pas moins certain que l'un et l'autre, par des vdes opposées, ont entravé cette étude, avec cette différence, que le sacerdoce ne l'a point fait par système ni par intrigue littéraire, mais seulement dans l*lnteution de consoler les humains d'un mal-étre auquel il ne voyait pas de remède.
Signalons sur cette matière les deux erreurs les plus plausa>les et rinoonséquence de ceux qui les ont accréditées; ce sont : L'induction tirée du petit obstacle an grand ; L'éblouissement par contraste du mal an bien.
1er. Tort. Vïnduc^cn du petit /twnhre au grand : il est sans doute bien impossible d'associer 2,5,4 ménages , et même 10 à 42; on a conclu de là qu'il serait d'autant plus impossible d'en associer 2 on 500.
Les modernes, dans cette opinion, sont comparables aux navigateurs timides , cités an^P. tome , et qui, avant Cbristopbe Colomb, n'osaient s'avancer qu'à 200, 500, 400 lieues dans l'Atlantique^ chacun d'eux revenait eflhtiyé, déclarant que cette mer était un abime sans fin, et que c'é- .tait folie de s'y aventurer. Qu'un phis hardi eût poussé à 600 et 800 Henes sans trouver l'Amérique, chacun aurait décidé de plus belle que l*hypottièse d'un nouveau continent était ridicule. Enfin , si un vaisseau plus téméraire eût poussé à 1000 et 1200 lieues, il serait de même revenu sans Kuccès , et chacun aurait d'autant mieux classé la recherche au rang des folies ; cependant , pour réussir , il suffisait de persister et s'avanoer jusqu'à 1800 lieues.
Telle était la méthode à suivre dans les études sur l'Association. 11 ne fallait d'autre effort de génie que d'aller en avant , ne pas se décourager pour un échec sur de petites épreuves, ne pas condure du petit au grand, mais poursuivre en graduant les essais. Si l'on échouait sur 4 famiBes, il fallait spéculer sur 8; échouant sur 8, spéculer sur 16; échouant sur 16, essayer sur 52, puis sur 64, puis sur 100. Arrivé à ce point, on anrait réussi, sauf la découverte du procédé de Série passionnelle et courtes séances, qui est aisé à trouver , dès que les essais portent sur 550 à 400 personnes. Pour peu qu'on eût tenté ces essais pendant on denislècle, sur 60, 80, 100 familles, on serait nécessairement piorvenn à la ^iécouverte du mécanisme sériaire , qui sera décrit dans cet ouvrage.
ut RE f. SOS
Dans le cas d'essais divers, comme celui du ménage centigyneboorgeois (f 41 }, l'intérêt qui est le meilleur guide, aurait oiis sur la Toie les sociétaires ; chacun d'eux se serait aperçu :
Que dans toute association nombreuse, il faut classer les travailleurs par groupes homogènes en goûts , et affilier ces groupes en Série ascendante et descendante , afin de bien développer les penchants de chacun , et faire naître Vémulation d'une Ofiposition métbodi^tc^ des contrastes ;
Que Vémulation, le perfectionnement industriel et par suite les bénéfices, croissent en raison de t exactitude qu'on met à échelonner les nuances de penchants » et former de chaque nuance autant de groupes^ dont se compose la Série.
Cette remarque serait dcTenue boussole de direction. L'on ne se serait a[^liqué dès lors qu'à bien graduer et contre-balancer les Séries; puis on serait arrivé peu à peu à déterminer les méthodes qui peuvent opérer l'engrenage et autres accords d'une Série.
Les politiques à courte vue qui ont cru faire de sages essais en spéculant sur de petites réunions d'une vingtaine de familles, tombaient dans la double erreur ,
i°. De s'attacher au petit nombre qui ne produit pas tes grandes économies ni les ressources de mécanique ;
2p. De mettre en jeu l'esprit de famille qui, tendant à l'égoisme, doit être absorbé dans les liens corporatifs.
Un homme ligué passionnément avec 50 grou^s exerçant diverses branches d'industrie préférera les intérêts de ces 30 groupes à ceux de sa famille. Il les préférera d'autant mieux, que dans une Série bien con- ' trastée et rivalisée, les groupes ne souffrent point de sectaire modéré en enthousiasme; et d'ailleurs, il sera convaincu, dans l'état sociétaire, que sa famille assurée de jouir d'un minimum décent, ne peut, ni au présent, ni à l'avenir, éprouver atacun besoin. Rassuré par ces considérations, et entraîné par ses 30 passions industrielles, il optera pour le bien de ses 30 groupes, c'est-à-dire de la Phalange entière. Il sera vraiment Citoyen , tout dévoué aux intérêts de la masse.
Un tel concours de chaque individu au bien de la masse ne peut pas avoir lieu en civilisation, où l^intérét individuel est toujours en lutte avec le collectif. On en peut juger par les forêts , les pêcheries, que chaque individu dévaste pour son bénéfice personnel , quoique la masse des habitants désire leur conservation ; elle est souhaitée par l'individu même qui les ravage ; mais il est provoqué par des convenances de profit individuel, qui poussent chacun à agir contre le bien de la masse; effet honteux de la politique civilisée, qui dans la pratique se trouve toujours en contradiction avec la théorie, toujours en duplicité d'action, quoiqu'en principe elle prenne l'unité pour boussole !
510 CITRA-PilUSE.
Tonte unité doit produire mécanisme et combinaison d'efforts. Notre politique, notre cutture morcelée, ne produisent qu'une collusion d'ef* forts indi?iduels pour le mal général , témoin le ravage des forêts et tant d'autres.
Gonyaincus de ce vice , nos économistes auraient dû chercher des moyens d'unité. Quelques-uns ont entrevu qu'on ne pourrait les trouver que dans l'Association agricole ; mais, je le répète, le premier tort de l'esprit humain, dans cette conjoncture, a été Yinduction du petU obstacle au grand f la présomption très-erronée, que si on échouait sur des tentatives d'associer 2 ou 3 familles, et 20 ou 30 familles, on échouerait d'autant mieux sur 200 et 300 ; tandis que dès le nombre 70 on pouvait réussir , sauf à sonder et déterminer peu à peu les dispositions convenables.
Deuxième Tort. Véblouissemnttpar cofitrastedutnaiau bien. C'est le vice des savants comme des ignorants. Je vais le dépeindre dans la classe populaire que nous tournons en ridicule, et je ferai l'application aux savants , qui, sur ce point, se montrent aussi bornés que le menu peuple.
Si l'on vient annoncer à un misérable, à un savetier dans son échoppe, qu'il est possesseur d'un million , qu'un parent mort aux colonies lui lègue cette brillante hoirie , vous verrez au premier instant le savetier s'Irriter, croire qu'on veut le railler, crier à l'impossible, se lamenter sur ce qu'il n'est pas fait pour le bonheur; il deviendra fort difficile de le convaincre, et il résistera longtemps aux témoignages les plus dignes de foi.
Je suis persuadé que la grande majorité des lecteurs est tombée dans cette défiance en lisant la première section , et que même les plus sages ont répliqué dans le sens du savetier, en accusant mes perspectives de belles chimères , contes de fées , MlusUms d'une Harmonie qui n'est pas faite pour les hommes : c'est tout à point l'esprit du savetier en termes pins choisis ; la conjoncture est la même : l'espèce humaine est d'autant plus résignée au malheur, que les essais philosophiques viennent de l'y engouffrer davantage ; elle sera moins que jamais disposée à admettre un passage subit à un immense bonheiu*, et cette perspective semblera aussi insoutenable que celle du mUiion annoncé au pauvre savetier qui, après avoir longtemps regimbé, finira par une joie de maniaque , brisera son échoppe, et courra dans son taudis jeter par les fenêtres sa vaisselle de terre.
L'époque s'approche où le genre humain tout entier passera à cette folle ivresse du savetier ; et tel qui m'accuse aujourd'hui de lebercer d'illusions , de rêver des fantômes de bonheur , me reprochera bientôt l'extrême sang flroid avec lequel je disserte sur une découverte si immensément heureuse.