CHAPITRE VL
Système bi-eomposé des approvisioanements sociétaires.
Une section d'aperçus en morale et en politique serait bien incomplète si elle ne touchait pas à la question primordiale en politique, celle des subsistances , dont la rareté, trés-fréquenle en civilisation (années 1808 et 1812), y devient un germe de commotions populaires. On a perfectionné .tant de sciences inutiles; on ignore encore celle d'assurer la subsistance générale !
Dans l'ordre sociétaire , elle doit être garantie en mode bi-composé , en quadruple source. Pour expliquer ce mécanisme, dissertons d'abord sur le choix des denrées de base alimentaire , et sur les proportions de culture que devra adopter la masse du globe après son organisation.
L'état civilisé et barbare , obligé de nourrir une multitude afiamée, qui souvent manque de provisions iiiffisantes pour attendre les récoltes, n'a pas d'option ni d'alter-
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native sur les denrées primordiales. Toat le système alimentaire des ciyilisës roule communément sur un seul comestible : du froment en Europe » du riz en Asie , du mais au Mexique / du manioc aux Antilles.
Voilà le nec plus uUrà de notre politique » toujours rimplisie dans ses plans. Aussi est-on assuré de voir la famine , si le blé ytent à manquer en France ou en Italie , et si le riz manque dans Tlndostan ou la Chine.
On a depuis peu ménagé une légère alternative , par la culture de la pomme de terre , qui supplée en partie les graminées ; mais cette ressource est fort mal organisée : on ne sait pas garder les pommes de terre au delà du mois d'avril , époque où elles germent partout et deviennent immangeables.
Les sociétés ayant commencé dans la zone tempérée ont dû se fixer aux denrées qu'elle produit. Mais quand toutes les zones seront cultivées , quand on pourra spéculer sur divers comestibles également abondants et faciles à extraire des trois zones, quand l'extraction n'éprouvera ni entraves matérielles par les guerres, douabes et prohibitions , ni entraves politiques par les fourberies commerciales, conviendra-t-il de fonder sur les graminées la substance de la multitude? Non : l'Harmonie, qui n'opère jamais qu'en système composé , se créera un c système de subsistance , > combinant les productions de diverses zones.
Elle fera peu d'usage du pain , par triple raison.
10. Le pain, substance pénible à fabriquer (20), est peu attrayant pour le peuple , qui en tous pays préfère la viande et autres comestibles ; et d'autre part, le grain platt beaucoup aux animaux et volailles , dont on élèvera une énorme quantité.
39. Le pain est faible d'attraction industrielle ; tous les trayaux qui tiennent à la production et manutention du pain , comme labourage , moisson , battage , pétrissage, etc., sont si peu attrayants, quil faudra les renforcer d'attraction par le moyen de cohortes ricinales , ou armées de 1®^. degré.
3^. Le pain, aliment peu flatteur pour le goût, est astreint à une fabrication journalière. Elle sera dispendieuse en Harmonie , où il faut allouer à chaque Série une rétribution d'autant plus forte , que son attribution industrielle est plus faible et ses travaux plus fréquents.
D'après ces données, il est certain que le prix du pain en Harmonie sera à peu près double de ce qu'il est, année commune, en civilisation , où l'on ne tient aucun compte de la dose d'Attraction qu'excite un travail. Cette cherté du pain sera fort indifférente au peuple , pourvu qu'il soit bien approvisionné de subsistances mieux assorties au goût général.
Quels comestibles devront l'emporter sur le pain et former la ressource principale des peuples ? C'est l'Attraction qui va nous l'indiquer ; consultons celle des divers Âges, et d'abord des enfants.
Si on leur présente les trois comestibles suivants, une livre de pain , une livre de fruit , une livre de sucre , leur choix ne sera pas douteux : ils se disputeront le sucre et les fruits, et dédaigneront le pain. Quels sont les mets que recherche l'enfant? Il aime en régime simple des fruits et du laitage ; puis en régime composé , il aime ces objets unis au sucre, les confitures , les crèmes sucrées, et même les aliments à 1/4 de sucre , nommés compotes et marmelades.
Telle est la nourriture qu'indique l'Attraction pour les-
enfants. Et pourquoi la nature leur inspire-t-elle ce goût? C'est qu'il convient que l'homme s'alimente en mode bi-composé , amalgamant les produits de sa zone et de diverses zones , choisis parmi ceux dont la fabrication est peu coûteuse. Or» on verra dans les chapitres spéciaux , que les mets cites plus haut, les compotes et marmelades, les croquets et crèmes sucrées, et enfin les aliments à quart de sucre , coûteront beaucoup moins en Harmonie que le pain. Ils auront de plus l'avantage d'unir les zones, et les faire intervenir combinément dans le régime de subsistance générale. Cette méthode, qui serait dispendieuse en civilisation , devient économique en Harmonie et nécessaire aux liens généraux.
D'ailleurs, quand le globe entier sera en exploitation régulière , comment consommerait^on l'immense quantité de sucre que produira la zone torride f si on ne faisait pas intervenir le sucre dans les comestibles populaires des zones tempérée et fraîche (je ne dis pas zone glaciale , car elle ne sera que fraîche après la restauration climatérique, note Â) ? Il conviendra donc de provoquer la consommation du sucre , vu la facilité de conserver ce comestible , et l'économie attachée aux fabrications sucrées, dont quelques-unes , comme la confiture fine , peuvent être préparées pour un an (19); tandis que le travail du pain se renouvelle de 1 en 1 , â en 2 , 3 en 5 jours , selon les qualités. Il n'est aucune espèce de bon pain dont la durée s'étende à quatre jours. Celui de nos paysans dure quelquefois une quinzaine ; mais les Harmoniens ne mangeront pas de pareilles ordures , bonnes pour des civilisés.
L' objection sur les propriétés vermineuses des aliments sucrés a été réfutée ( 20 ) par l'emploi des vins
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blancs , sacs de citron et autres boissons acidulées , qui corrigeront le yice Termineux. Il sera encore mieax prévenu par la vie laborieose et rexeretee très-varié auquel se livreront passionnément les enfapts d'Harmonie» dont les fonctions varieront A peu près d*heure en heure.
Les goûts des femmes , en comestibles, se rapprochent assez de ceux des enfants. L'éducation faarmonienne leur donnera , pour la gastronomie , un penchant dont elles sont tout à (ait dépourvues en civilisation , où les amourettes et les bals rendent le sexe féminin fort indifférent pour la table. Ce serait un très-grand vice en Harmonie , où chaque classe et chaque sexe doivent être élevés au développement complet des 12 passions.
Bref 9 les trois sexes font peu de cas du pain ; et, comme il sera plus coûteux que les légumes et comestibles cités, il deviendra un objet de faible importance dans le système alimentaire de l'Harmonie, c(mformëment au vgmi de l'Attraction qui n'est point pour le pain. Déjà les Allemands et Anglais n'en consomment que très-peu, à peine le tiers de ce qu'en mangent les Français. Le bon choix et la délicatesse des pommes de terre, joints au bas prix des Tins , feront préférer assez généralement ce légume , qui exige si peu de préparatifs.
En conséquence , l'Harmonie tendra à multiplier considérablement les troupeaux, volailles, pâturages, vergers , jardins , et réduira beaucoup ces immenses et tristes chants de blé que présentent les campagnes civilisées.
L'affluence de bestiaux devant donner une masse énorme d'ekigrais , l'Harmonie , en cultivant seulement deux tiers des terres emblavées aujourd'hui , en recueillera plus de grain que n'en récolte la civilisation sur
double ierraiB, par<5e qa*on négligera tous les terraios mé« diocres , sur lesquels les ciyflisés cultiyent des céréales d'uD aspect pitoyable , eoaiBie celles de la Champagne et des environs dé Paris. Ces mauvais terrains seront afiec* lés à d'autres emplois , ou remblayés de bonne terre, ou réunis aux forêts, dont on distraira diverses pareelles oonvenaUes à la culture.
Chaque Phalange aura toujours des approvisionnements qui la mettront à Tabri de la famine pour deux ans. Elle fera usage de Silos ou greniers souterrains privés d'air, évitant la double dépense de Véventement périodique des blés , et de l'énorme surface de bâtiments qu'occupent ces grains dans nos magasins.
On <;onservera de même en greniers souterrains les pommes de terre et autres légumes que la civilisation ne sait pas conduire jusqu'à la récolte suivante , sans germination, détérioration, aigreur, amertume, etc.
D'antre part , l'Harmonie n'amonceBe pas sur un terrain de peu d'étendue ces fourmilières de populace qu'on voit en Chine , en Bengale , en Naples et en Yurtemberg. €H>ligée de réseryer partout des pÂturages et surtout des forêts pour entretenir les sources et équilibrer la tempe* roture , elle ne peut comporter sur le meilleur terrain , qu'un nombre limité d'habitants , qui n'excédera jamais 2000 par lieue carrée de c 20 » au degré, et communément 1500 sur ladite surface.
Durant le 1®'. siècle, elle emploiera en versements coloniaux ses excédants de population locale. On n'aura plus d'excédant au bout de deux siècles , parce que l'espèce humaine nrnltipUe fort peu du moment où le mécanisme d'Harmonie est arrivé à sa plénitude et la race à sa pleine vigueur.
Dans le débat , la France , faute de terrain , sera obligée de verser au dehors 4 millions d'habitants superflus ; ritalie et le Yurtemberg, en proportion. Ces contrées, quoique faisant des yersements au début , remonteront ensuite au degré de population actuel ; mais ce ne sera que lentement et à mesure qu'on aura reconquis les montagnes déboisées, les landes, etc. Ces versements à titre de colonisation en souveraineté perpétuelle seront un grand avantage pour tout souverain qui aura du superflu de population.
Le but de l'Harmonie sera de mettre bien vite en culture la zone torride (II, 4S), afin d'établir dans les consommations un équilibre d'atiraciiùn ; c'est-à-dire produire les denrées quelconques en proportion du vœu de ia multitude; élever promptement la masse du sucre oommereiable au niveau de celle de la farine commercîable, qui aura plus de valeur que le sucre, quand l'ordre naturel ou équilibre bi-cbmposé sera établi sur chaque zone.
Objectera-t-on que la population d'Europe n'est pas acclimatée aux régions équatoriales , et que le superflu qu'on y verserait , comme 4 millions de Français et autant d'Italiens , ne pourrait pas y cultiver le sucre et autres denrées de climat chaud ? Cela est vrai ; mais ces versements opéreront indirectement l'efiet indiqué. On les colonisera dans les pays montueux et tempérés de l'équateur; là ils produiront les troupeaux , farines et objets nécessaires à entretenir les cultures des basses régions dont ils seront voisins. Si on transporte 4 millions de Français sur l'Atlas et sur la grande chaîne qui coupe l'Afrique depuis l'Abyssinie jusqu'au Sénégal, ils ne seront pas fatigués de la climature tempérée de ces hautes mon^
(agnes , et ils aideront puissamment le travail des Phalanges Nègres qui cultiveront lé sucre dans les basses régions. D'ailleurs, l'Afrique renferme 100 millions d'habitants, qui produiront d'emblée une énorme quantité de sucre, dés qu'on y aura fondé l'Harmonie et organisé l'industrie (II, 45).
La zone torride étant peu convenable à la culture du blé hors de pays montueux, comment la nourrirait-on dans l'Harmonie, si les Phalanges voulaient, selon la coutume française, manger du pain à profusion? Il faudrait donc que la zone tempérée continuât , selon la méthode civilisée , à ensemencer de froment la grande majorité des terres cultivables. Alors tomberait tout le système d'Harmonie , fondé sur l'abondance des jardins , vergers, pÂturages, troupeaux, basse-cours et engrais. On aura assez à faire de semer les grains nécessaires aux animaui et volailles , notamment l'avoine, dont les nombreux chevaux d'Harmonie feront une ample consommation. Il conviendra de diminuer fortement celle du blé, par concurrence des mets sucrés , etc.
Admettons que les Harmoniens dociles à ce vœu renoncent à se gorger de pain , et s'adonnent aux aliments qui seront moins coûteux , comme viandes , légumes , laitages, confitures, compotes, fruits, [vins spiritueux nourrissants], etc. ; ils y trouveront triple avantage.
1^. Satisfaire le goût général, surtout celui des femmes et enfants, pour les laitages, compotes et fruits.
2<*. Alimenter en juste proportion les cultures convenables aux diverses zones.
3^. Favoriser le développement de l'Attraction, qui entraîne fortement au soin des vergers, troupeaux, jardins.
572 AS80CUTI01I cmiposài.
Le pain est vn aliment d'ordre aasple , fait pour les périodes lyaibiques industrielles. S, 4, 5. L'aliment fondamental des périodes voisines de rHarnranie doit être on composé , comme le fruit mAlè de ancie et réunissant des produits de deux zones. On verra au chapitre des caravanes que le transport du sucre sera trés-peu coAteux , et que les extorsions commerciales et bénéfices intermédiaires étant impossibles dans THarmonie, rien ne s'opposera à ce qu'une région trés«^ngagée dans les terres , comme celle des monts AUal et du lac Baikal , ne fabrique encore la compote à plus bas prix que le pain.
Le pain é cette époque sera presqu'un aliment de luxe ; on n'en verra point de médiocre , parce que tout blé de qualité chétive sera découragé par la coutume de Yéclque (note, 405). Cependant, malgré la feible consommation du pain, celle du froment sera encore considérable, vu la grande quantité de pâtisseries grasses ou sucrées qui se fabriqueront journellement dans chaque Phalange.
Le riz , qui dans les pays chauds alimente la classe inférieure, tombera en discrédit, si on ne trouve pas un moyen de le cultiver sans nuire k la sahibrilé ; peut-être suffirait-il de renouveler fréquemment les eaux dont il s'abreuve. Les Harmoniens parviendront aisément à découvrir le correctif nécessaire au méphitisme des rizières.
J'ai traité, plus haut (17, 18), de l'immensité des cultures de fruits en Harmonie, et du raflBnement de soins qu'on y apporte. Cette industrie est à peu prés nulle en civilisation , où les vergers sont abandonnés à eux-mêmes, sans qu'on daigne seulement enlever le gui ni le bois mort. Cette précieuse branche d'aliments va devenir, par combinaison avec le sucre , l'une des subsistances pivotales.
C'est principalement par les boissons assorties aux
UTREi. sicnoiiu* 873
goûts des trois'sexes, que rRarmonie remportera sar les pauvretés cÎTilisèes. Deux des sexes , les fesNMs et les enfants » n'ont aucune boisson faTorite dans Tordre actuel» où les hommes seuls sont comptés pour quelque chose ; encore ne sait-on pas leur procurer la boisson utile au cultivateur, le vin » dont il est è^osnra en tons pays.
L'état des choses foyorisera, au début de rHarmonie , les plantations dé vigne en latitudes semi-torrides , où on recueillera facilement et abondamment les vins spiritueux, tels que Chypre , Madère, Xérès , Porto, Galabre, Shiras. Ils serviront k couper et soutenir les vins plats de Franee, Alleoiagne , Lombardie et avtres, dîes latitudes 40 à 50 , qui seront considérabkment améliorés par la restauration climatérique (note A, tom. Il), et par les dispositions indiquées (11 et 12). Moyennant ce double secours de la nature ei de Fart, tes qualités seront tout à Cail métamorphosées; le vin de Surène (Paris) redeviendra oe qu'il étail du temps de Tempereur Sévère, qw en vantait l'exeellence; les coteaux d'Ecosse donneront des vins plus délicats que ceux qu'on recueille aujourd'hui dans la Touraine , jardin de la France.
La civilisation, qui ne spécule qu'en mode simfrie , compte pour rien les boissons en système d'approvisionnement, EHe veut que le peuple s'abreuve d'eau claire ; et cependant il est connu, surtout depuis 1817, que le vin est à la fois nourriture |et préservarlif pour le cultiva^ teur. Aussi, en 1817 où 9 ne bavait que de l'eau, se plaignatt-il d'avoir moins de santé et plus de faim. Je ne dis pas plu» ^apféiit , car c'était une faim désordonnée et causée par appauvrissement de l'estomac. S'il existe dans l'ordre actuel si peu de précautions pour l'approvisionnement du princq[>al sexe en boissons , quel doit être
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le dénûment des deux autres » des femmes et des enfants, à qui la politique ne daigne pas même songer?
Une des bobsons les plus générales en Harmonie sera la limonade, conTenable en été à beaucoup de tempéraments et surtout aux enfants. Aussi la zone tempérée chargera-t«elle, en pommes reinettes, beaucoup de flottes qui reyiendront chargées de citrons {21 ) : au reste, ce fruit pourra aisément croître sur les bords de la Seine et du Danube, par snite de la culture intégrale composée (note A).
Les boissons actuelles de pays froid, comme bière, cidre^ etc., ne seront plus boissons de table, à moins de préférence indiTÎduelle ; car les climats les plus ingrats trouveront, dans le produit de leur travail, de quoi s'approvisionner à peu de frais de vins excellents et assortis aux divers goûts des trois sexes, dont aujourd'hui deux sont comptés pour rien dans ce genre d'approvisionnement. D'ailleurs, en civilisation le paysan qui cultive le froment et le vin mange du pain d'orge et boit de la piquette, pendant que les philosophes lui chantent la perfectibilité des abstractions métaphysiques.
Si des comestibles et boissons nous passons aux yètements , on trouvera encore chez les Harmoniens une politique tout opposée à nos idées mercantiles, qui provoquent la déperdition et les changements de mode , sous prétexte de faire vivre l'ouvrier. Mais en Harmonie, l'ouvrier, le cultivateur et le consommateur ne sont qu'un seul et même personnage; il n'a nul intérêt à se rançonner lui-même, comme en civilisation, où chacun s'évertue à provoquer les bouleversements industriels causés par le changement de mode, et à fabriquer de méchantes étoffes ou de mauvais meubles , afin de doubler la con^
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sommation y enrichir les marchands aux dépens de la masse et de la richesse réelle.
On calculera , en Harmonie , que les changements de mode, les qualités défectueuses et la confection imparfaite 9 causeraient une perte annuelle de 500 fr. par individu 9 parce que le plus pauvre des Harmoniens a une garde*robe en vêtements de toute saison, et fait usage habituel de meubles, harnais et fourniments de travail ou de plaisir, qui sont de fine qualité. Or, si Tesprit mercantile régnait en Harmonie, et produisait comme aujourd'hui les fabrications imparfaites, la consommation accrue en moyen terme de 500 fr. par individu entraînerait une perte annuelle de trois mUle milliards de francs , à tabler sur six milliards d'habitants pour le globe au complet. Ladite perte, au bout d'un siècle, enlèverait donc aux Harmoniens trois cent mille milliards.
On ne calcule pas de la sorte en civilisation, parce que cette société, en industrie comme en tout , est sujette à la duplicité ou guerre interne. Son industrie est une véritable guerre civile du producteur contre l'oisif, qui s'efforce de le pousser à la déperdition, et du commerçant contre le corps social, qu'il excile aux duperies. La science qui applaudit à ce conflit ressemble à un maître insensé qui exciterait ses domestiques à briser beaucoup de vaisselle et de meubles, pour le bien des fabricants. Tout n'est que démence politique, tant que l'intérêt de l'individu ne se trouve pas combiné avec celui de la masse, selon le mode indiqué (509), et à la Postienne de cette 2™e. section.
Pour résumer sur la politique alimentaire de l'Harmonie, disons qu'elle est bi-composée, fondant l'approvisionnement sur quadruple source. Car elle puise en double
S76 Assocunon ampùUE.
louree dtst la propre zone , et en simple dam les deux autres.
Appliquons le principe à la France : pour aroir double soaree idimenlaire en zone tempérée , ii faudrait , puisque son misérable peuple ne vit pas de yiande et n'en mange qu'une fois Tan, le jour du mardi gras, qu'elle eAt au moins une branche de subsistance en concurrence arec les graminées. On a senti le besoin de ce régime composé, et on s'est flatté d'y atteindre par la pomme de terre ; mais les Français ne satent ni cultiver, ni recueillir, ni préparer, ni conserver ce légume, qui serait vraiment une seconde base de subsistance , et élèverait le système politique alimentaire au mode composé en zone tempérée. Quant à présent , il est simple , ne roulant que sur le pain en France , que sur le riz en Chine. L'Allemagne opère plus sensément , nourrissant son peuple de viande et de légumes autant que de pain. Au reste , il n'y a dans le régime actuel aucun équilibre calculé ; tout y est effet de hasard.
Le régime en Harmonie sera bi-composé interne dans la zone même , c'est-à-dire qu'il y aura double source en régne animal , par les graminées et légumes, et doubfe source en régne végétal par les quadrupèdes et volatiles » avec distribution telle, que la rareté accidentelle d^un des quatre aliments soit compensée à propos par l^affluenco des trois autres.
Pour élever le régime au bi-composé externe , il faudra puiser dans la zone torride au moins deux aliments de base, dont l'un sera le sucre, et autant dans la zone fraîche. Quelles substances eztraira-t-on de ceMe-ci? Je l'ignore. Peut-être sera-t-elle , après la restauration climatérique , le grand magasin de ce pain tant révéré des
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Français (i), qui dévoreraient en pain blëno tonl le produit de l'Europe, si on roulait les rassasier de ce comestible.
J'ai prouyé que le système' des svbéisUmeeS' en lËUr-^ monie est bi-composé interne et bi--conq)osé eiteme, fonde sur quatre denrées de base en produit de la ^onr, et quatre denrées de* base eh produit dès * deos-^ autres zones. Atoc garantie dé chacune des huit bases^ la rareié^ accidentelle d'une des huit sermi insensible dansr rapprô<^ visionnement , vu Taffluence des sept autreft.
(i) Ils ne rêvent qu'aux moyeiu de manger du pain-^ dont ils <e gorgent comme des ogres. Un Auvergnat mangera lestemeat^six livres de pain blanc à son dëje&né. Le mot de pain est si saci^ en France^ parmi le peuple , que celui qui s'aviserait de dire que tel pain est mauvais , qu^il est mal cuit » mal leré, peu sald, mon, cartonneuxy serait considère comme blasphémateur.
Les gens même de la classe polie ne savent &irê aucune àiSé* rence du mauvais pain an bon,^ tant on est vorace depaitî dans la belle France. Le respect pour le pain y est a« degré de superstition : aussi , en iSlV, le peuple aiàiaH->>il mieux mettre dix «oui k une livre de mauvais pain, que sept sous li une liyre de viande, bien plus nourrissante. Mais le peuple de France , fier du beau nom d'homme libre, ne se croit pas digne de miipger de la viande, qu'il trouverait pourtant bien préférable. '
Esaîi vendit son droit d'dinesse pouir no'plàtde lentiRes : chaque plëbelîen français vendrait tous les droiHi éé rhommepoof aount de livres de pain. Quelle jonglerie devooloii^^VeF ces légions de fiimëliquesîi V orgueil du beau nom éThomme Ubre IBon^ nez-leur du pain I charlatan» philosophiques^ c'est tout ce qu'ib vous demandent : bien plus accommodants et plus humbles que la belle antiquité, qui voulait do pain et des plaisirs » panetn et eircenêeê. Le peuple, dans Tâge moderne, a rabattu moitié de sa demande ; et la philosophie qui ne sait pas le satisfaire .prétend avoir tout peffectibilisé !
S78 ASSOCUTIOH COHPOSéE.
Le contraire a liea en chrilisalioD^ où les sabsisUinee^ Be reposent guère que sur ane seule branche , blé ou riz : aucune autre denrée ne fournit une ressource assez •opieuse pour mériter le rang de comestible de base. La pomme de terre même, yu Timpérilie jen culture et en .aonseryation, n'est pas encore parvenue à ce raog.
D'autre part, les approvisionnements de la denrée de base sont incertains et confiés aux intrigues dv commerce, qui souvent la détourne et la raréfie , comme en 1812 , tout ep feignant une grande sollicitude pour en fournir ks marchés.
Ainsi, les civilisés réduits au mode simple en approvisionnements n'ont pas même' de procédé efficace pour assurer ce vicieux service. Leur politique* est donc mille 4ans la 1'®. branche des relations sociales, et pourtant ils ont des écrivains qui publient incessamment des théories de balance^ contre-poids, garantie, équilibre.
, *** Il est aisé de les opposer à eux-mêmes : ]'ai cité pour exemple un contemporain, J.-B. Sat {Âvatut-r propos) , qui s'élève contre les petits esprits aheurtés k nier qu'on puisse découvrir un ordre social meilleur que la civilisation. Il se range par le fait dans la classe des Expectants (II, 120), des Montesquieu, des Rousseau, des Voltaire, des Condillac, etc.
Cet ordre, opposé à la civilisation et k ses neuf caractères, ne peut naître que d'un état :de choses qui aura pour résultat :
^0. D* identifier V intérêt individuel avec h coUltetif, de telle manière que findividu ne puisse trouver son bi,néfice que dar^s les opérations profitables à la masse en- 'tiére^