‹ Théorie de L'unité UniverselleChapitre 35 sur 74 · LE GÉNIE EST- IL AU-DESSUS DE TOUTES REGLES · texte numérisé non relu

LE GÉNIE EST- IL AU-DESSUS DE TOUTES REGLES

Doute injurieux au génie : il ne demande pas de prérogatives anarchiques ; il ne veut que s'affranchir des entraves du préjugé , sans pour cela s'écarter des voies de vérité certaine , des sciences physiques et mathématiques.

La révolution, qui a bouleversé les esprits comme les choses, produit aujourd'hui un excès contraire à celui de 1788. // n'existe plus aucune immunité pour le génie inventif; il faut qu'il encense toutes les erreurs et les petitesses en crédit, et qu'un inventeur débute par faire V apologie des ténèbres qu'il vient dissiper, faire l'éloge de la civilisation.

Aucune découverte ne serait admissible à l'examen, l'immobilisme perdurait à jamais le monde social, si l'on contestait , en matière de découverte , le droit de sortir du

cercle des préjugés : plus ils sont enracinés, comme celui d'excellence de la civilisation et de ses 9 fléaux, plus l'inventeur est fondé à s'élever au-dessus de l'erreur qui la dépeint comme terme de la carrière sociale.

Tel est la droit que me refusent les critiques français : ils veulent que je me tienne servilement au niveau de la philosophie, qui ne sait pas s'élever plus haut que la civilisation. Cependant ils raillent les siècles qui ont voulu circonscrire le génie, le limiter aux prestiges dominants. Voici sur ce sujet un aven assez remarquable.

« Bacon , dont le génie prophétique se fit contemporain du » xviii*. siècle, Bacon, qui avait ouvert dans ses écrits un trésor » inépuisable de vérités, eut le tort de prendre un vol trop » élevé, et de planer à une si grande hauteur sur les hommes et » les idées de son temps, qu'il n'exerça sur eux aucune influence. » » De Jouy.

Etait-ce Bacon qui avait tort de porter ses vues plus loin que celles d'unsiècle encroûté de petitesse, ou bien le siècle gui avait tort de ne pas savoir apprécier V étendue , la profondeur du génie de Bacon ? Chacun répond : « Ce n'est pas » même un sujet de doute; Bacon , plus pénétrant que son » siècle , avait raison seul contre tous. »

Redoublons de preuves, et demandons si Galilée avait tort quand il soutenait , seul contre son siècle, que la terre tournait autour du soleil 9 Ce n'est plus une question aujourd'hui: il est clair que Galilée avait raison seul contre son siècle.

Nos aristarques ici tombent en contradiction ; ils sont à la fois EXPECTANTS et OBSCURANTS. D'une part , ils sont cxpectants, s ils admirent les Bacon , les Galilée et autres qui surent se frayer de nouvelles routes ; c'est exciter le génie à se dégager comme eux des langes du préjugé • D'autre part, ils deviennent obscurants, s'ils veulent que le génie soit confiné dans les ténèbres de la civilisation, qu'il n'invente rien autre que l'industrie morcelée, la fourberie , la mendicité , qu'il fasse V apologie de cette société désastreuse , pour détourner tous les esprits d'en chercher l'issue.

Voilà donc les critiques invoquant la lumière et plaidant pour l'obscurantisme. C'est à chaque pas qu'il faut les inviter à se mettre d'accord avec eux-mêmes. Combien Bacon a eu raison en leur conseillant de refaire leur entendement, et d'oublier tout ce qu'ils ont appris !

Débrouillons les contradictions de ces niveleurs de génie. Quels sont les cas où un homme peut avoir raison seul contre tous , comme Galilée, Colomb, Copernic, Harvey, Newton , Linne'e , etc. ; les cas ou il doit être dispensé de suivre les sentiers battus et d'encenser le préjugé ; les cas enfin où il doit jouir des droits d'inventeur? à quel cachet reconnaîtra- t -on cette qualité d'inventeur? Voilà une question qu'on a oublié de traiter, et c'était par-là qu'il eût fallu commencer en critique. Tant qu'on ne détermine pas la vraie limite entre les sciences connues et les incon-

nues , comment Rassurer si celui gui se dit inventeur a vraiment les oaractères de ce rêle , et doit en obtenir les prérogatives?

La démarcation dont il s'agit est tracée bien clairement dans V article qui précède ( et dans mon Avant-Propos , au cadre d'étude intégrale de la nature (I, 26, 90). L'inventeur sera celui qui , sortant do cadre des trois branches de mou- TCinent déjà connues, traitera une ou plusieurs des sept branches inconnues (2 d'effets et 5 de causes) ( 56 ) : ma théorie les expligue toutes les sept.

Voila la pierre de touche pour discerner le véritable inventeur. Si du cadre général nous descendons à quelques détails , par exemple aux affaires sociales, l'inventeur sera celui qui , sortant du cadre des sociétés connues et de l'industrie morcelée, apportera la théorie des échelons sociaux inconnus et exerçant l'industrie en mode sociétaire. A ces caractères on reconnaîtra le râle et la qualité d'inventeur, sauf à vérifier s'il tient parole, $Hè ne retombe pas dans l'ornière civilisée, tout en se flattant de nous en dégager.

Et quelles concessions lui devra-t-on, quant à l'exposé de sa théorie ? Ce ne sera pas de l'affranchir de toutes règles , selon V excès de 1788; il s'avilirait lui-même en acceptant ce droit. Il devra s'assujettir aux règles do justesse avérée , aux vérités mathématiques et physiques : mais il devra être affranchi des règles suspectes à leurs auteurs mêmes, des doctrines philosophiques , incertaines de nom et trompeuses de fait, en ce que leur civilisation ohérie reproduit en tout sens neuf fléaux opposés aux neuf biens qu'elles promettent , et en ce que leurs auteurs n'ont jamais pu se concilier sur un seul point , ni faire aucune découverte ultra-civilisée , aucune invention en garanties sociales (périodes™.), pas même les plus faciles, comme

Le comptoir coMMtim, en garanties agricoles; La maîtrise pboportionnbile, eu garanties manufacturières ; La coscurrescb rbdcctivb, en garanties commerciales ; Le twbukal de contbk-poids, en garanties scientifiques.

Et ces esprits stériles veulent donner au génie inventif

leur raison pour guide, une raison qui se méfie d'elle-même, se condamne malgré ses flatteurs/ En voici V arrêt tiré de journaux récents.

BAISOlf BXPECTÀXTB.

Pleine d'ignorance, de vanité ( il parle de la sagesse moderne ) , elle foule aux pieds l'expérience ; elle trouve plus facile de se forger des chimères que de rélléchir sur des réalités. Ainsi tous ses efforts de génie n'ont pour objet que d'imaginer ce qui n'est pas, et d'imposer aux peuples les rêves que son inexpérience a créés.

Signe L... Quotidienne, M mars.

RAISON OBS CUBANTE.

L'esprit humain , dit M. de Pradt , n'a pas cessé d'élever sein vol dans la haute carrière où il venait d'entrer. Il est retombé de toute sa force sur ce qui importe le plus à l'homme , sur l'ordre des sociétés au milieu desquelles celuici se trouve placé. L homme social est devenu l'objet des spéculations les plus profondes ; tous les esprits se sont tournés vers cette étude; on a créé la science qui n'existait pas encore.

Extrait du Pilote, 13 avril.

L'un élève aux nues laraison moderne, Vautre la plonge dans la fange. D'une part cette raison fait l'aveu de son égarement , de ses jongleries ; d'autre part , elle cherche à nous duper en nous chantant son vol sublime. Il est clair, dans ce conflit , que le plus modeste des deux opinants est le seul digne de foi. Comparons les athlètes ; je soulignerai leurs expressions.

Le 1 er . accuse la philosophie ^'ignorance et d'oRGUEtL. C'est Vavis d'une foule d'écrivains qui se rallient aux expectants (to), et disent de nos lumières politiques : « Mais » quelle épaisse nuit! Voltaire; Quelle maladie de lan- » gueur! Montesq. «» Sans doute c'est languir bien longtemps dans la civilisation d'où l'on eut pu sortir depuis 25 siècles : mais on foule aux pieds l'expérience qui nous montre les neuf fléaux reproduits sous tous les régimes civilisés; on se forge la chimère d'espérer quelque bien d'un cercle vicieux; on ne veut pas réfléchir sur la réalité, sur la ténacité des neuf fléaux inséparables de la civilisation ; nos efforts de génie ne savent qu'imaginer ce qui n'est pas , imaginer des torrents de lumière dans la philosophie qui perpétue les neuf fléaux , et qui impose aux nations les rêves de son inexpérience, les billevesées de perfectibilité , les constitutions ,

droits de Vhàmmc et autres lisions , dont l'unique fruit est d'entretenir les neuf fléaux.

Je me range à cette opinion sur Pignoranee et la vanité de la raison moderne, mais je ne pins me concilier avec M. de Pràdt, faisant à la raison les honneurs d'un travail sur l'élude de l'homme , qu'elle refuse obstinément d'entreprendre. Ce vol élevé , cette haute carrière, cette profondeur de spéculation des modernes, sont une rêverie démentie par la permanence des neuf fléaux. Il eût fallu , pour y échapper, créer la science qui n'existait pas encore, la théorie de V Attraction, moteur de V homme , et celle des périodes sociétaires du tableau (13). Mais loin d'avoir au élever son vol et ses profondes spéculations jusqu'à la découverte de sociétés supérieures en échelle, cette raison n'a pas même su analyser la société au milieu de laquelle nous sommes placés, la civilisation , si mal connue qu'on en ignore même les phases (11,207).

Dans cet abîme de contradictions philosophiques , oserat-on prétendre que l'inventeur qui a su créer la science qui n'existait pas encore , la théorie intégrale du mouvement , doive s'astreindre aux méthodes et routines de la fausse raison , prendre pour modèles les sophistes et leur génie stationnais? Ce qu'ils ont promis , je le fais; j'ouvre les voies du bonheur; je dissipe les rêves que veut nous imposer leur inexpérience; mai* c'est en m'étoignant des chemins qu'ils ont suivis. Ils veulent nous limiter aux méthodes civilisées et barbares. Eh! si Von eût astreint les navigateurs à ne parcourir que les mers connues , Colomb et Gama auraient-ils découvert les rôtîtes des deux Indes?

C'est bien dit ; votre théorie est si extraordinaire , disent les sceptiques. Sans doute elle est éblouissante : mes lecteurs sont comparables à l'homme opéré de la cataracte : il ne peut pas soutenir l'éclat de la lumière; il se plaint du soleil. Ce n'est pas le soleil qui a tort ; ce sont les faibles yeux du malade. A un mois de là , sa vue sera renforcée ; il bénira V astre, au lieu de l'accuser.

Tels sont mes critiques: habitués aux petitesses, aux mi-

sèrcs i aux astuces de la civilisation , ils s'irritent à Vidée d'un régime de vérité , d'opulence , de bonheur. C'est assez décliner la prétention de ces pygmées sociaux à comprimer le génie inventif. Eux-mêmes se jugeront au 2*. intermède, qui leur expliquera la quadruple duperie où ils sont tombés en organisant l'anarchie scientifique , le triomphe des zoïles et l'avilissement des inventions utiles.

Une découverte a coûté 24 ans de travaux. L'auteur attend six mois à Paris quelque analyse par voie des journaux : qu'obtient-il ? Des notes cabalistiques tendant à empêcher la lecture de l'ouvrage , parce quil a le tort d'offenser les philosophes, de prouver quils ont manqué l'étude de /'homme et du mouvement. Combien leur ligue vexatoire fait sentir la nécessité d'un jury de garantie ou aréopage d'ôpposition en critique !

Ces scandales n'ont rien qui doive étonner. La civilisa •> tion entrant en caducité ( II, 207 ) , doit nécessairement raffiner tous les vices , et faire éclore autant de perversité qu'elle s'arroge de perfectibilité. Philosophes qui V encenses , quand vous en connaîtrez toute l'infamie , quand j'en aurai donné l'analyse générale en 52 perfidies composées , vous en aurez plus d'horreur que du serpent BOA , et vous me reprocherez les ménagements que f ai eus pour elle.

Fous perdez à sa défense un temps précieux : hdtes-vous de sortir de l'abime et de vous élever au bonheur. Quelle serait votre déconvenue si une mort subite m enlevait! Alors vous sentiriez Vénormitè de la faute (car on n apprécie un homme , en France, que lorsqu'il est mort) ; vous regretteriez le seul pilote propre à diriger oVune main sûre la fondation d'épreuve , et à vous donner sur le mouvement , sur les harmonies de l'univers , de vastes connaissances ré* servèes aux sept volumes inédits, ou seront dévoilés de nombreux et brillants mystères. Passons à l'examen ds vos erreurs sur les amertumes des 2 tomes publiés.

Page 1