H ELUES ET SEANCES DO M AT1.N . HEURES ET SÉANCES OU SOIS
. . . Sommeil, de 11 heures du soir à 3 1(2 du malin.
1 rc . à 4 h. Cour du lever public. 1 6". à 9 1 12. Cour des arts; concert, 2*. à 5 h. Le délité, 1 er . repas, bal, spectacle, ré-
suivi de la parade r option s.
industrielle. 15 e . à 9 h. Le souper, 5 e . repas.
3 e . à 5 1 12. Groupe de la chasse. 1 4 e . à 8 b. La bourse. On y né- 4». à 7 h. Groupe des rosistes. gocie et arrête les
5 e . à 8 h. Le déjeuner, les ga-
13 e . à 6 1i2. Groupe du soin des 6 e . à 9 h. Groupe d'une culture mérinos.
sous tentes, espa- 12 e . à 6 b. Le goûter, 4 e . repas,
liers ou légumes. 1 1 e . à 5 h. Groupe des viviers.
7 e . à 101 12. Groupe du colom- 10 e '. à 4 h. Groupe îles plantes
bier. exotiques.
8 e . à 11 1|2. Séance de bibliothè- 9 e . à 2 1|2.Groupe desserres fraique. ches.
— A 1 heure, le dîner, séance pivotale.
( Voyez IV, 535 , de plus amples détails tirés du parallèle de la journée la plus heureuse que puisse espérer un civilisé , et de l'impossibilité où il est d'atteindre , un seul jour de sa vie , au degré de bonheur dont jouit chaque jour le moins fortuné des oarmoniens (ou hommes
sociétaires.)
La journée du pauvre, distribuée de môme , est un peu moins variée; elle ne s'élève guère qu'à 12 séances. Un groupe de laboureurs ou faucheurs parlant à 5 h. i/2 , exercera jusqu'au déjeûner, jusqu'à 8 heures. Mais des séances de 3 à 4 heures n'ont jamais lieu hors les cas d'urgence, imminence d'orage, péril des récoltes.
On voit dans ce tableau à peine 5 heures laissées au sommeil, parce que les harmoniens dormiront fort peu: jamais la journée ne sera assez longue pour suffire aux intrigues et réunions joyeuses que prodigue ce nouvel ordre. Les corps, au moyen de l'hygiène et de la variété, y fatigueront très- peu, et s'habitueront dès l'enfance à un sommeil bien plus court que celui des civilisés.
Tel est le genre de vie destiné à l'homme dans l'état naturel ou sociétaire. Les fonctions doivent y être variées de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois, de saison en saison , d'année en année , exerçant successivement chaque partie du corps et de l'esprit. C'est le contraire du régime actuel , où l'on voit un ouvrier ne faire que la môme chose du matin au soir, toute l'année et toute la vie ; régime qu'on peut nommer un véritable enfer industriel , comparativement au charme continu des séries passionnelles, ordre auquel tendent les trois passions distributives.
La cabaliste est germe de série ; c'est elle qui excite les goûts à se nuancer, se classer par échelle , et former autant de groupes qu'il y a de goûts divers. Elle emploie les discords aussi utilement que les accords ; propriété bien précieuse et bien digne d'examen. Qu'on m'accorde quel* ques lignes pour cet exposé des discords et accords.
Si l'échelle des goûts est bien établie, chacun des groupes est en scission avec ses contigus ; soit la série de 24- groupes , ÀBCDefGhiJLMNOPQRsTuvXYZ.
Le groupe G est très-discordant avec f et h dont il juge les goûts défectueux; il est en demi-discord avec les souscontigus e,\;ilne commence à entrer en affinité qu avec D J , C L , B M , qui deviennent sympathiques à la tierce, à la quarte, à la quinte, etc.; mais les groupes voisins en échelle sont antipathiques d'industrie, jaloux, se disput an t la renommée. C'est l'image des rapports musicaux; un son ne s'accorde point avec les contigus (i).
(i) ERRATUM DE L'AUTEUR. Les accords des groupes DJ , CL , BM , sont faussement indiqués ; j'ai fait par mégarde le compte en gamme simple, oubliant les semi-tons et la distinction
Les groupes d'une série régulière ont donc, comme la musique, leurs accords de tierce, quarte, quinte, sixte et septième diminuée, accords qui se fondent sur les contrastes; puis leurs accords d'identité simple entre collègues d'un même groupe, et d'identité composée à l'octave GT, puis ceux de contraste composé, G\, G Y :f abrège sur le détail. »
Ces diverses branches Raccords donnent l'essor à la composite qui veut double charme. La cabaliste forme son domaine des discords et rivalités avec les groupes contigus et ultra-contigus.
Ainsi la cabaliste et la composite se partagent la direction d'une série ; elles y fournissent deux impulsions contraires, l'une de sympathies, l'autre d'antipathies, dont le double aiguillon élève l'émulation au plus haut degré.
Ces deux passions s'éteindraient sans le concours de Y alternante. En effet , si l'on suppose les groupes forcés à de longues séances, comme celles de nos ouvriers et gens de bureau, on perdra d'abord le secours de la composite ou ivresse de plaisir, qui ne peut pas durer au delà de deux heures. C'est elle qui électrise les travailleurs et enfante les prodiges en industrie. On perdra de même le stimulant d'esprit cabalistique , si le travail par sa longueur devient insipide.
Ainsi les deux passions cabaliste et composite ne peuvent opérer avec fruit, se soutenir dans tous les groupes, que par entremise deY alternante, qui doit intervenir à temps pour abréger les séances; et c'est par cette
d'accords majeurs et mineurs. A ce compte, l'accord des groupes G 0 serait d'octave ; il n'est que de quinte. Un musicien s'apercevra aisément de l'inadvertance.
raison qu'un canton sociétaire tient chaque jour la bourse ou congrès domestique, pour concerter, soit en industrie, soit en plaisir, les séances variées des lendemain et jours suivants, les ménager de manière à donner plein cours à V alternante, qui est l'appui des deux autres dislributives, cabaliste et composite. Elle en maintient l'équilibre comme le fléau maintient celui des deux balances : elle tient rang de transitive générale en échelle des passions.
Voilà cette doctrine des séries, jugée si effrayante par quelques alarmistes. Elle se borne à observer comment trois passions mettent à profit les accords et discords d'une vingtaine de groupes. On a employé trois mille ans à chercher l'art d'anéantir les discordes, et nous rendre tous frères; ne pourra-t-on pas donner trois heures à l'art d'utiliser ces discordes, puisqu'il est avéré qu'on ne peut pas les détruire? Dieu ne les aurait pas créées, s'il ne les eût pas jugées nécessaires : elles sont l'aliment de la 10 e . passion.
Dans les courtes séances des groupes, un harmonien est stimulé par septuple amorce de l'âme et des sens : récapitulons.
1 et 2. Double aiguillon par la cabaliste : elle crée à chaque sociétaire deux véhicules d'émulation; rivalité interne contre les groupes conligus et ultra-contigus, et rivalité externe contre les cantons voisins ou concurrents éloignés.
3 et 4. Double charme par la composite : deux ressorts affectueux; savoir: un lien d'identité amicale avec les collègues de môme groupe et d'octave s'entr'aidant par le partage de fonctions, et un lien fédéral de contraste avec les sectaires des groupes concordants en diverses cases de l'échelle.
5 et 6. Double transition joyeuse par I'altbrkantb : elle anime les débuts de chaque séance par impression restée des plaisirs de la précédente, et par contraste d'une nouvelle intrigue. Elle clôt ehaque séance par une diversion de quelque réunion intéressante oii l'heure appelle , et qui prévient la satiété, écueil des jouissances longtemps prolongées.
7. Appât matériel associé aux 6 précédents : cet appât se fonde (III, 486 et 534) sur l'éclat et le succès des travaux qui , dans l'ordre civilisé, répugnent aux sens par la pauvreté des ateliers et des coopérateurs , autant qu'ils répugnent à l'âme par la fausseté des relations.
— Enfin, spectacle du bien-être général, d'un bonheur garanti à tous pour la vie entière, et dispensant de toute inquiétude. C'est pour les harmoniens une source d'enthousiasme continu et de dévouement à cet ordre sociétaire d'où naissent tant de merveilles.
... Et par accessoire , les incidents nombreux qui viennent embellir chaque séance, indépendamment du septuple charme. Voyez, sur ces accessoires de plaisir, les chap. Mariage des groupes (III , 478); Emprunts de cohortes, etc., en parallèle avec les 2 tableaux des disgrâces de l'ouvrier civilisé (III, 191, 555).
Dans un tel ordre, le charme, à force d'intensité, a besoin de quelque répit , quelques séances calmes, comme celle de bibliothèque, 8 me . du tableau ci-dessus. L'ordre civilisé établit des récréations pour délasser d'un fâcheux travail ; l'ordre sociétaire ne ménage que des ralentissements de plaisir.
Tel est le mécanisme décrit et enseigné au traité de l'Association. C'est donc un chemin de roses, cl non pas un sentier de ronces, comme l'insinuent les détracteurs.
Nous allons l'examiner quant aux relations d'intérêt , qui sont la partie délicate , celle où nous sommes si éloignés des voies de concorde et de justice.
Branche de l'intérêt. Après une année passée dans cet état de charme industriel, il faut en venir à régler les comptes, partager les bénéfices, avances déduites , et rétribuer chacun en raison de ses 5 facultés industrielles,
CAPITAL, TRAVAIL et TALENT (note 3 e ., 52).
La justice , dans cette répartition , dépend exclusivement des liens d'ENGREN AGE, effet des courtes séances. Plus on en abrège la durée, plus il devient facile à chacun de s'enrôler à un grand nombre de séries, une quarantaine au moins , en s'y bornant à telle branche de travail qu'on affectionne.
Ariste fréquente 60 groupes où il ne brille pas également : athlète supérieur dans un tiers, il est novice dans un autre tiers, et sectaire moyen dans le 3«. tiers; de là naissent 3 impulsions contradictoires :
Cupidité, hautes prétentions dans les groupes où il excelle.
Désintéressement, faibles droits dans ceux où il est inférieur.
Exigence moyenne dans ceux où il joue le moyen rôle.
Cette impulsion trinaire, ce contraste de prétentions fortes et faibles, balancées parles moyennes, est voie d'équilibre en répartitions collectives aux différentes séries. Voyez à ce sujet les détails (IV, 535), où il est prouvé que c'est par cupidité et partialité qu'on atteint dans cet ordre à la stricte justice.
Il suit de là que nos passions les plus décriées sont
bonnes telles que Dieu nous les adonnées; qu'il n'y a de vicieux que la civilisation ou industrie morcelée , qui dirige toutes les passions à contre-sens de leur marche naturelle, et des accords généraux ou elles arriveraient d'ellesmêmes dans le régime sociétaire.
L'autre voie d'équilibre, celle de répartition individuelle, naît de ce que tout homme riche augmente son revenu sur le lot de capital , en proportion de son désintéressement sur le lot d'industrie; de sorte que, plus un homme opulent est généreux , plus il s'enrichit. Ce mécanisme, opposé à celui de répartition collective, est un calcul gracieux et sentimental très à portée des femmes; c'est pourtant celui auquel on applique le théorème newtonien sur la raison directe des masses et inverse du carré des dislances.
La théorie sociétaire est donc une géométrie passionnelle; mais c'est un calcul que l'on comprend par instinct, môme sans en étudier la partie scientifique. De là vient que les femmes l'entendent fort bien en franchissant tout ce qui est application aux sciences. Toute femme comprendra la théorie des accords neutres ou antipathies surmontées, liens entre classes inconvenantes, comme riches et pauvres, maîtres et valets, jeunes filles et barbons ( III , 526).
Il existe en civilisation quelques-uns de ces ralliements contre nature , et même de très-monstrueux. On en voit un aujourd'hui (1825) entre la chrêlienté et les Musulmans, pour la destruction des chrétiens grecs; c'est une antipathie surmontée par intérêt de circonstance. On voit un ralliement non moins bizarre, celui des journaux royalistes de Paris avec les libéraux , contre l'Association et en faveur de la philosophie. C'est encore une antipathie
surmontée par intérêt de circonstance et par amourpropre littéraire. (Argument, 6).
L'état sociétaire fait naître constamment seize espèces de ces accords neutres ou ralliements d'extrêmes, Trais miracles de sympathie artiûcielle. Voyez, pour exemple, au II e . tome, le chapitre Domesticité passionnée ou indépendante (III, 526, et toute la 7 e . section).
Pour se faire une juste idée des accords neutres, il faut les comparer à un accord matériel , celui qu'opère -la CHAUX entre le FEU et l'ËAU. Elle établit affinité entre ces deux éléments qui sont les deux antipathiques; elle allume le feu dans Ceau. C'est un des plus beaux, c'est même le plus Tort des ralliements matériels. Il en faut établir seize de celte espèce en passionnel , seize accords d'antipathies, pour arriver à l'équilibre général en harmonie domestique ( voyez plus loin l'exemple Valère et Urgèle) : mais ces accords doivent être libres et affectueux.
Pour juger de l'influence des liens neutres ou ralliements d'extrêmes, observons que le mécanisme civilisé repose tout entier sur un seul de ces accords, celui du soldat avec le roi ; accord de la classe la plus pauvre . la plus gênée , qui est celle des milices , avec la plus riche et la plus libre, celle des princes et gouvernants.
Certes, la nature du soldat serait de piller, ravager, faire le manège des janissaires , spolier et massacrer les grands : cependant on l'amène à un concert pour le maintien de l'ordre; on sait créer chez lui, par terreur et amour-propre, un esprit de corps qui le porte à souffrir d'énormes privations pour l'honneur du régiment , et s'immoler pour ces grands dont en secret il convoite la dépouille. C'est une antipathie surmontée, un ralliement
ou accord neutre , mais subversif, puisqu'il est fondé sur la crainte des châtiments, et non sur l'attraction.
Or, si un seul ralliement coërcitif suffît à soutenir le mécanisme civilisé, qui tombe à plat et décline vers la barbarie du moment où le soldat est insubordonné, quelle doit être la force de seize ralliements attrayants et non pas coè'rcitifs, que sait créer le mécanisme sociétaire!
La répugnance attachée aux travaux actuels et la modicité de leur produit, s'opposent a ce qu'on avance au peuple un minimum social, un nécessaire en subsistance, vêtement et logement. Mais lorsque l'Attraction industrielle existera , lorsque le septuple charme indiqué cidessus aura métamorphosé tous les travaux agricoles , manufacturiers et domestiques, en fêtes perpétuelles qui feront les délices des riches mêmes, on n'aura pas à craindre que le peuple néglige l'industrie ; on ne courra aucun risque à lui avancer, en subsistance et vêlement, les deux tiers du produit annuel de son travail.
Dès que la classe populaire, soutenue de ce minimum, sera à l'abri de tout besoin , la compagnie du peuple ne sera plus suspecte aux riches; ils ne répugneront point à intervenir dans des cultures exercées avec faste et sous tente, ou dans des ateliers fort élégants. Ils y trouveront dans chaque plébéien un coopérateur officieux, POLI , empressé de les seconder, et soutenant les rivalités industrielles sans esprit mercenaire, puisqu'il sera associé dans chaque industrie , selon ses trois facultés de travail, talent et capital petit ou grand , ne fùt-il que d'un écu.
Je m'explique sur ces mots peuple poli. En civilisation, il ne conviendrait pas de donner au peuple ni instruction, ni politesse : les travaux étant grossiers et répugnants, il faut que les manières du plébéien y soient assorties. Mais
dans l'état sociétaire, où toute industrie devient une fête et attire violemment le pauvre comme le riche, il conviendra que le peuple ait les manières des riches : les 16 liens de ralliement passionnel seront d'autant plus aisés à former, et c'est par cette raison qu'en Association l'on donne au peuple en masse , à tout le canton, une éducation aussi soignée que celle des princes. ( Voyez sections 3 et4.)
Telle est la cause qui rendra les savants, lettrés et artistes, si précieux au début de l'Association. L'on n'en aura pas la millième partie du nécessaire; on se les arrachera. Toute province leur fera des offres magnifiques, des concessions de forts dividendes sur le produit général des cantons. Ces hommes, à qui la civilisation assigne pour tout potage un grenier et 50 fr. par mois, seront, dès le premier mois de l'Association , au faîte de la fortune , et reconnaîtront leur duperie d'avoir souffert qu'une intrigue philosophique diffamât une invention qui est gage de fortune subite pour les malheureux savants.
La concession du minimum devenant impossible dès que l'industrie n'est pas attrayante, le rapprochement du riche avec le pauvre devient de môme impossible. C'est donc sur quatre conditions intimément liées , séries à courtes séances, engrenage des sociétaires, attraction industrielle et garantie du minimum, que repose tout le système des 16 ralliements qui seront des antipathies surmontées, des sympathies artificielles, comparativement à l'état civilisé, qui crée 16 antipathies de classes extrêmes dont le tableau formera une analyse des plus curieuses.
La théorie d'Association reposant principalement sur l'emploi des 16 accords neutres, il est bon de prouver, par la description d'un seul, que c'est calcul de plaisir;
je vais mettre le tableau à portée des femmes , en choisissant un exemple tiré de l'amour. • w Valère est âgé de 20 ans , Vrgèle en a 80. Si Urfêle aime Valère, elle trouvera chez lui antipathie naturelle en amour. Voyons comment les liens neutres ou liens de circonstance vaincront cette répugnance inspirée par la nature, et y opposeront quatre liens affectueux formés avec Vrgèle.
A. 1°. Valère ml sectaire de 64 groupes, dans quatre desquels il se trouve en relation très-intime avec Vrgèle. Dès l'âge de 5 ans il s'est enrôlé au groupe des hyacinthes bleues; il excelle dans celte culture; il y est sectaire de premier ordre; il doit son talent à Vrgèle, présidente du groupe; elle a été son institutrice passionnée et lui a enseigné tous les raffinements de l'art où elle brille depuis 60 ans. (Il faut observer que l'institution, idans l'ordre sociétaire, est passionnée, amicale en tous détails; qu'elle est partout effet d'affection personnelle. Voyez sections 3 e . et 4 e . )
A. 2°. Valère a des prétentions en gravure, il est vanté dans ce genre d'industrie et distingué dans le groupe des graveurs. C'est encore à Vrgèle qu'il a dû ce trophée. Doyenne de ce groupe, elle a pris plaisir à former cet enfant en qui elle a reconnu dès le bas âge des dispositions.
F. 5°. Valère a du goût pour une science fort inconnue eu civilisation, Talgèhre d'amour ou calcul des sympathies accidentelles en amour; c'est l'art d'assortir passionnément une masse d'hommes et une masse de femmes qui ne se sont jamais vus ; faire en sorte que chacun des cent hommes discerne d'emblée celle des cent femmes pour qui il éprouvera amour composé , convenance parfaite
du moral et du physique , sympathie de circonstance en rapports de caractère et en fantaisies accidentelles. Cette science exige une longue pratique jointe à la théorie. Urgèle, qui est la plus fameuse des sympathistes du pays, instruit Valère; c'est sur elle qu'il fonde son espoir dans ce genre de science, voie de célébrité et de fortune en régime sociétaire.
F. A\ Valère souhaiterait fort d'être admis à une superbe armée industrielle de 9 e . degré (environ 200,000 hommes et 200,000 femmes), qui va tenir campagne sur le Min, y construire, dans le courant de la belle saison , des ponts de pierre , des encaissements, et y donner chaque soir des fêtes magnifiques. Pour s'y faire admettre, il faudrait que Valère eût fait huit campagnes ; il n'en compte que 2 : il est inadmissible à une armée de 9«. degré, hors les cas d'exception.
Urgèle occupe le poste de haute matrone ou hyper- fée de l'armée du Rhin, tenant le ministère des sympathies accidentelles pour les 400,000 hommes et femmes. Elle déclare que Valère lui sera utile dans telle branche de travail; c'est cas d'exception pour lui; il sera admis à cette belle armée, quoiqu'il manque de titres ; mais il part comme attaché aux bureaux de l'hyper- fée.
Voilà entre Valère et Urgèle quatre liens de ralliement tendant à absorber la répugnance naturelle; deux liens amicaux, A, pour les services passés; deux liens fédéraux, F, pour les services futurs. Le résultat sera d'exciter chez Valère, non pas une passion a" amour direct pour Urgèle, mais un penchant de gratitude, affinité indirecte, lien neutre qui tiendra lieu d'amour et atteindra au même but, Urgèle obtiendra Valère par pure affection : les 80 ans ne seront point un épouvantail pour
Valère, habitué avec Urgèle dès le bat âge; la jeunesse est intrépide en amour quand il y a des stimulants , et Valère le premier déclare à Urgèle qu'il s'estimera heureux s il peut se reconnaître de tout ce qu'il lui doit. Il ne deviendra pas pour elle un amant habituel, mais elle aura quelque part au gâteau. Ce sera une conquête dégagée d'intérêt, de motif sordide, et bien différente de celles que peut faire aujourd'hui une femme de 80 ans, qui n'obtient un jeune homme qu'à force et argent , et ne peut se procurer aucun amour composé, ou lien satisfaisant l'âme et les sens.
Ainsi, pour peu qu'on élève le mécanisme sociétaire au degré de haute combinaison , enrôlement de chaque individu dans une soixantaine dégroupes, chacun se trouvera animé d'environ 4 affections neutres, opposant quadruple accord à chacune des 16 antipathies naturelles, comme répugnance de la jeunesse pour la vieillesse de l'autre sexe.
il faut parvenir à absorber ces nombreuses antipathies pour opérer le concert général en répartition; elles disparaîtront en plein, et cesseraient déjà quand on ne leur opposerait que 2 absorbants au lieu de 4. C'est ce qui arrivera de la génération actuelle, qui ne pourra pas élever le mécanisme au degré que je viens de décrire : elle n'atteindra pas moins au but , au ralliement composé , savoir :
Absorption des rivalités et antipathies collectives DE CHAQUE MASSE, PAR ACCORDS INDIVIDUELS DES SECTAIRES DANS LES DIVERS GROUPES.
Absorption des rivalités et antipathies individuelles de chacun, par ralliement en divers groupes ou ses
GOUTS COÏNCIDERONT AVEC l'aNTIPATIIIQUE, ET SUBSTITUE-
R0NT PLUSIEURS AFFECTIONS ACCIDENTELLES A UNE ANTIPA- THIE NATURELLE (IV, 533).
Ces merveilleux ressorts d'équilibre seront dus à la disposition qu'on ne saurait trop répéter, courtes séances et engrenages des groupes. Tel est le vœu des 3 passions que je désigne sous le nom de distribulives, et dont le jeu en série produit les SEIZE ACCORDS NEUTRES que j'ai nommés RALLIEMENTS, 7 e . section. C'est le côté brillant du calcul des passions, l'art de transformer en seize voies de philantropie et d'unité, les antipathies naturelles que la civilisation envenime au lieu de les absorber.
Supposons une masse de sociétaires (le canton ou phalange) animés de ces impulsions généreuses et conciliantes ; s'il s'y joint un calcul d'équité spéculative , une conviction de trouver plus de bénéfice dans la justice que dans l'injustice (voyez IV, 528), la masse atteindra nécessairement aux accords intentionnels et réels en répartition. Ces accords sont exposés dans les 7 e . et 8 e . sections, bornées à 180 pages, qui sont le plus souvent tableau de plaisirs. Pourrait-on expliquer plus succinctement ce grand mystère de l'harmonie des passions, sur lequel ont échoué des montagnes de volumes, entassées par cent générations? mystère que mon traité fait connaître en tous détails,
En équilibre d'accords intentionnels et réels ;
— de prétentions collectives et individuelles;
— de répartitions aux o faculté sindustrielles. J'ai démontré, dans le cours de cette leçon, que la
théorie d'Association est une étude séduisante et non pas épineuse, comme le persuadent les détracteurs; qu'elle est même très à portée des femmes dans tout ce qui est
m CHAPITRE CD. ARTICLE IX.
descriptif, comme le paragraphe italique sur Valère et Urgèle, et dans les détails distribu tifs, comme tous ceux des plaisirs à courte séance.
Les bénéfices colossals de l'Association, détaillés (III , 7 à 50), ne sont contestés par personne; mais une objection que chacun élève , est celle des discordes et antipathies entre tant de classes naturellement inconciliables. Il s'agit donc de les absorber, d'opposer à 16 germes d'action hétérogène, 16 ressorts d'action homogène. Cette solution est donnée par un seul procédé, la dissémination passionnelle ou engrenage des groupes.
Ce but une fois atteint par le mécanisme des séries à courtes séances, le problème principal, celui de répartition des bénéfices, devient un jeu d'enfant : on peut voir,
Section 8«., i répartition hyper-unitaire (IV, 502), ( répartition hypo-unitaire (IV, 525), que tous les obstacles sont surmontés d'avance , par le seul levier des 16 ralliements ou accords neutres, exposés en 7 e . section. « :
Il n'était pas possible de présenter la théorie sociétaire avec plus d'exactitude quant au fond. Elle n'a d'autre tort que les fautes de forme indiquées à l'article 8, d'avoir engagé dans le 1 er . tome la notice des rudiments, qui devait être en tête du 2 e ., et d'avoir, en contre-faute, coupé le 2 e . tome par l'exposé des disgrâces conjugales, qui devait être 6 e . notice du 1 er . Qu'il est aisé au lecteur de remédier à cette faute si bien indiquée , et commise par complaisance pour les impatients.
Les détails contenus dans cette leçon dissipent assez les préventions de difficulté. On a vu que l'étude ici se réduit à observer l'effet des groupes à courtes séances, et
le jeu de trois passions charmantes : la composite ou ivresse des sens et de l'âme, appelée bonheur des dieux ; la cabaliste, délice des courtisans, des femmes et des philosophes mêmes, qui sont pétris d'esprit cabalistique ; enfin , Y alternante ou papillonne, amorce que nous présentent les sages, en nous promettant , dans le mépris des richesses, un bonheur toujours nouveau.
Quiconque observera bien le jeu de ces trois passions dans les quatre sections descriptives, 4 re ., 2 e ., 3 e ., 4 e ., comprendra aisément le jeu des seize accords neutres décrits à la 7 e . section ; après quoi la 8 e ., celle des répartitions, sera intelligible d'emblée, et le Yaste calcul des passions n'aura pas coûté plus de peine à l'étudiant que la lecture d'un roman. Il pourra môme, je le répète, glisser rapidement sur la grammaire passionnelle ou rudiments (III, 337 à 402), et se borner aux six pages (II, 19 à 26), définition des séries.
Quant aux digressions métaphysiques sur les vues de Dieu ( Prolégomènes) et autres accessoires de théorie indirecte, l'étudiant qui voudra les franchir sentira que ces détails étaient nécessaires pour obtenir la confiance d'un fondateur. La théorie sociétaire étant calcul de plaisir, serait devenue suspecte si je ne l'eusse ralliée aux sciences fixes , et soutenue d'une métaphysique très-sévère sur les rapports de Dieu avec les passions.
Si j'avais négligé de donner quelques-unes de ces analogies, comme celle ci-dessous "**, qui rallient ma théorie
L'Association opère sur les passions, comme l'arithmétique sur les quantités numériques. On dispose les nombres en série de groupes ou masses échelonnées, dont le terme moyen, multiplié
aux scienees fixes, les philosophes l'auraient traitée de roman, jeu d'imagination. C'est un grief qu'ils essaient déjà de lui imputer, et que j'ai dû prévenir en m'appuyant de l'analogie. Ces savants nous enseignent sans cesse que le mouvement est miroir de lui-môme, que 1 homme est miroir de l'univers, etc. ; lorsqu'on opère selon ce principe, lorsqu'on leur apporte le calcul de l'analogie universelle, ils chicanent l'inventeur sur ce qu'il a observé leurs préceptes. Ainsi l'agneau a tort aux yeux du loup, quelques bonnes raisons qu'il puisse alléguer.
J'ai prévu celte malignité; et voyant l'impossibilité d'accommodement avec eux, je me suis étayé de la force des preuves. Je les ai données en mode composé , 700 pages à la théorie directe ou traité des séries pass. , et 600 pages à la preuve indirecte ou collection d'amertumes, analyse de la civilisation et de ses fausses lumières.
par lui-même, se trouve en balance avec le multiple des deux extrêmes.
Ainsi , dans une série de groupes, et dans chacun de ses groupes, les deux fougues extrêmes, la spéculative dite cabaliste , et la romantique dite composite , se trouvent multipliées par ellesmêmes , agissant combinément sur chaque groupe et chaque individu : puis elles sont tenues en balance, préservées de l'excès par V alternante, passion moyenne multipliée par elle-même, agissant deux fois en début et fin de chaque séance , et faisant contrepoids aux deux fougues extrêmes, par les deux transitions qu'elle leur ménage. Ce mécanisme est conforme à celui dune série géométrique , ou le multiple des moyens termes est en balance avec les deux extrêmes : et quant au mécanisme des proportions, son analogie se trouve dans les séries mesurées , qui sont d'ordre supérieur aux séries communes.
Jamais elles ne furent plus trompeuses. La raison moderne, avec son masque de perfectibilité, a donné aux esprits la direction la plus vicieuse. On exige maintenant qu'une science nouvelle et d'immense utilité ne coûte pas plus d'étude que la lecture d'un roman. L'inventeur est déclaré inepte , si on n'a pas compris toute sa théorie en en parcourant quelques chapitres.
Dernièrement, un publiciste de Paris, M. Fiévée, au sujet de quelques débats politiques , disait : « Que sert aujourd'hui le raisonnement ? » Passe encore si on ne le bannissait que de la politique, domaine des passions aveugles. 3fais on veut le bannir aussi des sciences, et la découverte la plus précieuse n'est d'aucun poids, si elle exige quelque emploi du raisonnement. Singulier résultat du perfectionnement de la raison. Il tend donc à la bannir de partout.
Je sais qu'il faudrait capituler un peu avec les faiblesses humaines, présenter une science nouvelle avec le ton qu'on appelle philosophique, le style souple, habile à flatter tous les travers dominants. Eh! qui empêche les philosophes de produire ainsi la doctrine de l'Attraction et de T Association ? Elle se prête si bien à encenser les passions, à prouver aux hommes les plus pervers que leurs vices vont devenir précieux , que Néron et Tibère seront des caractères aussi utiles que Socrate et Fénélon! Aucune théorie ne favorisera mieux l'industrie des caméléons littéraires.
Mais quand ils l'auront bien travestie et affublée de palelinage philosophique, on en viendra toujours à reconnaître que toute l'invention est de moi; que pour opérer l'Association, il n'est qu'un seul ressort, la série de groupes contrastés, exerçant selon les méthodes que je
viens d'exposer; que le monde social, hors du régime des séries, est sans cesse en butte aux neuf fléaux fis); que, loin de marcher à la perfectibilité , il a vu récemment naître de ses lumières philosophiques seize fléaux datant de cette génération (note X, page 167); enfin qu'il est ou aura été fort dupe de ne pas profiter de mon existence pour se faire communiquer tout l'ensemble du calcul du mouvement , dont je suis seul possesseur, et dont après moi on regrettera inutilement la perte. Je ne serai pas remplacé dans cette branche d'instinct scientifique. Après ma mort, cent savants qui essaieront de dépecer mon ouvrage échoueront toute leur vie sur cent problèmes dont je tiens la solution , et ne parviendront pas sans moi a expliquer l'immense grimoire du mouvement.
Mais, pour s'en tenir au seul problème qui doive ici nous occuper, celui d'établir parmi 500 familles sociétaires une masse d'accords plus que suffisante à absorber les discordes et les transformer en voies d'unité, on voit que j'en fournis pleinement les moyens; qu'indépendamment des charmes d'attraction industrielle attachés au nouvel ordre , ma théorie y ajoute encore deux ressorts de la plus haute influence, qui sont les seize accords neutres (7 e . section), puis les nombreux accords ambigus dont je ne pourrai exposer l'échelle qu'en traitant du clavier général des 810 caractères. Je me suis borné à indiquer ces accords ambigus soit ici, 8 e . note, soit au 3 e . tome (135), où j'ai décrit un quadrille de liens ambigus tout fi fait inconnus en civilisation.
Or, quand une théorie satisfait si complètement à toutes les conditions, qu'y a-t-il à répondre aux détracteurs, sinon de leur dire : t Faites mieux; inventez un procédé » meilleur que les séries de groupes contrastes à courtes
• séances; ou, si vous ne savez que ravaler chaque décou- » verte sans rien produire de votre chef, trouvez bon > que nous, classes intéressées à V Association , nous, » clergé, nous, émigrés, nous, rentiers, nous, militaires, » qui ne pouvons espérer notre indemnité complète que » du produit triple ou double (85) du travail sociétaire,
• nous prenions connaissance de cette méthode en atten- » dant que vous en apportiez une meilleure; ce que vous t ne ferez sûrement pas , étant des empiriques sociaux » qui n'avez su qu'ajouter, depuis peu, seize calamités
• nouvelles aux antiques fléaux (note X); désastres qui » prouvent suffisamment la nécessité d'une théorie so-
• ciale anti - philosophique , et l'urgence de mettre un » terme à l'anarchie scientifique, par une cour de pré-
• sidence (46) ou jury d'initiative régulière. »
Je me suis borné ici à passer en revue les prétendues épines de la nouvelle science , les accords passionnés ; prouver que cette étude n'a rien d'effrayant comme le prétend l'astucieuse cabale. Nous reprendrons ce sujet à la leçon classique , où je conclurai sur l'emploi général de ces accords , examinés ici en détail élémentaire.
NOTE X. Table des 16 dégénérations récentes.
Une bonne réponse aux jactances de perfectibilité civilisée , progrès de la raison , vol sublime , création de la science qui n'existait pas , c'est le tableau des misères que la philosophie a réellement créées dans le cours d'une seule génération. Toutes celles dont on va lire la kyrielle ne datent pas de 40 ans (i).
1°. Progrès de la fiscalité, des systèmes d'extorsion, banqueroute indirecte , anticipations , art de dévorer l'avenir. Nec-
(I) Écrit en !825. (Xote des éditeurs.)
f68 CHAPITRE III. ARTICLE IX.
kgb ne savait pas, en 1788, ou prendre 50 millions de déficit annuel ; mais depuis qu'on a créé la science qui n'existait pas sous Necker, on a su ajouter, non pas 50, mais 500 millions a l'impôt annuel, qui, en 1788, ne s'élevait pas au demi-milliard. — 2°. Progrès de Vcsprii mercantile : considération accordée aux rapines et fourberies commerciales. Agiotage érigé en puissance qui se rit des lois , envahit tout le fruit de l'industrie, entre en partage d'autorité avec les gouvernements , et répand partout la frénésie de jeu sur les effets publics. — 5°. Concentration. Les capitales , transformées en gouffres qui absorbent toutes les ressources , attirent tous les riches personnages , et font de plus en plus dédaigner l'agriculture. — i>°. Monopole mari- . time. Il était rivalisé et contenu en 1788 ; il est maintenant dominateur exclusif, sans qu'il reste aux Européens aucune chance de rétablissement des marines rivales.
5*. Hérédité du mal , ou coutume d'adopter les vices introduits. Le directoire établit-il un scandaleux usage, une ferme des jeux publics , ses successeurs déclameront contre lui et maintiendront le vice. Même chose a lieu du petit au grand , depuis le monopole des jeux jusqu'à la conscription. L'état civilisé fait réellement des progrès , mais dans l'art de légaliser et cumuler tous les désordres. — 6°. Atteintes à la propriété, dégénérées en habitude par les prétextes de révolution , prétextes qui deviennent règle pour les partis suivants. — 7°. Chute des corps intermédiaires, états provinciaux , parlements et corporations, qui opposaient des barrières au pouvoir. C'est grâce à leur chute qu'on a su trouver un renfort annuel de 500 millions , la ou Necker n'en pouvait pas puiser 50. — 8°. Spoliation des communes : entre autres vices politiques, elle a produit celui des octrois , vrai moyen de désaffectionner le peuple des villes et le rendre docile aux agitateurs.
9°. Instabilité des institutions , frappées par cette raison d'impuissance , même dans le cas de sagesse , et contrariées par les habitudes révolutionnaires qui se maintiennent en secret chez un peuple fatigué de l'énorraité des impôts. — 10°. Discordes enracinées; les haines locales et ferments de dissension mal étouffés par des systèmes d'action simple qui comprime le mal au
lieu de l'absorber. — 11°. Tactique destructive ou accélératrice qui quadruple les ravages de guerre, fait renaître les coutumes barbares, les vendées, guérillas , levées en masse ; fait intervenir en guerre jusqu'aux femmes et aux enfants. — 12°. Immoralité de la politique, l'union de la chrétienté avec les Ottomans contre une nation chrétienne qui veut échapper au massacre ; le concert passif pour le soutien des pirates et pour la traite des nègres , qu'on pourrait faire cesser à l'instant si on sévissait contre les coupables bien connus ; le dévergondage du commerce, construisant aux Algériens les vaisseaux qui serviront à peupler leurs bagnes d'esclaves chrétiens.
Dépravation directe des sciences : refus obstiné
d'explorer les branches d'études négligées; mépris de l'expérience qui montre aux sophistes les 9 fléaux (13), pour fruit constant de leurs systèmes ; jonglerie de persuader que tout est découvert, qu'il faut bafouer ceux qui apportent des inventions; esprit mercantile du monde savant, réduisant les sciences et les arts en tripot commercial et cabalistique , étouffant quiconque n'a pas la faveur des coteries philosophiques.
Dépravation indirecte des sciences; entre autres par
les progrès de la chimie, qui ne travaille qu'à vexer le pauvre, en fournissant au commerce des moyens de dénaturer toutes les denrées : pain de pommes de terre, vin de bois d'Inde, faux vinaigre, fausse huile, faux café, faux sucre, faux indigo; tout n'est que travestissement dans les comestibles et fabrications , et c'est sur le pauvre que s'exerce la gargotte chimique : lui seul est victime de toutes ces inventions mercantiles , qui pourraient avoir d'utiles emplois dans un régime de relations véridiques . mais qui seront de plus en plus nuisibles jusqu'à la clôture de la civilisation.
. . . Rétrogradation libérale , ou concours de préjugés libéraux provoquant des opérations monstrueuses , comme l'admission des Juifs au droit de cité; acte doublement impolitique , en ce qu'il greffe la 5 e . période ( le patriarebat, 13), sur la et qu'il y introduit des parasites, des improductifs, tous adonnés au trafic et nullement à l'agriculture ; gens qu'une politique éclairée aurait exclus comme contagion sociale. C'est une thèse fort neuve et à laquelle je voudrais pouvoir donner quel- I. *
i:<) CHAPITRE UI. ARTICLE IX.
ques pages. On ne permit pas à Asker Rhin, ambassadeur de Perse a Paris , de faire couper la tête a ses esclaves : Bonaparte lui fit dire que les coutumes de pays barbares n'étaient pas permises en pays civilisé : pourquoi donc y tolérer les vices patriarcaux, également odieux, quoique non sanguinaires ?
. . . Rétrogradation illibêrale ou esprit d'immobilisme qui a gagné les cours et les grands , fort libéraux en 1788 , maintenant enrayés du prétendu perfectionnement et des maux évidents qu'il fait éclore : ils ont suspecté l'esprit de progrès social , au lieu d'en suspecter les fausses voies, et d'opiner à chercher les routes d'amélioration hors des méthodes philosophiques. De là naît double erreur, le penchant des cours à se défier des nouveautés utiles et des sciences exactes , puis l'obstination du vulgaire a espérer quelque bien des philosophes dont l'industrie sophistique tomberait à plat si le gouvernement, quittant les voies d'immobilisme , provoquait (54) l'exploration des sciences dont la philosophie empêche traîtreusement l'étude.
Voila seize fruits récents de l'impériiie de nos sciences politiques ; seize désordres ajoutés nouvellement aux 9 fléaux inséparables de la civilisation. Je ne suis pas le seul qui en fasse la remarque ; voici a ce sujet des observations sur le 5 e . vice» la concentration, ou absorbant des produits de l'industrie générale.
Drapeau blanc , 25 juin 1825. 11 établit que les rentes ne reviennent pas, les unes dans les autres, a 60 fr. pour cent aux acquéreurs , qui se trouvent ainsi jouir gratuitement de plus de 75 millions de rente (capital, 1500 millions). Il cite l'emprunt de 100 raillions consenti en 1817 à MM. Hope, Baring et Laffitte qui , pour 100 millions en numéraire fournis a l'état, se trouvent, eux ou leurs cessionnaires , avoir gagné en 3 ans une somme de 107 millions.
La France, dit-il, par suite des fausses mesures qui ont circonscrit le placement de la rente , est divisée -en 2 nations ; celle des capitalistes rentiers, environ deux oenf mille, qui , pour, des prêts usuraires, ont acquis près du tiers des revenus de l'état i et celle des contribuables propriétaires , au nombre de plus de ai>
millions , qui bientôt ne pourront plus, comme l'a dit M. Cas. Périer, continuer d'être leurs fermiers obères.
» C'est ce qui fait que le numéraire devient de plus en plus abondant à Paris et rare en province; que l'industrie et le commerce prospèrent a Paris et languissent dans le reste du royaume, et que la France ( dites plutôt la civilisation tombée en 4 e . pbase, II , 207 ) finira par ressembler à ces êtres racbitiques dont la tête devient monstrueuse aux dépens des autres parties du corps qu'elle ues»ccoe ci parai ybc. *> *
Ce détail constate l'énormilé du vice récent nommé concentration : les 15 autres sont également incontestables, et prouvent que ta philosopbie moderne a réellement créé la science gui n'existait pas , l'art d'ajouter aux antiques misères (ts) une foule de misères nouvelles, et datant de cette génération. Faut-il s'étonner qu'elle redoute si fort la découverte qui met à nu son impéritic ?
Un incident fâcheux est que la nature matérielle conspire avec la philosopbie pour aggraver les maux. On ne connaissait qu'une peste en 1788; on en a aujourd'hui 4 bien distinctes; la peste ottomane, la fièvre jaune, le typhus et le vholèra -morbus (il, 8). La dernière gagne l'Europe; elle s'est avancée en 1822 de Bagdad à Àlep , et bientôt nos amis les Turcs en feront présent a l'Europe.
D'autre part , les intempéries se multiplient : jamais les tremblements ne furent plus fréquents et plus terribles. A!ep , Java , le Chili et la Sicile en ont été victimes tout récemment. Ces symptômes d'infirmité de la planète sont renforcés par le dérangement constant des climatures : 1822 n'a point en d'hiver, 1825 point de printemps. Ce désordre continu depuis 10 ans est l'effet d'une lésion aromale qu'éprouve la planète, par la trop longue durée du chaos civilisé, barbare et sauvage.
Les philosophes répondront-ils , selon leur usage , que ce sont des fléaux inséparables de la civilisation? C'est faux, puisque tout est nouveau et récent dans cette liste de calamités. Mais qu'importe que le mal provienne de la philosophie, ou de la civilisation, ou de l'une et de l'autre ? Il n'est pas moins constant que les maux s'aggravent, qu'il faut échapper à la science trompeuse et a la société désastreuse qui nous traînent ainsi d'abîmes en abîmes ;
que l'une et l'autre sont deux boîtes de Pandore , deux furies dont l'esprit humain doit s'évertuer à faire une prompte fin , puiiqu'il peut, par la découverte du calcul de l'Attraction, choisir sur d'autres sociétés (table , i 5 ) et passer immédiatement a la meilleure , à la 8*., qui terminera subitement toutes les calamités politiques et matérielles.