Tendance composée d'intérêts
1. Abondance de richesses. Il n'est rien de plus épouvantable que la pauvreté des civilisés. — Entrez chez le peuple ; voyez sa table , sa garde-robe , son chôlit. Eoiendez , dans les rues de Paris , ses lamentations de mendicité, ses hurlements perpétuels pour avoir du travail. Voyez les trois quarts des femmes réduites à rédimer et calculer leur chélive nourriture ; voyez de quel pain noir, de quelles pauvretés vit le soldat qui est l'appui de la civilisation , car notre politique ne consiste qu'à armer une petite masse d'esclaves pauvres, nommés soldats, les terrifier à force de rigueurs , en former des sicaires aveu-
gfes, employés à contenir la masse des pauvres désarmés. Voilà ce qu'on appelle civilisation pcrfcctibilisée.
11 faudrait donc s'élever d'abord à la richesse collective graduée. Mais tout accroissement de richesse qui aurait lieu en civilisation, n'aboutirait qu'à doubler et tripler le faste et la profusion des riches, sans rien faire pour le pauvre : cette société étant organisée de manière à réduire toujours le pauvre à l'extrême misère, par le régime de fausse concurrence ou salaire mis au rabais.
D'ailleurs, quelle que puisse être en civilisation la dose de richesse générale , fût-elle décuple , tout le système social serait renversé si Ton assurait au peuple un petit bien-être ou minimum qui lui est dû en compensation des sept droits naturels. Il refuserait d'exercer l'industrie : dés lors la condition de minimum est inséparable de celle d'Attraction industrielle. Il faut donc , en spéculant sur l'abondance, tendre aussi à l'Attraction industrielle.
En supposant ces deux problèmes résolus, la richesse triplée , quadruplée , et l'Attraction industrielle bien établie, on n'arriverait point au but, au bonheur social, sans un système d'intérêt composé, alliant les voies de bénéfice collectif aux voies de bénéfice individuel. Sans cette convergence des deux intérêts , les hommes en viendraient toujours à se déchirer entre eux ; car la cupidité individuelle pousserait chacun à des démarches contraires au bien collectif, comme en civilisation, oû chaque paysan trouve son intérêt particulier à ravager la forêt aux dépens du canton entier; chaque marchand , à vendre du mauvais drap aux dépens de tous les consommateurs; chaque soldat, à faire des révolutions d'une saison à l'autre, moyennant salaire , comme on vient de le voir en Espagne et en Portugal.
Sur ce 5 e . problème, comme sur les deux précédents, la voie de solution est la même ; la philosophie à chaque page nous indique le moyen , qui est X unité avec t univers, éternel refrain des sophistes. Or, l'univers étant distribué par SÉRIES simples, mixtes, composées, puissanc icllcs, infinitésimales , il faut que l'humanité, dans ses relations industrielles et domestiques, se distribue de môme ; qu'elle se mette en unité avec l'univers , au moyen d'une disposition par séries. A l'instant les trois problèmes sont résolus, on passe à l'Association, qui donne, i°. abondance, produit triple en effectif et décuple en relatif (III, 7 à 46); 2«. Attraction industrielle , comportant la concession de minimum; 5° . tendance com posée d'intérêts, alliage du bénéfice collectif avec la cupidité individuelle.
Leçon en 5 e . sens. Je choisis un seul précepte philosophique à double emploi , déterminant toutes les conditions de bonheur social, et fournissant à lui seul les moyens d'exécution. Ce précepte est celui ^explorer en entier le domaine de la science. Or, de quelles branches se compose en son entier la science dite sociale ? Elle comprend toutes les sortes d'accords sociaux , au nombre de neuf ordres , savoir :
. . . Accords ambigus ou mixtes.
1.2. Simples et composés. 5. 6. Majeurs et mineurs. 5. 4. Directs et inverses. 7. Neutres contrastés.
— Accords pivotaux ou puissanciels et infinitésimaux.
. . . V ambigu. La philosophie nous enseigne que l'accord ambigu (III ,155) est trivial, inadmissible. Cen'est pas moins un accord infiniment précieux en mécanique générale \ rien ne serait lié sans l'ambigu (note 8 e . , 87).
1. 2. Le simple et le composé. Nos sciences n'envisagent que l'accord simple et ignorent qu'il ne peut pas
s'établir avant et sans le composé. Les moralistes veulent une vertu simple, méprisant les richesses, au lieu dune vertu composée qui deviendrait voie de fortune. Les économistes avouent que la vertu serait assez louable , mais qu'il faut avant tout aimer le trafic , l'agiotage et l'astuce; ils ne connaissent donc que l'accord simple ou ligue ambitieuse : or, tout accord simple entre individus ne produit chez la masse que duplicité d'action.
5. 4. Le direct et l'inverse. Distinction bien observée par les géomètres et physiciens qui emploient la preuve et la contre-preuve. Les philosophes n'ont aucune notion de ces doubles accords, que j'ai établis scrupuleusement, surtout dans le grand problème de la répartition (IV, 502, 525).
5. 6. Le majeur et le mineur ; autre distinction également inconnue des philosophes. Ils ne sauront pas ménager en système social des accords entre les femmes comme entre les hommes, des libertés et droits de tous genres pour les femmes comme pour les hommes. Leur thème est que les femmes doivent être esclaves et se trouver heureuses d'être subordonnées aux caprices du sexe masculin. On a vu que, dans les séries, la femme jouit toujours, en industrie, de sa pleine liberté et de ses droits en bénéfice individuel. J'aurais pu démontrer pareille balance en droits d'exercice amoureux , si celte question eût été traitable-, j'en ai exposé seulement la 1". période (tome IV, section 4 e . , notice IV), articles Vestalat et Damoiseliat.
7. Accords neutres, 7 e . section; ce sont les plus sublimes, les plus transcendants. Ils font, en emploi de chaque passion affective , l'effet de la CHAUX qui établit ralliement et affinité entre les deux antipathiques eau et feu. La civilisation , loin de s'élever à aucun des seize accords
âOS CHAPITRE III. ARTICLE XI.
■noulrcs exposés en 7 e . section, n'a pas même su les imaginer , encore moins les créer.
— Accords pivotaux : on n'en a aucune connaissance , on en proscrit jusqu'à l'idée. La philosophie, qui ne veut admettre ni pivots ni ambigu en mouvement , devrait donc faire supprimer le Soleil qui est un grand pivot planétaire, «t les étoiles Mars et Vénus qui sont deux ambiguës. Avec des vues aussi fausses , comment notre siècle pouvait-il parvenir à quelques notions sur le système passionnel et les neuf ordres d'accords dont il est susceptible ?
Mon traité donne en plein l'analyse de ces neuf sortes d'accords 5 il explore EN ENTIER le domaine de cette science; il opère de même pour l'exécution; il explore en entier la voie de régime sociétaire ou attraction passionnée, et ses ressorts qui sont les séries passionnelles en tous genres et tous degrés (III , 556).
Voilà sur ma théorie trois leçons classiques données par les principes mêmes des philosophes. J'ai fait , pour l'honneur de ces bons principes, beaucoup plus que n'auraient osé exiger leurs auteurs mêmes , et je serais le seul homme fondé à prendre le litre de philosophe , si ce nom n'était déshonoré par l'abus qu'en ont fait les sophistes <jui rappliquent indifféremment aux grands génies comme Newton , et aux démagogues tels que Marat. Il est plus déshonoré encore par l'indécence d'une secte qui , se disant vouée à la recherche des voies de bonheur social, de richesse des nations , de vérité et moralité générale , enfin d' Association (ce mot est aujourd'hui l'un des sujets en vogue) , ne veut pas accueillir le traité qui remplit à la fois ces divers buts , s'efforce d'en empêcher l'épreuve et en dérober la connaissance.
L'inconséquence de mes adversaires devient plus sail-
lante par l'accueil qu'ils ont fait récemment à l'ouvrage du docteur Amard sur V Association intellectuelle (0. Cet auteur, sans traiter de l'industrie comme MM. Dutens et Delaborde, se borne à spéculer sur l'emploi de l'Association en médecine et clinique. Il suppose un ordre de choses qui établirait de la convergence et de l'unité dans les travaux de ce genre. 11 s'élève contre V incohérence et la personnalité qui régnent dans les sciences médicales; contre l étourderxe de remplacer perpétuellement le travail de chacun par celui de chacun, au lieu de réduire les travaux isolés en un seul et commun travail. Chacun , ditil, a voulu, en médecine, faire un ouvrage, au lieu de se réunir à tous pour en achever un seul. Il propose de substituer à V intelligence inégale et brisée des individus , l'intelligence homogène et compacte de T espèce ; amener le tout à V action collective.
Contre l'avis des civilisés , il admet une passion qui , sous le nom de collectishe , est la principale de toutes (celle que j'ai nommée unitéisme, foyère, pivotûle, note page 144). Il entrevoit et décrit fort bien les brillants effets que produirait l'essor de cette passion : mais cet essor ne peut avoir lieu que dans les séries contrastées, ou l'homme trouve son bénéfice à servir l'intérêt collectif, tandis qu'en civilisation il trouve toujours dans l'égoïsme ou divergence avec la masse , un bénéfice plus prompt et plus sûr. De là vient qu'en civilisation toutes les mesures imaginables n'aboutiraient pas à développer cette belle et ulile passion; il faut auparavant lui créer son élément, l'industrie exercée par séries ; après quoi le progrès des
(i) Paris, 1821, 2 vol. in-8 9 . , chez Mequîgnon aîné, père; Gubon : Bechet , rue et place de l'École de Médecine.
lumières, les éludes sur la médecine, les sciences, les arts, l'agriculture et tous les travaux, s'établiront naturellement dans Tordre indiqué par le docteur Amard. La médecine débutera par former 600,000 cliniques locales dans les 600,000 phalanges du globe ; résumer et classer leurs observations par degrés dans les écoles de district, de province, do région , de royaume, d'empire, de cèsarat , etc. , jusqu'à l'école pivotale et unitaire de Con~ slantinople où tout le travail sera ramené à un seul tableau, un seul arbre généalogique, présentant les lumières acquises , en un faisceau de rayons convergents. Ainsi l'exige l'unité , qui est l'essence des séries et du régime sociétaire. Ajoutons que Tordre invoqué par le docteur Amard est celui d'une série infinitésimale (IV, 333).
Il est à remarquer que les journaux ont beaucoup applaudi à ses vues : Quotidienne, Constitutionnel, Miroir et autres, notamment la Revue encyclopédique , aujourd'hui insurgée contre Tidée d'Association. Elle a, dans deux grapds articles signés Bory de St.-Vincent, décembre 1821, applaudi à l'idée d'Association intellectuelle ou essor de la passion dite collectisme, qu'elle assimile au Novum Organum de Bacon, et qui amènerait les êtres pensants de tous les siècles à opérer comme un seul homme, fortifierait la faiblesse individuelle de toute la puissance collective de l'espèce.
Voilà donc les savants favorables à cette Association, qu'ils repoussent quand c'est moi qui la présente sous des couleurs anti-philosophiques. Il est bien force que je m'isole de leur science , puisqu'elle envisage toute la nature à contre-sens, et qu'ici même où elle est dans la bonne voie, opinant pour l'Association, elle commet encore le contre-sens de vouloir construire le faîte de l'édifice avant
les fondements, ignorant qu'une loi générale de fa nature est d'organiser le matériel avant le passionnel, et ne rien tenter en Association intellectuelle, scientifique, etc., avant d'avoir posé les bases de l'édifice par l'Association du matériel , du régime domestique et agricole , qui doit être la souche de toutes les autres Associations, celle qui, par un petit germe , les produira toutes à la fois.
Sans doute on aurait pu en introduire partiellement quelques branches, si chacun eût fait dans sa partie ce qu'a fait le docteur Amard dans la sienne. On aurait découvert les portions de régime sociétaire faciles à organiser, et ouvrant quelque issue de civilisation, comme le monopole composé que devaient inventer les politiques anglais , et dont l'exécution est aussi facile que celle du simple est violentée et difficile. Sous le règne de Bonaparte , les savants de Paris , qui ne cherchaient qu'à le courtiser, auraient dû inventer par circonstance la conquête composée, très- belle issue de civilisation; c'eût été le prendre par son faible , que de lui ouvrir une voie de prompt avènement à l'empire universel.
L'inadvertance à déplorer dans ce genre d'inventions, est celle des architectes et des économistes , qui avaient dans leur ressort les 2 issues les plus naturelles, concurrence réductive ou véridique , et architecture unitaire ou propriété composée. Ce sont les 2 voies que j'ai découvertes avant d'arriver au calcul de l'Association générale. Il y a 35 ans que, parcourant pour la l re . fois les boulevards de Paris , leur aspect me suggéra l'idée de l'architecture unitaire dont j'eus bientôt déterminé les règles. Je dus principalement cette invention au boulevard des Invalides, et surtout aux deux petits hôtels placés entre les rues Acacias et N. Plumet.
Peu de temps après je découvris le calcul de la concurrence réduclive. Les voies d'Association tiennent et acheminent l'une à l'autre : je m'étonne que Bacon , esprit éminemment fait pour ce genre de découverte , ne m'ait pas devancé : il avait bien quelque idée de la concurrence réduclive, lui qui voulait qu'on fit dans chaque profession des livres de garantie ou tableaux des fourberies usitées. €e serait un vaste ouvrage, d'après le vol sublime qu'a pris chaque branche de fraude commerciale , souliers collés , vin de bois d'Inde , sucre de lait, etc.
Bacon en sens classique ou méthodique, et J.-J. Rousseau en sens romantique, étaient les deux modernes les plus aptes à la découverte des lois du mouvement sociétaire. On peut leur adjoindre, dans l'antiquité, Pythacore, l'un de ces génies pénétrants et faits pour c dérober au destin ses augustes secrets. » II avait tout entrevu, même le calcul newtonien sur l'Attraction ; mais il fut , comme la plupart des civilisés transcendants, détourné «es nonnes voies par 1 espni de controverse qui a perdu Leibnitz et tant d'autres beaux génies.
Toutefois, il en est beaucoup, et parmi les plus vantés, comme le divin Platon, qui ne sont que des phrasiers, des égoïstes, gens tout à fait dépourvus d'esprit unitaire et d'aptitude à pénétrer les mystères de la nature. Au reste il est désolant de voir qu'un globe à qui Dieu avait ménagé tant de voies d'avénement au bonheur, les ait toutes man- •quées par un slupide respect pour les impulsions de ses philosophes, qui, ayant un trafic de livres et de systèmes h soutenir, ne veulent pas permettre l'étude de la nature et de l'Attraction , et exigeraient encore qu'on les félicitât «l'avoir prolongé 25 siècles de trop les malheurs de l'humanité.
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