Théorie de la phlogose [electronic resource]
De la stase du sang dans le réseau capillaire inflammatoire. Elle est déterminée par un ralentissement de mouvement; d’où liait l’opinion erronée sur la faiblesse des vaisseaux. Influence de cette erreur dans la pratique.
On trouve les produits de l’inflammation là où il y a réseau capillaire, et ils sont uniquement dus à ce réseau. Cependant, avant d’examiner cette cpiestion , il s’agit de savoir si le sang contenu dans ce réseau y est en repos ou en mouvement ; si la slase du sang, car on peut ainsi l’appeler, est une véritable
suspension de mouvement, un repos absolu , ou si elle se borne seulement a un ralentissement de mouvement. Lorsqu’on examine la conjonctive d’un œil enflammé, on aperçoit, surtout si l’inflammation est intense , cet aspect singulier qu’ont tous les petits vaisseaux engorgés plus ou moins de sang; mais, quoiqu’il y ait vie, il est impossible a l’observateur de distinguer aucun mouvement dans ces vaisseaux, qui ne peuvent en réalité ni se dilater, ni se contracter par cela même qu’ils sont veineux, et on ne saurait apercevoir non plus la moindre marche progressive du sang qu’ils renferment; de sorte que, si l’on voulait en juger par la vue seulement, on dirait que tout est dans un repos parfait. Cette même apparence de repos est offerte par les méninges sur le cadavre, et en général par toutes les membranes et par tous les viscères où l’inflammation a laissé ses traces. Dans ce second cas , il doit y avoir nécessairemerit cessation de tout mouvement, et par conséquent repos parfait, et dans les capillaires et dans le sang qu’ils contiennent. Néanmoins, ce qui est réalité dans le cadavre pourrait ne pas l’ctre sur le vivant, malgré toutes
les ressemblances extérieures. 11 s’agit donc de vérifiersi l’apparence de cessation de tout mouvement, telle qu’on l’observe dans le réseau capillaire inflammatoire du vivant, correspond a la réalité de ce fait dans le cadavre. On ne saurait décider cette question a l’aide de la simple observation limitée a l’exercice de nos sens , car dans ce cas leur action ne s’étend pas bien loin ; le microscope pourrait
seulement être ici d’un grand secours , mais n’étant pas applicable a la circonstance, il faut se contenter d’interroger les faits qui s’y rapportent.
En réfléchissant bien a tout ce que nous avons dit relativement a la grande mobilité du sang dans les capillaires veineux du cadavre, mobilité telle que par la plus légère pression il est facile de le répandre de tout côté, et même de le repousser, par un mouvement rétrograde, des rameaux aux plus petits filets vasculaires, et cela dans le réseau inflammatoire aussi bien que dans les capillaires exempts d’inflammation ; nous ne serons guère disposés a admettre sur le vivant une suspension totale du mouvement progressif dans les capillaires veineux qui s’anastomosent avec les artériels et
augmentent puis peu a peu pour former les troncs. Nous savons , en effet, que la force du cœur et de l’arbre artériel étend son action au delà même des premiers capillaires veineux, d’où l’on peut déduire que cette force doit encore se faire sentir et obtenir tout son effet, ou une partie au moins, en propageant le mouvement du sang dans le réseau inflammatoire. D’un autre côté, cependant, il faut tenir compte d’un autre fait important , tel que celui de l’excessive distension des capillaires veineux du réseau inflammatoire; ce qui prouve que la force de l’arbre artériel, quoique augmentée de beaucoup dans les maladies inflammatoires , ne suffît pas à pousser tout le sang plus loin dans les capillaires veineux; tandis qu’auparavant , dans l’état de santé, bien moins de force suffisait à produire cet effet. Et au reste * s’il n’en était pas ainsi, la formation du réseau capillaire serait impossible. Par conséquent , si l’on ne peut pas convenir qu’il y ait dans ce réseau une stase complète du sang qu’il contient, on ne saurait nier pourtant qu’il doit y avoir un ralentissement notable de mouvement, de sorte que dans un temps
donné il y a moins de sang poussé des petits vaisseaux vers les troncs , c’est-a-dire que c’est précisément a la plus grande quantité de sang qui, dans ce cas , reste dans les petits vaisseaux , qu’est due la distension des capillaires du réseau inflammatoire.
C’est précisément a cette condition des capillaires d’une partie enflammée , qu’on a voulu donner le nom de faiblesse ou relâchement de ces vaisseaux comparativement a l’état sain ; relâchement qu’on déduit, d’ailleurs, de la distension anormale éprouvée par ces mêmes vaisseaux. Et , en effet , puisqu’ils prêtent et cèdent en se dilatant sous l’influence d’une force expansive , il faut que cette force soit supérieure a la résistance, c’est-adire que ces vaisseaux qui prêtent , présentent moins de résistance, ou, ce qui revient au même, qu’ils soient ou puissent être appelés plus faibles. Ces capillaires sont donc indubitablement dans un état de faiblesse ; mais cette faiblesse doit être considérée dans le sens d’une action réellement mécanique , de même qu’il en arriverait a une membrane qui , même sans vie , serait disten-
(lue et dilatée outre mesure et dans tous les sens, et perdrait ainsi une partie de son élasticité ou aptitude a revenir a son premier état en se contractant. Il faut en déduire qu’une pareille faiblesse ne doit nullement être prise en considération pour le traitement, et qu’on aurait grand tort d’avoir recours en ce cas a un traitement stimulant, ou , comme on dit, corroborant. On ne doit point déterminer la qualité ni mesurer la force du traitement d’après le mot de faiblesse qu’on a voulu donner aux capillaires dans le sens que nous venons d’expliquer. Cependant cette erreur, qui est certainement grave , est souvent commisè dans le traitement de l’inflammation de la conjonctive elle-même, et surtout quand on aperçoit vers la fin de la maladie que ses capillaires restent dilatés et plus engorgés de sang que dans l’état normal. Cette erreur est d’autant plus nuisible dans la pratique, que l’opium est , de tous les remèdes , celui auquel, dans ce cas, on a le plus souvent recours; et comme l’action de l’opium est et ne peut être que stimulante, il est hors de doute que ce remède doit augmenter l’inflammation et par conséquent
l’engorgement sanguin dans les capillaires. 11 est vrai aussi que parmi les autres remèdes qui, dans ce même cas, sont employés empiriquement par le médecin , il en est quelques - uns dans l’application desquels une autre erreur de théorie vient corriger l’erreur de pratique : tels sont les remèdes qu’on désigne mal a propos sous le nom à’ as tr in gens j auxquels on veut appliquer la propriété de faire contracter les vaisseaux dilatés par l’inflammation ; mais la seule utilité réelle de ces astringens est celle d’être tous des contre-stimulans très actifs, et d’exercer par conséquent leur action en diminuant l’inflammation a l’extérieur comme a l’intérieur. C’est de cette manière qu’il faut s’expliquer toute l’utilité qu’on retire, dans des cas semblables, des préparations de plomb , de fer, de zinc, et beaucoup d’autres appartenant au règne minéral ou au règne végétal. Mais nous parlerons plus amplement de cette doctrine erronée
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des astringens et des phénomènes mal interprétés sur lesquels elle se base , dans les Nouveaux Principes de Thérapeutique. Il est seulement utile de faire remarquer ici que si l’opium, ajouté, comme
il arrive dans ce cas, aux prétendus collyres astringens ou corrohorans, ne produit pas les effets nuisibles qu’on doit en attendre , c’est parce que l’activité ou la dose des contre-stimulans qui forment la base de ces collyres, tempère non seulement celle de l’opium , mais la surpasse même ; et le résultat final se résume dans l’action d’une force contre-stimulante moindre que celle qu’on aurait eue sans l’opium. Que gagne donc l’art dans tout cela, si ce n’est de s’entourer de confusions et de complications? Quel profit peut -on offrir a la science, sinon quelques faits obscurs ou faux d’où elle ne saurait tirer que des principes faux ou incomplets? De pareilles erreurs, ayant une certaine apparence de vérité , deviennent un vrai fléau pour l’art et pour la science , dont les progrès sont d’autant plus retardés , que l’homme de l’art , se renfermant dans son empirisme, et content de l’utilité de faits semblables, en néglige toute analyse sévère. Mais malheureusement il arrive de ces cas dans lesquels le résultat répond mal a ce qu’attendait le médecin, qui ne sait alors en découvrir la cause et ne peut corriger son erreur.