‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 2 sur 66 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L’inflammation ne forme pas des produits organisés; elle n’a rien de commun avec les reproductions des parties mutilées chez diverses espèces d’animaux. Quelques mots sur la reproduction des plumes chez les volatiles La peau ne se reproduit pas. Expériences. Observations sur ce sujet. Quelques mots encore sur la non-reproduction des capillaires.

Avant de chercher quels sont et en quoi consistent les vrais produits de l’inflammation, il faut éclaircir une autre question importante. Il s’agit, en effet, de savoir si ces produits peuvent être, en totalité ou en partie seulement , l’œuvre d’une force

génératrice dans toute l’extension du mot, et en

général si l’inflammation a le pouvoir de produire quelque chose qu’on puisse dire nouvellement organisé. L’opinion d’un grand nombre d’auteurs

est pour l’affirmative, et au besoin même on peut l’entendre journellement répéter parles praticiens, car cette manière de voir est la plus généralement admise.

Il est positif que beaucoup d’animaux ont en partage une force génératrice , ou , pour mieux dire en ce cas , régénératrice des parties dont ils ont été privés. Trembley a démontré par des expériences cette force dans les polypes d’eau douce ; Réaumur dans les vers terrestres ; et enfin les célèbres expériences de Spallanzani sur les reproductions animales ont ajouté a tant de merveilles en démontrant sur un plus grand nombre d’animaux la possibilité de ces reproductions. On a pu voir alors des muscles régénérés, des vaisseaux , des nerfs, des os , en un mot, des membres et des organes entiers dans les salamandres, dans les grenouilles, dans les crapauds et même dans les limaces, chez lesquelles toute la tête a pu être reproduite avec l’organe cérébral, quel qu’il soit, d’où proviennent cependant ses nerfs. Maintenant il s’agit de savoir si une semblable force reproductrice appartient a l’inflammation de sorte qu’on puisse en trouver les effets dans la partie

enfla mmée . Dans la plupart des cas, ainsi que nous l’avons dit, on résout la question affirmativement, et l’on parle par conséquent de nouveaux vaisseaux reproduits dans la partie enflammée, de portions d’os considérables et d’os même entiers, de cavités remplies de nouvelles chairs, et tout dernièrement encore de lambeaux de peau ; et tout cela , dit-on, est démontré par l’observation. Mais , en réalité , il n’en est pas ainsi , et nous ferons voir que ces phénomènes, que l’on avance comme réels et concluans, sont illusoires.

Chez les animaux a sang chaud, les poils, les cheveux , les ongles et l’épiderme sont les seules parties qui puissent recroître après avoir été coupées. Quant aux plumes des oiseaux qui se renouvellent soit spontanément, comme cela arrive dans la mue , soit après avoir été arrachées , comme cela se pratique aux oies et aux canards , c’est un phénomène qui appartient h lareproduction entière de l’organe plutôt qu’a son prolongement, comme on peut le dire des ongles et des cheveux. Probablement les plumes sont reproduites en entier par des germes préexistans , et proportionné-

ment au nombre des germes de chaque plume en particulier ; c’est a peu près le cas des dents qui se développent, autant les premières que les secondes, sur des germes préexistans dans le fœtus; et l’on ne voit pas, en effet, de molaires dans la seconde dentition, parce qu’elles n’ont eu qu’un premier germe. Du reste , il n’y a pas une fibre, pas une seule membrane véritable , pas une partie quelconque organisée qui se reproduise spontanément après la naissance de l’animal , et elle ne se reproduit pas non plus par l’inflammation , une fois qu’elle a été détruite ou mutilée.

Nous reviendrons plus tard sur ce que l’on doit penser de la reproduction de nouveaux capillaires sanguins a la suite de l’inflammation , et nous verrons que tout cela n’est qu’une illusion. Cependant il est utile d’en dire maintenant quelques mots pour tâcher de détruire autant que possible les erreurs qu’on a multipliées sur ce sujet. En examinant, a l’aide d’une loupe, le réseau capillaire dans les cadavres où il n’y a pas eu inflammation , mais où il est resté néanmoins une assez grande quantité de sang, on voit l’arbre veineux,

ainsique ses capillaires, remplis de sang; et l’on trouve ces derniers en si grand nombre et tellement petits, qu’il sera aisé de comprendre qu’il suffit, pour que le réseau inflammatoire paraisse, qu’il y ait plus de sang que d’ordinaire, sans qu’on ait besoin d’imaginer qu’il y a eü d’autres vaisseaux nouvellement produits. Si l’on presse ensuite les vaisseaux successivement de manière a en faire passer le sang dans les plus petits capillaires , qui sont presque invisibles, ceux-ci, en se dilatant, deviennent de plus en plus visibles , leur nombre augmente promptement, et l’on comprend alors qu’il est inutile de vouloir supposer une nouvelle formation de capillaires pour s’expliquer cette grande vascularité , ou , pour mieux dire , ce grand réseau de petits capillaires qui se présente a l’œil.

Si l’on veut réfléchir ensuite a ce que les capillaires aussi ont commencé a exister avec la vie de l’animal et se sont développés lentement par la suite , proportionnellement à tous les autres organes, c’est-à-dire dans un long laps de temps, comment pouvons-noüs concevoir que de nouveaux vaisseaux naissent soudainement parmi ceux qui

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