Tome II
j’espère qu’on en trouvera un dédommagement par la clarté qui en résultera , et par l’avantage de me comprendre avec plus de facilité ; d’ailleurs j’ai ouï dire par un grand homme que la répétition est de toutes les figures de rétliorique la plus utile.
Pendant la seconde année de ma clinique a l’hôpital civil, il y a déjà trente ans, on apporta dans mes salles un petit jeune homme de quatorze ans environ, fils d’un montagnard de Plaisance, de ceux qui descendent "dans les plaines de la Lombardie pour y chercher de quoi vivre en y travaillant quelques mois de l’année. Il ne lui restait absolument que la peau et les os; il respirait très difficilement et ne pouvait se coucher dans le lit ; il fallait qu’il se tînt autant que possible avec le tronc droit; il toussait parfois, mais sans expectorer , et les pulsations étaient au moins au nombre de 140 par minute. D’après les renseignemens que l’on put recueillir, nous apprîmes qu’il était tombé malade depuis plus d’un mois, avec une forte douleur au côté gauche de la poitrine. Il n’eut ni médecin ni remèdes , et, couché sur un tas de paille , il n’avait eu que de l’eau pour boire et quelques gorgées de
bouillon fourni par la charité des voisins. Je ne pus supposer qu’une grande lésion dans le poumon gauche , opérée par une inflammation qui , n’ayant pas été combattue, avait pu terminer a son aise tout son travail. En examinant les sillons, car il fallait réellement les appeler ainsi, existans entre les cotes, j’y plaçai les doigts au devant de la partie gauche , qui devait être le siège du mal d’après les symptômes recueillis , et en frappant légèrement avec l’autre main la partie correspondante derrière le dos , de la même manière a peu près qu’on ferait sur le ventre d’un individu atteint d’ascite, je m’aperçus, et assez distinctement encore , d’une certaine fluctuation ; le coté droit , exploré de la même manière, ne m’offrit rien de semblable. Le cas étant désespéré, je ne prescrivis que quelques légers alimens. Deux jours après , trouvant le malade encore en vie, j’examinai le thorax comme j’avais fait la première fois, et jugeant, par cette même sensation que je recevais toujours au bout des doigts, qu’il devait y avoir un fluide et même abondant, je proposai aux chirurgiens de l’hopilal l’opération de l’ampyème.
Aucun ne voulut y consentir, excepté notre ami Monteggia , savant et heureux chirurgien , et , qui plus est, homme consciencieux qui a laissé une mémoire bien honorable dans les ouvrages qu’il a publiés. Il explora ce thorax de la même manière que je l’avais fait; il fut comme moi persuadé, et, par une prompte opération , il en retira une si grande quantité de matière purulente , qu’on croyait difficilement qu’elle pût être contenue dans l’espace thoracliique d’où elle sortait. Cette matière était fluide, inodore, d’un blanc jaunâtre, d’une densité régulière, et pouvait se dire avec raison, et selon l’expression des chirurgiens, pus louable. L’inflammation s’était donc terminée par un empyème des plus vastes, tout de vraie matière purulente, et non pas un hydrothorax par la seule extravasation de sérum. Pendant quelques jours le malade fut dans le plus grand danger, aussi je ne lui prescrivis qu’une nourriture très légère ; mais après, comme l’appétit augmentait, je lui permis un peu plus d’alimens. Au bout de quelques jours la fréquence du pouls diminua , la respiration s’améliora et le corps parut reprendre un peu
d’embonpoint. En un mot, au bout d’un mois environ il put quitter le lit, et sa respiration devint peu a peu naturelle ; il se couchait indistinctement sur les deux côtés, et gagnait journellement des forces musculaires , ainsi qu’on pouvait en juger par la fa cilité avec laquelle il commençait à marcher. Je le gardai a la clinique deux mois encore, et comme le père venait souvent nous presser pour qu’on lui permît de le ramener à ses montagnes , nous le laissâmes enfin sortir de l’hôpital. Au dire de son père, il était sain et alerte comme il ne l’avait jamais été auparavant, et cet état de santé lui semblait un miracle, car il l’avait vu porter à l’hôpital , disait-il, comme un mort qui va y être enterré, plutôt qyie comme un malade a guérir. Monteggia le visita plusieurs fois et dirigea luimême le traitement chirurgical, qui réussit parfaitement bien. Je me fis promettre parle père qu’il m’enverrait plus tard quelques nouvelles sur l’état de son fils; mais sa promesse n’eut aucun effet.