‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 16 sur 66 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Inductions qu’on peut retirer de cette première observation. Doutes qui restaient encore à résoudre.

En réfléchissant attentivement a la maladie que je viens de décrire, je m’adressais 'a moi -même les demandes suivantes : D’où peut provenir une si grande quantité de matière purulente? Serait-ce de la destruction ou partielle ou totale du poumon gauche? Mais une portion seulement de substance pulmonaire n’eût pas suffi pour donner toute la matière fluide qu’on a extraite. On ne peut pas supposer non plus que toute la substance pulmonaire ait été convertie par l’inflammation en matière fluide purulente , car il se présente de suite d’autres difficultés bien plus difficiles encore à résou-

dre. Que seraient devenus tant de vaisseaux sanguins et surtout les gros troncs artériels et veineux? Dans cette supposition , pendant que le poumon et ses vaisseaux sanguins se détruisaient, le sang aurait dû en sortir en grande quantité et s’épancher dans le thorax, ou donner lieu a un accès mortel d’hémoptysie. Mais il n’y a jamais eu hémoptysie; le fluide qu’on a extrait du thorax était de Véritable pus, et sa couleur n’indiquait pas qu’il y eut la plus petite quantité de sang , car sa matière colorante aurait communiqué au liquide une teinte foncée qu’il n’avait pas. D’ailleurs, si une hémorragie interne ou externe avait eu lieu à la suite d’une semblable lésion des vaisseaux , il est hors de doute que le malade aurait succombé subitement, et il n’y aurait pas eu assez de temps pour la formation d’une aussi grande quantité de matière purulente remplissant toute la cavité du thorax , et capable de déterminer lentement la perte du malade; ce qui serait certainement arrivé sans l’opération de l’empyème. Il faut ajouter a cela que par la destruction totale du poumon , les bronches et leurs ramifications auraient été également détrui-

tes. Dans ce cas, le malade aurait dû avoir dès le commencement beaucoup de toux; mais , au contraire, d’après son affirmation même, il avait eu un peu de toux d’abord, et elle avait presque complètement disparu lorsqu’il fut confié a nos soins. En outre, supposant toujours que le poumon se fût détruit peu a peu, et ne faisant attention pour le moment qu’aux bronches , la matière purulente , augmentée jusqu’à un certain point , se serait frayé un passage des bronches a la trachée, et aurait ainsi détruit la vie par suffocation.

Mais toutes ces difficultés très graves sans doute , quoiqu’elles ne puissent d’aucune manière concorder avec l’hypothèse de la destruction du poumon, ne sont rien encore comparativement à la première de toutes les difficultés , telle que le rétablissement du malade , si complet d’ailleurs qu’on ne saurait croire que le poumon gauche eût été détruit. En effet , le malade respirait très librement, il n’était nullement essoufflé par la marche, pouvait se coucher sans peine sur les deux côtés ; en un mot , il était aussi bien et mieux peut-être qu’avant de tomber malade. Personne ne croira

sans doute que les choses pussent se passer ainsi s’il ne lui était resté qu’un seul poumon pour respirer.

Sans vouloir donc entrer pour le moment dans la théorie de la supposition, et démontrer comment se forme la matière purulente , nous nous contenterons d’affirmer comme chose certaine que dans le cas cité le poumon n’a pas été. détruit, quelle que soit d’ailleurs la manière dont il était placé dans la cavité du thorax pendant la présence de la matière purulente. Par conséquent , nous affirmerons aussi, comme chose bien claire et positive, que ce fluide n’a pas été le produit de la destruction soit partielle , soit totale du poumon. Mais pour éclaircir tout ce qui restait encore d’obscur dans cette question , il me fallait attendre que le hasard m’offrît quelque autre observation opportune.

Jeune encore , n’étant pas alors persuadé que dans les cadavres , mieux que partout ailleurs , il faut étudier les produits de l’inflammation pour trouver tous les faits nécessaires, les analyser, les coordonner et en déduire la théorie de la genèse du pus , il m’était arrivé plusieurs fois de rencon-

trer des empyèmes plus ou moins vastes avec quelque portion plus ou moins considérable de poumon que l’on me disait ( et je le croyais aussi ) détruite par l’inflammation , par cela seul qu’après avoir enlevé la matière fluide purulente, on apercevait un vide paraissant représenter la portion d’organe qui manquait. Et de nos jours encore , on entend dire communément par ceux qui, en pareille circonstance, examinent l’état de la poitrine sans connaître encore le fait tel qu’il est réellement , on entend dire qu’ils ont trouvé tantôt un quart , tantôt un tiers et par fois la moitié du poumon détruite par l’inflammation. D’ailleurs , malgré les différentes opinions émises sur le mode de formation du pus depuis Boerhaave , aucune, y compris même la plus récente qui considère le pus comme produit d’une sécrétion, n’a jamais été généralement admise par les praticiens. La grande renommée de Boerhaave et cette apparence de destruction qui saute aux yeux et semble un fait bien clair lorsqu’on n’y regarde pas de plus près , ont principalement contribué a maintenir en vigueur une semblable théorie. La chirurgie ensuite a con-

couru elle aussi à entretenir l’obscurité et l’erreur sur le phénomène de la purulence, parla grande facilité qu’on a a se tromper lorsqu’on l’observe seulement dans le phlegmon et dans les organes externes. C’est ainsi que fort souvent, dans toutes les sciences d’observation , l’examen superficiel des choses et cette négligence que l’on met a aplanir les difficultés et à détruire les fausses conclusions tirées de faits qu’on a mal ou imparfaitement vus, empêchent que pendant long -temps les vérités les plus simples soient aperçues , et à des erreurs de fait on finit toujours par ajouter des erreurs de raisonnement. Nous en avons vu déjà jusqu’ici plusieurs exemples ; ce dernier en est un des plus importans , et nous en trouverons encore d’autres par la suite.

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