‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 21 sur 66 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

cavité qui restait , nous trouvâmes que réellement rien ne manquait , ni de la substance cérébrale , ni des méninges; on apercevait seulement que l'extrémité du lobe, dans l’étendue d’un pouce, avait été poussée en arrière et avait du faire place a la matière purulente produite par le réseau inflammatoire. La dure-mère recouvrait encore le lobe la où on aurait dit que la substance cérébrale avait,

été entamée , et dans ce même endroit le réseau

capillaire était plus rouge que partout ailleurs. On ne voyait point sur cette surface ni déchirure , ni lésion aucune; de sorte qu’en observant les nombreux capillaires avec une loupe , ils étaient intacts et gorgés de sang , et les méninges dans toute leur intégrité. Ainsi donc la quantité de matière purulente que contenait cette cavité, égalait en volume la portion de lobe cérébral qui avait été comprimée. J’ai observé différentes autres effusions de matière purulente dans le cerveau ; mais par cela même qu’elles servent mieux a éclaircir la formation de la matière purulente qu’a démontrer simplement l’intégrité des solides la où il y a suppuration , je n’en parlerai que plus tard.

Examinons maintenant les suppurations du péritoine. Jeune encore , lorsque j’eus occasion pour les premières fois d’observer les inflammations de cette membane avec un fort réseau capillaire , je rencontrai quelques effusions très copieuses de matière purulente dans la cavité abdominale. J’en cherchai en vain la source , croyant devoir la trouver dans quelque ulcère, destruction ou lésion organique quelconque, et je ne pouvais comprendre pourquoi mes recherches étaient toujours sans résultat. Plusieurs années après , mes idées commencèrent à s’éclaircir h ce sujet, et ce fut surtout après les observations que je fis sur le poumon. Je comparai alors l’origine de la matière purulente de la péritonite à celle de la pleurésie ; et, réfléchissant à l’épais réseau capillaire du péritoine enflammé , la grande quantité de matière purulente que depuis j’y retrouvai, bon nombre de fois, sans destruction d’aucune partie solide des viscères abdominaux , ne fut plus pour moi sujet inexplicable ni étonnant. J’observai également dans les péritonites comme dans les pleurésies, outre la matière fluide, celle aussi que j’ai nommée demi-fluide ou grumeleuse,

et différentes productions de fibrine consolidée , tantôt sous forme de ligamens , tantôt sous celle de membranes. Plusieurs fois , dans des cas d’inflammation péritonéale avec grande suppuration , j’ai entendu attribuer le phénomène a une sécrétion , et considérer l’inflammation comme propre a établir, dans la partie qu’elle occupe , un organe sécréteur. Mais si l’élaboration des sécrétions est encore un phénomène obscur dans les théories physiologiques , attribuer a l’inflammation , qui ne peut pas produire une fibre, la faculté de produire un organe sécréteur ou de convertir en organe sécréteur d’une certaine matière une surface qui n’avait pas auparavant une fonction de cette nature, c’est marcher de chimère en chimère , d’obscurité en obscurité , plutôt qu’éclaircir la formation de la matière purulente.

Parmi les différens cas que j’ai pu observer d’hépatite avec suppuration, j’en rapporterai un où je trouvai la plus forte suppuration que j’aie jamais vue dans le foie , et qui en meme temps est le plus concluant de tous, relativement à notre sujet. Au commencement de ce siècle, je fus consulté pour un

jeune Français , employé dans je ne sais quelle administration militaire , réduit à toute extrémité par une maladie que Ton jugeait aisément avoir été une hépatite. Il avait été traité par un chirurgien militaire qui , croyant avoir affaire a un rhumatisme, ne prescrivitque des remèdes insignifîans, sans pratiquer aucune saignée, laissant ainsi parcourir a la maladie son cours spontané, et partit -enfin, abandonnant le malade à son malheureux sort. A mesure que le mal augmenta , il se manifesta un gonflement a l’hypocondre droit , au dessous du bord costal. Le malade fit alors appeler un de nos meilleurs chirurgiens de F époque pour qu’il le délivrât, par un coup de bistouri, de ce qu’il appelait un dépôt laissé par la maladie. Je partageai l’avis du chirurgien quant a l’existence d’un vaste abcès, dont la fluctuation était évidente, et je crus devoir l’encourager a satisfaire au désir pressant du malade qui ne cessait pas de demander l’opération, quel qu’en dût être le résultat. De toutes les manières le cas était presque désespéré ; mais toutefois, comme il pouvait se faire aussi que l’affection au foie fût plus superficielle que profonde, ce qui

laissait une ombre d’espoir , on ouvrit la tumeur. 11 en sortit une grande quantité de matière purulente , blanche , entièrement fluide , de bonne nature, et le malade parut en être soulagé. Néanmoins il succomba deux jours après. Nous examinâmes l’état du ventre sur le cadavre, et nous trouvâmes de fortes adhérences entre la partie antérieure du foie et la partie correspondante du péritoine; au milieu on apercevait une petite cavité irrégulière quant à sa forme et a sa profondeur , remplie en partie par des grumeaux purulens. Une bonne partie du foie paraissait avoir été détruite et avoir contribué ainsi a la formation de l’abcès. Toutefois , après avoir bien nettoyé toute cette cavité en la lavant avec de l’eau , ayant d’ailleurs enlevé avec soin de petits morceaux de pseudomembrane qui étaient par ci par l'a attachés au fond , on vit clairement qu’il n’y avait en réalité qu’un enfoncement et pas une destruction de cette partie du viscère. En examinant, au reste, le fond de cet enfoncement avec une loupe, on le voyait recouvert de son péritoine, dont les capillaires formaient un réseau inflammatoire très serré. On

voyait également ce réseau dans une grande extension du péritoine ventral, et surtout dans la partie correspondante a l’abcès. Ici donc le réseau capillaire de l’inflammation avait fourni de la fibrine pure, et cette fibrine forma par la suite les forts ligamens qui attachaient les bords de l’abcès aux parois du ventre , les pseudo-membranes qui recouvraient en partie la surface de l’enfoncement, la grande quantité de matière purulente fluide qui sortit de l’abcès, et enfin les grumeaux purulens.

Tous ces cas, fort clairs et détaillés, tendent tous vers un seul but , et c’est de démontrer que la formation de toute la matière purulente est due au réseau capillaire inflammatoire, sans que la matière solide des viscères ou des membranes y concoure pour rien; et lorsque, de prime-abord, on croit apercevoir quelques indices de perte de substance solide, ces indices se réduisent en pures illusions qui se dissipent fort aisément, et la réalité se montre telle qu’elle est aux yeux clairvoyans. Je ne doute nullement que si l’on sait profiter des circonstances favorables qui se présentent tôt outarddans les différentes inflammations viscérales, on finira

pai observer les faits purs et simples , analogues ou identiques a ceux que nous venons de citer, et tout en éclaircissant de plus en plus cette importante question , on confirmera toujours davantage les inductions justes que nous en avons tirées.

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