‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 27 sur 66 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

marche vers la cicatrisation , qu’il faut favoriser . Le précepte est juste, mais on ne saurait en comprendre autrement la justesse qu’en disant que lorsqu’on la nettoie trop fréquemment et sans nécessité , on n’enlève pas seulement la matière purulente qui est a la surface de la plaie , mais encore on tend a détruire les travaux commencés et sous-jacens de la fibrine. La matière purulente fluide, déjà formée, tendrait a la dégénérescence putride si elle restait long-temps exposée a la chaleur de la surface blessée , et par cela même serait nuisible a la plaie. La fibrine, au contraire, comme elle se consolide sans cesse, n’a pas la même tendance a dégénérer, puisque c’est elle qui doit principalement contribuer au travail de la cicatrisation. De ces deux substances , par conséquent , une doit être enlevée à propos, et l’autre doit être laissée en place. Il est vrai que le précepte dont il est ici question n’a pas été dicté par la connaissance préalable de l’action qu’exerce en ce cas la fibrine de la manière que nous venons de l’expliquer ; mais si l’observation attentive a confirmé cet effet , même sans en pénétrer la cause , cela nous suffit. Au reste, il arrive,

pour ce fait comme pour tous ceux que l’on ne connaît qu’empiriquement et dont on fait une explication aveugle , que par fois on l’applique mal a

propos , d’autres fois on le néglige , si même on ne soutient pas tout le contraire.

2° Il est généralement connu qu’une plaie se cicatrise beaucoup plus facilement lorsque ses bords ou une portion seulement ont une direction a peu près parallèle; et cette facilité à se cicatriser augmente encore si les bords sont angulaires. Cela correspond parfaitement bien a la force de traction mécanique que nous avons reconnue a la fibrine, et nous ne saurions nous en rendre compte autrement. Et en effet, la force de traction ayant lieu alors d’une manière réciproque entre les deux lèvres de la plaie , et chacune d’elles marchant a la rencontre de l’autre , on peut dire avec

une certaine précision numérique que le rapprochement, jusqu’au point où il peut avoir lieu, doit se faire dans la moitié moins de temps. Ceux qui observent attentivement la marche de la cicatrisation n’ont jamais manqué de voir le fait , mais ils ne savaient et ne pouvaient même pas présumer

qu’ils en trouveraient la cause constante et bien

simple clans l’action mécanique de la fibrine.

3° Contrairement a ce qui arrive lorsque les bords de la plaie sont parallèles ou angulaires , la cicatrisation devient difficile et lente si la surface blessée est circulaire; de sorte qu’il semblerait, ainsi que nous l’avons remarqué plus haut , que cette forme de plaie fait obstacle a sa cicatrisation lorsqu’il s’agit de laisser entraîner ses bords vers le centre. 11 en est réellement ainsi , et la cause doit toujours en être rapportée au même principe ,

c’est-a-dire à l’action de la fibrine, sauf la différence

de la manière dont elle agit. C’est précisément cette différence qu’il faut chercher à éclaircir . La géométrie devrait avoir le principal rôle dans la solution de ce problème ; cependant il ne nous appartient pas d’entreprendre une démonstration géométrique. Tout en nous limitant à ce qui nous est démontré par les faits relatifs, nous pourrons suffisamment faciliter l’intelligence du phénomène . Le même moyen mécanique qui est si utile pour favoriser la cicatrice des plaies larges , facilite aussi celle des plaies circulaires. Par un bandage appro-

prié on peut changer la forme circulaire d’une plaie en line ellipse très prolongée, de manière a ce que deux cotés de la surface , dans son plus grand diamètre, deviennent presque parallèles et se trouvent plus rapprochés dans toute leur longueur. Alors le cas devient identique a celui du parallélisme que nous avons noté plus haut comme étant la forme la plus propre a favoriser la cicatrisation des plaies. D’où nous conclurons que les plus grands obstacles a la cicatrisation attachés à la forme circulaire des plaies dépendent de la grande distance qui sépare les points placés aux extrémités opposés des diamètres ; obstacles qui sont nécessairement moindres quand les bords plus rapprochés n’ont à parcourir que les cordes sous-tendant de petits arcs.

4° Si l’on observe attentivement les bords d’une plaie lorsqu’ils s’approchent peu a peu au point de compléter enfin le travail de la cicatrisation, on verra , de manière a n’en pas douter, que ces bords s’amincissent. On ne saurait donner une preuve plus évidente de la marche progressive de la traction. C’est un phénomène propre a la peau de pouvoir

s’amincir, et elle s’amincit toutes les fois qu’elle est soumise a des forces distensives très lentes , mais fortes et agissant sans cesse. Nous le voyons dans les tumeurs qui se développent lentement , dans les gonflemens extraordinaires de l’abdomen par suite de l’ascite, de la grossesse ou de tumeurs internes ayant leur siège dans cette cavité. Il serait inutile d’objecter ici que les forces qui distendent les parois de l’abdomen ou la peau sur une tumeur sont

bien différentes des forces exerçant une traction sur

les bords d’une plaie; car nous voulons prouver seulement la grande aptitude qu’a la peau a se laisser distendre dans tous les sens par des forces extensives appropriées a la variété des cas. Que la force de traction de la fibrine sur les lèvres d’une plaie soit capable d’arriver enfin a amincir ces lèvres en les tirant a soi, nous pouvons en juger par ce que nous montre la couenne déjà si souvent citée; en se contractant, en effet, elle tire à soi les bords de la masse du caillot dans lequel elle reste enfoncée. Dans ce cas , la couenne opère une traction très forte quoiqu’elle se trouve cependant dans une condition désavantageuse pour l’exercice de sa force de

traction , comparativement au cas où elle opère sur la surface d’une plaie. Dans le premier cas elle se Irouve sur une masse de cruor plus ou moins molle et peu propre a lui présenter un point d’appui , et c’est pour cela que nous la voyons alors devenir concave et même ridée. La fibrine, au contraire , qui se répand sur la surface des plaies , repose sur une base solide , préparée , ainsi que nous l’avons expliqué , par la granulation ; de sorte qu’elle ne saurait ni devenir concave , ni se plisser, employant ainsi inutilement sur elle-même une partie de sa force contractile. De cette manière elle s’emploie toute pour amener vers le centre de la surface ulcérée les bords glissans et souples des tégumens qui limitent la plaie. Il n’est donc pas étonnant que la fibrine parvienne a les entraîner vers elle et même a les amincir, puisqu’ils ne peuvent s’étendre en avant sans être allongés et par conséquent amincis.

5° En réfléchissant bien a cette sorte de traction qui a lieu entre les lèvres d’une plaie et dans une direction opposée de manière a les tirer l’une vers l’autre jusqu’à la formation complète de la

cicatrisation , il est aisé de comprendre pourquoi ces memes lèvres ne peuvent jamais s’approcher assez exactement pour que les extrémités des fibres d’un coté touchent immédiatement les extrémités de l’autre. Il arrive, au contraire , qu’il reste toujours entre elles un certain espace; et il ne peut pas en être autrement, car, en résumé , le seul mode de connexion ou de réunion propre aux fibres animales dont la continuité a été rompue , est celui qui peut être constitué par la fibrine qui se consolide et colle les fibres divisées , avec lesquelles elle reste mêlée; d’où il suit nécessairement que la cicatrice n’est , en dernière analyse , qu’une espèce de corps étranger enfoncé entre les lèvres d’une plaie.

6° Ce corps étranger occupe les parties centrales

de la cicatrice dans toute leur épaisseur ; ailleurs ,

la surface qui constituait la plaie est recouverte par la peau elle-même , tirée en avant de la manière déjà expliquée. D’après ce que nous avons dit jusqu’à présent, il est clair que la fibrine s’extravase de toute la surface de la plaie , de ses bords comme de son centre; il est par conséquent certain

aussi que partout la tibriile extravasée doit pro-

duire son effet. Cependant , comme elle peut se trouver plus abondamment dans les parties centrales , puisqu’elle y arrive de tous les côtés environnans, il s’ensuit que fort souvent il paraîtra a l’observateur que c’est la précisément que commence la cicatrice. Cette idée n’est point erronée si on entend la chose telle quelle est réellement , c’est-à-dire qu’au centre se trouve une plus grande quantité de fibrine extravasée et déjà consolidée, ou du moins dans un commencement de consolidation. Mais si l’on entend par là que ce principe de cicatrisation est une régénération de substance ou , comme ils disent , de chair , régénération qui se propagerait ensuite vers les hords , c’est alors bien certainement une idée complètement fausse.

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