‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 47 sur 66 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

En 179G, lorsque je professais la pathologie à l’université de Pavie, étant en même temps médecin de l’hôpital, on apporta dans mes salles un individu atteint,- dit-on, d’une pneumonie très grave, et qui, dans l’espace de quelques jours, avait déjà été plusieurs fois saigné chez lui; c’est tout ce que je pus en savoir. Il entra à l’hôpital dans la soirée, et le médecin de garde le fît encore saigner. En le visitant le lendemain malin, je lui trouvai la respiration extrêmement gênée; le tho-

rax était couvert d’une sueur froide, visqueuse, les extrémités froides, la figure décomposée, le pouls petit, fréquent; on ne pouvait d’ailleurs comprendre que peu de mots de ce qu’il disait , car il les articulait avec une difficulté extrême. Je crus le cas désespéré; néanmoins, la maladie ayant été traitée comme inflammatoire par celui qui avait donné les premiers soins au malade, malgré le mauvais pronostic que j’en avais fait, je persistai dans la même méthode par laquelle on avait commencé, et je prescrivis une autre saignée et une potion avec un peu de kermès. Vers le soir la respiration devint encore plus difficile, le pouls était presque imperceptible. Cependant le malade n’avait pu prendre aucun des remèdes prescrits, et l’infirmier crut s’apercevoir, a ce qu’il me dit, qu’il avait eu quelques évanouissemens presque mortels, dont il s’était pourtant relevé. Je ne fis aucune nouvelle prescription, croyant qu’il succomberait dans la nuit. Le lendemain matin il vivait encore et dans le même état. Je le laissai sans remède, et il vivait encore le soir; il me semblait cependant qu’il ne pourrait prolonger son existence que de

quelques heures , et il resta encore sans rien prendre par la bouche. Contre toute attente, il vécut encore un jour et demi. Je m’attendais positivement, ainsi que les nombreux élèves qui suivaient volontairement mes visites, a trouver des lésions profondes dans les poumons, produites par l’inflammalion. A notre grand étonnement, nous ne trouvâmes rien , absolument rien. Des deux côtés les poumons étaient, pour ainsi dire, tout flétris ; et a ce sujet quelqu’un opina que l’inflammation pourrait avoir produit un grand nombre d’adhérences dans les ramifications bronchiques et dans les vésicules, au point de rendre ce viscère tout-hfait impropre a la respiration. Mais ayant fait souffler de l’air dans la Iracliée-artère, on vil de suite que la conjecture était erronée, car tout le poumon se gonfla. Tout ce que l’on pouvait donc dire a ce

sujet, c’est que la grande faiblesse musculaire dans %

laquelle le malade était tombé, rendait les muscles propres h la respiration presque entièrement incapables de remplir leurs fonctions.

Le jugement que j’émis alors sur ce malade,

c’est que le p replier médecin qui l’avait soigné, se

— 5iU —

fiant aux apparences, c’est-a-dire aux symptômes seulement, n’avait pas connu la diathèse et avait, par conséquent , traité la maladie avec une méthode opposée a celle qu’il aurait fallu; que je m’étais trompé, moi aussi, en persistant dans la meme méthode, et que j’aurais du, quoique le malade fut venu a l’hôpital lorsque la maladie était déjà trop avancée, tenter une méthode curative fortement stimulante. J’ai eu occasion devoir par la suite bon nombre de cas analogues qui ont eu une heureuse terminaison, en substituant au premier traitement un traitement tout opposé, et j’ai pu ainsi me confirmer davantage dans l’opinion émise tantôt; c’est ce que nous verrons plus tard. Je payai alors un tribut a mon peu d’expérience, ne sachant pas bien appliquer les principes auxquels j’étais parvenu, il est vrai, mais sans en bien connaître l’étendue et l’application.

Je fis cette confession sincère a ceux qui se trouvaient présens a cette autopsie. Dans les années suivantes, lorsque je professais la clinique au grand hôpital [Spécial Maggiore) de Milan, il m’est plusieurs fois arrivé de vérifier des cas de cette nature

dans des cadavres, que j’examinais expressément, appartenant a des malades qui avaient succombé sous le traitement d’autres médecins , après de nombreuses saignées pratiquées pour combattre une inflammation qu’on supposait exister, tandis que le cadavre prouvait clairement qu’il n’y en avait pas eu. Mais ordinairement les médecins ne procèdent a l’examen du cadavre que lorsqu’ils se figurent devoir y trouver quelque lésion locale très remarquable qui explique pourquoi on n’a pas pu guérir la maladie ; et dans ces cas encore ils se trompent assez souvent. Quant aux erreurs de diathèse, ils n’en cherchent jamais, et cependant

elles sont fréquentes et de nature a fournir au médecin des leçons très utiles, s’il a le courage et la sincérité de profiter des erreurs commises.

Page 1