Tome IL
soc —
ouvrit l’abdomen : il n’y avait pas épanchement de sérum ni de lymphe coagulable ; point d’adhérences des intestins entre eux ou avec le péritoine; pas le moindre indice de suppuration ou de lésions organiquès quelconques. On apercevait les capillaires sanguins, mais modérément distendus, en petit nombre , nullement entrelacés ni engorgés, comme on les trouve dans les inflammatoins du péritoine, et comme ils auraient du être ici , s’il y avait eu réellement une inflammation aussi grave qu’on le disait. Le chirurgien qui faisait l’autopsie croyait voir, au contraire, une preuve d’inflammation dans cette petite quantité de sang qu’on voyait dans les quelques capillaires’ qui serpentaient a la surface interne des intestins. Mais il ne réfléchissait pas que ce cadavre ne pouvait pas être entièrement ou presque entièrement privé de sang comme les cadavres de ceux auxquels on a pratiqué dix-huit ou vingt saignées copieuses, qui égalent presque le total de la masse du sang de l’individu sain. Dans le cas dont il est ici question, il devait y être resté la moitié au moins du sang, puisque l’on disait en avoir extrait seulement dix
livres. Les capillaires sanguins veineux , qui sont naturellement très copieux, et dans lesquels précisément va sc réfugier une partie du sang qui reste après la mort, devaient paraître encore et parurent réellement un peu colorés. Mais lorsqu’on a l’œil exercé a voir les inflammations des viscères et spécialement celles des intestins et du péritoine où l’on observe, au milieu des nombreux effets de l’inflammation , les ramifications des capillaires sanguins si clairement dessinées , il est facile de distinguer de suite les cas où un peu de sang rougepale y reste encore stagnant, de ceux où une grande quantité de ce liquide y a été forcément poussée par l’inflammation. Et que l’on ne s’étonne pas si, malgré qu’il y eut encore la moitié du sang dans les capillaires , la mort a pu être produite par une diathèse de contre - stimulus ; car il faut tenir compte ici de la quantité de force contre-stimulante ajoutée par les remèdes qu’on a administrés depuis le commencement jusqu’à la fin de la maladie. 11 est vrai de dire encore que, même a l’état de santé et sans aucune perte de sang , la seule force contre -stimulante peut produire la mort.
C’est ce que l’on voit dans les empoisonnemens des hommes et dans les expériences faites sur les animaux avec des substances contre - stimulantes. Apres avoir examiné la surface externe des intestins et le péritoine, on ouvrit tout le canal alimentaire. L’estomac contenait une portion des boissons avalées, des sucs gastriques et de la bile, et avait toute sa surface recouverte par un mucus visqueux. Cette partie fut d’autant plus minutieusement examinée , qu’on la regardait comme le siège principal de l’inflammation ; inflammation supposée par les médecins d’après les symptômes et d’après l’apparition de ce qu’ils croyaient une gastrite. Mais , après avoir bien cherché , ils ne trouvèrent pas plus ici qu’ailleurs les traces d’une inflammation qui devait se trouver dans les ca P»laires engorgés de sang, et dans les lésions qui auraient indubitablement été produites par la suite, s’il y avait eu réellement une inflammation grave. Quelques-uns des médecins présens , ne voulant pas qu’il fût dit qu’ils s’étaient trompés, voulurent donner beaucoup d’importance a quelques petites taches éparses , comparant les plus petites a des
pétéchies ou meme à des points gangréneux ; et l’on cita Franck, qui cependant n’en parle pas et ne dit pas en avoir jamais vu. Afin de mieux examiner ce qu’étaient ces taches dites gangréneuses, qui ne ressemblaient nullement aux pétéchies, ni par là couleur, ni par la largeur, j’en choisis une un peu plus large qu’une lentille.. En comprimant un peu avec la pulpe du doigt tout près des bords de la tache , et en faisant glisser, ce qui est facile, la membrane supérieure sur la membrane sousjacente, on voyait la tache aussi se déplacer d’un côté ou de l’autre et partout où le doigt la conduisait; tandis que l’espace qu’elle recouvrait auparavant restait libre et ne montrait ni aucune cou-
leur, ni aucune altération’: d’où l’on pouvait déduire déjà que cette tache ne pénétrait pas dans les tissus, et se limitait a l'épaisseur, bien petite sans doute, de la muqueuse. M’étant bien assuré de cela , je soulevai le centre de la tâche avec des pinces, de manière a former un cône membraneux ; je le coupai a sa base avec des ciseaux, et il me resta au bout des pinces la petite portion de membrane tachée. On n’apercevait plus la moindre
trace de ccttc tache sur l’estomac, et ceci vint me prouver encore qu’elle appartenait entièrement a la première membrane et ne s’étendait pas a la membrane sous-jacente. J’examinai celte portion de membrane avec une loupe un peu forte, et je trouvai sa substance parfaitement égale, sans strie ni aucune autre apparence de sang. Ce n’était donc pas une ecchymose, c’est-à-dire du sang extravasé entre les deux membranes. Enfin, ne voyant, ni sur le morceau excisé, ni sur la portion de l’estomac d’où il avait été enlevé, des capillaires gorgés de sang , j’en tirai pour dernière conséquence , qui est la plus importante pour nous, que sur celte partie il n’y avait pas eu inflammation. Par quoi donc ces taches avaient-elles été produites? Existaient-elles avant la îïiort, ou ont-elles été produites dans l’espace de quarante-huit heures pendant lesquelles le cadavre est resté intact? Seraient-ce les sucs gastriques ou la bile qui auraient occasionné ce phénomène? Il n’est pas aisé de répondre a ces questions ; au surplus, elles. nous sont inutiles pour, le moment, et nous aurons occasion de les rappeler ailleurs.
Je noterai encore une dernière circonstance relative a cette observation. Lorsqu’on examina la partie du duodénum qui passe sous la vésicule biliaire, quelques-uns des médecins présens crurent de prime-abord qu’elle était tout-a-fait noire, et se figurèrent de suite qu’il y avait gangrène; ils auraient volontiers relégué dans cette partie seulement toute l’entérite; mais un peu d’attention suffit pour les désabuser. Cette couleur n’était pas noire, mais d’un vert foncé, et c’était précisément dans cette partie du duodénum qui est d’ordinaire colorée en vert clair ou même en jaune par la bile qui suinte de sa vésicule. Dans ce cas-ci, la vésicule contenait également une bile qui, ramassée, paraissait aussi noire que de la poix fondue; mais en la faisant couler, on la voyait verte; elle était aussi très épaisse. Mais tout cela n’est d’aucune conséquence quant h l’inflammation, qui n’existait point et qui a été traitée tout comme si elle eût existé.
Je vais ajouter ici une observation recueillie dernièrement (mai 1835), et qui peut fournir, surtout eu égard a l’état du cadavre , une comparaison
utile à celle que nous venons de rapporter. Il s’agit d’un homme jeune encore, qui avait été traité auparavant par d’autres médecins, et toujours avec des saignées, pour une maladie qu’on qualifiait de colique néphrétique. Lorsque je le visitai , l’intervalle des accès était d’un mois, et on observait qu’a chaque retour les accès se montraient plus rapprochés et plus graves. Je remplaçai les saignées par le sulfate de quinine administré a haute dose, et le malade guérit et continua a jouir d’une bonne santé pendant quelques années. Vers l’époque sus-indiquée, il devint encore souffrant, et croyant n’avoir que de la faiblesse, il tacha de se fortifier avec le vin et se négligea ainsi pendant plusieurs jours. Ne pouvant plus enfin vaquer a ses affaires, il me fit appeler; je lui trouvai de la fièvre, et parmi les autres symptômes, celui dont fi avait déjà beaucoup souffert autrefois : un hoquet indomptable très grave. Ni les purgatifs, ni le sulfate de quinine a haute dose, ni de copieuses saignées, toujours très couenneuses , ne purent arrêter les progrès d’une inflammation que je jugeai être une gastro-entérite. Je ne m’étends pas
davantage sur cette observation , car mon but est de faire voir seulement les résultats de l’autopsie, pour qu’on puisse comparer un cas de véritable inflammation avec le précédent :
Milan , 3 juillet 4835.
«Aujourd’hui a une heure de l’après-midi , et au cimetière hors de la porte Vercelima , M. le professeur Rasori présent, les médecins soussignés ont procédé a l’autopsie du cadavre du sieur Cattaneo Jacques , et ont observé ce qui suit :
« Dans les cavités crânienne et tlioraçhique on
ne voit rien de remarquable, si ce n’est cependant que dans la dernière on remarque que le péricarde contient un peu plus de sérum que d’ordinaire : ce liquide pèse trois onces ; tous les viscères sont, au reste, dans leur état normal.
« Dans l’abdomen tout le tube gastro- intestinal est évidemment enflammé. La phlogose est cependant limitée a la membrane péritonéale. L’injection sanguine des capillaires veineux dans la mem-
brane péritonéale est bien distincte a la petite courbure de l’estomac , oii s’anastomosent les ramifications de scs vaisseaux coronaires ; elle devient de plus en plus remarquable ii mesure qu’on descend vers la fin de l’intestin grêle et au commencement du gros intestin ; en sorte que la dernière portion de l’ileum et surtout le cæcum sont d’une couleur roui>e très vive avec des ramifica-
tions bien marquées en forme de petites arborisations. On observe cette même disposition des capillaires sanguins veineux , quoiqu’il un plus faible degré, sur le péritoine qui enveloppe le reste du gros intestin, et un peu même sur les replis de cette membrane qui constituent le petit et le grand épiploon , dans le mésentère , dans le mésocolon et dans le mésorectum. La partie du péritoine qui tapisse la face concave du diaphragme , est également injectée. En un mot, tout ce grand sac a été plus ou moins le siège d’un travail inflammatoire. La membrane interne de l’estomac et des intestins offre une opposition remarquable aux lésions que nous venons de noter; elle est dans son état normal et très pale dans toute son étendue même , oii
nous avons remarqué la plus forte injection à la membrane péritonéale, ainsi qu’au cæcum. Dans quelques points on voit un peu de rouge, mais il dépend de la transparence des tuniques qui laissent ainsi apercevoir l’engorgement sous-jacent du péritoine ; et en effet , en détachant un morceau de celte muqueuse, on la voit blanchâtre. Les glandes mêmes de Reyer, qui abondent vers l’extrémité inférieure de l’iléum , ne sont aucunement altérées.
Le diaphragme , le foie, la rate , les reins et la vessie
sont dans leur état normal.
«Il est évident que l’inflammation n’a existé que dans la membrane péritonéale qui enveloppe les viscères abdominaux, et plus intense dans quelques points que dans d’autres. Il est encore a remarquer que la mort de l’individu ne saurait être attribuée à aucune des terminaisons de l’inflammation, car aucune d’elles n’a eu lieu. Peut-être un accident concomitant a cette inflammation, le hoquet continuel, très incommode, produit par l’irritation du péritoine qui tapisse le diaphragme, conjointement a la grande extension delà surface enflammée, ont concouru a opprimer le centre splanchnique et
le plexus solaire, au point d’en épuiser la force nerveuse, détruisant ainsi la vie. »
Signé Doct. Gaétan Ciceri.
Doct. Jean Canzi.