‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 56 sur 66 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

plus mal encore qu’auparavant. Le médecin ayant jugé dès le commencement, et on ne saurait dire sur quels indices, que le mal dépendait d’une inflammation déjà développée, en vit en cela les progrès, et n’ayant d’autre but que celui de l’arrêter, il prescrivit encore une seconde saignée de vingt-quatre onces et la même tisane que la veille. On ne trouva point de couenne dans le sang extrait; le sérum était abondant , et le caillot mou au point de se dissoudre presque dans le sérum. Le médecin persista cependant dans les saignées ; il en fit pratiquer encore quatre et toujours de vingt-quatre onces ; de sorte qu’on enleva à la malade cent quarante-quatre onces de sang, c’est-à-dire douze livres médicales. On continua d’ailleurs le même médicament qu’on avait prescrit le premier jour. La malade empira continuellement, devint stupide et mourut enfin le septième jour.

On fit l’autopsie. Les cuisses étaient extrêmement blanches, par cela même qu’elles étaient presque entièrement privées de sang ; on ne trouva dans aucune des trois cavités la moindre trace qui pût faire croire à l’existençe de l’inflammation

qu’on avait supposée. Le médecin lui-même dut en convenir. Néanmoins il persista a croire que l’inflammation pouvait exister sans qu’on la trouvât , et qu’elle était probablement cachée dans quelque viscère et de manière a ce que l’œil ne pût la découvrir. L’histoire de ce malheureux cas m’a été rapportée par un jeune médecin intelligent et très instruit, qui en a été témoin oculaire, et de la véracité duquel je ne puis douter. On voit ici clairement que le médecin ordinaire, préoccupé, dès le commencement, de l’existence d’une inflammation , n’a pas cherché a connaître la nature de cette fièvre. Etait-elle périodique ? C’est probable ; et il

est également probable qu’elle était accompagnée ,

comme le sont ordinairement ces fièvres , d’une diathèse de stimulus , mais très légère , de manière qu’un peu de sulfate de quinine aurait suffi pour sauver une vie fraîche encore de jeunesse.

J’ai eu de cela plusieurs exemples , et il y a peu de jours que j’en ai pu observer un très remarquable, qui mérite d’être comparé a celui que nous venons de rapporter. C’était une jeune jardinière , robuste en apparence et très pâle. La fièvre ne

l'abandonnait jamais , mais vers le soir il y avait évidemment un redoublement périodique, et les sueurs nocturnes étaient très abondantes. On lui proposa delà saigner, comme si elle eût été menacée d’une inflammation aux intestins, vu sans doute qu’elle se plaignait de quelques légères douleurs vagues a l’abdomen. Elle vint me consulter, et on dut presque la porter, carune excessive faiblesse musculaire lui permettait a peine de se tenir debout. Douze grains de sulfate de quinine par jour continués pendant quelques jours suffirent a lui couper la fièvre et a lui rendre ses forces. Il est évident que si l’on eût traité cette malade par les saignées , elle aurait terminé d’une manière aussi malheureuse que la précédente , et le cadavre aurait offert le triste spectacle d’un manque complet de sang , si tant est qu’on eût procédé a l’autopsie , ce que je ne crois pas.

Revenant maintenant a notre premier sujet , il se pourrait que dès le commencement la maladie eût été déterminée par une diathèse de contre-stimulus , et le sulfate de quinine n’aurait par conséquent pas convenu. Dans ce cas, l’effet nuisible pro-

duit par ce remède aurait de suite démontré au médecin expérimenté qu’il s’était trompé déroute et

qu’il lui fallait en chercher une autre. Cette grande faiblesse musculaire qu’on a observée chez ces deux malades, surtout chez celle qui a succombé, et qui est au reste le symptôme le plus prononcé de I’obs. ix , où la mort doit également être attribuée a de trop grandes pertes de sang , cette faiblesse excessive est un phénomène auquel le médecin aurait dù prêter attention; etl’onvoit, au contraire, qu’il n’en fit aucun cas. Il ne faudrait pas croire, au reste, que cette grande prostration des forces. ne puisse se présenter aussi et assez souvent encore dans les maladies déterminées par une diathèse de stimulus, dans les inflammations graves, et surtout dans la fièvre pétéchiale grave; il n’y a pas de symptômes caractéristiques et bien tranchés qui appartiennent exclusivement a l’une ou a l’autre des deux diathèses. Mais, quoi qu’il en soit, lorsqu’il ne s’agit pas d’une fièvre pétéchiale , lorsque l’inflammation qu’on a supposée, est pour le moins douteuse, et que la faiblesse cependant augmente à mesure qu’on multiplie les évacuations sanguines,

le médecin peut-il continuer le meme traitement qu’il a commencé, avec la certitude de ne pas se tromper? Je reviendrai ailleurs sur cet argument, que l’occasion m’a amené a toucher ici brièvement.

J’avais déjà écrit l’observation de la jeune fille que j’ai guérie avec le sulfate de quinine, immédiatement après la guérison, lorsque vers la fin d’avril, je crois , elle revint me voir ayant encore les fièvres, quoique plus légères qu’auparavant; d’ailleurs sa figure et ses membres n’étaient plus ni aussi flasques, ni aussi maigres, ce qui indiquait évidemment qu’elle était en meilleur état que la première fois. Je lui ai prescrit encore le sulfate de quinine, et la guérison a été prompte. Depuis trois mois cette personne jouit d’une bonne santé.

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