Théorie de la phlogose [electronic resource]
L’ouvrage dont j’offre ici la traduction a paru en Italie vers le milieu de 1837. Plusieurs éditions en ont été épuisées en peu de mois, et l’on conçoit aisément un pareil succès. Dicté par un esprit profond et original , appuyé sur un grand nombre d’observations aussi délicates que minutieuses, et recueillies pendant quarante ans d’une
pratique très étendue , il fait sentir, ' pour ainsi dire, à chaque page, comment des circonstances qui semblent de prime-abord de peu d’ importance , peu vent fournir au génie les inductions les plus vastes et les plus légitimes.
Rasori , à l’aide de faits nombreux et incontestables, invoquant parfois aussi l’autorité des plus grands maîtres , cherche à détruire des erreurs aussi graves que multipliées accréditéesdans ces derniers temps par les hommes les plus célèbres. Elevé à la grande école de Sydenham et imbu de la philosophie de Bacon , Rasori a senti et prévu l’influence fâcheuse que de semblables erreurs doivent avoir sur le traitement d’un grand nombre de maladies, et, guidé toujours par une logique inductive extrêmement sévère, il s’est efforcé de poser les bases de la véritable médecine expérimentale , telle qu’il la voudrait et telle qu'elle devait être.
La Théorie de la Phlogose repose sur
des principes clairs et positifs, déduits de faits nombreux et simples , dans l'observation desquels toute illusion est impossible. Il ne s’agit point ici de vues spéculatives; ce n’est pas, selon l’expression commune, une théorie :
observer lentement, minutieusement et pendant long-temps; voir et recueillir les faits sans idée préconçue; appliquer à ces mêmes observations un raisonnement sain et droit, de manière à ne jamais dévier de la réalité, voilà comment a procédé Rasori. Son livre, dit-il, lui a coûté quarante ans d’un travail assidu, — et on le croit sans peine après l’avoir parcouru — et cependant ce n’était que le Prologue de son grand ouvrage intitulé : Nouveaux Principes de Thérapeutique . Mais une mort , hélas ! trop prompte l’a enlevé à la science et à l’humanité ! Toutefois la Théorie cle la Phlogose n’en reste pas moins comme monument élevé à la gloire de son auteur et comme
guide pratique extrêmement précieux pour tous ceux qui sont animés du noble désir d’exercer notre art avec succès et avec conscience.
Cependant , il ne faut pas se le dissimuler, tous n’admireront pas également le livre de Rasori : en Italie même, où, comme nous l’avons déjà dit, plusieurs éditions en ont été épuisées , il n’a pas manqué de critiques qui se sont plu à attaquer cet ouvrage d’une manière plus ou moins convenable. Et tel , au reste, est le sort de tous les ouvrages de l’esprit qui tendent à l’utile réforme d’une science , lorsque surtout l’auteur, sans s’inquiéter de tel ou tel amour-propre plus ou moins susceptible, dit la vérité comme il la conçoit, et vise moins à louer les autres qu’à détruire les erreurs partout où il croit en apercevoir. Mais le praticien instruit et consciencieux saura bientôt à quoi s’en tenir, et trouvera que le dernier ouvrage légué par Rasori à la postérité
doit être placé avec justice parmi les plus utiles à notre art.
Rasori qui, parmi ses brillantes qualités , possédait celle de connaître à fond sa langue et d’écrire toujours d’un style clair , mais concis e t extrêmement serré , ne s’est pas montré autrement dans la Théorie de la Phlogose que dans les différens mémoires publiés pour la plupart dans les Annali di Scienze e Lettere et réunis en i83o en deux volumes (i). Ce style ne se prête nullement au génie de la langue française , et plus d’une fois j’ai été sur le point de renoncer à mon travail; mais, du vivant de l’auteur, j’avais pris l’engagement sacré de publier l’édition française en même temps que le texte paraîtrait , et j’en
(1) Nous publierons très prochainement ces deux volumes, dont la traduction est déjà achevée; nous y ajouterons même quelques mémoires inédits qui serviront a mieux faire connaître la doctrine médicale de Rasori; doctrine dont tous parlent , dont quelques-uns se servent et que bien peu connaissent à fond.
étais à la quatrième feuille lorsque Rasori a été attaqué de la maladie qui devait l’enlever en deux jours. Je me suis fait alors un devoir d’accomplir ma tâche avec encore plus de soin, et j’espère que le lecteur me saura gré des efforts que j’ai dû faire pour lui faciliter la lecture d’un ouvrage dont l’intelligence n’est peut-être pas des plus faciles, même pour les Italiens. J’aurais pu mieux faire peut-être en m’éloignant un peu plus du texte -, mais j’ai préféré sacrifier l’élégance à la fidélité de la traduction, ayant sans cesse présent à la mémoire que le traducteur n’est rien et doit s’effacer, autant que possible, derrière l’auteur.
Cependant je dois prévenir que cet ouvrage ayant partagé le grave inconvénient des œuvres posthumes , c’està-dire de ne pouvoir pas être cor rigé sur les épreuves par Rasori lui-même , j’ai du en quelques endroits suppléer à l’incorrection du texte par les idées
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émises ou avant ou après, et surtout par les avis de mon père, qui, bien mieux que moi , connaît les idées de son maître. On peut , au reste, se convaincre de ces erreurs en voyant la correction que Rasori lui-même a faite à la page lvi ( ce sont les seules qu’il a pu revoir ), édition de Milan; correction qui change complètement le sens de la phrase.
Je ne terminerai pas sans ajouter que j’assume sur moi seul toute la responsabilité des passages un peu obscurs qu’on pourra peut-être rencontrer dans ce livre; car la logique exacte et sévère de l’auteur établit entre toutes ses pensées un enchaînement si rigoureux, qu’on ne le voit jamais passer à une nouvelle proposition sans avoir préalablement démontré celle qui précède.
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