‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 2 sur 55 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Le livre que je publie maintenant est le fruit de longues études faites principalement sur le cadavre, commencées vers la fin du dernier siècle et continuées non sans interruption , selon que les circonstances me furent favorables ou contraires.

L’investigation , l’examen des faits , et conséquemment leur classification , s’opérèrent séparément et nombre de fois sans espoir d’en voir la fin , ou avec la crainte que

Non per lo malo infiuxso delle stelle (*), ce ne fut pour moi peine perdue. J’arrive enfin,

(1) Par l’influence maligne des astres. ( Schiller , prologue au iVaHenslein. )

après quarante ans et de grandes difficultés , au but de mes efiorts, et je public la Théorie ; de la P h logos e.

J’annonce dansle premier chapitre le but auquel je vise directement; mais il y en a encore un autre, moins direct peut-être quoique non moins important, et je veux le faire connaître.

La médecine, science toute de faits et d’inductions , nous paraît encore , il faut en convenir, dans l’enfance , lorsqu’on la compare aux autres sciences ; et cependant elle aurait du se former a cette grande école des faits et des inductions, a laquelle toutes les sciences expérimentales sont redevables du développement et de la vigueur qu’elles ont acquis. Il faudrait donc que la médecine aussi eût été déjà comptée parmi les sciences expérimentales ; que si elle ne l’a pas été et ne l’est pas encore , elle ne fut pas science dans le passé , elle ne l’est pas aujourd’hui, et elle ne le sera dans l’avenir qu’a cette condition. Mais de l’ancienne médecine, telle qu’elle était du temps de Bacon, il a été dit avec raison par ce grand philosophe qu’elle se bornait a l’ostentation et tournait sans cesse dans le même cercle,

malgré tous les travaux qu’on y a consacrés , sans s’acheminer dans la voie du progrès. La médecine , jusqu a 1 époque de Bacon, n’a donc pas été une science. L’est-elle devenue depuis? On doit a Bacon d avoir ouvert la voie du progrès à toutes lés sciences expérimentales; voie qu’elles ont parcourue et qu’elles parcourent encore aujourd’hui avec ardeur; et on a lieu de s’étonner quand on regarde a la fois d’où elles sont parties et où elles sont arrivées. Et la médecine? Depuis le commencement du dixneuvième siècle , on dirait qu’il existe une grande émulation parmi ceux qui la cultivent , pour la pousser dans le progrès; ils nous assurent encore de l’avoir placée et de la maintenir toujours a l’école sévère dés faits et dès inductions. Mais comment pourrons-nous le croire lorsque leurs livres alimentent une guerre perpétuelle entre les faits et les principes ? Comment ajouter foi a leurs doctrines générales et a leurs opinions spéciales sur tel ou tel point , si le tout ensemble offre un chaos inextricable? Disons encore qu’elles se succèdent et se rerm placent a la manière presque du mirage des sables égyptiens, qui change de forme, fuit devant l’ob-

servateur à mesure qu’il s’avance, et disparaît enfin ne laissant d’autre trace que l’égarement de celui qui le poursuivait.

À quelles causes rapporterons -nous donc ces vicissitudes si fâcheuses que nous constatons dans la science médicale ? v

Les causes sont nombreuses; les énumérer toutes, serait une longue entreprise, et d’ailleurs les limites de ce court avertissement ne le permettent pas. .Te me bornerai a citer une des principales , et c’est que la plupart de ceux qui cultivent ou exercent notre art ne s’avisent pas de chercher des faits simples, clairs, concluans, les seuls auxquels on puisse appliquer l’induction; de sorte que cette induction devientnécessairement entre leurs mains un instrument inefficace et même trompeur.

Supposé qu’il en soit réellement ainsi , le lecteur me demandera peut-être où je veux en venir, et quel est l’autre but que je me propose dans ce livre. Le voici : tacher de fournir, sur les différentes matières dont nous aurons a parler, plusieurs exemples de la méthode a suivre dans la recherche des faits et des conséquences qui en dérivent ; heureux

si l’on peut dire de moi: exemplo nions Iran te viam.

Je crois avoir publié, depuis le commencement de ce siècle, quelques exemples remarquables en lait de clinique médicale et de thérapeutique, de l’authenticité desquels on ne saurait douter. Mais a quoi bon , si la plupart de ceux qui exercent notre art continuent, malgré ces exemples, a parcourir la vieille route, comme si j’eusse prêché dans le désert, ou écrit dans la langue sacrée des Brames? Heureusement qu’on trouve quelques exceptions honorables, qui ont même augmenté pendant ces derniers temps ; et il existe plusieurs médecins dont les yeux ne sont point éblouis par l’éclat de la vérité. J’espère aussi que bientôt la science médicale sortira du cercle étroit qui lui a été reproché par Bacon , cercle d’erreurs et d’inepties ( car on peut l’appeler ainsi sans injustice), et placée enfin dans la véritable voie du progrès, elle méritera alors d’être appelée médecine experimentale. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas seulement au médecin praticien a juger de cet ouvrage; l’anatomiste, surtout, le chirurgien et en général tous ceux qui cultivent la physique animale, y trouveront quelque chose

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lle leur compétence. Sous ce rapport encore je \eux espérer que mon travail pourra être de quelque utilité, et contribuera, grâce aux nombreux exemples qu’il renferme, a répandre la juste méthode de rechercher les faits dans toutes les branches scientifiques de notre art, et y appliquer l’induction. C’est même pour cela que j’ai constamment tâché de rapporter des exemples autant que je l’ai pu , en les empruntant aux sciences physiques. Mais assez sur ce sujet.

Je n’ai point hésité a donnera cet ouvrage le titre de théorie. Et en effet, lorsque plusieurs faits ont, dans leur sphère d’action, quelques rapports entre eux, et visent a certains points principaux , développer ces rapports , les amener sous leur véritable point de vue et en découvrir les effets , c’est théoriser. Un fait isolé, quoique positif, général et important, n’est jamais qu’un fait dans toute sa simplicité. Ainsi la chute des graves vers le centre dû globe est en elle-même un fait simple, quoique grand et général; mais la chute des graves , considérée dans ses rapports avec le mouvement des astres, avec une autre cause qui entre

également en action, et les ëfiëts qui en dérivent , voila ce qui élève l’ensemble des faits" a la hauteur de la théorie de la gravitation générale. Le réseau capillaire de laphlogose est également un faitpositif et général , comme nous le verrons plus lard ; mais ce n’est que lorsque nous en aurons fait connaître les causes et les rapports , ce n’est qu’après en avoir bien reconnu les produits, que le sujet méritera le nom de théorie.

Je terminerai par te faire observer, lecteur, que pour découvrir la nature et les produits de la plilogose , j’ai employé une méthode opposée a celle qui est communément suivie. Tandis que les autres étudient d’abord la phlogose comme état morbide chez le vivant, je commence par examiner les effets qu’elle laisse sur le cadavre. Traiter la phlogose comme maladie , est une chose ; connaître la phlogose dans sa qualité de fonction morbide de la partie enflammée, en est une toute différente. La phlogose , comme maladie , doit être cherchée et traitée selon les lois de la diathèse et par une juste application des agens thérapeutiques. La phlogose , comme fonction morbide de l’organe qu’elle attaque, ne

saurait cire découverte ni en elle-même, ni dans ses effets, que par l’étude anatomique de l’orgarve qui en est le siège.

Si j’ai atteint mon but en suivant une route opposée 'a celle des autres, mon livre le dira; de même que leurs livres démontreront ce qu’ils ont obtenu par la méthode ordinaire : c’est aux hommes experts déjuger qui de nous a raison. Quant arnoi, j’ai accompli ma tâche et je compte rester désormais, sur cette matière, spectateur paisible.

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