CHAPITRE XI
Causes de la séparation spontanée du sang des maladies inflammatoires en trois élémens immédiats.
En examinant maintenant les causes de la triple séparation du sang des maladies inflammatoires, et après avoir considéré que l’action principale de ce phénomène doit être attribuée dans ce cas , ainsi que nous l’avons dit ailleurs (*), a la plus grande aptitude acquise par la fibrine a se contracter et a se consolider, il en résulte que si nous parvenons a connaître les conditions qui surviennent, dans une maladie inflammatoire , capables d’augmenter cette aptitude dans la fibrine, ou propres même à diminuer ou enlever les obstacles qui s’opposaient a son exercice , nous aurons résolu la question et
(l) Chap. iv et Cliap. vm.
assigné a l’efFet les causes qui l’ont réellement produit. Dans les maladies inflammatoires, le sang est soumis a l’action extraordinairement augmentée des deux grands agens , mouvement et calorique ; l’un est prouvé par l’augmentation de force et de fréquence dans le pouls , ce qui indique beaucoup de célérité dans la circulation et une forte impulsion exercée par les vaisseaux sur la masse du sang ; l’autre est vérifiée par le thermomètre, ou même par le simple tact explorateur. Ces deux agens, ayant acquis plus de force et plus d’intensité par l’inflammation , doivent dans ce cas augmenter la tendance naturelle qu’a la fibrine a se séparer, autant que possible , des autres élémens, et a se com solider.
Quant aux effets qu’un plus grand mouvement doit faire éprouver à la masse du sang , on sait communément que , dès qu’on l’a extrait d’un
animal, si on l’agite fortement avec des verges, la
fibrine se coagule immédiatement, et, sous laforme de filamens ou de fragmens membraneux , elle vient s’attacher tout autour des verges dont on s’est servi. Cependant on avait prêté si peu d’attention
à ce phénomène avant Ruisch , que cette espèce de membrane qu’il produisit à force de battre le sang qu’il s’était fait extraire a lui-même , reçut de lui son nom et sa célébrité; et il la montrait aux médecins de son temps comme une énigme ;i deviner. Le même effet est également produit par l’augmentation de calorique, ainsi que l’on peut s’en convaincre par les flocons fibreux et membraneux qui , lors des saignées faites au pied et a la main , se forment promptement dans le sang reçu dans de l’eau chaude a une température supérieure îi celle du malade. Cette même membrane que Ruisch formait en agitant le sang encore chaud avec des branches d’osier, était obtenue par De Haen plus promptement encore et avec plus de consistance , en augmentant a la fois l’action des deux agens. 11 recevait le sang dans un vase qu’il avait soin de fermer immédiatementpour qu’il conservât mieux le calorique, et agitait ensuite fortement ce vase , secouant ainsi le liquide contenu avec bien plus de force qu’avec des branches d’osier.
Ce qui prouve encore cette influence du calorique sur la fibrine, c’est qu’elle se contracte et
durcit quand on l’expose aune chaleur même très légère. Enfin , le même fait est démontré par les expériences de De Haen faites sur les caillots du sang a l’état sain et sur les couennes propres aux maladies inflammatoires. Il a soumis les uns et les autres a la macération , tantôt dans l’eau chaude et tantôt dans l’eau froide, et après avoir comparé le temps qui s’est écoulé avant que la matière fût dissoute , il conclut : Consiidt liquido et insulas pîures concrcd cruoris , et crus tas plcuriticas varias semper ci tins solvij evanescereque } quando frigida aqua , quam quando calida ajfunderetur ( 1 ). On voit ici que le calorique, tendant a faire contracter et durcir la fibrine , s’oppose a l’action dissolvante que l’eau a sur la fibrine. Si l’on me demandait ensuite, des deux causes, mouvement et calorique, quelle est celle qui contribue plus puissamment à la consolidation delà fibrine, je croirais ne pas faire erreur en donnant la préférence au mouvement ; mais ce n’est ici qu’une conjecture, et il est inutile de s’arrêter a éclaircir ce point.
0) Ouvrage cité.