CHAPITRE X
Causes de la séparation spontanée du sang en état de santé , en deux élémens immédiats, llepos de la masse et diminution du calorique.
Apres avoir examiné les phénomènes qui se passent dans le sang et les différens aspects qu’il offre après sa séparation, soit à l’état de santé, soit pendant une maladie inflammatoire, il s’agit d’en chercher les causes. Quant a l’état sain, on en trouve deux propres a expliquer le phénomène : repos de la masse et diminution de température; conditions auxquelles le sang extrait du corps vivant est nécessairement soumis. Et en effet, il est aisé de comprendre comment une percussion continuelle et modérée des vaisseaux artériels, agitant sans cesse
le sang, doit contribuer au mélange continuel de ses élémens et faire en sorte qu’ils n’obéissent ni a leur gravité spécifique respective, ni a leur tendance spontanée a sc consolider; elle doit contribuer encore a ce qu’une réunion cl’élémens si hétérogènes ait l’ apparence d’un fiuidc dense, tout rouge, homogène. 11 faut même ajouter que pour conserver ace fluide, une fois hors des vaisseaux , cette homogénéité apparente, et pour empêcher que la séparation de ses élémens ait lieu , il suffit d’agiter modérément le liquide dès qu’il est sorti delà veine., ou, mieux encore, pendant qu’il sort. Ce fait, généralement connu, a été mentionné même , il y a déjà plus d’un siècle , par Schwenke., auteur distingué sur la matière qui nous occupe : Sançuinem rccentem , calidum continue movendo ûnpeditur concredo fibrosa > prœserdm si tamdiu moventur 3 donec refrixerit (1). Le repos , au contraire , agit dans un sens tout opposé, c’est-à-dire qu’il facilite la gravité spécifique du cruor et la tendance qu’a la fibrine à se consolider pour se
p) Ilœmatholoyiu , pag. 505.
séparer du sérum. On observe ce meme phénomène , pour ce qui regarde au moins des parties hétérogènes , dans les infusions de substances végétales, dans les émulsions et en général dans les mélanges de matières solides, hétérogènes au fluide avec lequel elles sont confondues sans se dissoudre. En effet, moyennant une certaine agitation, elles acquièrent une uniformité apparente; mais en les laissant en repos, elles perdent cette uniformité, et se séparent plus ou moins vite dans leurs élémens respectifs.
Mais la séparation du sang, et surtout du sang en é tat de santé , s’opère très imparfaitement. Ainsi dailS le sang, h l’état sain , on n’aperçoit que deux élémens, le caillot et le sérum: le caillot, qui représente un tout uniforme, est essentiellement composé de deux autres substances, conmienous l’avons déjà remarqué^), et il contient en outre beaucoup de sérum, qui lui donne de la mollesse. Il arrive donc, en ce cas, que la séparation se borne a faire
paraître un peu de sérum, libre et pur, seul élé-
(1) Chajiilrc îv.
ment immédiat qui puisse réellement être considéré comme le plus abondant de tous et le plus lacile a être* séparé de la masse du sang.
Pour ce qui a rapport a l’autre cause, l’abaissement de température , si l’on ne veut pas supposer que le calorique du corps donne au sérum , sur les deux autres élémens, une certaine action dissolvante ( ce qui nous semble devoir être nié plutôt qu’aflîrm'é , d’après les phénomènes qui ont lieu, et que nous verrons par la suite, lorsque le sang est reçu dans de l’eau chaude en sortant de la veine), il faudra croire au moins que le calorique doit contribuer a exciter une sorte de mouvement moléculaire dans la masse du sang, comme cela afrive pour tout autre liquide, dont il produit et conserve la fluidité. C’est ainsi que le calorique doit concourir a produire le même effet que la percussion des vaisseaux artériels ou que les instrumens dont on se sert pour agiter le sang hors des vaisseaux , c’est-à-dire empêcher la séparation réciproque des élémens immédiats. Nous avons, au reste, quelques exemples de ce même effet dans ces infusions et dans ces décoctions de matières végétales
où l’action du calorique empeche la partie plus pesante de déposer, ce qui arrive immédiatement dès que cette cause a cessé d’agir. Néanmoins des deux causes dont nous avons parlé jusqu’ici , la première, c’est-à-dire la percussion des vaisseaux artériels , est la principale et a beaucoup plus d’efficacité que l’autre.